Pierre Willequet explore la persistance du divin dans la psyché humaine. Entre intuition, affectivité, Surmoi et Soi, il interroge ce besoin de se relier à ce qui nous dépasse, au-delà des formes religieuses traditionnelles.

Dieu comme réalité psychique
Dans Dieu comme obsession. Ce qu’en dit la psyché, Pierre Willequet ne cherche ni à démontrer l’existence de Dieu, ni à la réfuter. Que nous dit la persistance de l’idée de Dieu sur le fonctionnement de la psyché humaine ? Pourquoi la question du divin continue-t-elle à revenir sous des formes parfois très éloignées des religions traditionnelles ?
Pour Willequet, nous ne pouvons parler de Dieu, de transcendance ou d’invisible qu’à partir de l’appareil psychique qui nous permet de les concevoir. Il ne s’agit donc pas de dire ce qu’est Dieu en soi, mais d’observer les représentations, les expériences et les mouvements intérieurs auxquels cette notion donne lieu. Pierre Willequet rappelle combien nos capacités de connaissance sont limitées par notre propre constitution psychique, comme Jung l’a souligné à de nombreuses reprises.
Une intuition à l’origine du livre
Pierre Willequet raconte qu’une intuition lui est apparue sous la forme d’un graphique, accompagnée d’une phrase : « Les Lumières sont apparues trop tôt » (p. 29). Il s’interrogeait alors sur l’étonnante permanence du besoin religieux à travers l’histoire humaine.
Cette intuition ne constitue pas pour lui une vérité qu’il faudrait prendre au pied de la lettre. Il accorde dans sa pratique une place importante à ces surgissements spontanés de la psyché que sont les intuitions, les visions ou les rêves, tout en rappelant qu’ils doivent être examinés avec discernement.
L’auteur développe alors l’image d’une immense vague représentant la permanence du besoin religieux dans l’humanité. La question religieuse se serait transformée au fil de l’histoire.
Tolérer l’inconnu, l’inachevé, l’incompréhensible
Le terme d’« obsession » renvoie à la persistance, au sein de la psyché, d’une aspiration vers quelque chose qui la dépasse. Cette aspiration peut s’investir dans une religion, une idéologie, une conception scientifique totalisante, un idéal politique ou toute autre représentation susceptible d’occuper la place d’un principe suprême.
Willequet revient ainsi fréquemment sur la difficulté humaine à tolérer l’inconnu, l’inachevé et l’incompréhensible. Nous cherchons à intégrer ce qui nous arrive dans un système de représentations suffisamment cohérent pour nous permettre de vivre. Certaines expériences résistent à cette assimilation.
Le livre accorde également une place importante à l’affectivité. Le besoin de comprendre ne suffit pas à expliquer la relation au divin. L’être humain a aussi besoin de se sentir accueilli, reconnu, relié.
Le Surmoi n’est pas le Soi
Une part centrale de l’ouvrage est consacrée à une distinction essentielle pour l’auteur : le Surmoi n’est pas le Soi. Le premier tend vers la conformité, l’interdit et l’idéal de perfection. Le second renvoie à la totalité de la psyché, laquelle comprend aussi ses contradictions, ses obscurités et ses éléments difficilement acceptables.
Cette distinction lui permet d’interroger certaines images de Dieu. Un Dieu essentiellement juge, prescripteur et garant d’une perfection morale peut devenir l’expression d’un Surmoi collectif particulièrement contraignant. À l’inverse, la confrontation au Soi ne promet ni tranquillité ni perfection : elle oblige le sujet à reconnaître les opposés et à abandonner progressivement l’illusion d’une maîtrise complète de lui-même.
Willequet mobilise pour cela un grand nombre de références. Jung demeure central, mais il dialogue avec Freud, Lacan, Nietzsche, Piaget, Heidegger, Maître Eckhart, Dostoïevski, les traditions bibliques, la mythologie grecque ou nordique et plusieurs courants de pensée orientaux. Cette diversité correspond à son projet : approcher une réalité psychique qui ne se laisse enfermer dans aucune doctrine unique.
Les matériaux cliniques occupent également une place significative. Des rêves et des expériences rapportées par des patients viennent régulièrement ponctuer les développements théoriques. Ils rappellent que le religieux peut surgir directement dans l’existence d’une personne qui ne se considérait jusque-là ni croyante ni particulièrement préoccupée par ces questions.
La mort de Dieu
Dans les derniers chapitres, Willequet revient sur la célèbre « mort de Dieu ». Il y voit l’épuisement de certaines représentations collectives. Lorsque celles-ci ne portent plus suffisamment de sens, elles doivent se transformer. Il s’agit d’apprendre à se tenir devant ce qui surgit de l’inconnu sans s’y soumettre aveuglément et sans le réduire trop rapidement à ce que nous savons déjà.
Willequet résume cette attitude par une formule qui pourrait servir de fil conducteur à l’ensemble du livre : « Observe, éprouve ce qui est ; et tiens-en compte » (p. 231). La responsabilité revient alors à chacun de confronter ce qui l’habite à son expérience, à sa conscience et à son intelligence.
Dieu comme obsession invite à reconnaître la place singulière que la question du divin continue d’occuper dans la psyché humaine. Derrière les transformations des croyances et l’effacement de certaines institutions demeure, selon Pierre Willequet, cette confrontation ancienne et toujours renouvelée avec l’Invisible, avec l’Autre et, finalement, avec ce que la conscience ne peut entièrement contenir.
Table des matières
Introduction
De l’intuition
Dieu comme obsession
Le Surmoi n’est pas le Soi et inversement
Surmoi-Soi : synthèse
Ramener Dieu à l’humain : l’anthropomorphisme
Retour sur les questions liminaires
Conclusions
Bibliographie
Éditeur : Terre Noire – 2026 – Collection Transmutation – 288 pages – ISBN 9782487519121 – 15 x 22 x 1,8 cm
Pierre Willequet
Docteur en Psychologie et diplômé de l’Institut C.G. Jung de Zurich, auteur de nombreux ouvrages, il exerce en France près de Genève. Il participe au programme de formation des analystes proposé par L’antenne romande de l’Institut Jung de Zurich.
Du même auteur
- Entretien avec Pierre Willequet
- Dieu comme obsession
- Pas de thérapie sans âme
- La divinisation du moi
- Une effarante vacuité
- Délires et splendeurs du religieux
- Sexualité Homme-Femme – L’éternel malentendu
- Trahir, être trahi
- L’ego face au divin
- Mères et filles – Histoire d’une emprise
- Le Rêve, sa créativité, ses bizarreries
- Histoire d’un qui s’en alla (roman)
- Déluges des sens (roman)
- Jung et l’élan créateur (intervenant au colloque de Bruxelles)
- L’Image, entre nuisance, inanité et nécessité (intervenant au colloque de Bruxelles)
- Accueillir parents et enfants (intervenant au Cerf-Volant)

