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Ecrits sur Jung
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Ecrits sur Jung
Docteur Bernard Long
Homéopathie et symboles
Lexique homéopathie
Poésie


Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

 

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

De soleil et d’or : aurum métallicum

Le soleil et l’or

L’or, métal du soleil a, depuis des temps incalculables, fasciné l’humanité.

L’or a été le métal « royal » qui alimente les auréoles royales éclatantes de soleil : leurs couronnes. C’est de façon universelle un symbole d’une valeur impérissable. Même là où l’or de suffit plus actuellement à battre monnaie, il continue, cependant, à représenter la référence commune de l’argent 1  …

L’or est un métal jaune d’une densité de 19,3, d’un poids atomique de 197,2, très mou, très ductile et extrêmement malléable puisqu’il peut être laminé en feuilles n’ayant qu’un dix-millième de millimètre d’épaisseur. Ceci implique une très grande cohésion moléculaire. A cette minceur il prend une coloration rouge-rubis. Il fond à 1063° et cristallise dans le système cubique. Il est le plus stable des métaux, inoxydable à l’air et dans l’eau 2.

C.G. Jung et l’alchimique sol

Dans son ouvrage Mysterium conjunctionis Jung parle du soleil, il parle de sol.
Dans le langage alchimique, sol (le soleil) signifie en premier lieu l’or… Or et soleil sont symbolisés par le signe . Mais, de même que l’or philosophique n’est pas l’or vulgaire, le soleil n’est ni l’or métallique, ni le corps céleste. (MC,p.133)

Tout alchimiste savait que l’or doit sa couleur rouge au fait qu’il est mélangé avec le cuivre, c’est-à-dire avec Cypris (Vénus), dont le nom désignait la substance de transmutation dans l’ancienne alchimie grecque.

Rougeur, chaleur, sécheresse, sont les propriétés classiques du typhon égyptien qui, en tant que principe mauvais est, comme le soufre alchimique, en étroit rapport avec le diable (MC,p.134). Cela fait penser au typhon responsable des maladies inflammatoires chez les Égyptiens.

Le soleil et l’or symboles de vie

Le soleil est évidemment un symbole de vie. Dans la tradition hermétique, l’or est considéré comme une partie d’une triade « fonctionnelle » composée du soleil, du cœur et de l’or, entités synonymes qui se correspondent…

Pour l’alchimie, l’or représentait le principe solaire et le but le plus élevé de la transformation spirituelle

Sur le plan astrologique, le principe solaire assure à la volonté de vie dans la conscience humaine individualisante le sens de la valeur de soi, la loyauté, la responsabilité, la fierté, la volonté, l’énergie vitale et la capacité à exercer le contrôle, tout ce qui échoit au cœur…

Toutes ces traditions témoignent de la correspondance profondément ressentie entre la substance de l’or, le soleil et l’organe solaire, le cœur. Soulignons que, dans ce rapport, le centre et la source de la conscience, ainsi que de la volonté de vie, étaient traditionnellement associés au cœur, l’organe du sentiment, plutôt qu’au cerveau. 3

Lémery rappelle que l’or tient le premier rang entre les sept métaux, parce qu’il est le plus parfait, le plus pesant, et qu’il est dit recevoir des influences du plus beau de tous les astres, qui est le soleil.4

Philalèthe prétend avoir enseigné que l’art doit avoir pour principes l’Or et le Mercure ; il a montré que le Soleil est l’or, et que cela ne doit pas être pris métaphoriquement, mais dans un vrai sens philosophique. 5

Une réalité bienfaisante

Le soleil (l’or) est formé d’un argent vif très subtil et de peu de soufre, fort pur, fixe et clair, qui a une rougeur nette… 6. Comme le pensait Saint Thomas d’Aquin :

L’or est composé d’un soufre rouge, clair, subtil, non brûlant, et d’un mercure subtil et clair… Il ne peut être brûlé par le soufre, ce qui est possible pour tous les autres métaux.7

La substance active du soleil est une réalité bienfaisante. Distillée sous forme de « baume », elle engendre les citrons, les oranges, le vin et, dans le règne minéral, l’or pense Jung (MC,p.134).

La puissance du soleil est désignée du nom de sulphur (soufre). C’est un génie vital doté de chaleur qui en rapport étroit avec le soleil dans la terre, c’est-à-dire « le feu central » et de « géhenne ».

Il existe également un sol niger, un soleil noir qui coïncide avec la « noirceur » et la putréfaction, avec l’état de mort. (MC,p.136) La qualité solaire masculine qui revendique la moitié droite de notre double quaternité ne connaît ni froid, ni ombre, ni pesanteur, parce que, tant que tout va bien, elle s’identifie le plus possible avec la conscience, qui est normalement l’idée que l’homme se fait de lui-même.

Aurum metallicum

On trouve la pathogénésie de aurum metallicum chez Hahnemann dans le Traité de matière médicale et dans les Maladies chroniques 8 :

« J’en trouve les premières traces au huitième siècle dans Geber, qui vante l’or comme une materia laetificans et in juventute corpus conservans.

