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Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

 

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Natrum carbonicum : la grande lessive alchimique

Le sujet natrum carbonicum recherche une purification semblable à celle décrite par Jung dans Psychologie du transfert. Cela peut le conduire à une forme de momification.

Le natron

On trouve le sodium principalement à l’état de chlorure et de nitrate de sodium. Les végétaux marins prennent à l’eau de mer la soude que l’on retrouve dans leurs tiges ou leurs racines.

L’incinération des plantes marines fut longtemps le seul procédé pour obtenir la soude du commerce ou carbonate de sodium qui est un corps minéral ayant pour formule Na2CO3. Ce sel est extrêmement soluble dans l’eau : cent parties d’eau dissolvent vingt-six parties de carbonate à 20 centigrades.

Il absorbe l’humidité, c’est pourquoi les échantillons nettoyés à l’alcool doivent être placés en sachet ou boîte hermétique, à l’abri de l’humidité de l’air.

Hahnemann décrit le remède dans les « Maladies chroniques » :

« On prend la soude du commerce, on la dissout dans deux parties de son poids d’eau distillée bouillante, on filtre la liqueur, on la laisse cristalliser à la cave, et on fait sécher les cristaux sur du papier gris ; puis, avant qu’ils s’effleurissent, on en prend un grain, qu’on traite à la manière des autres substances sèches. »

En fait Hahnemann utilise dans les « Maladies chroniques » das käufliches Natron. A la rubrique Natron dans son Apothekerlexikon, il renvoie à Sodalaugensalz que Jourdan traduira par « soude du commerce ». Dans la Pharmacopée française on emploie le carbonate de sodium monohydraté Na2CO3, H2O pour préparer le remède.

Le natron est utilisé depuis l’antiquité

Le natron était connu des Égyptiens. Le natron pur, véritable fleur alcaline cueillie au lever du soleil, était sans doute réservé aux rois, nobles princes et pharaons, pour les rites de la momification.

On connaît trois formes hiéroglyphiques pour désigner le natron : ntri, bd et ḥsmn. « Nitre » est un nom emprunté au latin nitrum, emprunté au grec νιτρον, emprunté à l’égyptien nrt. Le nom ntr est homographe consonantique du nom ntr qui signifie « dieu ». S’agit-il d’une parenté par étymologie ou bien d’un simple hasard significatif ?

En perdant son eau, le natron voit ses cristaux « s’ouvrir ». Il s’ensuit ce que les anciens appelaient l’efflorescence du natron, avec production de ce qui fut nommé « flos nitri », écume ou fleur de natron.

Purification, dessication et conservation

Le natron est souvent cité dans les papyrus médicaux. Il était aussi employé par les céramistes et pour la production du verre. Mais l’utilisation la plus marquante semble avoir été de tout temps la purification, qui sépare, isole le souillé du non souillé, la dessication et la conservation :

  • Les embaumeurs utilisaient le natron en assez grande quantité pour déshydrater le cadavre. Ils plongeaient le corps pendant environ 40 jours. Le corps s’asséchait naturellement.
  • Le natron était également utilisé pour purifier les hommes et les dieux.
    « Le prêtre présente le sel (natron) qui purifie le corps des hommes et des dieux d’Egypte ».
    (M. Alliot dans « Le culte d’Horus à Edfou au temps des Ptolémées »).
  • Le natron sert également au blanchiment du linge, à la préparation du cuir et à la conservation de la viande.
  • Pour la propreté et les soins du corps, en particulier les soins des dents, les bains de bouche (associé au térébinthe).

Les contemporains connaissent le produit pur sous le nom de cristaux de soude.

 

La symbolique du natrum carbonicum

La grande lessive alchimique

La réponse se retrouve à la fois chez Jung et dans la symbolique alchimique. C’est l’étape de la purification, qu’il décrit dans Psychologie du transfert.

A la suite du nigredo, apparaît le stade de la cendre, kalium carbonicum, où tout s’effondre.

Puis vient la stade du lavage et de la purification, de l’albedo où l’on voit s’élever, sous la forme d’un oiseau, l’âme inconsciente dans le Rosarium philosophorum.

Cela se retrouve aussi dans le ba, selon la représentation égyptienne de « l’âme ». Cette étape peut être objectivée par l’action du natron, substance lessivante, gorgée de la puissance ignée du soleil. Le natron purifie le linge, la bouche, l’entrée au temple et surtout la nigredo des cadavres arrivés au seuil de l’Amenti.

