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Docteur Bernard Long
Homéopathie et symboles
Lexique homéopathie
Poésie


Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

 

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Homéopathie et synchronicité

L’homéopathie n’a pas les mêmes bases théoriques, les mêmes paradigmes que la médecine expérimentale pour la simple et évidente raison qu’elle la précède historiquement. La loi de causalité, si chère à la médecine expérimentale, n’est pas toujours pertinente pour l’homéopathie. Découvrons la synchronicité.

Homéopathie et médecine expérimentale

Il serait tentant, pour de nombreuses raisons, de vouloir faire rentrer l’homéopathie dans le champ de la médecine expérimentale.

Certes, on pourrait mettre en évidence par des statistiques et des expérimentations le bien-fondé et l’efficacité des dilutions.

Pourtant, on peut se poser la question des limites d’une telle démarche, car l’homéopathie n’a pas les mêmes bases théoriques, les mêmes paradigmes que la médecine expérimentale pour la simple et évidente raison qu’elle la précède historiquement.

Doit-on en conclure que l’homéopathie est sans valeur ? Pas forcément, son système logique est cohérent. Dans le cadre de cette réflexion, il semble que la loi de causalité, si chère à la médecine expérimentale, ne soit pas toujours pertinente pour l’homéopathie.

LA CAUSALITÉ

Tout phénomène a une cause, c’est la loi de causalité.

Aristote distingue 4 sortes de causes. Prenons l’exemple d’une statue : la cause matérielle (statue en marbre), la cause formelle (il a une forme de Vénus), la cause efficiente (la sculpture) et la cause finale (le but était de fabriquer une statue).
Le monde scientifique mécanique se définit par le principe de causalité. La causalité se définit comme une suite de cause et d’effet. Chaque événement se produisant dans l’univers est causalement lié à un événement qui vient avant lui et à un autre qui vient après.

Pour Spinoza, étant donnée une cause déterminée, il en suit nécessairement un effet, et, au contraire, s’il n’y a aucune cause déterminée, il est impossible qu’un effet s’ensuive.

Descartes inspira de façon profonde le principe de causalité. L’univers causal était décrit de façon particulièrement élégante par la physique classique des dix-huitième et dix-neuvième siècles.

Isaac Newton a établi la causalité sur une base rigoureuse, avec ses lois sur le mouvement et les diverses équations mathématiques qui en découlent. 1

Leibniz pense que rien n’arrive sans qu’il y ait une cause ou du moins une raison déterminante…

Pour Kant, tout ce qui arrive suppose avant lui quelque chose dont il résulte suivant une règle. Il existe un principe de la succession dans le temps qui suit la loi de causalité. Tous les changements se produisent suivant la loi de liaison de la cause et de l’effet.

Le principe de causalité est fondé sur plusieurs hypothèses :

  • que deux événements sont séparés l’un de l’autre et ont chacun leur existence propre
  • qu’une influence s’écoule d’un corps ou d’un événement vers l’autre
  • que du temps s’écoule entre la cause qui a eu et l’effet qui survient.

Claude Bernard précise qu’un phénomène naturel n’étant que l’expression de rapports ou de relations, il faut au moins deux corps pour le manifester. De sorte qu’il y aura toujours à considérer :

  1. un corps qui réagit ou qui manifeste le phénomène
  2. un autre corps qui agit et joue relativement au premier le rôle d’un milieu.

Hume est critique quant à la notion de causalité. Quand nous assistons à un événement qui suit un autre événement la causalité nous semble évidente. Or, nous percevons une suite d’événements. Pour Hume, la croyance en la causalité est  une sorte d’instinct.

