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Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

 

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Homéopathie et synchronicité

Le docteur Bernard Long, en accord avec les travaux de C.G. Jung, explique comment l’homéopathie peut échapper par certains aspects à la loi de causalité en s’appuyant sur la signification par le sens : la synchronicité.

Il serait tentant, pour de nombreuses raisons, de vouloir faire rentrer l’homéopathie dans le champ de la médecine expérimentale par le biais d’explications et de méthodes conventionnelles.

Certes, on pourrait mettre en évidence par des statistiques et des expérimentations le bien-fondé et l’efficacité des dilutions. Pourtant, on peut se poser la question des limites d’une telle démarche, car l’homéopathie n’a pas les mêmes bases théoriques, les mêmes paradigmes que la médecine expérimentale pour la simple et évidente raison qu’elle la précède historiquement et que son champ d’application n’est pas le même.

Doit-on en conclure que l’homéopathie est sans valeur ? Pas forcément, son système logique est cohérent. Dans le cadre de cette réflexion sur les paradigmes scientifiques, il semble (entre autres) que la loi de causalité, si chère à la médecine expérimentale, ne soit pas toujours pertinente pour l’homéopathie.

Synchronicité

La causalité

En principe tout phénomène a une cause, c’est la loi de causalité.

En orient, comme en occident cette loi règne en maître.

Hindouisme et bouddhisme prônent la loi de cause à effet.

Platon et surtout Aristote admettent la loi de causalité. Les philosophes classiques feront de même, excepté Hume qui la critiquera. Edgar Morin parle de causalité complexe.

Le principe de causalité est fondé sur plusieurs hypothèses :

  • que deux événements sont séparés l’un de l’autre et ont chacun leur existence propre
  • qu’une influence s’écoule d’un corps ou d’un événement vers l’autre
  • que du temps s’écoule entre la cause qui a eu et l’effet qui survient[1].

Claude Bernard précise qu’on ne peut arriver à connaître les conditions définies et élémentaires des phénomènes que par une seule voie, l’analyse expérimentale. Cette analyse décompose successivement tous les phénomènes complexes en des phénomènes de plus en plus simples jusqu’à leur réduction à deux seules conditions élémentaires, si possible.

Mais la science moderne donne droit de cité à la contingence et s’éloigne de la version déterministe. Si de nombreuses lois de la nature répondent à la loi statistique, il existe des exceptions. Les lois de la nature sont des vérités statistiques, elles semblent essentiellement valables dans le domaine des grandeurs macrophysiques. Dans celui de l’infiniment petit, de la physique quantique, la prédiction devient incertaine, parce que les très petites grandeurs ne se comportent plus conformément aux lois naturelles connues[2].

Il faut reconnaitre que la causalité est souvent difficile à interpréter du fait des causes et conditions multiples d’un phénomène, impossibles à dénombrer en totalité. La considération d’un modèle simple, voire simpliste est sans doute trop réductrice par rapport au réel.

Le hasard significatif

Il apparaît que, dans la nature, de nombreux phénomènes ne répondent pas à la loi de causalité. Sont-ils à exclure du champ de la science, et donc de nos centres d’intérêt ?

Il existe des événements uniques ou rares qui ne sont donc pas pris en considération dans les sciences de la nature. Pourtant des sciences descriptives connaissent des « phénomènes uniques » et il suffit parfois dans ce domaine d’un seul exemplaire répertorié de l’être vivant pour en attester l’existence[3]. C’est effectivement le cas, par exemple, de la paléontologie qui émet de brillantes hypothèses à partir d’échantillons isolés. C’est également le cas des effets secondaires des médicaments, effets parfois rares, mais assez intenses pour inquiéter leur commercialisation (en tout cas en ne répondant pas aux critères statistiques).

En pharmacovigilance une démonstration irréfutable d’un lien de causalité n’est pas toujours possible. On peut même arrêter la commercialisation de la substance, par principe de précaution, car il y a effet probable mais non certain (et les conséquences judiciaires pourraient être lourdes).

