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Ecrits sur Jung
Docteur Bernard Long
Homéopathie et symboles
Lexique homéopathie
Poésie


Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

 

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Symbolisme du sel et homéopathie

L’importance du sel, natrum muriaticum, dans la nature, dans l’œuvre alchimique de C.G. Jung et en homéopathie.

La notion de sel

Qu’’est-ce qu’un sel ? Un sel est un composé de cations et d’anions. C’est un composé résultant de la substitution partielle ou totale de l’hydrogène d’un acide par un métal.

Lorsque nous parlons de « sel » dans le langage commun il s’agit du chlorure de sodium, natrum muriaticum.

Le chlorure de sodium ou sel commun est plus largement répandu dans la nature que toute autre substance, excepté l’eau.

Le sel est présent dans tous les tissus et particulièrement dans les fluides. Il est aussi le minéral le plus important dans le plasma sanguin.

Le sel semble prendre un rôle plus important en suivant la hiérarchie des espèces. On peut considérer que son rôle commence au début de la vie consciente, au moment où apparait le phénomène de l’excrétion active des liquides par l’urine, la sueur et les larmes. 1

Du sel de cuisine à la dissolution dans l’élément féminin aquatique

Le chlorure de sodium (NaCl ou natrum muriaticum) est le sel de cuisine. On le trouve dans la nature, dans l’eau de mer, ou bien cristallisé sous forme de sel gemme.

Nous consommons le sel de façon quotidienne dans l’alimentation. Nous observons ses cristaux cubiques, transparents, plus ou moins grisâtres et nous connaissons son goût « salé » caractéristique ; c’est le sel qui donne soif, qui donne le goût à la vie. Le sel est extrêmement soluble dans l’eau et lui communique immédiatement sa saveur caractéristique. Il existe sous forme de combinaisons cristallines. Le sodium est lié à 6 ions chlore, formant un octaèdre autour du chlore. Cette structure cubique est une représentation multiple de la quaternité  au sens que lui donne Jung. 2

Le chlorure de sodium est l’union du sodium et du chlore. Dans le chlore il y a l’idée d’une relation avec le souffle de vie. C’est l’élément du désir vital (chlore du grec χλωρός vert ; le vert est lié au désir et à la vie) brûlant et passionné. Chez natrum il y a une recherche de relation vitale avec l’oxygène et recherche de se mixer à l’eau, de se fondre dans l’élément liquide féminin aquatique : désir irrésistible et nostalgique de la relation, tout particulièrement avec l’élément féminin de la sensibilité, de l’accueil et de l’amour.

 Le rosaire des philosophes

Comme le montre Jung dans Psychologie du transfert, la quatrième figure du Rosarium représente la fontaine mercurielle et le liquide mercurien représente l’inconscient.

Le couple royal est descendu dans le bain. Le contact de la main gauche a fait émerger l’esprit des profondeurs et provoqué une montée des eaux. Il s’agit là le l’immersion dans la « mer », une dissolution au sens physique du terme. C’est un retour au liquide amniotique de l’utérus gravide, le vas hermeticum utérin et son contenu fœtal. Cette eau est la aqua benedicta, eau lustrale où un être nouveau est en gestation.

Sur le plan psychologique, cette image représente une descente dans l’inconscient.

Le couple royal est immergé dans une sorte d’amnios mercuriel. Les enfants échangent des fleurs comme dans la figure 3 du Rosarium (illustration ci-dessus) : le roi présente de la main droite une fleur que la reine reçoit de la main droite et la reine présente de la main gauche une fleur que le roi reçoit de la main gauche. Une colombe présente une fleur. Les trois fleurs forment une étoile à six branches, étoile de David, étoile du « sceau de Salomon ».

Le sel comme principe alchimique

Le sel fut introduit comme troisième principe alchimique, à côté du mercure et du soufre, surtout par Basile Valentin, Khunrath et Paracelse. Le sel alchimique est bien entendu un principe abstrait qui ne correspond pas aux substances communes qui le désignent, mais qui est une désignation approchante d’un des constituants de la matière supposés par l’alchimie.Le sel est appelé parfois arsenic. Là aussi il ne faut pas considérer qu’il s’agit de notre poison. Ce sel est le lien qui unit les deux autres principes. Le sel est le nouvel être qui prend naissance par l’union du mâle et de la femelle.3

Ainsi l’alchimie décompose-t-elle une chose en ses constituants :  le principe salé qui correspond au corps, le principe sulfureux qui brûle, correspondant à l’âme et le principe mercuriel correspondant à l’esprit qui se manifeste comme un élément volatil.