La  notion de cause est souvent critiquable. Je me rappelle une superbe intervention  du physicien Jean Marc Lévy Leblond à un congrès de Monaco. Il nous parlait de la forêt amazonienne en juillet 1998. Une équipe (réelle ou fictive ?) de chercheurs sur place voit par moments des envolées d’oiseaux. Ils cherchent la cause de ce phénomène. Chacun y va de son hypothèse : des animaux, un phénomène physique… Pour finir il s’agissait tout simplement des indigènes qui regardaient la finale de la coupe du monde de football. A chaque fois qu’un but était marqué, une clameur faisait fuir les volatiles…

C’est encore là où Claude Bernard précise qu’on ne peut arriver à connaître les conditions définies et élémentaires des phénomènes que par une seule voie, l’analyse expérimentale. Cette analyse décompose successivement tous les phénomènes complexes en des phénomènes de plus en plus simples jusqu’à leur réduction à deux seules conditions élémentaires, si possible.

Mais la science moderne donne droit de cité à la contingence et s’éloigne de la version déterministe. Si de nombreuses lois de la nature répondent à la loi statistique, il existe des exceptions. Les lois de la nature sont des vérités statistiques, elles semblent essentiellement valables dans le domaine des grandeurs macrophysiques. Dans celui de l’infiniment petit, la prédiction devient incertaine, parce que les très petites grandeurs ne se comportent plus conformément aux lois naturelles connues. 2

C.G. Jung et le hasard significatif

Carl Gustav Jung

Il apparaît que, dans la nature, de nombreux phénomènes ne répondent pas à la loi de causalité.

Sont-ils à exclure du champ de la science, et donc de nos centres d’intérêt ?

Il existe des événements uniques ou rares qui ne sont donc pas pris en considération dans les sciences de la nature. Pourtant les sciences descriptives, comme par exemple la biologie, connaissent des «phénomènes uniques», et il suffit parfois dans ce domaine d’un seul exemplaire répertorié de l’être vivant pour en attester l’existence.

C’est effectivement le cas, par exemple, de la paléontologie qui émet de brillantes hypothèses à partir d’échantillons isolés ou des effets secondaires des remèdes, effets parfois rares, mais assez intenses pour inquiéter leur commercialisation. Dans ces cas une démonstration irréfutable d’un lien de causalité n’est pas possible. On peut même arrêter la commercialisation de la substance, par principe de précaution, car il y a effet probable mais non certain (et les conséquences judiciaires pourraient être lourdes).

Karl Gustav Jung s’est intéressé avec le physicien Wolfgang Pauli à ces « phénomènes uniques », non statistiques. A titre d’exemple, Jung raconte cette anecdote :

« Je citerai, simplement à titre d’exemple, un cas que j’ai observé. Dans un moment décisif de son traitement, une patiente eut un rêve où elle recevait en cadeau un scarabée d’or. Tandis qu’elle me racontait son rêve, j’étais assis le dos tourné à la fenêtre fermée. Soudain, j’entendis derrière moi un bruit, comme si quelque chose frappait légèrement à la fenêtre. Me retournant, je vis qu’un insecte volant à l’extérieur heurtait la vitre. J’ouvris la fenêtre et attrapai l’insecte en vol. Il offrait avec un scarabée d’or l’analogie la plus proche qu’il soit possible de trouver sous nos latitudes : c’était un scarabéidé de la famille des lamellicornes, hôte ordinaire des rosiers : une cétoine dorée, qui s’était apparemment sentie poussée, à l’encontre de ses habitudes normales, à Un lien de sens simultané et acausal différencie en effet le monde de la synchronicité du schéma scientifique habituel :
Le principe de causalité nous dit que le lien entre la cause et l’effet est un lien nécessaire. Le principe de synchronicité affirme que les termes d’une coïncidence signifiante ou de l’ordre du sens sont liés par la simultanéité et par le sens. Si donc nous admettons que les expériences sur les perceptions extrasensorielles et de nombreuses observations isolées établissent bien des faits, la pénétrer juste à cet instant dans une pièce obscure ».  3

Indiscutablement on est tenté de dire qu’il s’est passé quelque chose ». Mais ce quelque chose échappe au champ de la loi statistique; d’autre part il paraît difficile de pratiquer une épreuve avec contre-épreuve. Ce genre d’événement n’a pas de sens dans l’univers mécanique.

Ce type d’événement est-il réellement un hasard ? Mais de quoi s’agit-il ? Doit-on ignorer ces faits sous prétexte de « science » ?

