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Terrassée, broyée, Mathilde croyait avoir déjà tout
donné : c'était broutille. A 36 ans, on lui arrache ses biens, sa chair, l'homme qu'elle
aime. La voilà écorchée vive, tel Saint-Barthélemy ; vulnérable à la moindre
poussière. Elle croyait suivre une voie "spirituelle", elle se retrouve
suppliciée ; on lui parlait d'amour et de miel : la voilà entre les mains d'un bourreau
qui la torture. Elle croyait marcher vers la Connaissance !... Mais transformer notre
matière, notre corps en esprit, exige d'abord de nous que nous soyons incarnés dans ce
corps. En réalité, elle ne se connaissait pas elle-même, et ne pouvait donc qu'attirer
l'épreuve. Le progrès suit l'erreur. Innocente, elle est
massacrée, comme tant d'autres, chaque jour. Elle se croyait "sage" et "ne
l'était qu'à ses yeux" (St. Paul). C'est pourquoi Dame Alchimie la fait sombrer
(provisoirement) dans la folie ; porteuse d'un feu excessif, sa "nef" sombre. Voici
le rêve qui lui évita l'hôpital : "Je suis sur une nef, et vois, entre deux eaux,
sur le dos, une femme noyée. Son corps est vert ; une sorte de cape lui fait comme deux
ailes de papillon vert pâle ... Je tiens un bébé que je dois changer, car il est
mouillé ; mais je lui mets des couches en soie, ce que je trouve tout naturel".
L'interprétation est-elle nécessaire ? Le double de Mathilde, noyé, mais tourné
vers le ciel, est vert, couleur de la nature verdoyante (El-Khidr,
le Mercure, le transformant, le temps qu'"on ne peut tenir entre les doigts").
Son corps est protégé par la cape, symbole de courage chevaleresque et de chaleur. Le
papillon (=la psyché) est clair, amorce de renouveau, d'albedo.
Le bébé, c'est elle-même, rajeunie, devant une vie nouvelle, avec une fonction
sentiment (eau) asséchée, qui lui évitera de se noyer. La soie des couches forme une
conciliation de contraires entre le "Fond", le Soi et l'être, et le
"fondement". L'indispensable solitude (solum= le
sol, et sol = le soleil) l'aidera à RELIER la terre au ciel.
Rolande Biès
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