Carl Gustav Jung s’est intéressé avec le physicien Wolfgang Pauli à ces « phénomènes uniques », non statistiques. A titre d’exemple, Jung raconte cette anecdote :

«  Je citerai, simplement à titre d’exemple, un cas que j’ai observé. Dans un moment décisif de son traitement, une patiente eut un rêve où elle recevait en cadeau un scarabée d’or. Tandis qu’elle me racontait son rêve, j’étais assis le dos tourné à la fenêtre fermée. Soudain, j’entendis derrière moi un bruit, comme si quelque chose frappait légèrement à la fenêtre. Me retournant, je vis qu’un insecte volant à l’extérieur heurtait la vitre. J’ouvris la fenêtre et attrapai l’insecte en vol. Il offrait avec un scarabée d’or l’analogie la plus proche qu’il soit possible de trouver sous nos latitudes : c’était un scarabéidé de la famille des lamellicornes, hôte ordinaire des rosiers : une cétoine dorée, qui s’était apparemment sentie poussée, à l’encontre de ses habitudes normales, à pénétrer juste à cet instant dans une pièce obscure[4]  ».

Indiscutablement on est tenté de dire qu’il s’est passé quelque chose. Mais ce quelque chose échappe au champ de la loi statistique ; il paraît difficile de pratiquer une épreuve avec contre-épreuve. Ce genre d’événement n’a pas de sens dans l’univers mécanique.

On ne peut exclure toute causalité dans l’étude de cet évènement. Le rêve de la patiente a peut-être une cause apparente et a des causes coopérantes, de même que l’irruption de la cétoine est liée à des causes et conditions. Il s’agit bien là d’un phénomène lié à des «  causes et conditions multiples  ». Ceci n’implique pas l’existence inhérente du phénomène qui apparaît effectivement de façon conventionnelle à notre conscience ordinaire mais qui n’a pas d’existence ultime du fait de l’impermanence, des causes et conditions multiples qui en font un événement insaisissable car vide d’existence propre (notion princeps de la vacuité selon Nagarjuna).

Le problème est le sens de cette rencontre entre deux phénomènes distincts.

Cette rencontre a-t-elle un sens, est-elle fortuite ou causale  ? A priori il n’existe pas de cause à cet événement  ; on ne peut pas dire non plus que les deux éléments de cette rencontre soient liés par la même entité car s’ils apparaissent effectivement de façon simultanée à des consciences sensorielles différentes (le rêve est une conscience mentale et la perception de la cétoine est une conscience visuelle), la disparition de l’un n’entrainerait pas la disparition de l’autre. Ils sont simplement reliés par le sens. Le phénomène, à priori, est non causal et n’est pas lié à des mêmes entités.

Ce type d’événement est-il réellement un hasard dont la causalité nous échapperait car la multiplicité des causes et conditions nous empêcherait d’en connaître la clef ?

De quoi s’agit-il plus précisément ? Doit-on ignorer ces faits sous prétexte de «  science dite exacte  » ?

Pour Jung, le lien entre les événements est dans certains cas d’une nature autre que causal, et réclame un autre principe explicatif[5]. On est tenté de soupçonner qu’il s’agit dans ce cas d’une coïncidence significative, c’est-à-dire de l’ordre du sens, d’une relation ou connexion acausale[6]. Jung parle de synchronicité :

«  J’emploie donc ici le concept général de synchronicité dans le sens particulier de coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal et chargés d’un sens identique ou analogue ; ceci par opposition au synchronisme, qui ne désigne que la simple simultanéité des événements[7]  ».

Le rêve du scarabée est une représentation consciente issue d’une image, déjà présente dans l’inconscient : récit du rêve et intervention concomitante de la cétoine…. Dans tous ces cas et dans d’autres analogues, il semble que l’on soit en présence d’un savoir préexistant, inexplicable par la causalité, concernant des faits qui ne peuvent pas encore être sus par la conscience. Le phénomène de synchronicité se compose donc de deux éléments :

  1. une image inconsciente de manière directe (littérale) ou indirecte (symbolique) par la voie du rêve, de l’inspiration soudaine ou du pressentiment.
  2. avec ce contenu psychique vient coïncider un fait objectif[8].

Le lien qui unit les mondes que traverse la synchronicité est un lien de sens  :

Si, comme toutes les apparences l’indiquent, la coïncidence signifiante, la « liaison transversale » entre des événements ne peut être expliquée par la causalité, le lien réside dans la similitude du sens des événements parallèles[9].