Le sel et le Mysterium conjonctionis de Jung

Dans son livre Mysterium conjonctionis, Jung s’intéresse à la symbolique alchimique du sel.

Le sel représente une spécification du symbolisme lunaire (p.234). Le mercure est de nature androgyne et participe, d’une part de celle du soufre rouge masculin, d’autre part de celle du sel lunaire (p.235).

Il n’est rien dont l’humidité soit plus tenace, ou qui soit plus humide que le sel dont la mer se compose en très grande partie. Il n’y a rien en quoi la lune manifeste plus clairement son mouvement que la mer, comme on peut le voir par son flux et son reflux. (p.242)

Mais il faut savoir aussi que le sel est feu et sécheresse. Il en résulte également une connexion du sel avec le soufre et sa nature essentiellement ignée (p.295). Car deux éléments se trouvent unis en une merveilleuse alliance dans le sel ; ils entretiennent une inimitié sans merci à l’égard l’un de l’autre. Le sel est en effet tout feu et tout eau (p.299).

L’un des sens principaux du sel est l’âme. Chez Glauber le sel est féminin et correspond à Eve. L’anima n’est pas quelque chose de terrestre, mais une réalité transcendantale, que ne limite nullement le fait qu’elle doive apparaître dans la cornue. (p.297)… Le sel est ici à l’évidence l’intuition, l’intelligence et la sagesse (p.298). Le sel est l’esprit, la transformation du corps en lumière (albedo), l’étincelle de l’âme du monde prisonnière dans l’obscurité au fond de la mer et engendrée à cet endroit comme lumière d’en haut et rejeton du féminin (p.301). Il apparaît dans la forme cubique du cristal qui représente le centre et donc le soi dans de nombreux dessins de patients (p.301). Le sel n’a pas été paré sans raison par les sages du surnom de la sagesse (p.302).

La « solution » c’est la fusion ou « la fusion en solution ».

La mer contient l’eau et le sel, comme un amnios immense, immensément génésique. Le sel est indispensable à la vie, c’est lui qui vivifie. Jésus ne dit-il pas : « Vous êtes le sel de la vie » ? Le sel est issu de la mer qui est son domicile où il entre en solution fusionnelle.

Psychologiquement, le symbolisme de la mer met l’accent sur le principe maternel du grand inconscient collectif, alors que le sel se réfère à l’activité du conscient. 4

En homéopathie, Natrum muriaticum est un sel, une union

Ce sel de la mer, de l’amnios, du sang, des larmes a été étudié très tôt par Hahnemann. On trouve sa pathogénésie dans les Maladies Chroniques. 5 En fait il est noté sous le nom de Kochsalz, natrum muriaticum. Il faut remarquer que la découverte du sodium ne date que de 1808, par l’Anglais Davy. Le sens de natrum muriaticum est celui de sel (natron) et de saumure (muriatique).

Natrum muriaticum est un sel, une union. Cristallisé, il est séparé de la mer, il est désuni de son origine. Sa nostalgie est celle de mare, de mater. Il ne peut s’individuer sans solution, dissolution, sans union, sans fusion, sans communication.

Natrum muriaticum est aussi sec, yang ; il ne supporte pas le soleil. Dans l’eau il est humide et baigné dans l’inconscient, seul capable de le guider sur la voie de l’individuation. Hors de l’eau, il est bloqué dans une nostalgie stérile. Trop de soleil, il est brûlé, mais trop d’eau, il est submergé. Certes, il lui faut un élément aquatique, mais de telle façon qu’il ne soit pas englouti par le soi.

Le sel est issu de la mer. C’est là qu’il se situe, il y est dans son élément. C’est son domicile où il entre en solution fusionnelle. Le sel est attiré par l’eau, l’eau du grand œuvre, celle de la fontaine mercurielle. Le sel s’y plonge dans une eau mercurielle, riche d’inconscient, mais aussi patrie de monstres divers, dragons, nymphes, naïades, sirènes et nagas, fascinants et menaçants. 6 Le sel s’y plonge dans une eau mercurielle, riche d’inconscient, l’eau riche de poissons des profondeurs, mais aussi patrie de monstres divers, dragons, nymphes, naïades, sirènes et nagas, fascinants et menaçants.