Vers la fin du dixième siècle, Scrapion dit que ce métal en poudre est utile dans la mélancolie et dans la faiblesse du cœur.

Au commencement du onzième, Avicenne nous apprend qu’il entre dans des remèdes contre la mélancolie, qu’il fait cesser la puanteur de la bouche, que même, pris à l’intérieur, il est d’un grand secours contre la chute des cheveux, qu’il fortifie les yeux, qu’il est utile dans la cardialgie et les battements de cœur, et qu’il convient beaucoup dans la difficulté de respirer.

Au commencement du douzième siècle, Albucasis prescrit, pour obtenir l’or en poudre, de le frotter sur un linge rude, au-dessus d’un vase plein d’eau, et d’employer la poudre qui tombe au fond du liquide, mode de préparation que recommanda également Jean de Saint-Amand.

Dans le treizième siècle, Zacurus Lusitanus l’adopta aussi, et donna l’histoire d’un gentilhomme depuis longtemps atteint de mélancolie, qu’il guérit, dans l’espace d’un mois, par le seul usage de cette poudre d’or… J’ai guéri en peu de temps, et d’une manière durable, des mélancolies analogues à celles que l’or provoque, et qui avaient fait naître des pensées très sérieuses de suicide ; je l’ai fait avec de petites doses, contenant ensemble, pour un traitement entier, de trois à neuf centièmes d’un grain d’or.. ».

 

AU CENTRE : LE CŒUR ET LE SOLEIL

Je suis le Roi Soleil

L’or, comme le soleil, est au centre du monde.

En Égypte ancienne, l’or est la chair des dieux 9. Les planètes tournent autour de lui. Il est Icare, l’aviateur qui domine la terre, le cosmonaute lumineux, toujours plus haut, toujours plus brillant, toujours plus rapide. Il est Ré, il est Aton, il est Hélios, Apollon, il est le Roi Soleil. Il est l’autorité, le père, l’influence paternelle dans le psychisme, sous la forme de l’instruction, de l’éducation, de la discipline et de la moralité.

Aurum est au cœur du système, de l’horloge vitale. D’ailleurs il a un tropisme particulier pour le cœur.

Le sujet aurum a la sensation que le cœur s’arrête de battre un instant, immédiatement suivie d’une sensation de bondissement de l’organe et des battements violents, une sensation de défaillance à l’épigastre. Le pouls est rapide, faible, irrégulier avec des battements visibles des carotides et des temporales. Il peut ressentir une très grande angoisse qui surgit de la région du cœur. C’est un remède de douleurs angineuses.

C’est le remède du jour. Il est aggravé la nuit. La nuit c’est l’exil. Comme dans la syphilis et l’intoxication mercurielle, les troubles s’aggravent la nuit, ils surviennent le soir et durent toute la nuit.

Il touche l’organisme en son centre : le cœur, les os. C’est une remède des os et des articulations : rhumatisme avec gonflement des articulations ; affections des cartilages et des os, inflammation du périoste, épaississement du périoste.

Dans ce remède, les douleurs sautent d’une articulation à l’autre pour se localiser finalement sur le cœur. Mais c’est aussi un remède des caries osseuses, en particulier des caries des os du palais et des caries des os du nez. Le fameux Roi Soleil était vraisemblablement un cas proche d’aurum car ce roi centralisateur était affligé d’un trou dans la mâchoire supérieure gauche dont toutes les dents avaient été arrachées. Ce trou était la conséquence « de l’éclatement de la mâchoire arrachée avec les dents qui s’étaient enfin cariées » 10.

Les autres, l’abandon et la colère

Aurum – sol est entouré par les astres et les « autres ». Il est le principe fixe, masculin. Tout gravite autour de lui, mais lui ne tourne pas autour des autres planètes.

On pense à la Fronde qui provoqua sans doute par réaction la monarchie absolue de Louis XIV face à une féodalité qui lui échappait. Il était intolérable de voir les autres se détourner de l’astre central. Non seulement cela pouvait être dangereux pour le royaume, mais c’était inadmissible car cela signifiait l’abandon, le dépit. Ces sentiments ne pouvaient qu’occasionner la colère, la tristesse et le désespoir.

Aurum est un remède de chagrin, de chagrin d’amour, d’abandon, de suite de dédain. Il croit avoir perdu l’amour des autres, être abandonné par ses amis et cela le chagrine jusqu’aux larmes et au désespoir. Si on le laisse seul, il va s’asseoir immobile dans un coin, taciturne, apparemment mélancolique.

Mais la moindre contradiction le met en colère. La colère est caractéristique d’aurum. Il a beaucoup de propension à s’offenser, même pour la moindre chose. Il est emporté, irritable et la moindre contradiction peut le mettre dans la plus grande fureur. Il cherche tout pour se quereller avec quelqu’un et lui dire des grossièretés. Il ne veut plus voir personne et peut être violent.