Pour Jung, le lien entre les événements est dans certains cas d’une nature autre que causal, et réclame un autre principe explicatif. On est tenté de soupçonner qu’il pourrait s’agir dans ce cas d’une coïncidence significative, c’est-à-dire de l’ordre du sens, d’une relation ou connexion acausale.

Jung parle de synchronicité :
« J’emploie donc ici le concept général de synchronicité dans le sens particulier de coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal et chargés d’un sens identique ou analogue; ceci par opposition au synchronisme, qui ne désigne que la simple simultanéité des événements ». 4

Le rêve du scarabée est une représentation consciente issue d’une image, déjà présente dans l’inconscient : récit du rêve et intervention concomitante de la cétoine….

Dans tous ces cas et dans d’autres analogues, il semble que l’on soit en présence d’un savoir préexistant, inexplicable par la causalité, concernant des faits qui ne peuvent pas encore être sus par la conscience.

Le phénomène de synchronicité se compose donc de deux éléments :

  1. une image inconsciente de manière directe (littérale) ou indirecte (symbolique) par la voie du rêve, de l’inspiration soudaine ou du pressentiment;
  2. avec ce contenu psychique vient coïncider un fait objectif.

Le lien qui unit les mondes que traverse la synchronicité est un lien de sens :

Si, comme toutes les apparences l’indiquent, la coïncidence signifiante, la « liaison transversale » entre des événements ne peut être expliquée par la causalité, le lien réside dans la similitude du sens des événements parallèles.

Wolfgang Pauli

Il revint ainsi à Carl Jung d’avoir souligné ce qui différencie réellement la synchronicité d’une simple coïncidence : son contenu significatif. Pour cette raison, la synchronicité a été appelée «  un principe de connexion acausale » par Jung. Mais une connexion acausale est exactement ce qui était proposé par Pauli dans son principe d’exclusion.

Un lien de sens simultané et acausal différencie en effet le monde de la synchronicité du schéma scientifique habituel :

« Le principe de causalité nous dit que le lien entre la cause et l’effet est un lien nécessaire. Le principe de synchronicité affirme que les termes d’une coïncidence significative ou de l’ordre du sens sont liés par la simultanéité et par le sens. Si donc nous admettons que les expériences sur les perceptions extrasensorielles et de nombreuses observations isolées établissent bien des faits, la conclusion qui s’en dégage est qu’à côté de la connexion entre cause et effet il existe dans la nature un autre facteur qui se manifeste dans l’ordonnance des événements et nous apparaît sous les espèces du sens. Le sens est, tout le monde en convient, une interprétation anthropomorphique, mais il constitue la caractéristique sine qua non  du phénomène de synchronicité.» 5

Les événements synchronistiques ne sont peut-être que les cas particuliers effectifs où l’observateur est en mesure de reconnaître le tertium comparationis – une identité de sens. 6

Il est difficile d’admettre le monde de la synchronicité pour des esprits occidentaux nourris depuis la jeunesse par l’idée de causalité qui semble toute puissante dans notre culture. En 1929, lors d’un cours à un groupe d’étudiants, Jung déclara : «  Le synchronisme est le préjugé de l’Orient, la causalité est le préjugé moderne de l’Occident ».

La synchronicité permet de jeter une passerelle entre deux mondes, celui de l’esprit et celui de la matière.

PATHOGÉNÉSIE

Expérience homéopathique de la pathogénésie.

La pathogénésie est l’expérience faite sur des sujets sains pour éviter l’actions de substances sur l’organisme.

L’expérience princeps de l’homéopathie date de 1790 : c’est l’Expérience du Quinquina (1790).

Samuel Christian Hahnemann

Hahnemann absorbe des gouttes de teinture de quinquina, 2 fois par jour :
« Au début, mes pieds et  les extrémités de mes doigts sont devenus froids; je suis devenu languissant et somnolent; ensuite,  j’eus des palpitations; mon pouls devint dur et rapide; anxiété insupportable et tremblements; prostration dans les membres; pulsations dans la tête, rougeur des joues, soif; en bref, tous les symptômes qui, pour moi, sont typiques de la fièvre intermittente apparurent successivement… Les paroxysmes duraient deux à trois heures chaque fois et recommençaient lorsque je répétais la dose et pas autrement. Je cessai la médication et recouvrai à nouveau la santé.»