Ainsi la belle Lorelei immortalisée par Heine, la jeune fille de rêve qui envoute le marin et le mène à sa perte :

La belle jeune fille est assise,
Tout en haut, merveille,
Sa parure d’or étincelle,
Elle peigne sa chevelure d’or…

Le marin dans la petite barque,
Est saisi d’une douleur sauvage,
Ne prend pas garde aux récifs,
Son regard s’élève sans cesse vers le haut.
Je crois que les flots engloutissent
Marin et esquif à la fin ;
Voila ce qu’avec son chant
La Lorelei fit !

Le malheureux marin est hypnotisé par une image fantasmée de la femme, une femme mère, sœur, amante et fille inaccessible, personnifiant un paradis amniotique et matriciel perdu auquel il n’a pas renoncé.

L’eau douce ou marine est un milieu féminin, maternel, utérin, amniotique. C’est l’élément berçant. Il est à la fois un refuge, un danger car on peut s’y noyer et y rester enfermé et un passage obligatoire, seul chemin conduisant à la découverte de sa profondeur. La plongée dans la fontaine mercurielle permet par sa fraicheur accueillante le travail sur l’inconscient, au risque de s’y noyer ; elle donne accès à la nudité naturelle, à l’authenticité de l’intimité.

La solution aqueuse permet la vie. La cristallisation sèche, raisonnable, masculine du sel interdit le renoncement à la « mère nature » toute puissante et la résolution de l’œdipe. Ces étapes sont décisives et donnent accès à une socialisation harmonieuse et à la découverte d’un monde moins enfermant. L’eau vitale et salée est une eau qui bouge, qui coule, sans cesse, comme le pensait Héraclite,  alors que les eaux immobiles évoquent les morts.

Un amour impossible, Novalis

L’histoire de natrum muriaticum est l’histoire d’un amour impossible. Elle nous parle de nostalgies : celle, infinie de la dilution vivifiante dans l’élément aquatique de l’amour amniotique perdu sans cesse ressassé ; celle d’un inconscient accueillant perdu vers lequel l’être tend sans cesse dans une attitude figée et introvertie ; celle qui s’accompagne du goût salé des larmes.

La vie présente devient une tentative douloureuse pour sortir de ce passé impossible à rejoindre. Orphée ne devait pas se retourner sur Eurydice dans le passage des enfers jusqu’à ce qu’elle soit revenue sous la lumière du soleil. Il se retourna pour la voir au moment où pointa la lumière et la perdit ainsi pour toujours.

Il est intéressant de contempler un moment la figure du poète allemand romantique Friedrich von Hardenberg, dit Novalis.

Novalis rencontra la jeune Sophie von Kühn (alors âgée de 12 ans), avec laquelle il se fiança secrètement. Sophie von Kühn mourait à quinze ans après seize mois de maladie. La mort prématurée de la jeune Sophie bouleversa Novalis qui vécut cette disparition comme une authentique expérience mystique, philosophique et poétique. Il est l’auteur de la « fleur bleue », 7 peut-être le myosotis, le « Vergissmeinnicht », le « ne-m’oubliez-pas ».

Pour Novalis, la vie n’est pas la vie, elle est impossible, elle est ailleurs, au-delà du jour, dans la nuit, dans une sorte d’exaltation solitaire et mystique. Sophie, l’immaculée, la jeune fille inaccessible devient une image virginale qui règne dans la nuit, petite Mère illusoire et fantasmée, image asexuée d’un amnios sublimé.

« Lointains souvenirs, vœux juvéniles, espoirs fugitifs d’une longue vie, tous viennent à moi, vêtus de gris, comme les brouillards du soir au soleil couché.» 8

L’amour s’est cristallisé, l’homme en regardant son amour perdu s’est transformé en statue de sel fascinante, magnifique, lyrique mais finalement phtisique.

Natrum muriaticum est figé dans une symbiose irrésistible.

Il ne s’agit pas seulement de l’œdipe freudien, mais bien plus d’un retour à la mère dont il faut faire le sacrifice, ce qui est impossible dans son cas.

Dans le langage symbolique de l’alchimie le mot sal ou sel désigne toute substance ou principe solide qui est sorti lui-même d’une solution ou d’une union avec des composants solubles ou combustibles.

Psychologiquement, le symbolisme de la mer met le doigt sur le principe maternel du grand « inconscient collectif » attendu que le sal fait référence à l’activité du conscient. L’émergence de l’esprit individué et de la personnalité s’émancipe elle-même à partir de l’étreinte maternelle de l’inconscient collectif dans sa recherche de conscience et de liberté intérieure.