L’activisme, la responsabilité, la culpabilité

Aurum est responsable des autres, ce qui est normal quand on a prend la position du soleil, car toute l’économie du système dépend de cette situation centrale.

Si les nobles ont frondé n’est-ce pas aussi parce qu’il y a eu négligence de la part du roi ? Il a négligé quelque chose. Il est dans l’erreur, il est mauvais jusqu’à la moelle, il a péché et a laissé passer le jour de la grâce. Par conséquent il ne mérite pas d’être sauvé. Il se repend de son inactivité, il a du mal à travailler et pourtant quelque chose le pousse, il doit toujours être en mouvement. Mal à l’aise et pressé, il a le désir d’activité physique et mentale.

Il ne peut agir suffisamment vite. Il se figure tout le temps qu’il a négligé quelque chose, qu’il a négligé ses amis. Il croit qu’il mérite des reproches pour avoir négligé son devoir. Il est mécontent de tout. Il imagine des obstacles partout sur son chemin, en partie à cause d’un sort contraire, en partie à cause de lui-même, chose qui le rend déprimé de façon morbide.

Voir le monde de haut

Aurum est beau parleur, il est intelligent, il juge, il est le logos. Aurum a tendance à voir le monde de haut, bien qu’il puisse avoir le vertige. Il se plait en hauteur, ce qui n’est pas étonnant quand on voit les astres de loin. Il peut voir les objets petits.

Aurum peut présenter une hémianopsie horizontale, où il ne voit que la moitié inférieure des objets, il ne voit pas les choses inférieures.

Il brille au firmament. Il voudrait être Icare, pilote de ligne avec des étoiles sur la casquette. Il est vif, remuant, animé, autoritaire. Son verbe est haut et il ne supporte pas bien la contradiction qui le met en colère.

Il aime monter, dominer mais attention, lorsqu’il décompense il peut alors avoir quelque impulsion à sauter d’une hauteur, d’une fenêtre. Son goût pour le parachute, le parapente, le saut à l’élastique deviennent alors une conduite ordalique qui peut conduire au suicide dans une accès de mélancolie.

De la  gaité à la profonde dépression

Aurum peut être d’humeur enjouée. Il aime s’entretenir avec d’autres.  Il a une belle énergie. C’est une sujet tonique, qui sait ce qu’il veut, qui peut imposer sa volonté, qui est gai, avenant et actif. Mais cet allant s’épuise ou tourne rapidement, sous le coup d’une contrariété ou parfois sans raison apparente.

Un homme qui a un jugement sain dans ses affaires, bon père, que son entourage juge sensé, peut ruminer en silence son état et sa haine du monde.  Il n’en a parlé à personne et voilà qu’on le trouve pendu dans sa chambre (Kent). Il souffre de mélancolie. Il imagine qu’il est inadapté à ce monde et désire mourir.  Il pense à la mort avec joie. Découragé et désespéré, il croit qu’il fait tout de travers et que rien ne lui réussit. Il regarde le côté noir des choses, pleure, prie, pense qu’il n’est pas fait pour ce monde, désire la mort, forte inclination au suicide. Désespéré, il se jette dans le vide.

Conclusion :

La terre est bleue comme une or – ange

Articles de Bernard Long

Notes :

  1. Whitmont E.C. – Psyche and Substance, Essays on Homeopathy in the Light of Jungian Psychology – Berkeley : North Atlantic Books ; 1983. pp. 158-161.
  2. Hodiamont G. – Homéopathie et physiologie – Paris : Similia et Baillière ; 1983. p.306.
  3. Whitmont E.C. ibid. p. 158.
  4. Lemery N.- Cours de chymie – Paris : Louis Charles d’Houry ; 1756. p. 51.
  5. Philalèthe E. – L’ Entrée ouverte au palais fermé du Roi – Paris : Bibliotheca Hermetica ; 1970. p. 96
  6. Geber – La somme de la perfection – Bibiothèque des Philosophes Chimiques. Jean Mangin de Richebourg, tome 2. Paris : Beya ; 2003. p. 223.
  7. Traité de la pierre philosophale. Archè ; 1979. p. 61.
  8. Hahnemann S. – Traité de matière médicale ou de l’action pure des médicaments homoeopathiques – tome 3. trad. par A.J.L. Jourdan – Paris : Similia ; reprint 1989.
  9. Daumas F. – Les dieux de l’Égypte – PUF : Paris ; 1970. p.25 : « Il est bien possible qu’Hathor ait été anciennement désignée par le lieu d’origine de son culte : Celle-d’Ombos. Mais en égyptien, ce mot avait les mêmes consonnes que le mot Or. C’était parce que la déesse était d’Or, la chair même de Rê, la matière par excellence des corps divins. »
  10. Caroly M. – Le corps du Roi-Soleil, Grandeur et misères de sa Majesté Louis XIV – Paris : Imago/Les éditions de Paris ; 1990. p.138



Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Bernard Long

Médecin homéopathe, j’ai entrevu des ponts très évidents entre le monde jungien et l’homéopathie.
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