« L’écorce péruvienne qui est utilisée comme remède dans le cas de fièvre intermittente, agit parce qu’elle peut produire des symptômes similaires à ceux de la fièvre intermittente chez des sujets sains ». 7

Partant de cette expérience, Hahnemann pense qu’il n’y a donc pas de moyen plus sûr et plus naturel, pour découvrir infailliblement les effets propres des médicaments sur l’être humain sensible, que de les essayer sur des individus sains, à des doses modérées d’abord, infinitésimales, chacun séparément les uns des autres pour constater expérimentalement quels symptômes, quelles perturbations, chacun d’entre eux provoque sur l’état physique et psychique, c’est-à-dire quelles manifestations pathologiques ils occasionnent ou ont la tendance à produire.8

En fait on ne fait que constater un effet mais où Hahnemann parle d’effet produit, on ne peut pas vraiment parler de relation de cause à effet car il n’y a que probabilité et non certitude d’un effet authentique dû à la rencontre d’une substance et d’un individu.

Contenu de la pathogénésie

Les pathogénésies sont effectuées à partir de :

  • symptômes issus d’absorption de doses pondérales
  • symptômes issus de l’absorption de doses subtiles (diluées au delà de la 11° CH)
    Elles contiennent des symptômes banals, inutiles en homéopathie et aussi ce que Hahnemann appelle des symptômes rares et personnels, dits « idiosyncrasiques ».

De nombreux symptômes obtenus par une intoxication  pondérale massive obéissent aux lois statistiques. Il est bien certain que du phosphore administré à forte dose à 1000 individus provoquera de façon significative une hépatite toxique. D’où l’utilisation systématique par certains « homéopathes » de phosphorus dans l’hépatite virale !

Nous entrons là dans la polémique du choix des symptômes homéopathiques. Toutefois, certains symptômes toxiques ne sont pas statistiques et doivent faire appel à des tables pour « diminuer l’incertitude » (cf. les tables de décision utilisées pour les effets secondaires). On sort de la loi de causalité classique. Pourtant des effets secondaires rares ont fait arrêter la commercialisation de certains remèdes : le nombre de fibroses rétro-péritonéales induites par le practolol ne correspondait certainement pas à une loi statistique.

Les symptômes « idiosyncrasiques » sont la plupart du temps le résultat de quelques cas subtoxiques, également de prises de dynamisations encore « matérielles » (plus basses que la 11 -12 CH) et surtout des expérimentations effectuées à l’aide de substances « subtiles » diluées et dynamisées au delà de la 12 CH). Les symptômes idiosyncrasiques n’apparaissent que chez les sujets capables d’entrer en résonance  avec la vibration de la substance dynamisée. Cette constatation implique que le sujet sensible n’est pas une boite inerte, à travers laquelle la vibration médicamenteuse passerait comme un courant d’air dans une pièce neutre, mais un dispositif vivant impressionnable, une sorte de harpe qui entre en vibration avec l’onde énergétique du remède.

Le problème est de savoir si on peut mettre en évidence une relation de causalité  entre la prise de substance dynamisée et les symptômes qui apparaissent ou si la relation est une relation d’une autre nature, de type acausal.

«  C’est à la catégorie des symptômes pathogénétiques et rares, ne se rencontrent que chez quelques sujets seulement, qu’appartiennent ce qu’on appelle les idiosyncrasies.  »(cf. p. 117)

Mais qu’est ce qu’une bonne pathogénésie, sinon le recueil des symptômes essentiellement idiosyncrasiques, c’est -à-dire, les symptômes rares qui apparaissent chez les sujets sensibles ?  Ces symptômes ne répondent pas aux critères statistiques. On ne peut jamais affirmer le lien causal qui les a provoqués; on ne peut que diminuer l’incertitude qui existe entre l’effet et sa cause déclenchante.

