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1992 : la lettre de mai
"Le conscient, en tant qu'homme partiel,
ne peut saisir la totalité".
C.G. Jung (Mysterium Conjunctionis tome 1).
Un homme de 27 ans, Hubert, n'assumant pas du
tout son destin personnel (l'assumer serait déjà une création en soi) avait peur, en
s'occupant de lui, de ne plus se sentir tout à fait comme les autres ; cela le faisait
tourner en rond. Il fit ce rêve : "Je me trouve à Luz Saint-Sauveur devant une
femme inconnue qui me dit s'appeler Eve. Elle est nue, mais se transforme aussitôt en
statue de la Vierge Marie. Celle-ci parle : Je ne puis rien pour toi parce que je suis
tombée dans un puits enflammé à la fin de la guerre d'Irak". Interprétation
: Luz veut dire "amande" en hébreu, ce qui suppose la possibilité de germer,
de transformer la puissance en acte. Le prénom Eve (=Vie) prouve que l'inconscient
d'Hubert l'incite à regarder l'aspect féminin de la vie, Eve étant le symbole du
premier stade de ce développement, la "terre" à fertiliser. Il dit n'avoir pas
pris le temps de s'en occuper afin d'obtenir des diplômes, d'où cette recherche de
maternité spirituelle qu'est Marie. Mais, statue, elle lui cache l'aspect purement humain
du féminin. La nudité d'Eve devient rigidité de statue qui veut se métamorphoser en
être parlant, vivant.
En tant que Marie, elle est tombée dans un puits enflammé. Le mot contient
"tombe" et réfère à la mort du petit moi. Le pétrole est l'huile de pierre (petroleum), une huile noire, minérale, qui se trouve dans les
entrailles de la Terre-Mère et qu'on ne peut éteindre avec de l'eau, mais avec de la
terre. Or, nous n'avons jamais assez de cette terre qui représente la stabilité du
corps, ses expériences, les épreuves traversées.
Le nom de l'Irak rappelle l'ira, la "colère".
La flamme est l'amour qui ne peut apparaître qu'à la fin de cette guerre que se font en
nous les opposés, les contradictions mutilantes qui nous empêchent de vivre au présent.
Epousant l'autre part de lui-même - la Femme -, Hubert constatera que la clarté a
épousé sa vie ténébreuse et que son conscient, son saint sauveur, peut, maintenant
seulement, saisir la totalité.
Rolande Biès
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