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Les différentes facettes de l’extraversion

L’extraverti réagit à son environnement mais, à partir de son intériorité, il est bien peu dans l’action. Il cherche à sa manière à sauver son prochain et il possède l’art de la synthèse de données disparates.

Jean-Claude Jugon – Avril 2021

Rawpixel Ltd – CC BY 2.0

L’extraversion étant tournée vers l’objet et l’extérieur, sa première qualité est l’intérêt et l’empathie pour les autres mais, revers de la médaille, il existe un gros risque de superficialité car c’est le milieu (ici) et le moment (maintenant) qui déterminent une réaction.

L’extraverti est en réaction à son environnement

L’extraverti est en réaction à son environnement mais bien peu dans l’action à partir de son intériorité. Ce manque de profondeur en son âme le condamne à subir l’emprise du monde extérieur et de ses objets, qui finissent par laisser en jachère son for intérieur.

L’extraverti est prêt à consumer son temps et son énergie pour mieux investir et maîtriser les objets de façon à en tirer un bénéfice ou un quelconque avantage. Il doit pour cela s’adapter à son milieu qui finit par le déposséder de ses propres références internes. S’il n’y prend pas garde, il devient une marionnette par manque de sujet et de temps.

L’extraverti à une faculté naturelle d’accueil à l’autre, certes pas toujours très profonde (selon son intelligence) mais réelle car le mécanisme déterminant dans sa psyché est l’identification au monde. Il est donc spontanément disposé à faire plaisir aux autres ou à s’investir dans des associations caritatives.

L’introverti par contre se séquestre lui-même dans sa belle tour d’ivoire

L’introverti se soucie peu d’être empathique car pour lui l’introjection domine. Il pense : « à chacun sa destinée, si tu meurs ici au bord du chemin c’est de ta faute, tu n’appartiens pas comme moi au cercle des élus ! »

Ce n’est pas de l’égoïsme mais de l’égotisme de se savoir prédestiné par le sort. « L’égoïste, n’est-ce pas plutôt toi l’extraverti qui accepte mal ta différence innée avec l’autre tant ton esprit de groupe te pousse à une sorte de bonté facile pour mieux t’admirer en ton prochain ? »

L’influence du milieu sur l’extraverti

À l’encontre d’une idée convenue, l’extraverti type est prêt à se laisser circonvenir passivement par les conditions du milieu. S’il paraît avoir parfois le monopole de la parole ce n’est souvent que pour répéter de fades vérités. Elles sont dues à sa grande capacité d’adaptation à l’entourage qui conforte les autres à le croire.

Cette osmose avec l’environnement lui permet de s’incruster avec bonhomie dans les relations sociales. Ce n’est en rien la preuve qu’il a vraiment quelque chose d’original à exprimer au monde à partir de lui.

Enantiodromie, retour du refoulé…

Il s’agit du retournement d’une tendance en son contraire effectué à partir de l’inconscient qui en prend le contrepied pour tenter de rééquilibrer la psyché et garder son homéostasie. Jung parle d’énantiodromie, Freud de retour du refoulé et Morita Shôma (psychiatre japonais contemporain de Freud et Jung) d’action psychoantagoniste.

Chacun décrit le même phénomène de contrebalancement psychique qui voit l’inconscient tenter de réharmoniser le conscient (par les rêves d’abord mais aussi divers moyens allant du passe-temps dominical anodin aux addictions en tout genre), car il veut naturellement en compenser les excès. On trouve aussi ce mécanisme en biologie (feed-back).

Nous avons tendance à nous comporter à l’inverse de notre attitude interne naturelle

C’est là le point essentiel et le plus délicat. Si notre attitude intérieure, quoiqu’elle soit naturellement préférentielle, laisse assez de latitude à l’autre attitude moins privilégiée en nous, la compensation s’effectue alors normalement sans aucun dégât psychique. C’est tout bénéfice.

Si par contre on ne peut concilier plus ou moins en soi les deux attitudes d’introversion et d’extraversion, on risque d’être assailli de l’intérieur par celle la moins différenciée qui va alors se manifester dans un comportement de plus en plus controuvé, voire pathologique, pour nous forcer à agir à l’inverse de notre attitude naturelle.

La psychose bipolaire et ses troubles associés sont paradigmatiques de cet état de fait.

L’ajustement entre les deux attracteurs opposés est impossible car ils fonctionnent automatiquement. Ça fait boum en retour comme la balle caoutchouc d’un jokari revenant encore plus fort grâce à son élastique. L’effet rebond est d’autant plus dévastateur que l’attracteur de la libido opprimant son adverse est intense.

La phase maniaque qui présente un comportement apparent extraverti s’origine dans l’attitude intérieure d’introversion (concentration), alors que la phase mélancolique présentant un comportement apparent introverti provient de l’attitude intérieure d’extraversion (dilution).

Qui ne peut saisir ce renversement en le contraire entre attitude intérieure et comportement extérieur ne peut saisir le jeu subtil de la psyché.

Quelqu’un de trop extraverti peut se comporter en faux introverti

L’extraversion, unilatéralement méliorative de nos sociétés modernes, engendre donc des comportements unilatéralement péjoratifs. Ainsi, quelqu’un de trop extraverti arrivé au bout du rouleau se comportera tel un faux introverti  : timidité, honte, inhibition.