Le symptôme idiosyncrasique appartient en puissance au prover, c’est à dire au sujet qui participe à une pathogénésieil est l’expression de son soi.

HOMÉOPATHIE ET SYNCHRONICITÉ

Le remède homéopathique est un médicament qui est porteur de sens. Le médicament homéopathique est une information. 9

Agnes Lagache propose un nouveau paradigme du sens. C’est l’organisation spécifique de la communication analogique. Il se différencie du paradigme mécaniste par son objet, qui n’est pas la matière mais l’information, et parce que les interactions y sont des effets positifs de sens. 10 Ainsi le remède homéopathique est-il un remède informatif. Le paradigme n’est plus un paradigme mécaniste de la matière, comme en pharmacologie classique, mais un paradigme du sens, de l’information.

Alors que la causalité fonctionne assez bien pour des systèmes limités, mécaniques, et bien isolés, en général quelque chose de bien plus complexe et de plus délicat est nécessaire pour décrire toute la richesse de la nature.

La synchronicité s’intéresse d’abord à la question de la signification, que ce soit dans la vie ou dans la nature. Sa force réside dans sa capacité à traiter l’aspect subjectif d’une expérience, et sa valeur tient au fait qu’elle fait correspondre la signification subjective d’un phénomène avec des  explications objectives. En reliant les éléments subjectif et objectif, elle s’adresse à la fois à l’artiste et au scientifique. En outre, la synchronicité est concernée par les corrélations existant entre des formes et des structures dissemblables, et par les connexions entre des processus physiques et des états psychiques.

En d’autres termes, les phénomènes de synchronicité seraient des manifestations, dans l’esprit et la matière, du même plan – non connu – qui les sous-tend tous les deux. 11

Le  symptôme idiosyncrasique est-il  par définition un symptôme rare et personnel qui entre difficilement dans l’univers causal :

  • A  il ne répond pas à la loi statistique classique
  • B  il est le fait la plupart du temps de doses infinitésimales
  • C  il appartient au monde de du sens
  • D il se produit entre deux mondes différents et à priori étrangers, celui du prover et celui du remède

Cette idiosyncrasie ne fait pas partie d’un univers causal mécaniste ; il est le fait d’un système vivant informatif traversé par du « sens » ; elle peut s’expliquer par une synchronicité entre l’univers dynamique du prover et entre le remède homéopathique.

Nous sommes en présence de deux univers :

  • l’univers dynamique et sensible du prover
  • l’univers dynamique du remède

A priori, ces deux mondes sont étrangers. Or leur « dynamisme » résonne, vibre, au travers, et en fonction du « sens » qui les animent. Ce sont des mondes «sémantiques». Le lien qui les unit n’est pas un lien causal, mais un monde du « sens ». Il s’agit donc d’un phénomène de synchronicité. Ce qui est constaté c’est le rapprochement du sujet avec la substance. Quant à l’effet, il n’y a pas causalité au sens mécanique du terme mais lien de sens vibratoire probable entre deux univers différents en sympathie.

On peut considérer que les symptômes idiosyncrasiques échappent en grande partie à la loi de causalité, car ils ne sont que l’expression instantanée d’une projection synchronique de la problématique du soi du prover.

Le soi est la totalité de la  psyché consciente et inconsciente. 12 La synchronicité prend la coïncidence des événements dans l’espace et le temps comme signifiant plus qu’un simple hasard, à savoir une interdépendance particulière d’événements objectifs entre eux aussi bien qu’avec les états subjectifs (psychiques) de l’observateur ou des observateurs.13

Ainsi nous pouvons penser qu’il existe une relation de sens, d’information, entre l’esprit et la matière. On peut penser que la conscience et la matière découlent toutes deux d’un principe commun, où les mécanismes de la matière et ceux de l’information seraient deux aspects de la réalité.

On peut dans ce cadre théorique penser aux champs morphogénétiques de Sheldrake qui représentent un type de mémoire agissant comme un modèle formatif quant aux structures de la matière et du comportement et qui pourraient se rattacher aux archétypes de Jung, sortes de champs formatifs de l’inconscient collectif. (cf. David Peat, p. 196 et 195)

HOMÉOPATHIE ET SOI

Le diagnostic médical d’une maladie est issu d’une observation scientifique formatée dans une nomenclature schématique ; en aucun cas elle en peut (dans aucun système) faire part de la totalité du « réel » observé.

