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Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

 

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

China officinalis, Hahnemann et les débuts de l’homéopathie

China officinalis est un médicament de la réactivité à un monde qui semble hostile. C’est un hypersensible, un écorché, qui craint d’être pompé dans son énergie vitale par un entourage malveillant. Pour échapper à ce vampirisme il échafaude des théories, des plans et fait beaucoup fonctionner son esprit.

C’est la substance à laquelle Hahnemann fut si sensible. Il rentrait vraisemblablement en résonance avec china.

L’arbre

Le quinquina, encore appelé china ou cinchona est un arbre de la famille des rubiacées, originaire de l’Équateur. L‘écorce qui en contient les principes actifs est utilisée comme fébrifuge. Cette écorce contient un tanin, des matières colorantes diverses, des acides, et une bonne vingtaine d’alcaloïdes différents dont les plus connus sont la quinine et la quinidine.

L’expérience de Hahnemann

Hahnemann fait sa première expérience homéopathique, première pathogénésie en 1790.

 Il décide de prendre pendant plusieurs jours des gouttes de quinquina, 2 fois par jour :

«Au début, mes pieds et les extrémités de mes doigts sont devenus froids ; je suis devenu languissant et somnolent ; ensuite, j’eus des palpitations ; mon pouls devint dur et rapide ; anxiété insupportable et tremblements ; prostration dans les membres ; pulsations dans la tête, rougeur des joues, soif ; en bref, tous les symptômes qui, pour moi, sont typiques de la fièvre intermittente apparurent successivement… Les paroxysmes duraient deux à trois heures chaque fois et recommençaient lorsque je répétais la dose et pas autrement. Je cessai la médication et recouvrai à nouveau la santé.»

«L’écorce péruvienne qui est utilisée comme remède dans le cas de fièvre intermittente, agit parce qu’elle peut produire des symptômes similaires à ceux de la fièvre intermittente chez des sujets sains».

L’intérêt de l’expérience

Cette expérience est intéressante à plus d’un titre :

  • elle est à l’origine de l’homéopathie,
  • elle n’aurait jamais pu avoir lieu de cette façon si Hahnemann n’avait pas été un sujet extrêmement sensible au quinquina ; on ne peut évidemment pas affirmer que china fût son similimum, mais on peut induire qu’il fut très proche du remède. Si l’on administrait à un groupe quelconque des gouttes de quinquina, il est peu vraisemblable que des sujets ressentent des symptômes aussi nets qui, chez Hahnemann, sont survenus à chaque nouvelle prise espacée de gouttes.

La description de china se trouve dans le Traité de Matière Médicale de Hahnemann.

La pathogénésie de china a été faite avec deux espèces de quinquina, l’écorce jaune, Cinchona calisaya ou China regia, et l’écorce grise, quinquina de Loxa… Le China regia ou Cinchonia calisaya (écorce jaune) paraît le plus indiqué pour la prescription.

Ce remède issu d’un monde américain nouvellement découvert, de la « Nouvelle Espagne », est aussi le remède d’un monde imaginaire, le remède des « châteaux en Espagne ».

 

 REMÈDE ET SYMBOLIQUE

 

La perte de l’énergie vitale

L’énergie vitale fuit par effusion de sang, de liquide vital, par des hémorragies, des débâcles, des sueurs ou un épuisement dû aux obstacles de la vie.

L’arbuste se trouve dans des régions sauvages, presque inhabitées, hostiles. On lui arrache son écorce pour la pharmacie. Cela est en relation avec le côté écorché de China. Il a horreur qu’on lui soutire des liquides vitaux : sueurs, débâcles et surtout pertes sanguines.

A propos de la perte sanguine, Emma Jung écrit dans La légende du Graal :

« Toutes ces pratiques reposent sur l’idée que le sang contient le principe de vie et qu’il est le siège de l’âme. Cette idée déjà exprimé dans l’Odyssée: lorsque Ulysse visite l’Hadès, les âmes des défunts reprennent conscience en buvant le sang sacrificiel ; de même dans l’ancien testament : « Car la vie de la chair est dans le sang et ce sang je vous l’ai donné pour faire sur l’autel le rite d’expiation » ; et « Car le sang est la vie de toute chair, aussi longtemps qu’elle vit » ; et « Garde-toi seulement de manger le sang, car le sang c’est l’âme et tu ne dois pas manger l’âme avec la chair ». « Il est clair que le sang était essentiellement une substance mana et toute chose qui possède un grand mana tient sa force d’une idée archétypique sous-jacente. Dans ce cas il s’agit de la croyance en l’identité, sang = vie = âme. ». p.72-73

 Jung écrit dans les Métamorphoses de l’âme et ses symboles :

 « Le démon-serpent chtonique boit le sang, autrement dit, l’âme du héros ». p.703

La nécessité de garder les liquides vitaux

Dans une annotation à sa traduction de la Matière médicale de Cullen, Hahnemann précise (William Cullen’s Abhandlung über die Materia medica – Die einzelnen Arzneimittel – Zweiter Band Leipzig ; 1790. p.18.) : Traduction en Français. 

