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Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

 

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Ammonium muriaticum et l’histoire du Petit Poucet

Mort de froid, épuisé, à bout de souffle, exténué, loin de tout dans une forêt glaciale, plongé dans un inconscient désertique, le Petit Poucet y a échappé en semant des cailloux. Sa situation éclaire le remède ammonium muriaticum.

Illustration Gustave Doré – 1867

La description et l’utilisation du chlorure d’ammonium sont décrites à la fin de cet article.

Le remède homéopathique ammonium muriaticum

Le remède fut d’abord étudié par Nenning, publié par Hartlaub en 1883. La pathogénésie fut augmentée et publiée dans les « Chronischen Krankheiten  » par Hahnemann.

Hahnemann écrit :

« On prend un gros de sel ammoniac en pains, qui est le plus pur, on le pulvérise, on le dissout dans un gros et demi d’eau distillée bouillante, on filtre la liqueur à travers du papier-joseph, et on la met à la cave, pour qu’elle cristallise tranquillement.. on l’élève successivement jusqu’à la trentième dilution. »

Pour les anciens le sel ammoniac, le salmiac était un sel alcali. Nicolas Lefevre précise la différence entre les alcalis (Cour de chymie. 5° édition. Tome IV. Paris : J.N. Leloup ; 1751. p.36)

« Le nom d’alcali ne se donnait au commencement qu’aux sels fixes des végétaux, mais comme on a remarqué que les sels volatils n’étaient pas moins contraires aux acides que les fixes, on a étendu ce nom à tous les urinaux volatils et fixes et on les nommés alcali. »

Il précise la différence entre les alcalis (ibid. p.34)
« Les sels alcalis sont nommés urineux, parce qu’ils ont la saveur de l’urine, il y en a de deux sortes, le volatil & le fixe. Le premier s’envole de lui-même en l’air, ou à une chaleur légère. Le fixe est celui qui soutient le feu sans s’envoler, comme sont tous les sels tirés des cendres.

Les sels volatils abondent dans le règne animal, ils sont rares dans le végétal et très rares dans le minéral. Toutes les parties des animaux mêmes les plus abjectes, comme la fiente, l’urine, le poil, la sueur et les cornes fournissent de grandes quantités de sel volatil. »

 

La symbolique d’ammonium muriaticum

 

Ammonium muriaticum perd son souffle

Abandonné et à bout de souffle, ammonium muriaticum n’est plus animé.

En effet, ammonium muriaticum (alcali volatil) est un remède fortement lié à l’énergie vitale et tout particulièrement au souffle de vie. Le πνευμα et a un fort tropisme respiratoire.

L’air, diffusé dans l’organisme, anime non seulement la respiration, mais traditionnellement il anime aussi le corps dans ses mouvements. Non seulement il est pénétrant, mais il se volatilise facilement, montrant ainsi sa participation préférentielle à l’air.

C.G. Jung et la symbolique alchimique

Il y a volatilisation, sublimation. Dans le Rosarium philosophorum la sublimation fait suite à la nigredo : la figure 7 du Rosarium montre « l’ascension de l’âme ». L’âme s’élève, l’inconscient surgit dans un tableau de solitude et de dissolution.

Jung à propos de la figure 7 du Rosarium philosophrum écrit dans Psychologie du transfert (p. 132) :

« La description de la putréfaction se poursuit…. L’âme se sépare du corps et retourne à son origine céleste… L’homologue psychologique est un sombre état de désorientation. La désagrégation des éléments signifie la dissociation et la dissolution de la conscience du moi, telle qu’elle existait jusque-là. »

Il ajoute (ibid. pp. 132-134) :
« Comme dans la mort réelle, l’âme se sépare du corps et retourne à son origine céleste… L’homologue psychologique est une un sombre état de désorientation. »

A propos de la sublimation il écrit dans Mysterium conjonctionis – tome 1 (p. 293-294.) :

« Mais sur le plan psychologique ces opérations équivalent à la réalisation de la conscience, à l’intégration d’un contenu psychique jusque-là inconscient. Les contenus inconscients sont, eux aussi, cachés quelque part dans le corps, un peu comme les démons de la maladie, sur lesquels la conscience n’a aucune prise, en particulier lorsqu’ils provoquent des symptômes corporels dont les causes organiques ne peuvent être mises en lumière. ».

Ammonium muriaticum est solitaire et coupé de ses sources vitales

Ammonium muriaticum prend conscience de sa solitude fondamentale, de son état mortel et éphémère. Il prend aussi conscience de sa perte du souffle vital et de la conséquence au niveau respiratoire et moteur (la dissolution de l’élément air est reliée à la perte de la mobilité).

