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1994 : la lettre de mai
Nous trouvons le fumier dans l'état de déchéance de Jacob, et en nous-mêmes. Dans ces moments-là, si souvent traversés par chacun de nous, notre propre "agriculture" a besoin de substances variées et douloureuses, comme les plantes ont besoin d'engrais. Ce fumier - notre ombre, - c'est ce qui doit mourir en nous pour renaître renouvelé, lors de la Pâque, dont le sens est "passage", mais signifie aussi souffrance (1). Nous devons accepter ce que nous avons tendance à rejeter comme étant vil ; sans quoi, c'est cela qui retombera sur nous, au moment même où nous voudrons nous élever. Nous avons donc besoin d 'escalier, d'échelle ou d'échelons, si fréquents dans nos rêves. En cette putréfaction consistent toutes les difficultés de l'Art de la transformation, de la transmutation, de la conversion (metanoia). Sans elle, rien ne peut se faire. Ne nous soucions pas de la longueur du temps, car la "Putréfaction", c'est la "Solution", ici représentée par les trois lis, fleurs entre toutes symboles de blancheur, de royauté. En nous, le Roi est en effet la preuve d'une transformation intérieure qui rayonnera sur tous. Le Rosaire nous dit que la putréfaction, c'est briser ce qui est pourri : on digère, on sépare le fétide du pur assimilable. C'est dans le noir que se rencontrent le corps et l'esprit par l'entremetteuse qu'est notre âme. C'est dans notre plus grande détresse que sont perceptibles les signes du retournement qui va nous sauver. C'est l'opera, l'oeuvre, le Grand Oeuvre. C'est dans la nigredo (l'état où l'on voit "tout noir plus noir que noir") que réside le noyau de toute expérience initiatique. Toute prise de conscience est acte créateur. Rolande Biès(1) En grec, pasqua, "pâque", forme un jeu de mots avec paskhô : "je souffre". |
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