Il revint ainsi à Carl Jung d’avoir souligné ce qui différencie réellement la synchronicité d’une simple coïncidence : son contenu significatif [10]. Pour cette raison, la synchronicité a été appelée « un principe de connexion acausale » par Jung. Mais une connexion acausale est exactement ce qui était proposé par Wolfgang Pauli dans son principe d’exclusion[11].

Wolfgang Pauli

Un lien de sens simultané et acausal différencie en effet le monde de la synchronicité du schéma scientifique habituel :

« Le principe de causalité nous dit que le lien entre la cause et l’effet est un lien nécessaire. Le principe de synchronicité affirme que les termes d’une coïncidence signifiante ou de l’ordre du sens sont liés par la simultanéité et par le sens. Si donc nous admettons que les expériences sur les perceptions extrasensorielles et de nombreuses observations isolées établissent bien des faits, la conclusion qui s’en dégage est qu’à côté de la connexion entre cause et effet il existe dans la nature un autre facteur qui se manifeste dans l’ordonnance des événements et nous apparaît sous les espèces du sens. Le sens est, tout le monde en convient, une interprétation anthropomorphique, mais il constitue la caractéristique sine qua non du phénomène de synchronicité[12] ».

Les événements synchronistiques ne sont peut-être que les cas particuliers effectifs où l’observateur est en mesure de reconnaître le tertium comparationis  : une identité de sens[13]. Ce sens dépend de l’observation de chacun  ; le même phénomène ne sera pas reconnu par tous les individus.

La synchronicité permet de jeter une passerelle entre deux mondes, celui de l’esprit et celui de la matière.

Il est difficile d’admettre le monde de la synchronicité pour des esprits occidentaux nourris depuis la jeunesse par l’idée de causalité qui semble toute puissante dans notre culture.

En 1929, lors d’un cours à un groupe d’étudiants, Jung déclara : « Le synchronisme est le préjugé de l’Orient, la causalité est le préjugé moderne de l’Occident »[14]. Toutefois, la Grèce a connu une notion qui a un rapport avec la synchronicité. Il s’agit de la notion de kairos (καιρός), qui représente le «  moment opportun  ».

Le tibétain connaît également un terme approchant : il s’agit du terme tendrel. D’après le tendrel les phénomènes naissent évidemment par une relation de dépendance avec d’autres phénomènes et à un moment il existe un temps opportun, créateur d’harmonie, où les inconscients peuvent se rencontrer.

Le domaine homéopathique

La consultation homéopathique

La rencontre entre le patient et l’homéopathe n’est pas fortuite.

Bien sûr cette rencontre est le résultat de bien des causes et conditions. Mais au moment où le thérapeute est véritablement à l’écoute, non pas de façon académique, mais avec son être, au moment où le patient confie quasi spontanément un symptôme particulier et qu’il est entendu, on peut considérer qu’il s’agit alors d’un espace particulier opportun, privilégié, non prévisible et significatif où les consciences se rencontrent et d’où surgit un espace informatif qui traverse les deux protagonistes.

Expérience homéopathique de la pathogénésie

L’expérience princeps de l’homéopathie date de 1790  : c’est l’Expérience du Quinquina (1790). Hahnemann absorbe des gouttes de teinture de quinquina, 2 fois par jour. Au terme de cette expérience il conclut :

« L’écorce péruvienne qui est utilisée comme remède dans le cas de fièvre intermittente, agit parce qu’elle peut produire des symptômes similaires à ceux de la fièvre intermittente chez des sujets sains »[15].


Samuel Christian Hahnemann

Partant de cette expérience, Hahnemann pense qu’il n’y a donc pas de moyen plus sûr et plus naturel, pour découvrir infailliblement les effets propres des médicaments sur l’être humain sensible, que de les essayer sur des individus sains. Ces médicaments doivent être donnés à des doses modérées d’abord, infinitésimales, chacun séparément les uns des autres pour constater expérimentalement quels symptômes, quelles perturbations, chacun d’entre eux provoque sur l’état physique et psychique, c’est-à-dire quelles manifestations pathologiques ils occasionnent ou ont la tendance à produire[16].

