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1994 : la lettre de janvier
On n'attaque le serpent que dans la mesure où celui-ci veut ramener le cosmos au chaos. Dans la mesure, au contraire, où il demeure l'indispensable autre-face de l'esprit, le vivifiant, l'inspirateur, par lequel monte la sève des racines à la coupole de l'arbre, il est agréé, voire glorifié. (Ainsi du serpent d'airain de Moïse, crucifié). Le serpent n'est pas médecin, il est médecine. Tel doit être vu le caducée, dont le bâton aux serpents enlacés est fait pour être pris en mains. L'esprit est le thérapeute qui doit l'expérimenter d'abord sur lui-même, pour apprendre à en faire usage au bénéfice de l'humanité. Sinon, il tue au lieu de guérir, apporte le déséquilibre au lieu d'harmoniser les rapports de l'être et de la raison : leçon de tempérance, condition de tout équilibre proche de la "sage prudence" du serpent dont parle le Christ. La substance précieuse - l'âme - risque de s'échapper : elle est un paradoxe de feu et d'eau ; elle est le Mercure, le temps qui, servus ou cervus fugitivus (esclave ou cerf fugitif) qui menace toujours de s'enfuir, c'est-à-dire résiste à l'intégration dans la conscience. Face au désarroi de l'être, le médecin doit conserver son orientation ; il doit savoir ce que signifie cet état, saisir les précieux contenus des rêves et les plonger dans l'aqua doctrinae (l'eau de l'enseignement), celle qui convient à la nature de l'inconscient ; il doit utiliser pour cela les vues exactement adaptées au symbolisme de l'inconscient. L'opération est difficile, qui consiste à penser en paradoxes, ce qui n'est possible qu'à un intellect bien équilibré. Le serpent ne s'enfuit plus, mais se range ; le processus de transformation ou d'intégration réussit. C'est la prise de conscience du centre. Ne prenons pas la fuite devant nous-mêmes ! Ne bouchons pas nos oreilles à notre propre voix ! Rolande Biès |
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