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Quand la psyché est un champ de bataille

Sur la scène des rêves se joue une tragédie qui montre l’état inquiétant du psychisme de l’actrice principale : La Rêveuse.

Les Prologues aux représentations théâtrales d’une série de rêves étaient l’annonce de trois pièces de théâtre plus ou moins tragiques, comiques, où même surréalistes. C’est ainsi que s’exprime l’inconscient quand il émerge dans les rêves.

Nous allons assister à la première pièce qui penche nettement du côté de la tragédie.

Le sujet général de la pièce 

Une rêveuse reçoit, on pourrait dire en rafales, des rêves parfois très violents, le plus souvent incompréhensibles et certainement perturbants.

Elle est livrée à elle même, Jung est « absent » et elle n’a pas encore d’analyste. Elle n’a jamais songé à entretenir une relation avec un inconscient qui, cependant, se manifeste très fortement et transforme sa psyché en un champ de bataille sur lequel se livre une terrible guerre entre le féminin, le masculin et tout ce qui touche à l’incarnation.

Une histoire de transgenre ?

Dans cette première partie de la série de rêves la Rêveuse est habitée, on pourrait dire possédée, par un animus négatif complexe auquel elle s’identifie.

Elle ne supporte pas d’exister dans un corps féminin et une solution est alors proposée : devenir un homme. Le problème est que cet homme apparait souvent comme humilié dans sa virilité. Alors ? devenir un homme puissant, terrifiant ? On verra que cela ne marche pas non plus. 

La rêveuse femme et la rêveuse homme, manipulés par l’animus négatif qui est le traître de la pièce guerroient et se martyrisent sans pitié. L’Ombre est à l’arrière plan et radicalise encore plus la guerre entre les opposés.

Heureusement, comme dans tout bon récit, les rêves sont parfois plus optimistes car ils bénéficient de quelques émergences de l’animus positif.

 

 REPRÉSENTATION

ACTE I

Ce premier acte comprend les rêves 6 à 23.

La douleur

Le ton est donné par le rêve 6 qui montre un oiseau vivant auquel on a arraché les plumes. C’est une annonce de ce qui va arriver à la Rêveuse : elle va, douloureusement, recevoir des leçons qui arracheront son masque et ses certitudes.

L’inconscient, sous la forme d’un ON pense exprime très tôt son point de vue sur ce qui va se passer : la Rêveuse ne sera pas responsable de ses errances oniriques car, même si elle est dépassée par ce flot de rêves qui commence à déferler ce n’est pas mal puisque ce n’est pas fait exprès. (rêve7)

L’urgence

L’inconscient frappe très fort à la porte et cette partie est placée sous le signe de l’urgence.

Ce qu’il faut surtout c’est opérer des choix et on voit bien que la Rêveuse souffre d’une incapacité d’agir (rêve 8).

Dans ce rêve ce sont un homme et une femme qui interviennent et le mari de la Rêveuse est présent, preuve qu’il existe une possibilité de couple masculin féminin.

Il y a urgence car, avec ou sans la coopération de la Rêveuse le train des rêves va partir. Elle perd du temps, fait des bagages, vide des placards. Les messagers de l’inconscient menacent le couple : Tant pis nous partons sans vous !

Le mari de la Rêveuse lui montre, sur un réveil, une barre noire qui est en train de diminuer. La situation lui fait peur et elle se réveille en larmes.

Tout se passe à gauche

L’action avance. Le rêve 12 est une scène à lui tout seul. Le mari est présent dans cet acte. Il y a toujours l’angoisse du temps qui passe mais à cela s’ajoute le fait que la Rêveuse doit passer un examen et que le couple ne trouve pas la salle. Ils surmontent des épreuves et l’on voit que l’inconscient donne encore une chance à cette conjonction du féminin et du masculin.

Pour que l’examen soit réussi il semble surtout que soit reconnue l’importance de la gauche. la Rêveuse doit comprendre que ce côté, associé symboliquement, à la féminité, est celui où tout se passe. C’est ainsi qu’il est dit : C’est dans une autre aile, la gauche ; tout le monde est de l’autre côté, ça grouille !

L’oubli des choses importantes

C’est un des drames de cette histoire. ON dit des choses importantes à la Rêveuse mais elle ne les comprend pas ou, pire encore, elle les oublie. Elle n’est pas outillée pour savoir contempler, interpréter, tirer un enseignement des rêves qu’elle reçoit. Le rêve 12 est un « grand rêve » au cours duquel la Rêveuse à un contact et échange des paroles avec ce qui pourrait être un représentant du Soi mais elle ne s’en souvient pas. Cependant, dans le très impressionnant rêve 16, où elle est torturée, elle finit par se rendre compte qu’elle doit absolument comprendre le sens de ce rêve.

Devenir un homme puissant

La Rêveuse refuse son incarnation féminine, surtout si elle est en relation avec un masculin abhorré. Des soldats sont envoyés contre un de ces hommes veules et craintifs qui dissimulent en eux un cochon et pensent que les femmes sont des servantes. (Rêve 15). Elle rejette aussi la vieille folle de tante, le côté plus féminin de l’homme qui a provoqué des disputes avec sa mère. Notons que la mère est un personnage très important de la pièce.

Alors que faire pour échapper à cette maudite incarnation en femme ? Paradoxalement la solution est de devenir un homme, mais pas n’importe quel homme, un homme puissant, triomphant. Cela arrive dans le rêve 20 où la Rêveuse devient un grand compositeur revenu triomphalement dans sa ville. Mais ce moment de gloire est déjà remis en question par la découverte dans le coffre de sa voiture d’un petit violoncelle tout tordu mais pas fichu.