En fait on ne fait que constater un effet mais où là où Hahnemann parle d’effet produit, on ne peut pas vraiment parler de relation de cause à effet car il n’y a que probabilité et non-certitude d’un effet authentique dû à la rencontre d’une substance et d’un individu.

Contenu de la pathogénésie

Les pathogénésies sont effectuées à partir de  :

  • symptômes issus d’absorption de doses pondérales.
  • symptômes issus de l’absorption de doses subtiles (diluées au-delà de la 11° CH) où la probabilité de présence de molécules est infime, voire nulle.

Les pathogénésies contiennent des symptômes banals, inutiles en homéopathie et aussi ce que Hahnemann appelle des symptômes rares et personnels, dits «  idiosyncrasiques  ».

De nombreux symptômes obtenus par une intoxication pondérale massive obéissent aux lois statistiques. Il est bien certain que du phosphore administré à forte dose à 1000 individus provoquera de façon significative une hépatite toxique. D’où l’utilisation systématique par certains « homéopathes » de phosphorus dans l’hépatite virale ! Nous entrons là dans la polémique du choix des symptômes homéopathiques.

Toutefois, certains symptômes toxiques ne sont pas statistiques et doivent faire appel à des arbres décisionnels particuliers pour « diminuer l’incertitude » (cf. les tables de décision utilisées pour les effets secondaires). On sort de la loi de causalité classique. Pourtant (nous l’avons déjà signalé) des effets secondaires rares ont fait arrêter la commercialisation de certains remèdes : le nombre de fibroses rétro-péritonéales induites par le practolol, arrêté d’être commercialisé, ne correspondait certainement pas à une loi statistique.

Les symptômes « idiosyncrasiques » sont la plupart du temps le résultat de quelques cas subtoxiques, et également de prises de dynamisations encore « matérielles » (plus basses que la 11 -12 CH) et surtout des expérimentations effectuées à l’aide de substances « subtiles » diluées et dynamisées au delà de la 12 CH).

Les symptômes idiosyncrasiques n’apparaissent que chez les sujets capables d’entrer en résonance avec la vibration de la substance dynamisée. Le problème est de savoir si on peut mettre en évidence une relation de causalité entre la prise de substance dynamisée et les symptômes qui apparaissent ou si la relation est une relation d’une autre nature, de type acausal. Le sujet sensible n’est pas une boite inerte, mais un dispositif vivant impressionnable où le remède-miroir et le patient entrent en vibration car ils sont en phase, ils ont le bon tendrel.

« C’est à la catégorie des symptômes pathogénétiques et rares, ne se rencontrent que chez quelques sujets seulement, qu’appartiennent ce qu’on appelle les idiosyncrasies[17]  ».

Mais qu’est ce qu’une bonne pathogénésie, sinon le recueil des symptômes essentiellement idiosyncrasiques, c’est -à-dire, les symptômes rares qui apparaissent chez les sujets sensibles ? Ces symptômes ne répondent pas aux critères statistiques. On ne peut jamais affirmer le lien causal qui les a provoqués ; on ne peut que diminuer l’incertitude qui existe entre l’effet et sa cause déclenchante.

Le symptôme idiosyncrasique appartient en puissance au prover[18], il est l’expression de son Soi.

Homéopathie et synchronicité

De même que nous avons évoqué la synchronicité éventuelle entre le thérapeute et le patient, on peut parler de phénomènes fréquents de synchronicité entre le remède et le patient.

Le remède homéopathique est un médicament qui est porteur de sens. Le médicament homéopathique est une information[19].

Agnès Lagache propose un nouveau paradigme du sens. C’est l’organisation spécifique de la communication analogique. Il se différencie du paradigme mécaniste par son objet, qui n’est pas la matière mais l’information, et parce que les interactions y sont des effets positifs de sens[20]. Ainsi le remède homéopathique est-il un remède informatif. Le paradigme n’est plus un paradigme mécaniste de la matière, comme en pharmacologie classique, mais un paradigme du sens, de l’information.

Alors que la causalité fonctionne assez bien pour des systèmes limités, mécaniques, et bien isolés, en général quelque chose de bien plus complexe et de plus délicat est nécessaire pour décrire toute la richesse de la nature[21].