Aucun rapport avec la vraie introversion faite d’aisance et de confiance en soi, voire même d’insolence car elle part du sujet. Par malheur, c’est cette introversion fausse que nos sociétés civilisées ont conservée pour la déprécier, prenant des vessies pour des lanternes.

L’importance du temps libre

Jung disait à Sabi Tauber, une de ses analysantes :

« Il est absolument nécessaire de lutter chaque jour pour garder du temps libre afin de recharger intérieurement sa libido ». « Penser qu’on doit toujours s’activer et faire quelque chose est de l’extraversion européenne  ! » Sabi Tauber, Mon analyse avec Jung

La pensée extravertie

Jung dit de la pensée extravertie  :

« Qu’il s’agisse de lui-même ou de son entourage, c’est toujours à la réalité objective ou à la règle d’orientation objective que ce type d’homme donne la prépondérance.

D’après elle il mesure le bien et le mal, détermine beauté et laideur. Tout ce qui s’accorde avec cette formule est exact  ; faux, tout ce qui la contredit… Comme elle paraît correspondre au sens universel, on en fait la loi universelle qui doit toujours et partout se réaliser, dans le particulier comme dans le général.

Le type pensée extraverti subordonne tout à sa règle  ; son entourage doit faire de même. » C.G. Jung, Les types psychologiques

Une forte tendance au consensus

La caractéristique fondamentale de la pensée extravertie c’est donc sa forte tendance au consensus. Les vérités qu’elle énonce sont des évidences aux yeux de tous.

Chaque époque a sa vulgate, ses modes, ses idiosyncrasies, que la pensée extravertie veut suivre pour rester dans le vent de l’histoire.  Il n’est donc pas question de refuser les données objectives qui se présentent à elle. Pascal appelait cela l’esprit de géométrie (la science des figures de l’espace) qui d’emblée place la dimension spatiale en pole position.

Internet : l’extraverti règne en maître

Un seul exemple suffira pour comprendre le pouvoir absorbant et débilitant de la pensée extravertie à notre époque  : c’est l’internet. Il véhicule absolument toutes les données objectives (ou fausses) sur tous les continents.

Plus besoin de penser par soi-même, il faut juste rester connecté à cette pieuvre virtuelle. Il s’ensuit donc une homogénéisation des opinions avec tous les standards et clichés possibles à la clef.

Car la pensée extravertie tente de synthétiser selon son mode de fonctionnement réticulaire les idées les plus générales et les plus proches du sens commun qu’elle aimerait bien vouloir suivre par les autres.

Il serait si simple de rendre le monde harmonieux avec quelques bonnes idées de base adoptées par tous ! Il faut classer, ordonner et donner des ordres, mettre des bornes jusqu’à devenir borné faute d’envergure.

Il faut rendre les autres heureux contre eux-mêmes 

L’universalisme et la mondialisation actuelles font le lit d’une planification par le bas, façon communiste. La morale collective détrône l’éthique individuelle  : il faut rendre les autres heureux contre eux-mêmes  !

S’ils n’obtempèrent pas, on les déportera pour leur bien ou bien on les passera par les armes s’il le faut. L’idéalité du collectivisme extraverti doit devenir une réalité et n’est plus du tout compensé par l’altérité. Le salut du prochain en dépendant, il est hors de question de faire des exceptions : ce fut le mal du XXe siècle.

Le type pensée extravertie cherche à sa manière à sauver son prochain

Cependant, le type pensée extravertie a aussi des qualités appréciables en ce qu’il cherche à sa manière à sauver son prochain par tous les moyens pourvu qu’il adhère suffisamment à une mêmeté consensuelle, c’est à dire qu’il se moule dans un schéma de vie sociale déjà prédéfini, possiblement accessible à la raison.

L’entraide est un de ses crédos favoris. On ne saurait négliger ce côté volontariste à vouloir faire le bien par toutes sortes d’institutions et associations qui sont nécessaires dans nos sociétés civilisées.

Il existe chez ce type une empathie naturelle à s’intéresser concrètement au salut des autres (non à l’âme d’autrui), à condition de rester lucide en son âme et conscience car l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions.

L’art de la synthèse de données disparates

Sur le plan intellectuel, la pensée extravertie tente de synthétiser une accumulation de données disparates pour en faire un tout plus ou moins cohérent, un peu à la manière de Darwin dans l’évolution des espèces. Autant dire que ça peut faire du bruit dans Landerneau.

Comme lesdites données sont objectives, il est difficile à toute personne intellectuellement honnête de les ignorer ou de les récuser en première instance.

Sauf à être de mauvaise foi. À l’inverse, si elle manque de rigueur du raisonnement, la pensée extravertie en vient vite à un éclectisme douteux en amalgamant en un tout hétéroclite des éléments incompatibles.

Au final, seule la vision de la grandeur de l’homme permet à la pensée extravertie, propre à ce type, de dépasser ses idéaux, qu’ils soient élevés ou mesquins. Ceci est vrai selon l’intelligence et l’imagination de la personnalité en question.

Jean-Claude Jugon – Avril 2021


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