Ce second volet de « Désirer, consentir, vouloir » explore les bouleversements contemporains des identités, des liens et des sexualités. Entre clinique, recherche et mythes, il interroge les fractures de notre époque, les voies de leur symbolisation et les chemins d’individuation qu’elles ouvrent.

Achat ou abonnement sur le site des Cahiers Jungiens de Psychanalyse
Printemps-Été 2026 – 24,6 cm x 17 cm x 1,5 cm – 176 pages
Contenu du numéro Désirer, consentir, vouloir (II)
Éditorial
Par Maria de Oliveira, Ève Pilyser et Samira Richer-Villar
La répression de la femme et la tragédie de Méduse
Denise Gimenez Ramos
Ce texte révèle le parti pris patriarcal des mythes grecs ; la domination et la violence qu’ils expriment à l’égard des femmes. Le mythe de Méduse est analysé par l’auteure comme un exemple de viol et de féminicide protégeant l’homme qui commet ce crime. Le fait que ce mythe ait traversé les siècles et soit toujours présent de nos jours montre que la tragédie et la violence à l’égard des femmes qu’il contient sont toujours d’actualité, en particulier lorsque les femmes expriment leur valeur et leurs capacités. Mais Méduse laisse un héritage : ses enfants représentent la force et la sublimation qui émanent de son sang, tant comme moyen de surmonter le traumatisme que vis-à-vis de la nécessité d’intégrer ces qualités dans le processus d’individuation.
Un grand rêve peut-il libérer de traumatismes intergénérationnels et de l’oppression culturelle ? Quand on se réveille lesbienne… dyke !
Dominique Lambert-Blum
Utilisant une étude centrée sur les grands rêves et les identités queer, cet article explore le processus par lequel un grand rêve peut révéler des désirs sexuels auparavant inconscients et, lors d’une expérience archétypique, redéfinir l’axe moi-Soi aux frontières de l’individuation ; mettre fin à un état dissociatif engendré par des traumatismes intergénérationnels et des oppressions culturelles ; et promouvoir un nouveau sens du Soi incarné et ancré dans le collectif.
Dans l’ombre du consentement : le tabou du désir féminin articulé au déni de l’inceste maternel
Ève Pilyser
À la lumière des retentissants procès Depardieu, Pélicot et Le Scouarnec, l’autrice reprend la notion de consentement en différenciant ses deux versants actif et passif. Soulignant l’importance de la puissance donnée par la nature à la mère dans sa fonction, elle décrit le cercle vicieux qui peut s’instaurer dans la psyché masculine, allant du risque de possession par l’archétype de la grande mère à la peur du désir féminin. Elle relève ainsi l’existence du tabou du désir féminin générant une culture du viol… consenti. S’ouvre alors l’hypothèse d’un déni familial et social de l’inceste maternel, déni venant alimenter ce cercle en retour.
Le Déclin du désir : extraits
Luigi Zoja
Dans Le Déclin du désir, Luigi Zoja décrit la perte progressive du désir dans nos sociétés contemporaines marquées par l’absence de manque. Cet article pré-sente l’ouvrage et propose des extraits significatifs des manifestations de cette érosion de l’éros et leur analyse par Luigi Zoja, tant sur le plan individuel que collectif.
Les soucoupes volantes du trauma : vouloir se représenter l’irreprésentable
Françoise Bruley
Les rumeurs visionnaires de soucoupes volantes et d’aliens ont surgi à la fin de la Deuxième Guerre mondiale un peu partout dans le monde. En s’inspirant d’un des derniers livres de Jung, Un mythe moderne, qui étudie ce sujet, l’auteure explore les articulations possibles entre la mémoire traumatique qui les précède et la dissociation qui en découle. Les événements historiques liés à l’utilisation de la bombe atomique, d’une part, et le récit de la violence sexuelle subie par deux enfants, d’autre part, viennent illustrer son propos.
Consentir, désirer, vouloir, à travers trois destins
Christiane Fonseca
Vanessa Springora, Emma Bovary, La princesse de Clèves, chacune d’elles à sa façon, illustrent le consentement, le désir et la volonté qui, tour à tour, se côtoient dans l’être humain ou s’opposent, renforcent l’élan vital ou provoquent la mort. Freud, Lacan, Jung, tous les trois, ont tenté d’approfondir ces notions complexes qui font partie du domaine amoureux et peuvent devenir les agents du destin humain.
Crise d’individuation et genre du moi chez les enfants : importance de la figure de l’héroïne dans le développement des filles
Jetthe Fabioola
Cet article propose une nouvelle perspective sur l’individuation précoce des filles. L’autrice suggère que l’héroïne féminine joue un rôle sous-exposé et pourtant vital. L’héroïne est le pendant du héros masculin qui, dans une culture patriarcale, a été généralement considéré comme la ressource psychique à ce stade de développement. Elle permet aux filles – soutenues par leurs pères et par leur imagination – de se libérer et de répondre aux exigences d’adaptation au monde paternel tout en confirmant la dimension féminine de leur moi et conservant une ouverture à l’autre sexe.