Jung écrit dans les Racines de la conscience :

« Laver se rapporte à la purification ou baptême et en même temps à la toilette, au lavage du cadavre… Ce qu’il fallait laver était la matière initiale noire… ». P 336

Le natron, sel solaire s’il en est, car il est extrait de terrains asséchés au soleil, peut être assimilé à ce passage au blanc. Jung, dans Psychologie du transfert, écrit :

« La purification… Le passage au blanc est comparé à un lever du soleil. C’est la lumière qui apparaît après les ténèbres, l’illumination après l’obscurcissement ». P 139

L’idée de purification, de mort, escortée par Anubis psychopompe lors du voyage de l’osiris momifié, conduit à la notion de sublimation, de purification d’un monde souillé qui conduit le défunt vers une destinée sublimée.

Le soleil, principe de l’élévation spirituelle

On peut constater que natrum carbonicum est imprégné par la présence du soleil. Nous avons vu que le carbonate des sodium est sublimé par le soleil qui le tire de son état aquatique et saumâtre.  Le soleil le met en gloire mais l’arrache aussi à son berceau.

Natrum carbonicum est frileux mais ne supporte ni la chaleur, ni le soleil qui lui provoque des céphalées et de nombreux désagréments allant jusqu’à l’insolation qui restera longtemps inscrite dans son organisme. Il est très affaibli à la chaleur de l’été. Le sujet préfère souvent les pays plutôt froids et évite la plage.

Pour Marie Louise von Franz, le soleil, du point de vue psychologique, symbolise la source de la conscience (Les rêves et la mort). Dans son ouvrage Alchimie elle ajoute que, grâce au soleil on atteint n’importe quelle hauteur. On est poussé vers le haut, ce qui revient à dire que le soleil est la force qui élève…

On voyait souvent dans le soleil le principe de l’élévation spirituelle, conférant aux choses la perfection, les exaltant au plus haut et les rendant visibles.

Mais cette élévation spirituelle peut aussi éloigner le sujet du monde. Il devient indifférent et la sécheresse le momifie.

Le sujet natrum se sent isolé

Cette purification, ce traitement drastique aux cristaux de soude momificateurs va isoler le sujet natrum carbonicum. Il va se sentir coupé des autres. Ce mode d’existence plus ou moins harmonieux au sein de la famille et de la société s’avère difficile. Il devient le cathare, le pur, l’osiris transfiguré au milieu d’un monde qui demeure ordinaire.

Natrum carbonicum a une prédisposition à pleurer des journées entières, accablé par l’ennui et une sensation d’abandon. Il rêve qu’il perd son chemin, qu’il s’égare.

Ce n’est pas que natrum carbonicum soit insensible, il peut même être compatissant, mais il montre une certaine indifférence envers son prochain car il est détaché.

On pourrait penser que son sentiment empathique est plus juste et parfois moins animé par une affection égocentrée du fait de sa transformation.

Il devient parfois indifférent vis-à-vis de sa femme et de ses enfants.  Il supporte mal la vie de groupe et surtout certaines personnes. Dans ce cas les sympathies sont carrément sélectives et non dénuées de sectarisme.

Ce caractère sectaire rappelle les mouvements exaltés ou manichéens et il aime mieux passer son temps avec les gens avec qui il me sent bien.

Il peut se montrer irritable et mécontent de tout

Natrum carbonicum, sujet délicat, peut être aimable, doux et affectueux, voire joyeux, mais son caractère peut aussi se montrer irritable et mécontent de tout. Il a alors envie de se battre et de se quereller. Il ne supporte pas la contradiction et devient violent, donnant des coups de pieds, parlant avec véhémence, ce qui n’en fait pas toujours un être doux et réservé ! Il rêve de combats, de querelles.

Un pas vers l’individuation

Natrum carbonicum sublimé est un sujet digne et réservé. On a l’impression que, dans son contexte de purification, il va subir une sorte de transfiguration, de sublimation au seuil de ce saint des saints, ce naos.

Il est extrait par le soleil de son berceau aquatique et fait un pas vers une individuation avec harmonisation du soi et du moi. Il s’agit d’une sorte de baptême dans l’eau lustrale du natron, en présence de l’inconscient aquatique et du conscient solaire. Le danger d’une telle « initiation » peut être un ostracisme discriminatoire, ce que l’on peut trouver chez des « élus » qui ne se mêlent plus aux simples mortels (une sorte de manichéisme).

