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Jung, Rimbaud, vers l’alchimie poétique

Les anciens alchimistes, et plus récemment des poètes comme Baudelaire et Rimbaud, ont pratiqué la poésie alchimique. Jung, de son côté, a reçu une inspiration poétique pour certains de ses textes.

Ariane Callot

Je vous propose la lecture de certaines de mes poésies alchimiques. Il me semble nécessaire, au préalable, de les situer dans le paysage général de l’alchimie poétique. On pense naturellement à Baudelaire et et encore plus Rimbaud.  Et je crois que Jung, mon principal inspirateur, peut, lui aussi, être considéré comme un « alchimiste du verbe ».

Il ne faut pas oublier que depuis l’Antiquité, en passant par les anciens Alchimistes Philosophes de la Nature, la forme poétique, teintée d’ésotérisme, est utilisée pour décrire les secrets de l’Œuvre.

Baudelaire

Baudelaire écrit dans l’Ébauche d’un épilogue pour la deuxième édition des Fleurs du Mal :

« Ô vous soyez témoins que j’ai fait mon devoir

Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.

Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,

Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. »

Quand il parle de charogne et de pourriture et autres choses considérées comme laides ou dégoutantes, il est dans la lignée des anciens alchimistes quand ils évoquaient le stade de la putrefactio dans l’Œuvre.

L’alchimie du verbe de Rimbaud

Dans la tentative rimbaldienne de transmutation du verbe en l’or de la poésie, on retrouve toute la démarche vers l’Œuvre de ces anciens alchimistes désireux de trouver en eux la Pierre qui leur permettrait de transformer la matière vile, le fumier sur lequel bourdonnent les mouches de Rimbaud, en l’Or véritable.

Cette soif inextinguible, « voir l’or et ne pouvoir le boire », que ressent le poète est semblable à celle des alchimistes qui se consumaient en prières dans l’oratoire et se desséchaient devant l’athanor brûlant.

« Le dérèglement de tous les sens », « le désordre de l’esprit », la santé menacée de Rimbaud étaient semblables aux hallucinations et à la mort lente des alchimistes drogués, empoisonnés par les vapeurs de mercure et autres produits contenus dans la cornue où ils opéraient le « supplice de la matière ».

Pour eux, comme pour Rimbaud, et ce fut aussi le cas pour  Jung, le matériau de L’Œuvre était leur corps et leur esprit. Leur langue obscure et fourmillant d’allusions symboliques cherchait désespérément à exprimer l’inexprimable, à « fixer des vertiges ».

On observe cette démarche alchimique dans l’invention de la couleur des voyelles où se retrouvent les trois phases essentielles de l’Œuvre.

A noir, la nigredo, l’œuvre au noir. Elle utilise la matière primordiale, celle que l’on peut trouver dans les « ruelles puantes » ou les dédales de la folie. Cette matière est décomposée, dissoute, recomposée en de multiples morts et résurrections.

E blanc, l‘albédo, le passage au blanc, le moment où l’ensemble des couleurs, sous l’influence de l’argent et de la lune et les contenant toutes, produit la couleur unique que les alchimistes appellent la « queue du paon ». C’est l’aube précédant le lever du soleil.

I rouge, la rubedo, l’œuvre au rouge des alchimistes symbolisant le soleil, l’illumination, la fusion du masculin et du féminin.  Ils la nomment « noces alchymiques ».

Vous me direz que deviennent le O bleu et le U vert de Rimbaud. Là je suis obligée d’imaginer. Pourquoi pas le U comme le récipient de l’œuvre et le O comme la totalité, le son suprême de la première à la dernière parole ?

Jung, un voyant et un poète ?

L’intérêt de Jung pour le langage très symbolique des alchimistes n’est pas à démontrer. Il a passé un temps considérable à déchiffrer leurs grimoires.

Cependant, il n’est pas encore cette période de ses recherches quand il écrit le Livre Rouge  contenant les Sept Sermons aux Morts qui sont à la fois poétiques et solennels. Il se trouve plutôt dans une phase d’expériences visionnaires et d’amplifications qui peuvent évoquer les Illuminations de Rimbaud mais je pense surtout au Nietzsche du Zarathoustra.

Le Jung du Livre Rouge est passé au delà du mur de la conscience. Je crois que c’était un voyant et un poète. Comme d’autres pratiquants de l’alchimie poétique, il ne se contentait pas de l’évidence et pratiquait le « laisser advenir » qui est une porte ouvrant sur le génie.

Dans son Commentaire sur le Mystère de la Fleur d’Or, il écrit :

« J’ai en effet été impressionné au plus profond de moi-même en constatant que la nouveauté ne correspond que rarement ou jamais à l’attente consciente  […] dans le domaine psychique, il faut pouvoir laisser advenir.  » (p.33)

***

Devenir un « opéra fabuleux » et espérer être possédé par la véritable inspiration poétique,  et pourquoi pas parvenir à un dernier stade de la transmutation où, enfin apaisé, on sait saluer la beauté dans son ultime nudité. On peut toujours rêver …

Cela est réservé à quelques génies comme Baudelaire ou Rimbaud mais on peut quand même essayer de se relier, si peu que ce soit, à la chaîne d’Or de la poésie alchimique.

C’est ce que j’ai tenté dans mes poésies alchimiques et en particulier dans celle ci qui est inspirée par Jung. Ce n’est pas la plus alchimique au sens restreint du terme mais elle évoque la terrible nuit qu’il vécut au moment où il recevait l’inspiration des Sept Sermons aux Morts.

Les morts frappent à la porte

Cette nuit la tempête

a craqué la maison

forteresse assaillie

par les béliers du vent

au petit matin noir tout encombré des rêves de la nuit

quand on se trouve encore

sur le fil du rasoir entre la mort et la vie.

 

Un plat silence a figé l’air quelques secondes

mer étale

et puis comme un grand souffle

est monté le clavier d’une foule impatiente.

 

Un vieux moi très ancien

a ouvert grand la porte

à la lumière du porche j’en ai vu quelques uns

les autres

écharpes de brume

dansaient dans la grisaille de la fin de la nuit.

 

Certains disaient leur nom d’autres l’avaient inscrit

au fer rouge sur le front

c’étaient des Basilide Barbélo Valentin

Carpocrate Épiphane Menandre Saturnin

des ophites tout nus réchauffés de serpents

le tout en grand désordre.

 

Simon avec Hélène forniquait dans un coin.

 

Au tout début du jour j’ai vu des Bogomiles

puis ceux de Montségur des enfants dans les bras

et Giordano  Bruno fumant comme un tison

oui ils étaient tous là douteurs et insoumis

ceux qui se voulaient plus chrétiens que les autres

ceux qui pensaient qu’il n’y a rien entre l’homme et son dieu

ceux qui croyaient que l’univers est Un.

 

Quand le jour s’est levé

quand le ciel s’est ouaté de nuages

ils se sont lentement dissous

vers les mémoires obscures où brûlent les bûchers

me laissant des regrets

de ne pouvoir loger

amour si absolu.

Poésies d’Ariaga (Ariane Callot)

Article de présentation des poésies

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