Il est nécessaire de rejeter les forces maternelles qui nous maintiennent dans la mer de la vie inconsciente pour trouver l’unité de la conscience et de l’individuation en soi.

Le sel, qui est sur notre terre le précipité issu des mers anciennes, est le similimum qui peut aider à la précipitation et à l’émancipation du moi humain à partir de la mer de notre inconscient collectif. 9 Il représente en tout être le principe de fixité qui entre en activité dans le germe pour construire l’organisme. Cette fixité est objectivée de façon synchronique par sa structure cubique, le cube étant un élément d’une grande assise, d’une grande stabilité.  C’est une quaternité sur six faces.

La mère est absente, fantasmée ; on prend soin de l’enfant physique, mais il lui manque la chaleur et l’amour.

L’enfant est complètement abandonné à ses propres émotions. Son angoisse est forte. Il est comme paralysé par une frayeur, horrifié et pressentant un malheur. Il a l’impression d’avoir commis quelque chose de mal et souffre de chaleur et de sueurs nocturnes. Il a peur des voleurs, il a l’impression que quelqu’un est entré dans la pièce. La perte de la mère est inscrite en lui, au point de croire que sa mère (qui est toujours là) est morte, parce qu’il ne peut pas se rappeler l’avoir vue. Il manque d’autonomie, à la nostalgie du pays. Cette quête de l’amnios le rend sensible à l’air marin qui l’aggrave ou l’améliore. Il désire manger des huîtres (calcarea ostreica), du poisson, du sel (ou en a le dégoût). Son état est amélioré par le bain froid, comme par une sorte de baptême. Désir de mère, désir de mer et désir d’amer également. Notons que l’alchimie insiste sur le caractère amer du sel.

Chagrin, tristesse et frustration

Une autre caractéristique de natrum muriaticum est une irrésistible tendance à vivre dans un climat de chagrin, de tristesse, de mécontentement et de frustration

Il multiplie les circonstances qui développent cet état de tristesse, sans le rechercher consciemment. C’est un médicament de chagrin, de chagrin d’amour, de suite de chagrin, de deuil, de mépris, de mortification, de mauvaises nouvelles, à tel point que l’on peut se demander quand le sujet natrum muriaticum a une ébauche de vision positive de son univers.

L’amour est impossible ou extrêmement problématique, le sujet va tomber amoureux d’une personne qui habite à 10000 kilomètres, d’une autre civilisation, ou d’un autre milieu social, ou qui n’est pas disponible. Évidemment l’homosexualité est présente en filigrane puisque la mère est si présente (ou si absente) que l’amour pour le sexe opposé devient difficile.

Le chagrin du sujet est verrouillé. Son déni de sa souffrance le rend parfois faussement gai. Il peut être enjoué, de bonne humeur, gai, danser et chanter, avec une propension à rire. Natrum muriaticum peut rire de façon immodérée à quelque chose qui n’est pas risible, voire dramatique, d’un rire incoercible et incessant, d’un rire aux larmes. Il y a alternance de pleurs et de rires, il rit de façon irrésistible à des moments inopportuns, puis les pleurs succèdent, une grande tristesse, la perte de toute joie.

Il va commencer à décompenser son état nerveux et devenir irritable, facilement contrarié, brusque ; ne supportant pas l’opposition, de mauvaise humeur ; ne pouvant pas aller en société (il a même peur d’y vexer les autres car il n’est guère bienveillant). Il devient mutique, ne desserre pas les dents, se met en colère si on le force à répondre, prend tout en mauvaise part, pleure et hurle.

Il est rancunier et rumine les affronts qu’on lui a fait qui sont constamment dans sa mémoire et il ne peut pas s’en débarrasser, ce qui le rend encore plus de mauvaise humeur et il n’a d’intérêt réel pour rien. Lorsque sa colère s’épuise, il devient triste et profondément déprimé, car il n’a plus la force de faire face à son entourage et de donner le change. Il pleure, surtout seul, car il ne faut pas qu’il montre sa détresse secrète. Il pleure sans savoir pourquoi, même en rêvant, parfois quand on le regarde. Les larmes salées lui viennent constamment aux yeux, que ce soit par tristesse, par allergie ou par photophobie. Mais les larmes ne viennent pas toujours. Parfois, lorsqu’il est triste, par exemple lors d’un deuil, il lui est impossible de pleurer, ce qui le culpabilise particulièrement. Il sombre dans la dépression, la mélancolie et un abattement profond qui le plonge dans un désespoir et un mal de vivre particulièrement douloureux.