Sa transformation est à l’image de la momification

Sa transformation est à l’image de la momification, cette épreuve définitive guidée par Anubis. L’Osiris est momifié dans un mélange de natron, de résines et d’aromates. Au terme de cette momification il est soumis à l’ouverture de la bouche et à sa vie éternelle. M. L. von Franz écrit dans Les rêves et la mort  :

« On y voit les ba, les âmes des morts, partir pour leur voyage dans une barque avec le dieu-Soleil. Ce voyage vers l’au-delà, suivant la trajectoire solaire, commence par une descente aux enfers, […] et se poursuit vers l’est à travers des territoires variés, exposé parfois aux attaques de puissances menaçantes. Puis la mort retrouve le dieu-Soleil, réapparaît avec lui rajeuni et abandonne sa momie dans le royaume infernal ». P 123

On peut y voir l’irruption du soi, jusqu’à lors inconscient, dans le moi qui perd ici sa prédominance. Comme von Franz l’a dit, le soleil est la conscience.

Ce processus passe par une mort et un bain spécial dans le natron où le corps est purifié. Mais attention, si le dosage est mauvais et si le natron n’est pas conforme, le corps peut être disloqué, éparpillé.

Il rêve d’enterrement, de corps morts…

Natrum carbonicum rêve du danger de l’eau, d’enterrement, de corps morts, de parties du corps, parfois coupées, (il rêve d’avoir les oreilles coupées). Cette succession  de songes évoque le travail du thanatopracteur.

L’appel vers un monde sublimé donne au remède une sensibilité délicate qui le rend vulnérable à certaines musiques, hypersensible à la beauté, anxieux en jouant du piano. Il peut pleurer en écoutant de la musique.

Évidemment l’hypothèse masiste de l’harmonie (Alfonso Masi, homéopathe argentin, 1932-2003), noyau central de natrum carbonicum est ici justifiée.  Cependant, elle ne découle, à mon avis, que de la disposition à la purification qui, à la fois fait percevoir des sphères subtiles, et éveille d’un autre côté la nostalgie d’un monde plus humain.

Quant à sa hantise de l’orage, elle est caractéristique, au point de pouvoir lui provoquer des débâcles. Il a cette sensibilité de phosphorus, cette faculté de ressentir les atmosphères et leur charge émotionnelle et énergétique.

Répercussions sur le plan somatique

Natrum carbonicum sort du domaine mondain et pense entrer dans un domaine sublime et supra-mondain. Évidemment, il ne supporte plus vraiment ce monde, ce qui s’inscrit d’abord sur le plan somatique.

Il n’assimile pas bien les aliments. C’est un dyspeptique qui apprécie sa nourriture qui l’améliore, mais celle lui reste un peu sur l’estomac. Il a facilement de l’acidité gastrique et souffre de flatulences. Son isolement et son recul par rapport aux autres commencent certainement très tôt : il ne supporte pas bien le lait qui lui provoque des diarrhées. Son transit est variable, allant de la débâcle à la constipation.

Il est isolé aussi par les muqueuses, avec même un symptôme particulier chez le nourrisson : le muguet. La peau n’est pas épargnée : éruptions de toutes sortes, herpès.

Toutes les barrières deviennent des obstacles

Toutes les barrières deviennent des obstacles qui réagissent aux ingestas et à l’environnement. C’est ainsi que la lumière le blesse, que le bruit le dérange particulièrement. Il est hypersensible et a peur au moindre bruit, au bruit soudain, au claquement d’une porte, au froissement du papier.

James Tyler Kent (1849-1916), médecin américain, dit :

« Le bruit de la plume sur le papier provoque des palpitations, de l’irritabilité et de la mélancolie ».

Natrum carbonicum ne mange pas de viande, qui est la marque du monde animal et il ne supporte pas bien la viande de porc. Le porc ne fut pas toujours en odeur de sainteté, l’Egypte l’assimilait à Seth, meurtrier d’Osiris.

Cette sensibilité exacerbée va l’isoler de l’humanité, de la société, de certaines personnes, voire même de sa famille. Il s’éloigne de la société et se sent différent.

En résumé

Natrum carbonicum est à l’aise dans sa saumure, dans un monde inconscient qui sommeille, mais le soleil le tire de cet état aquatique et le transforme en fleur de natron, une efflorescence sublimée et pure.

Le processus est difficile, voire douloureux, car, même si cette évolution conduit à réaliser son intériorité, tel un osiris transfiguré, il se sent momentanément ému par les sphères qui l’appellent, isolé et séparé du monde ordinaire symbiotique, ce qui provoque en lui une nostalgie profonde qui l’émeut aux larmes.

Il s’ensuit un équilibre difficile entre le mondain et le supramondain, entre le soi et le moi sur le chemin qui mène à son individuation.

Articles de Bernard Long




Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages.

Bernard Long

Médecin homéopathe, j’ai entrevu des ponts très évidents entre le monde jungien et l’homéopathie.
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