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C.G. Jung support idéal à de multiples projections

C.G. Jung est adulé par certains et détesté par d’autres. Ces attitudes si contrastées sont liées au mécanisme de la projection. L’une des conséquences est qu’au final l’œuvre de Jung est mal ou peu connue et peine à se différencier de son auteur. 

Carl Gustav Jung est adulé ou détesté

Pour un grand nombre de personnes, le nom de « Jung » n’évoque rien, cela ne les empêche pas d’utiliser régulièrement des vocables définis ou enrichis par lui comme « complexe », « introversion / extraversion », « inconscient collectif », « archétype », etc. « Freud » est mieux identifié comme fondateur de la psychanalyse. « Lacan » est assez bien reconnu dans les milieux psy, en particulier en France.

Pour ceux qui se réfèrent à Jung, deux populations s’opposent. La plus nombreuse est en admiration devant ses découvertes, même si elle se montre à l’occasion critique. D’autres expriment des points de vue directement hostiles et s’attaquent le plus souvent à la personne de Jung, de manière plus ou moins déguisée.

S’en prendre à une personne est le meilleur moyen de dénigrer son travail et, par ricochet, de se mettre en valeur et de promouvoir un point de vue différent. 

Jung prévoyait qu’il serait attaqué

De son vivant Jung n’était pas dupe et il évoque directement l’ombre de la psychologie analytique lors de ses entretiens en 1958 devant des étudiants de l’Institut qui portait son nom. Il n’ignorait rien de tous ces mécanismes, lui qui le premier a souligné l’importance de l’ombre, tant au niveau individuel que collectif.

La plupart de ses détracteurs, mais aussi une partie de ceux qui sont fidèles à sa pensée, s’attachent à la signification de chacun de ses concepts, sans obligatoirement et nécessairement les avoir vécus. Jung en était bien conscient :

« Vous pouvez vous défendre à coups de concepts, de mots, sans pour autant avoir nécessairement saisi leur contenu pendant longtemps. Lorsque vous saisissez quelque chose intellectuellement, cela reste bloqué dans la sphère du langage, uniquement là, sans imprégner l’être tout entier.

En psychologie, on peut estimer avoir compris quelque chose uniquement quand on l’a aussi vécu ou qu’on l’a traduit en une action concrète ou en une expérience, mais pas avant. »
Entretiens, p 122

Cette différence se remarque aisément à la lecture des biographies de Jung par Barbara Hannah [Jung : sa vie et son œuvre] ou Marie-Louise von Franz [C.G. Jung, son mythe en notre temps]. Elles ont non seulement compris l’œuvre de Jung mais ont également vécu et éprouvé ses différents aspects.

Ce n’est pas le cas, par exemple, de Deirdre Bair [Jung : une biographie], l’une des biographes de Jung les plus connues. Journaliste et auteure de nombreuses biographies : Anaïs Nin, Simone de Beauvoir, Samuel Beckett, Al Capone, etc., elle s’était spécialisée dans ce domaine.

Dans la biographie qu’elle a consacrée à Jung, elle s’est attachée à regrouper un grand nombre de faits et de témoignages. Parmi ceux-ci certains sont erronés, insuffisamment qualifiés ou mal interprétés. La portée de son important travail est de ce fait limitée. Plus grave, elle n’avait pas expérimenté les concepts qu’elle exposait.

Le rôle des projections

Marie-Louise von Franz rappelle comment Jung définissait les projections, qui peuvent être négatives ou positives, provoquant le rejet ou à l’inverse une complète adhésion à l’objet extérieur :

« …Jung définit la projection comme une transposition inconsciente, non intentionnelle, non perçue, d’un état psychique subjectif vers le dehors, sur un objet extérieur. On voit quelque chose qui en réalité n’y est pas ou n’y est que très peu.

Il arrive très rarement, sinon jamais, que, dans l’objet choisi il n’y ait aucune trace de ce qui est projeté. Jung parle par conséquent du crochet offert par l’objet, servant à celui qui projette d’y accrocher sa projection comme on suspendrait un manteau à une patère. »
Reflets de l’Âme, p 15.

C’est bien ce mécanisme, à l’œuvre en arrière-plan, qui permet de dénigrer l’apport d’une personne, à partir de faits isolés, le plus souvent détachés de leur contexte.

Qui est visé dans ces opérations de dénigrement ? De mon point de vue ce n’est pas Jung qui en est la cible mais sa découverte principale, celle d’un inconscient collectif, autonome et agissant. Un inconscient qui n’est pas seulement le réceptacle d’éléments anciens mais également porteur de développements futurs ; un inconscient matrice de la conscience, antérieur à celle-ci.

Reconnaître ce fait est extrêmement difficile car très engageant. Impossible de se placer « au centre du monde ». Nous devons reconnaître « que nous ne sommes pas seuls dans la maison » !

Toute la difficulté est de conjuguer l’efficacité et la nécessité d’un Moi bien constitué et structuré en lien avec un Autre, quelque soit le nom qu’on lui donne, avec lequel il faut désormais compter. Chemin difficile s’il en est un, et dont l’accès est le plus souvent mal indiqué.

