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L’univers s’autoproduit à travers les contraires

La matière et l’information se dépassent dans une boucle génératrice qui régénère continuellement l’univers dans sa propre organisation.

Ruban de Möbius

Au fil du temps, tout ce qui existe évolue vers son contraire. Le ruban de Möbius est une métaphore de l’énantiodromie qui est un mécanisme d’autorégulation.

Vers une énantiodromie cosmologique

Que peuvent bien signifier les six couples d’opposés de la quadruple structure ternaire ? Sont-ils une expression cosmologique de l’énantiodromie d’Héraclite pour qui tout ce qui est se transforme en sens contraire ? En psychologie, Jung a repris ce principe sous la forme de « l’apparition d’une contreposition inconsciente notamment dans le déroulement temporel. »[1]

Ce phénomène se produit presque toujours lorsqu’une tendance extrêmement unilatérale domine la vie consciente. Elle invite le sujet à rediriger un peu de l’énergie qui l’anime vers les aspects antagoniques qu’il tend à négliger.

Les processus mentaux ne sont pas les seuls à reposer sur le jeu régulateur des contraires. L’énantiodromie a pris un sens précis dans plusieurs domaines de la physique à travers des lois de modération qui expriment quantitativement comment certains effets s’opposent à leurs causes. C’est le cas de la loi de Lenz-Faraday en électromagnétisme, la loi de Le Chatelier en chimie ou la loi de l’action et de la réaction en mécanique.

Outre les antagonismes à échelle globale qui dessinent la structure 4×3, il existe de multiples boucles de rétroaction locales, par exemple entre étoiles et milieu interstellaire ou entre matière noire et matière ordinaire. La biosphère est elle-même constituée de grands cycles enchevêtrés, de boucles trophiques composées de myriades de mini-boucles reliant les êtres vivants à l’énergie solaire, ceci par le biais de processus biologiques et géologiques complexes.

Il s’agit maintenant d’interroger la signification d’éventuels retournements en des points du cycle cosmique vers leurs opposés. L’étude sera limitée aux deux couples d’opposés associés à la gravité  : l’axe horizontal (I-VII) et l’axe vertical (IV-X).

L’inflation cosmique et la conscience réflexive  : l’axe horizontal 

L’inflation cosmique et l’irruption de la conscience réflexive sont les deux événements cosmologiques fortement émergents. Les deux se déploient exponentiellement et les deux semblent en rapport avec la création d’un certain type d’espace.

On pense que l’espace-temps de la physique a été créé aux environs de 10−35 seconde après le temps zéro par le mécanisme d’inflation qui se termine vers 10−32 seconde. Il s’agit d’une création d’espace à partir du vide quantique – un état régi par des équations, contenant l’univers de façon virtuelle. Ce vide possède un effet répulsif foudroyant qui induit une expansion exponentielle permettant de multiplier la taille de l’univers par un facteur énorme.

On peut mettre la fulgurance de cette évolution en parallèle avec celle de la conscience réflexive qui surgit quelques 13,7 milliards d’années plus tard, représentée dans les courbes des paléoanthropologues qui montrent un développement exponentiel de la technique – élément constitutif de la condition et de l’évolution de l’homme[2].

François Meyer, « Temps, devenir, évolution » dans Communications n°41, Paris, Editions du Seuil, 1985, p. 111-122

Conscience et espace

La conscience peut-elle être rapprochée de la notion d’espace ? Bien qu’impossible à localiser, les flux de vécus semblent bien créer des espaces mentaux. Dans l’état de rêve qui est devenu un contenu de la conscience lorsqu’il a été mémorisé après le réveil, la sensation d’espace semble tout aussi présente que dans l’état de veille.

La conscience n’est cependant pas un type d’espace soumis au régime de l’univers temporel, matériel et spatial. C’est une réalité psychique, une minuscule partie émergée de la totalité consciente-inconsciente de la psyché. Dans une lettre de 1929 à un correspondant, Jung avance l’idée que l’inconscient collectif est comme un « continuum omniprésent, une omniprésence dépourvue d’étendue. »[3] 

Plus tard, en 1952 à un autre correspondant, il propose de voir la psyché comme « une intensité non déployée dans l’espace  »[4] énoncé paradoxal dont il est bien conscient – paradoxal puisqu’en rapport avec le niveau psychophysique sous-jacent. 

Penrose, en tant que physicien, en saisit peut-être un reflet dans le monde empirique lorsqu’il suggère que l’expérience consciente dans les microtubules du cerveau est intrinsèquement reliée à la structure à très petite échelle de la géométrie de l’espace-temps. Un tel lien entre deux échelles aussi disparates que celle de Planck (10-35 mètre) et celle du domaine biologique des microtubules  (1 nanomètre = 10-9 mètre) reste cependant très hypothétique.

Évoquant le cerveau à son correspondant, Jung tentait aussi de le décrire comme un lien en utilisant la métaphore du transformateur : « Le cerveau pourrait être un convertisseur qui aurait pour fonction de transformer la tension ou l’intensité relativement infinie de la psyché en soi en fréquences ou « étendues » perceptibles. »[5]

Un effondrement de la fonction d’onde provoqué par la gravité

L’émergence forte et le développement exponentiel d’un certain «  espace  » ne sont pas les seules caractéristiques communes aux événements I et VII. Deux modèles physiques envisagés pour en rendre compte font tous deux entrer en scène la force de gravitation en tant qu’élément déclenchant.

