|
|
|
1992 : la lettre d'avril
"Voir un monde dans un grain de sable
Et un ciel dans une fleur sauvage,
Tenir l'Infini dans la paume de la main
Et l'Eternité dans une heure".
William Blake (Augures d'Innocences ).
En ces temps de Pâques, le passage (peçah) de la mort à la vie, ne peut se concevoir sans la question
du passage de la vie à la mort. Comment va-t-on passer ? par quelle porte ? L'ultime
rêve de Georges nous offre un début de certitude quant à une éventuelle vie posthume.
Le sida, dans son environnement d'horreur, l'obligeait à la question permanente :
"Comment va ton passé ?" Il lui fallait accepter l'inacceptable.
Voici ce rêve : "Je suis dans un lit d'un hôpital d'Hitler. Ce lit est ainsi
fait qu'il a un toit pivotant Les autres ont démonté le leur. Un jour, on décide de se
grimer. Et tout d'un coup, a lieu une grande fête. Comme je suis le seul à avoir un lit,
la fête défile devant moi. Des clowns remplissent le lit de confettis rouges et
blancs".
Interprétation : Le père (le soleil) de Georges était absent depuis
toujours, ce qui développa cet "humide" (un excès de maternel) qui fait que
les graines ont tant de difficultés à germer. La délinquance est un des fruits
vénéneux du matriarcat quand manque le père.
Victime de l'ombre d'une mère presque parfaite, Georges était justement devenu
délinquant ; et maintenant, le sida le torturait, d'où sa projection sur Hitler, monstre
porteur de l'ombre collective.
Le toit - autrement dit, le "ciel" de lit - protège des influences
négatives imprévisibles. Pivotant, il fait du lit un centre unique, (puisque les autres
ont démonté le leur), signant certes l'isolement, mais aussi conférant une grandeur
L'humour emplit alors le coeur qui se cache sous le masque des clowns. La fête de la vie
peut commencer en hommage au courage du solitaire qui porte la souffrance du monde. Et, -
geste capital - les clowns dérisoires, jouant le rire et la gaîté, jettent sur le lit
des confettis. Poussières d'avenir. Symboles de totalité. Rouges du sang de la vie,
blancs de la couleur de l'aurore, de l'heure d'or (Hora aurea),
celle de la Résurrection.
Rolande Biès
|
|
|