Le thème  fondamental de la sécheresse

La sécheresse s’inscrit souvent chez le sujet physiquement par de l’émaciation et aussi moralement sous forme d’introversion et de grande solitude affective. Il y a oscillation possible entre un état de catarrhe, d’humidité et un état de grande sécheresse. Il y a une grande émaciation et la peau a un aspect cireux, sèche, flétrie, ridée. Le nourrisson a l’aspect d’un petit vieux.

L’amaigrissement progresse du haut vers le bas. Les clavicules deviennent saillantes et le cou s’étiole, mais les hanches et les membres inférieurs restent fermes et ronds.

Il y a de la sécheresse de toutes les muqueuses. Natrum muriaticum a de l’herpès labial, de l’herpès génital, sa lèvre inférieure est gonflée, il a une fissure au milieu de la lèvre, des éruptions au bord du cuir chevelu.

Comme dans les marais salants, le sel sèche au soleil. Le soleil est une des craintes de natrum muriaticum.

Le soleil est la cause de nombreux troubles, maux de tête, urticaire, épuisement etc. Les maux de tête sont très douloureux. Le sujet ressent comme de petits marteaux dans la tête en bougeant. Inutile de dire que la Méditerranée n’est pas très faste pour natrum puisqu’il est souvent aggravé au bord de la mer, aggravé par le soleil et la chaleur, et pour peu qu’il y vive un chagrin d’amour…

Comme le sel se dépose sur le marais et dessine des motifs, la langue de natrum muriaticum prend l’aspect d’une carte de géographie, en se couvrant d’une sorte de psoriasis lingual.

Le rythme du remède suit le soleil, avec une aggravation à partir de dix heures du matin, avant midi, comme si le zénith allait être l’apogée du malaise. Natrum muriaticum est plus mal l’été, à la chaleur. Il a soif, très soif. Le malade éprouve une grande soif pour l’eau froide. Il a besoin d’air frais et est souvent claustrophobe… Ses muqueuses sont sèches, il est constipé, ses selles sont sèches, comme des boules, des crottes de bique, parfois douloureuses, d’autant plus que natrum est un remède de fissure anale.

Cette sécheresse que l’on trouve au niveau physique est présente aussi au niveau mental et au niveau émotionnel.

Natrum muriaticum a des idées fixes, il est entier et absolu, il ne fait pas de concessions, le monde est bon ou mauvais. Il a un surmoi très fort et est un être souvent très « bien élevé », trop correct, jusqu’à l’inhibition pulsionnelle. Il est souvent docile (quoiqu’indépendant), craintif de l’autorité, qu’il déteste au fond, mais qu’il peut lui-même posséder, c’est une façon de se protéger de l’autre.

Il est maladif. Il mange beaucoup et maigrit, a le désir de sel, de pain, de choses farineuses, de fruit, mais aussi de craie, de terre. Le sujet a le dos faible, avec des douleurs améliorées en s’allongeant sur quelque chose de dur.

Une mauvaise relation à soi et à l’autre

Cet état est accompagné par une horreur de soi même. Ce défaut d’amour fondamental va de pair avec un manque d’estime et d’amour de soi.

Natrum muriaticum a souvent une dysmorphophobie. Le sujet se regarde souvent dans le miroir et s’imagine avoir un aspect misérable. Si quelqu’un est présent, le malade ne peut pas émettre d’urine, il ne peut pas uriner dans un lieu public. Il s’enferme et est enfermé en lui-même, introverti. Il ne supporte pas qu’on le regarde et pleure quand il est seul, car il ne faudrait pas qu’on s’aperçoive de sa faiblesse.

Il se bâtit un mur d’invulnérabilité, une tour d’ivoire (ou de sel), pour garder le contrôle de son mental hypersensible. C’est un indépendant, qui semble se suffire à lui-même. C’est parfois l’enfant dont on dit en classe qu’il ne participe pas. Pourtant il a tout perçu et entendu.

En fait Natrum muriaticum se cristallise sur son passé, il est hanté par des pensées déplaisantes et ressasse les mauvais moments antérieurs. Il évoque sans cesse dans sa mémoire les désagréments passés pour y repenser en se tourmentant. Il ne supporte pas de parler, d’échanger, lors que son désir fondamental est celui de l’échange, d’une vie comme celle que permet le sel dissous dans une eau rafraîchissante. Il marche et parle plus tardivement que beaucoup d’autres. Il s’agit d’une sorte d’hésitation à user des fonctions de relation. Plus on le console, plus il est affecté. Natrum semble demander la sympathie et s’exaspère lorsqu’on la lui offre.