Comme déjà mentionnée, la « réduction objective » de la fonction d’onde proposée par Roger Penrose constitue l’« atome » de proto-conscience qui se produit dans n’importe quel type de matière. En collaboration avec Stuart Hameroff il a suggéré que cette réduction peut se produire de manière « orchestrée » dans les microtubules du cerveau. Il s’agit d’une théorie très spéculative qui pourrait être un élément d’explication à l’événement VII de l’histoire de l’univers (mais également, sous une forme moins synchronisée, à l’événement VI, précédente phase du développement de la biosphère).

Le seuil physique objectif, fournissant une durée de vie plausible aux états quantiques superposés, est donné par une forme du principe d’incertitude : EG = ћ / τ. Dans cette expression EG est l’énergie propre gravitationnelle[6] de la superposition et τ est une sorte de temps moyen de réduction de l’état au bout duquel aurait lieu un «  moment conscient  » (ћ = h/2π avec h= constante de Planck).

Le ‘Big Wow’ et les petits ‘bings’

La théorie de Penrose-Hameroff décrit ainsi la conscience comme une propriété fondamentale de la réalité qui a ses racines dans la structure de l’espace-temps à l’échelle de Planck. Il est maintenant remarquable qu’un « moment de conscience » ou « bing » dans le cerveau nécessiterait 109 microtubules. Car ce nombre a fait s’interroger la physicienne Paola Zizzi qui s’est intéressée à l’événement en vis-à-vis, celui de l’univers primordial.

L’état de ce milieu vide de matière est souvent représenté par le modèle cosmologique de Wilhem de Sitter pour lequel la seule contribution à la densité d’énergie provient de la constante cosmologique.[7] Travaillant dans le domaine de la « gravité quantique à boucles » qui est l’une des tentatives d’unification de la relativité générale avec la physique quantique, Paola Zizzi modélise l’univers comme une sorte de réseau de neurones avec des portes quantiques et des qubits associés. Elle obtient ainsi un registre de mémoire quantique particulier qui croît avec le temps, un « Quantum Growing Network » (QGN) dont les qubits sont des pixels de l’« horizon des événements » de cet univers.

Les liens sortants libres sont des qubits. Les liens de connexion sont des états virtuels. Les nœuds, indiqués par des nombres entiers, sont des portes d’Hadamard.

À chaque pas de temps, l’état de vide de ce registre quantique croît en raison de l’incertitude dans l’information quantique induite par les fluctuations quantiques du vide. Les états virtuels résultants (responsables de l’accélération de la croissance, c’est-à-dire de l’inflation) sont contrôlés par des portes logiques quantiques et transformés en qubits. Pendant l’inflation, l’univers est ainsi une superposition quantique de plusieurs géométries spatio-temporelles possibles qui sont les mondes multiples au sens d’Everett. Cette superposition atteint un seuil de gravité quantique à la fin de l’inflation. Il y a ainsi « réduction objective » au sens de Penrose suite à l’instabilité de la séparation des espace-temps.

La réduction objective de la superposition à un seul univers constitue un «  moment conscient  » que Paola Zizzi dans le contexte de l’univers primitif qualifie de «  Big Wow  ». Elle note que le seuil de gravité quantique atteint à la fin de l’inflation correspond à un état superposé du registre quantique de 109, qui est le même nombre que celui des tubuline-qubits superposés dans le cerveau, nécessaires à l’existence d’une conscience individuelle.

L’univers pourrait ainsi avoir atteint un seuil de complexité de calcul suffisant pour l’émergence de la conscience pendant la période d’inflation cosmique. Paola Zizzi fait ainsi une analogie très spéculative entre le cerveau individuel microcosme et l’univers macrocosme qui, dès sa «  création  », aurait eu la structure et l’organisation nécessaire à l’émergence de nos consciences individuelles.

Le lien énantiodromique entre les événements I et VII est illustré par le dessin ‘it from bit’ de Wheeler qui décrit l’univers comme une énorme boucle de rétroaction.[8] 

Lien énantiodromique entre I et VII. Information et Matière

Le côté droit de l’U représente l’univers matériel (it) doté d’un œil « conscient » regardant attentivement le côté gauche qui représente l’aspect informationnel de la réalité (bit). Autrement dit, l’information immatérielle et globale de la mousse quantique « précédant » l’espace-temps-matière (I) se transforme progressivement et se renverse en formes matérielles de plus en plus individualisées et conscientes d’elles-mêmes (VII).

Notes

[1] Carl Jung, Types psychologiques, Genève, Georg Éditeur S.A., 1993, p. 425.

[2] André Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, Paris, Albin Michel, 1964, p.192.

[3] Carl Jung, Correspondance I, 1906-1940, Paris, Albin Michel, 1992, « Lettre du 4 janvier 1929 » p. 95

[4] Carl Jung, Correspondance III, 1950-1954, Paris, Albin Michel, 1994, « Lettre du 29 février 1952 » p. 96

[5] Carl Jung, Correspondance III, 1950-1954, p.97.

[6] Stuart Hameroff, Roger Penrose, Conscience dans l’univers. Un réexamen de la théorie ‘RO Orch’.

[7] Paola Zizzi, Emergent Consciousness : From the Early Universe to our Mind.

[8] John Wheeler, « Genesis and Observership » Foundational Problems in the Special Sciences, edited by R. E. Butts and K. J. Hintikka, Reidel, Dordrecht, 1977.

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