« Malheureusement, ce que Cullen dit ici est vrai quant à l’art des médecins allemands. La saignée, les fébrifuges, les bains tièdes, les boissons diluées, un régime épuisant, les dépuratifs, des privations constantes et des clystères sont le cercle, dans lequel on tourne en permanence. »

Dans la Préface de l‘Organon (5e édition – trad. Jourdan – Bruxelles : Wahlen. 1837. 4e édition. p. VII) il insiste sur les pertes de liquides vitaux :

«[La médecine] enlève le sang nécessaire à la vie, et cherche soit à balayer la prétendue matière morbifique, soit à l’attirer ailleurs, au moyen des vomitifs, des purgatifs, des sudorifiques, des sialagogues, des diurétiques, des vésicatoires, des cautères, des exutoires de toute espèce, etc. … elle ne fait qu’accroître les souffrances du malade, et prive par ce moyen et par l’emploi d’agents douloureux, l’organisme des forces et des nourriciers nécessaires à la guérison.

Hahnemann avait horreur de la fuite naturelle ou provoquée des liquides vitaux.

Certes cette répugnance pour une pratique issue de la théorie des humeurs survint à la suite d’observations de cas malheureux de sujets épuisés par maladie, exsangues et purgés à l’excès. On peut également penser qu’il était naturellement enclin à cette détestation. Il en déduisit un système vitaliste basé sur la force vitale, la dynamis, sur l’harmonie d’une force vitale capable de maintenir la vie et non plus sur l’équilibre des humeurs plus ou moins peccantes.

Nécessité d’une compensation

L’affaiblissement de la force vitale brutale par effraction est suivie par un anéantissement physique et un épuisement général. Comme dans la symptomatologie de l’anémie le sujet va devenir hypersensible et présentera une hyperidéation compensatoire c’est à dire que, par compensation, les organes essentiels (cerveau, cœur) vont se mettre à fonctionner à grande vitesse. Bien entendu, cette phase hyperactive est suivie par un épuisement total, dépressif et asthénique.

Cette perte d’énergie doit être compensée par des fortifiants. On connaissait la célèbre Quintonine (qui donnait bonne mine) à base de quinquina.

China a bon appétit, même pendant la fièvre et la nuit. Il a un désir d’alcools, de sucreries, d’acide, de choses rafraîchissantes, de café, de friandises, de nourriture très épicée. Quant à la libido, elle est souvent augmentée.

Toutefois il ne digère pas tout, avec des symptômes gastriques après avoir mangé du poisson, pris trop de thé, du vin acide, de la bière nouvelle, des fruits, après avoir mangé et, évidemment après de la viande avariée ou du poisson. Le lait ne lui convient pas. Il est facilement ballonné et flatulent, ce qui le caractérise. C’est un remède du foie et de la rate.

L’enfer c’est les autres !

China est un écorché vif. Comme l’arbre pelé et suintant, il se sent vulnérable, vampirisé et en danger de mort. Il s’imagine qu’on en veut à sa vie, qu’il est entouré d’ennemis désirant attenter à ses jours. Mécontent, il se croit malheureux et pense que tout le monde le contrarie, le tourmente. Il se sent constamment harcelé par des ennemis.

Une patiente china dit :

« En ce moment, j’ai l’impression d’être persécutée par la bêtise humaine, dans un monde de malades mentaux dont la préoccupation est d’emmerder les autres. J’ai l’impression d’être prise en otage dans cette ville. Çà me fait penser à l’inquisition ».

China a une tendance paranoïaque

Il a l’impression d’être empêché par l’Autre qui crée des obstacles à son épanouissement et à la réalisation de ses désirs.

Franz Hartmann relate en 1850 l’état d’esprit de Hahnemann et ses rapports avec son entourage (R. Haehl, Samuel Hahnemann, His Life & Work. Vol. 1 – New Dehli : Jain Publishers ; 1985. p. 100 ) :

« Railleries perpétuelles de la part des étudiants, regards venimeux de la part de la plupart des professeurs, désir anxieux de chacun d’éviter le moindre rapport avec nous –comme si nous étions infectés par une éruption pestilentielle – tout cela a rendu mon séjour à Leipzig vraiment douloureux et par conséquent un passage dans une autre université, en tout cas pour une courte période, hautement souhaitable ».

China est tout pétri de mécontentement et pense que tout le monde se ligue contre lui. Il a une propension extrême à se fâcher et à susciter toutes les occasions de le faire, une disposition à se quereller, à faire des reproches.

China s’isole, il est introverti

Il fait le rêve inquiétant d’être tombé dans un abîme, que quelqu’un a poignardé son frère, qu’il appelle sa mère, que sa mère est morte et qu’elle pleure, que sa mère est blessée au bras.