La synchronicité s’intéresse d’abord à la question de la signification, que ce soit dans la vie ou dans la nature. Sa force réside dans sa capacité à traiter l’aspect subjectif d’une expérience et sa valeur tient au fait qu’elle fait correspondre la signification subjective d’un phénomène avec des explications objectives. En reliant les éléments subjectif et objectif, elle s’adresse à la fois à l’artiste et au scientifique.

En outre, la synchronicité est concernée par les corrélations existant entre des formes et des structures dissemblables et par les connexions entre des processus physiques et des états psychiques[22]. En d’autres termes, les phénomènes de synchronicité seraient des manifestations, dans l’esprit et la matière, du même plan – non connu – qui les sous-tend tous les deux[23].

Le symptôme idiosyncrasique est-il par définition un symptôme rare et personnel qui entre difficilement dans l’univers causal :

A il ne répond pas à la loi statistique classique.

B il est le fait la plupart du temps de doses infinitésimales.

C il appartient au monde du sens.

D il se produit entre deux mondes différents et à priori étrangers, celui du prover et celui du remède.

Cette idiosyncrasie ne fait pas partie d’un univers causal mécaniste  ; il est le fait d’un système vivant informatif traversé par du «  sens  »  ; elle peut s’expliquer par une synchronicité entre l’univers dynamique du prover et entre le remède homéopathique.

Nous sommes en présence de deux univers :

  • l’univers dynamique et sensible du prover.
  • l’univers dynamique du remède.

A priori, ces deux mondes sont étrangers. Or leur « dynamisme » résonne, vibre, au travers et en fonction du « sens » qui les traverse et les anime. Ce sont des mondes « sémantiques ». Le lien qui les unit n’est pas un lien causal, mais un monde du « sens ».

Il peut s’agir d’un phénomène de synchronicité

Ce qui est constaté c’est le rapprochement du sujet avec la substance. Quant à l’effet, il n’a y a pas causalité au sens mécanique du terme mais lien de sens vibratoire probable entre deux univers différents en sympathie.

Évidemment, les univers du prover, du patient, du thérapeute et du remède sont tous individuellement traversés par des phénomènes de cause à effet, mais la séquence homéopathique proprement dite, celle de la rencontre entre deux mondes, celui qui révèle les symptômes idiosyncrasiques et celui qui les reçoit, celle qui fait coïncider le sens du remède avec la substance dynamisée, est un phénomène de hasard significatif, comme celui que décrit Jung à propos de la cétoine, ce n’est pas un phénomène mécaniste.

On peut considérer que les symptômes idiosyncrasiques échappent en grande partie à la loi de causalité, car ils ne sont que l’expression instantanée d’une projection synchronique de la problématique du Soi du prover[24].

Le Soi est la totalité de la psyché consciente et inconsciente[25]. La synchronicité prend la coïncidence des événements dans l’espace et le temps comme signifiant plus qu’un simple hasard, à savoir une interdépendance particulière d’événements objectifs entre eux aussi bien qu’avec les états subjectifs (psychiques) de l’observateur ou des observateurs[26].

Ainsi nous pouvons penser qu’il existe une relation de sens, d’information, entre l’esprit et la matière. On peut penser que la conscience et la matière découlent toutes deux d’un principe commun, où les mécanismes de la matière et ceux de l’information seraient deux aspects de la réalité[27].

On peut, dans ce cadre théorique, penser aux champs morphogénétiques de Sheldrake qui représentent un type de mémoire agissant comme un modèle formatif quant aux structures de la matière et du comportement et qui pourraient se rattacher aux archétypes de Jung, sortes de champs formatifs de l’inconscient collectif[28].

Homéopathie et Soi

Le diagnostic médical d’une maladie est issu d’une observation scientifique formatée dans une nomenclature schématique ; en aucun cas elle ne peut (dans aucun système) faire part de la totalité du « réel » observé.

La maladie s’exprime dans des tableaux, certes repérables et reproductibles dans des prototypes classifiables. Mais elle s’exprime aussi dans un langage personnel et particulier tissé de synchronicités. Elle exprime une réalité profonde à travers la diversité de ces symptômes : c’est tout le choix des symptômes « homéopathiques », sorte de caricature des symptômes caractéristiques.