L’effondrement de ce système « pranique » va donc non seulement couper le souffle du sujet, mais aussi lui couper les jambes, l’empêcher dans le mouvement, le couper du monde et de ses sources vitales, un peu comme si ammonium muriaticum était plongé dans un milieu qui ne le nourrit plus, dans une famille qui ne le perfusait plus de son énergie nourricière.

Le sujet se retrouve seul, perdu, en proie à une adversité qui le prive de vitalité et de joie. Il est coupé de sa famille, de sa fratrie. On ne s’occupe pas de lui. On ne s’intéresse pas à lui, le milieu lui est étranger et il en éprouve un certain ressentiment.

Il ne trouve plus son chemin, il est perdu dans une forêt, il va tomber dans l’eau.

L’histoire du Petit Poucet

Il faut noter à nouveau que l’urine (à l’origine du sel ammoniac d’antan) est un marqueur du territoire, il marque la trace des animaux. Les petits cailloux du Poucet ne sont-ils pas l’équivalent des traces d’urine laissées par les animaux ?

Ammonium muriaticum sépare et divise. Il rêve de devoir faire un long voyage mais de ne connaitre ni le chemin ni le genre de voyage, et que personne ne peut lui donner de renseignements…

C’est l’histoire du Petit Poucet : ses parents ne sont pas mauvais (ils sont pauvres) mais ils sont vécus comme des mauvais parents. Le père est vécu comme un ogre. La mère (femme de l’ogre) est aussi une mauvaise mère puisqu’elle fait tuer ses filles… Les garçons sont abandonnés, les filles dévorées…

En fait il y a dans cette histoire un aspect saturnien : le père dévore ses enfants, mais dans ce cas, alors qu’il devait dévorer les garçons, il dévore les filles. Pourquoi les filles ? Il ne s’agit pas d’un problème d’autorité, de limites, mais de la force vitale et libidinale plus caractéristique de l’anima.

Comme le Petit Poucet, le sujet Ammonium Muriaticum ne peut pas retrouver le chemin de la vie. Il est coupé des siens, de sa famille, du mouvement. Il doit retisser son chemin, comme on sème des petits cailloux.

Il est perdu, enfoui. Le nom du dieu Amon signifiait en ancien égyptien « le caché ». Amon l’Egyptien est le dieu unique, créateur de l’univers. Il a la force génésique, il est le père de toute la création, il infuse le souffle vital. Amon paraît lié au vent et au souffle. Il a aussi un caractère chtonien et est apparenté à Min, dieu de la fécondité. Créateur des autres dieux, il est unique en son espèce et n’a ni commencement ni fin. 

Ammonium muriaticum prend conscience de sa solitude

Il existe chez ammonium muriaticum un lien de parenté, un lien filial, certainement dû à l’idée de génération, de force vitale. Si ce lien faiblit, l’être est seul, perdu, abandonné, sans aide, sans famille, sans tribu, sans groupe. Il y a là un problème de filiation.

Le sel ammoniac est lié au dieu Amon et à la génération. Pour ammonium muriaticum le sentiment d’être perdu n’est pas seulement celui de problématique maternelle et parentale mais aussi la perte du lien qui le relie à l’autre. Il a le souffle (de vie) coupé et ne peut plus avancer.

Ammonium muriaticum peut détester sa famille

Son problème avec les membres de la famille est majeur. Il peut exister chez le sujet une aversion pour les membres de sa famille. Il y a des des enfants ammonium muriaticum qui insultent leurs parents.

L’un rêvait que son père et son frère étaient venus et qu’il lui était impossible de préparer le repas. L’accueil était irréalisable… Il ne supportait pas la famille, il insultait ses parents et ne pouvait les recevoir…

Une autre rêvait que quelqu’un la tenait fermement par la main ; en dépit de ses efforts elle ne pouvait s’en aller, comme si elle était obligée de partir mais que c’était difficile ; elle voulait crier mais c’était impossible et elle s´éveillait anxieuse.

Une angoisse morbide de perte

Ammonium muriaticum n’a pas toujours de l’aversion pour sa famille. Il peut alors plutôt se rendre compte qu’après la nigredo, il est seul et sans ressources et qu’il doit quitter le monde ancien pour revenir à la vie, comme le Petit Poucet qui sème ses cailloux.

Il est vrai qu’à l’heure de la mort on ne peut pas emmener ses amis avec soi, on ne peut pas emmener ses possessions avec soi, on ne peut pas emmener son corps avec soi.

Ammonium muriaticum est alors seul, de mauvaise humeur ; il est triste mais ne peut pleurer.

Ammonium muriaticum est immobilisé

Il faut noter à nouveau que l’urine (à l’origine du sel ammoniac d’antan) est un marqueur du territoire, il marque la trace des animaux qui cheminent.

Les petits cailloux dAmonium Petit Poucet en sont une manifestation. Il est en grand danger, ce qui ressort sous forme de rêves et d’impressions qui fusent de l’inconscient.