La recherche du centre

La Rêveuse vit des moments où son instinct, plus que son conscient, lui dit qu’elle ne va pas bien psychologiquement.

Les rêves 22 et 23, que l’on peut considérer comme étant la fin de cette pièce, sont une démonstration de la situation dans laquelle elle se trouve. 

La Rêveuse cherche sa place dans une salle de spectacle (rêve 23). Notons ici une allusion au fait que l’inconscient donne à voir comme au spectacle. Elle veut comprendre ce qui se joue dans la représentation à laquelle elle est conviée, nuit après nuit. Elle voit une place au centre, en pleine lumière, et c’est alors qu’elle a un éclair de lucidité. Elle se dit : C’est cette place qu’il me faut.

Le rêve suivant (rêve 24) rappelle que nous sommes dans une tragédie. Un avion avec trois amis descend pour chercher la Rêveuse. Il y a le pilote (le Soi ?), au centre un inconnu à la tête bandée et quelqu’un qu’elle connait mais dont elle ignore le nom.

Les dernières paroles de cet acte sont prononcées par le pilote qui vient dire à la Rêveuse : Celui du centre est mort.

ACTE II

Ce deuxième acte comprend les rêves 24 à 38.

L’homme inconnu

Le rêve 24 voit revenir un personnage important déjà présent dans le rêve initial du prologue (rêve 1) où il est qualifié d’ inconnu très séduisant. Il figure dans toute la série et son identité, qui fait partie de l’intrigue des 3 pièces, se précisera tout au long des représentations. 

C’est avec cet homme inconnu que la Rêveuse visite une maison où le lieu important est une cuisine avec un four et des cendres. Une allusion à la transformation alchimique ? C’est ce qu’aurait pensé Jung. 

Les avertissements

Toujours au rêve 24, la Rêveuse rencontre une mystérieuse madame X, avec qui elle est fâchée dans la vie. Cette dame veut lui parler de quelque chose de très important, probablement une mise en garde. Au vu de ce qui va se passer par la suite elle n’est certainement pas entendue.

Au rêve 29 encore un avertissement. Elle entend une discussion entre une jeune femme et son compagnon. Il lui dit que si elle continue comme cela ils ne feront plus rien ensemble. Il y aura une séparation définitive entre le masculin et le féminin. Elle est extérieure à ces paroles inquiétantes.

Le train prend de la vitesse

Dans cet acte, l’action s’accélère. Il semble que l’écrivain de la pièce s’impatiente et envoie des signes interpellants à la Rêveuse.

L’eau coule du plafond, elle rencontre un vieux monsieur qui porte un petit fourneau, des gangster volent sa voiture et il est même dit, au rêve 30, que le train prend de la vitesse.

A la fin de ce rêve 30 la rêveuse portant un poids trop lourd pour elle demande de l’aide mais sa voix est trop faible et personne ne l’entend.

Il y n’y a pas d’ombre sans lumière et on voit aussi de belles choses : des enfants qui courent, une amie qu’elle prend entre ses seins pour la consoler, un sage devant lequel on se prosterne, et surtout une merveilleuse vision.

Un beau moment avant les drames

Avant les situations dignes d’un thriller que l’on retrouve à la fin de cet acte 2 arrive une vision qui doit réconcilier la Rêveuse avec la représentation donnée par ses rêves. La voici dans son intégralité :

La Rêveuse arrive de la mer vers le rivage sur un voilier aux « ailes » déployées. Elle est elle-même intégrée au voilier puis elle EST le voilier. Elle a d’immenses voiles comme des ailes à ses bras. Elle pense que c’est « magnifique ».

Mais ce moment de grâce ne va pas durer.

Meurtres et combats

Des scènes particulièrement violentes se jouent aux rêve 35 et 37.

Un homme armé d’un fusil surgit dans une maison où la Rêveuse se trouve avec plusieurs autres personnes. Il la prend en otage et commence à tuer. Pour cela, il compte les gens, pair impair, et quand il termine sur pair il tue impair. Il veut tuer la Rêveuse car il la classe dans les impairs mais elle retourne le fusil contre lui et c’est elle qui le tue. Sauvée !

Ensuite la Rêveuse, dans son personnage d’homme puissant, se livre à un furieux et interminable duel avec un autre homme. Ils sont tous deux à cheval et armés d’une longue épée. Ensuite, le même violent combat recommence mais ils chevauchent des motos. La Rêveuse va être vaincue quand au dernier moment elle est sauvée par un très grand chien. Encore une fois sauvée !

On remarque que la Rêveuse, confrontée à des situations dramatiques, est chaque fois sauvée mais quoi de plus normal : l’héroïne de la tragédie ne va quand même pas disparaître …

Le comble de l’horreur

La Rêveuse assiste avec l’homme inconnu à une scène atroce (rêve 38) .

Elle voit des être humains encore vivants enterrés dans de la chaux vive. Il n’y a que les têtes, exprimant une atroce souffrance, qui dépassent. La Rêveuse pense qu’il faudrait abréger ce martyre en leur tirant une balle dans la tête. L’homme inconnu n’est pas d’accord et il dit : il faut beaucoup de morphine pour qu’ils aient le temps de mourir comme il faut.

Non seulement de grandes souffrances sont annoncées mais, si la Rêveuse demeure sourde aux leçons transmises par les rêves, elles vont durer longtemps.

Ensuite, la Rêveuse voit un sabre couper une tête qui vole devant elle.

C’est sur cette violence quasi insoutenable que tombe le rideau.

ENTRACTE

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Articles Ariane Callot

Articles co-écrits avec Jean-Pierre Robert :

Trois rubriques complètent cette liste d’articles :

Recherches sur Jung | Écrits sur Jung | Poésie Ariaga


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