Les symptômes homéopathiques sont une sorte d’écriture du Soi contenue chez le patient et, en miroir synchronique, dans le remède. Cette surréalité est sous-tendue par le sens, d’où l’importance de la recherche de la problématique du remède exprimée au travers de celle de l’expérimentateur lors de la pathogénésie.

Cette réalité peut être une réalité archétypale s’il existe une synchronicité entre la substance médicamenteuse et l’esprit du remède  : par exemple, il existe une synchronicité entre le phosphore lumineux et la problématique de la lumière de phosphorus. La problématique lumineuse de phosphorus est de nature archétypale : si le sujet est phosphorus sa surréalité est celle de la lumière, sa problématique est liée à celle de la lumière

Les deux approches, celle de la médecine mécaniste et celle de l’empirisme homéopathique ne sont absolument pas inconciliables  ; elles sont complémentaires et indispensables l’une comme l’autre. C’est le «  cœur et la raison  ».

Cette idée de synchronicité ne devrait pas nous immerger trop dans un schéma de l’homéopathie calqué strictement sur le modèle de la physique quantique. Même s’il existe une analogie entre ces deux mondes, le monde de l’homéopathie reste original.

Il existe dans les phénomènes de synchronicité un « sens » qui paraît être indépendant de la conscience et transcendant par rapport à elle. Il se manifeste sous forme d’éléments imagés et son irruption semble être liée à l’activation momentanée d’un archétype qui émerge simultanément dans le domaine psychique et le domaine physique sous forme d’arrangement acausal[29]. C’est l’expression du Soi, non pas simplement au sens immunologique[30], mais au sens du Soi de la psychologie des profondeurs.

Pour les termes liés à l’homéopathie, vous pouvez consulter le lexique de l’homéopathie.

Notes

  1. D. Peat – Synchronicité. Le pont entre l’esprit et la matière – Le Mail  ; 1988. p. 56 – The bridge between Matter and Mind – New York : Bantam New Age Books ; 1987.
  2. C.G. Jung – Synchronicité et Paracelsica – Paris, Albin Michel, 1988. p. 23.
  3. ibid. p. 24.
  4. ibid. p. 39.
  5. ibid. p. 23.
  6. ibid. p. 28.
  7. ibid. p. 43.
  8. ibid. p. 49.
  9. ibid. p. 76.
  10. D. Peat – op. cit. p. 20.
  11. ibid. p. 27.
  12. C.G Jung – op. cit. p.78.
  13. M.L. von Franz – Nombre et temps – Paris, La Fontaine de pierre, 1978. p. 35.
  14. D. Peat – op. cit. p.34.
  15. R Heal – Samuel Hahnemann, his life & work, New Dehli, Jain Publishers, 1985. p.37.
  16. S. Hahnemann – Doctrine homéopathique ou Organon de l’art de guérir – Paris, éd. J.B. Baillière et Similia, 1982. § 108.
  17. ibid., §117.
  18. Celui qui fait l’expérience d’une pathogénésie.
  19. A. Lagache – Echos du sensible – Paris, Atelier Alpha Bleue, 1988. p.168.
  20. M. Bastide, A. Lagache – Le paradigme du sens – Paris, Atelier Alpha Bleue, 1992. p. 62.
  21. D. Peat – op. cit. p.69.
  22. ibid. p.141.
  23. ibid. p.142.
  24. Terme anglais pour un expérimentateur d’une pathogénésie.
  25. C.G. Jung – Psychologie et alchimie – Paris, Buchet/Chastel, 1970. p.238.
  26. C.G. Jung – Commentaire sur le mystère de la fleur d’or – Paris, Albin Michel, 1979.p.130.
  27. D. Peat – op. cit. p.196.
  28. ibid. p.195.
  29. Marie-Louise von Franz, – ibid. pp.203-204.
  30. M. Bastide, A.Lagache.The Paradigm of Signifiers – Paris : Atelier Alpha Bleue ; 1992.

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Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages.

Bernard Long

Médecin homéopathe, j’ai entrevu des ponts très évidents entre le monde jungien et l’homéopathie.
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