Ammonium muriaticum divise et paralyse au point d’immobiliser un corps aux tendons trop courts et aux membres grêles.

Ammonium muriaticum peut avoir une curieuse anatomie. Il a les membres grêles et un corps gros, ce qui ne l’aide pas à tenir sur ses membres inférieurs.

Ce remède lié à Amon, le bélier du printemps, n’a plus la vigueur pour agir.

Il a souvent la sensation d’avoir des tendons trop courts et peut présenter un véritable raccourcissement de ces tendons. Cela a évidemment pour conséquence de l’empêcher dans ses mouvements. Il souffre alors d’entorses et de sciatique, aggravée lorsqu’il est assis.

C’est également un remède des douleurs d’amputation.

En fait cette substance qui insuffle la vie (elle contient du chlore, porteur de vie, elle contient du sodium, élément vital par excellence), est un alkali, c’est-à-dire qu’il peut s’infiltrer et désorganiser le bel équilibre biologique pour empêcher le mouvement, la circulation, les échanges, les rencontres, l’interdépendance, pour aboutir à une désintégration de l’organisme. D’où des rêves de chutes et de difficultés de toutes sortes.

Ammonium muriaticum perd son énergie quand il décompense

Ammonium muriaticum est un remède lié à l’énergie ; il est en phase compensatoire associé à un univers génésique ; il fait des rêves lascifs pendant lesquels il a une étreinte, des rêves voluptueux. Il a une énergie libidinale vigoureuse mais bientôt il perd son énergie lorsqu’il décompense.

Il a des douleurs dans la région ombilicale, là où eut lieu le lien avec la vie. Le cordon ombilical est le canal de la perfusion maternelle et du lien à la famille, à la tribu, à l’inconscient collectif.

Ammonium muriaticum est un remède de dispersion de l’énergie vitale. Il rêve de blessure par balle, d’avoir le corps couvert d’une éruption. Il est alors dans sur le versant obscur de l’univers excrémentiel… Il rêve de mort, de meurtre, d’être assassiné, mordu, d’avoir des ennemis sous son lit, de maladie, d’être pendu, de faire des efforts infructueux pour faire des choses variées..

Les souffrances d’Ammonium / Petit Poucet

Ammonium muriaticum est lié au souffle, l’énergie volatile. Il est lié à l’air, mais aussi à son énergie pranique. Il souffre de nombreux maux.

Son souffle devient irrégulier, agité, anarchique.. Le nez coule abondamment, avec un écoulement brûlant qui lui attaque les lèvres. Il éternue. Sa gorge est atteinte, il peut à peine avaler, il a des mucosités dans la gorge.

Le larynx brûle, le sujet est enroué, il tousse souvent, sa toux est sèche, grasse l’après-midi, avec des crachats en abondance et des râles muqueux.

Il est oppressé. Il ressent aussi un froid intense entre les omoplates qui n’est même pas amélioré en se couvrant chaudement. Le voici à bout de souffle, hors d’haleine, le « pneuma » en désordre. Il n’est plus en lien avec ses sources vitales, entourage, famille.

Il est ankylosé, perdu et désorienté. Il va tomber dans l’eau, il est entouré de feu. Il a l’impression qu’il a une épée au dessus de la tête, l’épée de Damoclès…

Voici peut-être l’image qu’aurait pu donner le Petit Poucet s’il n’avait pas eu la bonne idée de semer des cailloux… Mort de froid, épuisé, à bout de souffle, exténué, loin de tout dans une forêt glaciale, plongé dans un inconscient désertique…

***

Le chlorure d’ammonium

Le chlorure d’ammonium (sel ammonicac, sel armoniac, salmiac), quand il est pur, est un sel cristallin blanc, soluble dans l’eau. La solution aqueuse est légèrement acide.

Nicolas Lemery (Cours de Chymie. Nouvelle édition par M. Baron. Paris : L. C. d’Houry ; 1741. p. 485) écrit que :

« Le sel Armoniac des Anciens n’était autre chose que le sel volatil de l’urine des chameaux et de plusieurs autres animaux qui passaient en grand nombre par des pays fort chauds. »

Pline l’ancien (volume XXXI p. 207 – tome 18 Paris : Panckoucke, 1833.) rapporte que la Cyrénaïque (région traditionnelle de Libye) est fameuse par son sel ammoniac, ainsi nommé parce qu’il se trouve sous le sable (άμμος en grec).

Ce sel existe dans la nature, soit au voisinage des volcans où il se sublime, soit même dans quelques lacs.

Le terme salmiac dérive du latin médiéval sal ammoniac.

Articles de Bernard Long




Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages.

Bernard Long

Médecin homéopathe, j’ai entrevu des ponts très évidents entre le monde jungien et l’homéopathie.
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