La maladie s’exprime dans des tableaux, certes repérables et reproductibles dans des prototypes classifiables. Mais elle s’exprime aussi dans un langage personnel et particulier tissé de synchronicités. Elle exprime une réalité profonde  à travers la diversité de ces symptômes : c’est tout le choix des symptômes « homéopathiques », sorte de caricature des symptômes caractéristiques.

Les symptômes homéopathiques sont une sorte d’écriture du soi contenue chez le patient et, en miroir synchronique, dans le remède. Cette surréalité  est sous-tendue par le sens : d’où l’importance de la recherche de la  problématique du remède exprimée au travers de celle de l’expérimentateur lors de la pathogénésie.

Cette réalité peut être une réalité archétypale s’il existe une synchronicité entre la substance médicamenteuse et l’esprit du remède : par exemple, il existe une synchronicité entre le  phosphore lumineux et la problématique de la lumière de phosphorus. La problématique lumineuse de phosphorus est de nature archétypale : si le sujet est phosphorus sa surréalité est celle de la lumière, sa problématique est liée  à celle de la lumière.

Les deux approches, celle de la médecine mécaniste et celle de l’empirisme homéopathique ne sont absolument pas inconciliables ; elles sont complémentaires et indispensables l’une comme l’autre. C’est le « cœur et la raison ».

Cette idée de synchronicité ne devrait pas nous immerger dans une homéopathie calquée sur le modèle de la physique quantique. Même s’il existe une analogie entre ces deux mondes, le monde de l’homéopathie reste original et son essence n’est pas celle d’un monde qui n’est pas le sien.

Il se manifeste dans les phénomènes de synchronicité un « sens » qui paraît être indépendant de la conscience et transcendant par rapport à elle. Il se manifeste sous formes d’éléments imagés et son irruption semble être liée à l’activation momentanée d’un archétype qui se manifeste simultanément dans le domaine psychique et le domaine physique sous forme d‘arrangement acausal. 14 C’est l’expression du soi, non pas simplement au sens immunologique , mais au sens du soi de la psychologie des profondeurs.

Articles de Bernard Long

Notes :

  1. D.Peat-Synchronicité, le pont entre la matière et l’esprit, éd.Le Mail,1988.pp.50-51-56
  2. C.G. Jung – Synchronicité et Paracelsica – Paris, Albin Michel, 1988. p. 23.
  3. Synchronicité et Paracelsica  p.39
  4. Synchronicité et Paracelse p.43
  5. Synchronicité et Paracelse, p. 78
  6. M.L. von Franz – Nombre et temps – Paris, La Fontaine de pierre, 1978. p. 35.
  7. R Heal – Samuel Hahnemann, his life & work, New Dehli, Jain Publishers, 1985. p.37.
  8. S. Hahnemann – Doctrine homéopathique ou Organon de l’art de guérir – Paris, éd. J.B. Baillière et Similia, 1982. § 108
  9. A. Lagache – Échos du sensible – Paris, Atelier Alpha Bleue, 1988. p.168.
  10. M. Bastide, A. Lagache – Le paradigme du sens – Paris, Atelier Alpha Bleue, 1992. p. 62.
  11. cf. David Peat p. 69,141,142
  12. C.G. Jung – Psychologie et alchimie – Paris, Buchet/Chastel, 1970. p.238.
  13. C.G. Jung – Commentaire sur le mystère de la fleur d’or – Paris, Albin Michel, 1979.p.130.
  14. Marie-Louise von Franz, pp.203-204



Bernard Long

Bernard Long, médecin homéopathe, publie plusieurs textes sur l’homéopathie et les symboles.

Ses recherches s’appuient également sur les travaux de C.G. Jung.

Bernard Long

Médecin homéopathe, j’ai entrevu des ponts très évidents entre le monde jungien et l’homéopathie.
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