Cette impression d’être persécuté se cristallise sur la crainte des animaux et particulièrement des chiens. Il a peur sans doute peur d’être mordu par le chien infernal Cerbère, gardien du monde des morts et ivre de sang.

China est à fleur de peau

China est un écorché vif, hypersensible.

Il présente une grande sensibilité du système nerveux et toutes les sensations lui paraissent trop fortes. Il est hypersensible au bruit qui l’empêche de dormir. Les caresses augmentent sa mauvaise humeur. Tous ses nerfs sont exacerbés, avec un sentiment morbide de faiblesse générale. Il a une sensibilité excessive, presque douloureuse de la peau de tout le corps, il est sensible au moindre toucher. Un léger courant d’air l’incommode.

De ce fait china peut être d’un commerce difficile, avec des intolérances possibles à son entourage.

Le rôle fondamental de China pour la fièvre

Ce qui fit la réputation de china et qui fut à l’origine de l’homéopathie, c’est son rôle fondamental au sujet de la fièvre.

En 1630 la comtesse Chinchon en Nouvelle Espagne fut prise de fièvre. On lui donna un extrait de l’écorce d’un arbuste local, appelé palo de calenturas, l’arbre à fièvre. Et ce fut le début d’une grande carrière ! L’écorce fut importée en Europe et fut à l’origine d’un traitement héroïque du paludisme. C’est l’image classique de l’accès de fièvre intermittente, avec ses phases, avant le frisson, pendant le frisson, pendant l’accès fébrile, les sueurs qui s’ensuivent. Fièvre tertiaire ou double tertiaire, quotidienne ou biquotidienne, double quaternaire, malariale, rémittente. Le sujet est épuisé, il a faim, son foie et sa rate sont gonflés.

China bâtit des châteaux en Espagne

China est plongé dans un monde hostile qui l’agresse. Aussi va-t-il s’évader vers d’autres horizons, des « châteaux en Espagne ». Son esprit s‘agite, il ne peut s’endormir, tant son esprit est assiégé d’idées. Il a envie de travailler, de lire, d’écrire, de méditer avec, en général, beaucoup d’empressement à s’occuper l’esprit et le corps. Il peut faire des découvertes, issues d’un nouveau monde d’où il provient.

Il y a là un balancement entre l’énergie vitale du sujet et son psychisme, montrant ainsi le vaste champ de sa libido. Tout en gardant l’importance de l’énergie sexuelle dans la libido

On pense ici à Jung qui, dans son concept d’énergie psychique, a déterminé deux pôles entre lesquels il existe une différence de potentiel : le pôle sexuel, ou plus exactement le pôle instinctuel, et le pôle de l’esprit (cf : L’homme et la nature selon C.G. Jung).

Toute cette agitation mentale part parfois dans tous les sens. Il ne peut mettre ses idées en ordre, il se trompe, en parlant et en écrivant, dans le placement respectif des mots.

Hahnemann, comme le sujet China, était de type pensée

Comme Hahnemann, china est de type « pensée », « pensée introvertie ». Hahnemann a passé sa vie à organiser son expérience de façon conceptuelle et logique. Sa fonction « sentiment » semble s’être révélée tardivement, au moment de sa liaison et de son mariage avec la jeune Française Mélanie Le Cat d’Hervilly, sa cadette de 45 ans.

On rencontre assez souvent chez les sujets china des théoriciens, en tout cas des personnes que l’on peut qualifier d’intellectuelles. En témoignent les paroles d’un petit malade, premier en classe, plongé dans la lecture : il considérait les autres de haut, n’aimait pas la gymnastique. L’intellectuel type !

«Je veux être pilote de ligne pour les voyages et pour avoir la paix. Au début de l’année il y en avait qui me crachaient dessus ! Je ne suis pas accepté par les autres, ils me battent!».

Évidemment cette tension mentale chez le sujet China ne peut persister éternellement. Elle va bientôt faire place à une torpeur et une nonchalance. Il n’a nulle disposition aux travaux de cabinet, une envie de dormir et une aversion pour les travaux de corps et d’esprit. Il devient indifférent. Ce qui lui paraissait jadis sous de belles apparences, lui semble maintenant sans valeur et sans mérite.

Hahnemann fut un exemple particulier de cet intellectuel créatif, qui développa un système médical et thérapeutique complet totalement original, contre vents et marées. Son « Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives des substances médicinales » de 1796 fut une innovation considérable dans le monde de la pharmacologie de l’époque.

 

Important : il est possible que l’un des remèdes décrits sur ce site vous convienne, mais on ne peut l’affirmer sans un interrogatoire et un examen sérieux effectués par un médecin homéopathe. Le site est fait pour faire connaître l’homéopathie, en aucun cas il ne peut se substituer à un thérapeute. Le docteur Bernard Long n’assure plus de consultations.

Adresser un message à l’auteur de cet article (Il ne doit pas concerner une consultation à caractère médical).

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Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages.

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Médecin homéopathe, j’ai entrevu des ponts très évidents entre le monde jungien et l’homéopathie.
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