Toutefois, comme on l’a déjà souligné, avant cette décompensation vers un état d’isolement dramatique, c’est un être qui donne longtemps le change, par une gaieté apparente et des liens affectifs sincères, car c’est un être réellement hypersensible. La douleur qu’il ressent est ressentie chez l’autre, ce qui le rend compatissant. Il peut écouter les autres de façon très responsable et il est souvent très recherché pour son oreille attentive.

L’amour et de la sentimentalité.

Chez le sujet Natrum muriaticum l’amour est impossible.

Une affection non partagée amène des troubles. Une jeune fille devient incapable de contrôler ses sentiments et va s’éprendre d’un homme marié. Elle sait que c’est de la folie, mais perd le sommeil par amour pour lui. Elle s’amourache d’une personne d’un milieu social très différent du sien. Elle sait que c’est déraisonnable, mais ne peut pas s’en empêcher.

Natrum muriaticum a des rêves amoureux, érotiques, des rêves d’amour malheureux. Les premières amours sont inquiétantes, ce qui n’est pas un fait rare, mais qui est très marqué chez le sujet natrum. C’est le type même de l’amoureux transi, qui vit dans un imaginaire intense. Natrum ne va pas danser dans une soirée. Il restera à l’écart, prenant plaisir à observer les autres.

Ils observent un être qui leur semble attirant en silence, s’imaginant tout un scénario et une histoire d’amour sans aucun rapport avec la réalité. Une enfant peut aimer son père de façon très discrète, voire secrète et, s’il meurt, elle souffrira en silence et s’enfermera dans sa chambre pour pleurer.

Pour résister à des amours impossibles, difficiles à réaliser dans le quotidien, le sujet aura des aventures inventées, ou avec des liaisons pratiquement inatteignables géographiquement ou socialement. C’est la princesse et le berger, non pas pour des raisons de révolte mais pour des raisons d’impuissance à réaliser l’amour.

Natrum muriaticum est un rêveur invétéré, dans la lune, distrait. Il est perdu dans ses pensées pendant des heures, à la recherche de ce qu’il peut bien devenir. Il rêve de voyages. Il peut se passionner et même être emporté de façon bouillante sans raison particulière. Son penchant ira vers la musique qui le bouleverse, au point parfois de l’émouvoir aux larmes. Il pourra même compenser son manque par un amour mystique et sublimé, voire joyeux comme on le vit chez Novalis. Il fera de la poésie le soir, en fermant les yeux, alors que des images lui affluent à l’esprit. Son sommeil n’est pas toujours calme. Il peut souffrir d’insomnie, surtout après un chagrin, événement auquel il est tout particulièrement réactif.

Natrum muriaticum enfermé dans son monde imaginaire et son amour inaccessible peut sembler un étranger au sein de sa famille, une sorte de présence fantomatique évanescente et mutique. Il peut sembler avoir de l’aversion pour son conjoint et même peut en ressentir réellement. C’est alors l’amoureux malheureux, l’amoureuse frigorifiée, perdus dans le gouffre insondable de son manque fondamental, celui de la fonction maternelle idéalisée, fantasmée.

Articles de Bernard Long

Notes

 

  1. Whitmont C. Psyche and Substance. Berkeley : North Atlantic Books ; 1991. p. 99.
  2. Pour Jung, la quaternité est un archétype universel ; la quaternité présuppose tout jugement de totalité. Son intégration à la conscience est une des tâches les plus importantes du processus d’individuation. Ma vie. p. 461.
  3. cf. Poisson, p. 12,21,31
  4. Whitmont. op. cit. p.98.
  5. Die chronischen Krankheiten. Heidelberg : Haug Verlag, Band 4 ; reprint 1979.
  6. Jung. Psychologie du transfert. Paris : Albin Michel ; 1980. p. 61.
  7. Novalis. Heinrich d’Ofterdingen. Paris : Aubier ; 1988.
  8. Novalis. Hymnes à la nuit. Paris : Aubier. Éditions Montaigne ; 1943. p. 79.
  9. Whitmont. op. cit.



Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Bernard Long

Médecin homéopathe, j’ai entrevu des ponts très évidents entre le monde jungien et l’homéopathie.
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