Jung et son œuvre

Le plus frappant dans les sciences humaines c’est que l’on s’attache à la personne qui est à l’origine de tel ou tel courant de pensée, comme c’est le cas en matière de philosophie ou de psychologie.

Pour les sciences en général, mathématiques, biologie, physique, informatique, etc., c’est l’inverse qui se produit. On privilégie l’objet étudié et assez rapidement un consensus est établi, quitte à laisser dans l’ombre les personnes qui ont contribué à chacune des découvertes.

A titre d’exemple, dans le domaine de l’électricité, on s’accorde depuis bien longtemps autour des concepts de courant électrique, de tension, de puissance, d’électromagnétisme. Rares sont les personnes qui connaissent la vie et l’œuvre d’André-Marie Ampère, Alessandro Volta, James Watt ou James Maxwell pour ne citer qu’eux.

A l’opposé, il est très difficile d’aborder la psychologie sans en citer l’un des chefs de file, que ce soit Freud, Jung, Lacan, etc. et sans utiliser la terminologie spécifique qui est liée à ses travaux.

C.G. Jung n’échappe pas à cette règle et il n’est pas simple de démêler sa vie personnelle de ses hypothèses et de ses concepts.

Il faut reconnaître qu’en matière de psychologie l’équation personnelle du chercheur entre directement en ligne de compte, ce qui ne facilite pas l’émergence d’un consensus. Jung en est le bon exemple puisque son œuvre est directement liée à son cheminement personnel, consigné dans les Cahiers noirs et le Livre rouge.

Des groupes autour de Jung

Des groupes autour de Jung et de son œuvre se sont formés ou se forment, ils sont complémentaires, parfois antagonistes.

Leur diversité, qui peut conduire à de larges divergences, est liée à plusieurs facteurs :

  • L’étendue de l’œuvre. Certains se réclament de la clinique, d’autres du domaine religieux, du lien matière / psyché, de l’alchimie, de l’éducation, etc.
  • Le type psychologique où l’introversion domine largement donne l’orientation générale d’un groupe, et se trouve être une source d’opposition :
    • La pensée est à la base de la plupart des écrits de type universitaire.
    • Le sentiment privilégie l’expérience, le vécu (« la théorie n’est pas importante, seule l’expérience compte ! »).
    • La sensation où le corps entre en scène (art thérapie, chant, danse, jeu de sable, etc.).
    • L’intuition qui ouvre vers des horizons nouveaux (physique quantique, neurosciences, mythologie, etc.).
  • La fidélité à l’œuvre du maître ou, au contraire, la recherche d’une orientation différente. Des contresens complets peuvent à l’occasion voir le jour !
  • Des luttes de pouvoir où certains se déclarent souverains et légitimes, lançant l’anathème sur tous ceux qui ne partagent pas leur avis.

Il est facile de remarquer combien, au sein de chacun des groupes, les personnes qui le composent sont différentes. Les antagonismes qui en résultent sont avant tout le reflet des oppositions qui nous habitent.

Les découvertes jungiennes nous éclairent et montrent la complexité du psychisme. Les notions d’ombre, de persona, d’anima / animus, etc. s’entrecroisent, se superposent. D’où une diversité qui ne peut en aucun cas être représentée par un seul groupe.

Une nécessaire unité

L’individuation joue un rôle central dans la vie d’un individu. Elle s’accélère quand le processus fait l’objet d’une attention particulière. C’est le cas au moment des échanges avec une personne qui a elle-même avancé sur ce chemin-là. Ce guide que l’on perçoit chez l’autre ouvre la voie vers un guide plus intérieur dont chacun est le porteur.

Jung a souligné tout au long de son œuvre combien il est important de prendre en compte la totalité des éléments qui se présentent dans nos vies. Il s’agit non seulement des éléments conscients, positifs et négatifs, mais également de l’activité inconsciente sous-jacente.

La vie repose sur un flux continu d’éléments contraires, toujours sous tension, entraînant de forts courants. Le déséquilibre est permanent dès lors qu’un ou plusieurs éléments ont pris le dessus. Cependant les processus, tant au niveau physique que psychique, ne cessent de s’autoréguler.

Si j’applique ces principes à la vie des groupes jungiens, je mesure combien leur diversité est importante. Mais je mesure aussi combien le danger est grand de voir se disperser une pensée cohérente qui s’éparpille alors comme les morceaux d’un puzzle difficile à reconstituer car composé de milliers de pièces.

La complexité des phénomènes psychiques, dont Jung nous a donné un aperçu, est telle qu’il est vain de vouloir tout comprendre. Certes les recherches sont importantes, mais elles peuvent vite se transformer en un pur jeu intellectuel. Le plaisir de la découverte est tel qu’il peut nous éloigner des nécessités de la vie.

Seule une recherche appliquée, qui s’accompagne de résultats concrets, atteindra un certain niveau d’efficacité et bénéficiera à un grand nombre de personnes.

Ce vœu est formulé à l’occasion du 60e anniversaire de la mort de Jung. L’essaimage de la pensée jungienne court le risque de s’éloigner de l’essentiel : le cheminement de l’humain selon sa destinée.

Jean-Pierre ROBERT – 6 Juin 2021


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