|
1993 : la lettre de janvier
" Chez ceux qui possèdent le symbole, le passage est aisé".
Mylius - Philosophia Reformata.
La conjonction de la cinquième image est
l'illustration de la poussée inconsciente de l'union entre l'époux et l'épouse, le
soleil et la lune : l'homme avec l'anima, la femme avec l'animus. Cette union tend en
effet vers une alliance intérieure des composantes de la
personnalité ; vers un mariage spirituel. Il n'y a plus de projection ; on marche donc
vers le Soi, but de l'individuation. Seule une telle unification intérieure dans le Soi
serait capable de préserver l'homme moderne d'une dissolution dans la psyché de masse.
Cette synthèse ne peut toutefois réussir sans une liaison constante, consciente et
acceptée, avec les autres hommes. C'est un affermissement de l'individu, non un
raidissement.
L'étreinte d'amour entre le roi et la reine a lieu dans la mer qui s'est
refermée sur eux. Il s'agit d'une union mystique : ils ont tous deux des ailes. A
première vue, c'est comme si l'instinct naturel avait triomphé ; mais la relation a lieu
sous l'eau, donc dans l'inconscient.
Les ailes montrent la caractéristique spirituelle de l'union qui doit
rester absolument symbolique ; (elle n'est pas pornographique comme pourrait le voir
l'homme d'aujourd'hui). Puisqu'ils ont des ailes, ce sont des êtres aériens, des êtres
de pensée. Dans les rêves, on assiste de même a une grossesse. On est dans l'attente de
l'enfant du devenir : le Soi. Certaines de ces grossesses (d'ordre psychologique, comme il
est dit plus haut) demandent beaucoup de patience.
Tout cela entre dans le destin de l'être humain qui a été attiré par
le métier d'accoucheur d'âmes justes. "C'est pourquoi,
il ne devrait pas se passer de jour sans que le psychothérapeute se rappelle humblement
qu'il a encore tout à apprendre" (1).
Rolande Biès
(1) C.G. Jung, Psychologie du transfert.
|