L’autrice présente un matériel recueilli au cours d’un travail de terrain anthropologique dans une école primaire pour démontrer comment la figure de l’héroïne émerge et peut aider à la résolution d’une crise de développement lié à cet âge. Le cas d’une patiente adulte relie l’absence de résolution de cette crise à l’âge scolaire à une crise de l’âge mûr.
Dépression, l’ombre du désir
Stefano Carta
Ce que nous appelons dépression est interprété par l’auteur comme une transformation historico-anthropologique de ce qu’on appelait autrefois la mélancolie. Elle est donc, ici, considérée comme un syndrome lié à la culture, dont les racines se trouvent dans l’échec de la révolution contre l’effondrement de la figure du père, responsable des catastrophes de la première moitié du xxe siècle.
Dans sa tentative de dépasser le père surmoïque castrateur freudien, le sujet postmoderne a régressé vers la grande mère. Ce faisant, il est devenu le sujet tragique et narcissique qui, lié au consumérisme post-capitaliste, ressent le besoin d’être constamment nourri oralement et admiré.
Cet état de fait revêt un caractère profondément anomique, car il favorise des désirs dénués de sens et, par conséquent, la dépression. Ainsi, le sujet contemporain a perdu, non pas un « objet », mais le sens progressif des valeurs éthiques qui ne relèvent pas du domaine de la grande mère, mais de celui du père.
Un rhizome de l’incompréhensible : diversité des genres et émergence de l’androgyne dans la pratique clinique
Mario Saiz, María Paz Abalos, Claudia Grez, Madeleine Porre, Javiera Falcone, Susana Toloza et Gabriel Campi
Cet article est issu d’une recherche menée par un groupe d’analystes latino-américains pilotés par Mario Saiz. Il explore l’émergence de la figure de l’androgyne à partir de l’analyse de 400 rêves recueillis entre 2021 et 2025. Ils ont identifié dans les rêves de leurs patients des images qui ne correspondaient ni à l’anima ni à l’animus et qu’ils ont associées à l’androgyne rhizomatique, figure mouvante et non binaire de la psyché. Celui-ci est envisagé comme un symbole vivant de transformation intérieure.
L’étude montre que l’androgyne surgit dans des périodes de crise, de transformation identitaire ou de remise en question profonde. Les chercheurs en distinguent trois formes : l’androgyne indifférencié, l’androgyne in transitus et l’androgyne différencié.
Le cas clinique de Francisco vient illustrer ces trois formes de l’androgyne à travers l’analyse de rêves jalonnant son parcours thérapeutique. La figure de l’androgyne invite à repenser la clinique jungienne, face à la diversité de genre et de sexe. Il est un symbole de l’âme en devenir, irréductible à des catégories héritées. Le rôle de l’analyste consiste à accompagner l’incompréhensible, à accueillir des formes identitaires nouvelles et à reconnaître la pluralité de la psyché humaine.
La relation créative entre la conscience et l’inconscient : un souffle de vie pour l’âme
Elaïné Franzini Soria
En des temps où le rationalisme « l’esprit de ce temps » capte toute la lumière, la vie symbolique demeure dans la pénombre. Cet article interroge la relation vivante entre conscience et inconscient comme source et souffle de l’âme.
L’autoréflexion est pensée comme un acte de courage : consentir à la descente dans les profondeurs de l’être, traverser l’ombre, accueillir le symptôme. L’âme, transgressive et orientée vers le Soi, met à nu les fidélités stériles et conventionnelles pour appeler à une métamorphose de l’être.
Entre mythe et clinique, le processus d’individuation apparait comme une œuvre de transmutation où la peur devient passage, seuil et le conflit, création. Dans l’alliance fragile entre corps et âme se dessine une éthique de l’altérité, ouvrant de nouveaux horizons pour l’individu comme pour le collectif.
Bloc-notes
Sous la direction de Delphine Renard
Revue des revues
Sous la direction de Samira Richer-Villar
A lire également
- Entretien autour des Cahiers Jungiens de Psychanalyse avec Reine-Marie Halbout, à l’occasion de la sortie du no 152, février 2021
Présentation des numéros suivants des Cahiers Jungiens de Psychanalyse sur le site EFJ :
- Désirer, consentir, vouloir (II), no 163 – 2026
- Désirer, consentir, vouloir (I), no 162 – 2025
- Jung au présent, no 161 – 2025
- Jung en France, no 160 – 2024
- Jung dans le monde, no 159 – 2024
- Brûler, no 158 – 2023
- Esprits de la nature, no 157 – 2023
- Contagion/Contamination, no 156 – 2022
- Des fins, no 155 – 2022
- Au commencement, no 154 – 2021
- Intimités, no 153 -2021
- Nature(s), vivre la terre, no 152 – 2020
- Souviens-toi de ton futur, no 151 – 2020
- Images, représentations et mondes virtuels, no 150 – 2019
Ouvrages :

