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Ariane Callot
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Poésie Ariaga

Ariaga

Ariane Callot

(Ariaga) est docteur en philosophie. Elle a soutenu en 2000 une thèse orientée sur Jung.

 

Elle est l’auteur du blog le Laboratoire du Rêve et de l’Alchimie spirituelle. Sur le présent site elle publie des extraits revus de la thèse, des écrits sur Jung et des poésies.

Se désintoxiquer de ce qui rend sourd à la voix de l’inconscient

Les grandes illusions

Il nous est apparu que la société humaine que l’on dit évoluée a édifié les avancées de la civilisation, et l’amélioration du bien-être de l’homme supposée en résulter, sur des illusions :

  Illusion que l’on pouvait marcher sans jambes et sans pieds en se séparant de la Nature.

  • Illusion dérivant de l’idée que le progrès est à l’extérieur, d’où une perte de contact avec la source créatrice, quel que soit le nom qu’on lui donne, qui cherche à s’exprimer à l’intérieur.

  • Illusion sur la suprématie d’un Moi, qui rejette ou supprime ce qui ne lui ressemble pas, entraînant une terrible perte de sa relation à tout ce qui pourrait augmenter l’espace qu’il occupe au sein de la totalité de la psyché.

Que faire ?

Montrer les erreurs est indicatif mais n’est pas constructif.

Nos propositions devaient s’édifier sur un socle solide : l’outillage conceptuel de C.G. Jung.

L’inspiration permanente de tous nos écrits découle de la relation singulière que Jung entretenait avec l’Autre, que cet autre soit en lui ou hors de lui.

Sur le plan de la vie ici et maintenant, nous avons pensé que la pensée jungienne était susceptible d’apporter une aide à celui qui, poussé par une grande détresse, décide, dans un moment de lucidité, d‘entreprendre un voyage vers l’altérité envahissante et indestructible la plus proche et la plus angoissante : l’inconscient.

Le désir légitime de l’homme est de protéger un Moi dont le degré de conscience constitue sa spécificité d’humain. C’est la raison pour laquelle il tente, de toutes ses forces, de détourner de ce Moi si précieux le flux abondant qui circule entre la profondeur et la surface, c’est-à-dire entre l’inconscient et le conscient.

L’interflux conscient / inconscient ne peut jamais être interrompu, puisqu’il participe de la totalité psychique. Il va se manifester par des angoisses, des violences, des dégoûts de vivre, des projections qui, en vertu du processus du Bouc émissaire, seront imputés aux Autres considérés comme responsables de ce mal être.

Protéger et augmenter le degré de conscience

Heureusement, le flux des productions de l’inconscient peut s’épancher et être canalisé dans le cours des rêves. S’ouvre alors une voie vers la possibilité, en respectant certaines règles, non seulement de ne pas diminuer ou mettre en danger le degré de conscience de l’homme, mais même de l’augmenter.

Jung croyait à cette possibilité d’un enseignement de l’inconscient, en particulier dans les séries de rêves. C’est pourquoi il en présente une qu’il étudie longuement dans son ouvrage Psychologie et alchimie. Nous avons appelé ce travail la série du Rêveur.

Nous avons présenté une autre série, plus contemporaine : la série de la Rêveuse.  Nous avons tenté de montrer, par l’intermédiaire de cette série, une expérience humaine de dialogue avec l’inconscient. Nous pensons que cette démarche peut informer chacun, en dehors de toute pratique analytique, au sujet de sa relation avec un fonds commun : une Nature englobant l’inconscient en tant que manifestation d’une Vie dans laquelle nous sommes tous totalement immergés.

Pourquoi avoir privilégié la symbolique alchimique ?

C’est tout d’abord pour suivre l’exemple de Jung que nous avons privilégié, en particulier chez la Rêveuse, la symbolique alchimique dans l’interprétation des séries de rêves.

Nous avons aussi émis l’hypothèse que la perduration dans les rêves de nos contemporains de thèmes propres à cette symbolique était un phénomène de compensation, une forme originale de retour du rejeté, en l’occurrence la Nature.  Ce rejet, à l’époque des alchimistes, se traduisait par un oubli de la Nature au profit d’une religion qui prônait la suprématie de l’âme et le mépris du corps.  De nos jours il s’agit d’un même oubli de la Nature mais, cette fois-ci,  au profit de la rationalité et de la Science.

Nous sommes conscients d’avoir privilégié, de manière subjective, un angle d’interprétation.

Il est vrai qu’une autre ligne de signification aurait été tout aussi valable, puisque les productions de l’inconscient collectif expriment la totalité du contenu de cet inconscient.

Il serait, par exemple, très intéressant de rechercher, dans la série de la Rêveuse, les manifestations d’un rayon de signification diffractant à partir d’un puissant archétype : la satisfaction des besoins vitaux. L’exploration de cette voie d’interprétation serait probablement fructueuse car elle révélerait la présence de représentations archétypiques d’instincts profondément enracinés dans la Nature. Chercheurs la voie est ouverte !

La représentation structurelle et symbolique de la Totalité

Il a été dit, dès le début de notre recherche, que la Totalité en Soi est irreprésentable. On ne peut qu’en observer des expressions différenciées, et nous avons fait le choix, empruntant ainsi la voie jungienne, d’en mettre en évidence les RE-présentations structurelles et symboliques. Nous avons, en particulier, en observant l’apparition des éléments significatifs dans les suites de rêves, constaté que :

  • Les formes et les nombres sont des émergences, au niveau de la psyché humaine, de structures évoquant celles que l’on observe dans l’ensemble des productions de la Nature.
  • Il existe un système de régulation des fonctions psychiques agissant à la manière de celui qui maintient l’équilibre des fonctions corporelles. Ce système fait de ce corps humain que nous habitons, sans même y penser, si ce n’est pour nous en plaindre, une remarquable réussite.
  • Le corps humain, loin d’être méprisable et d’être une prison pour l’âme, comme l’enseignent certains courants religieux, est le seul mode de présence au monde où s’inscrit une possibilité d’actualisation de nos potentialités.

L’être humain est un vase alchimique

C’est dans ce corps, semblable au vase des alchimistes, que nous pouvons tenter de franchir quelques degrés du processus de réappropriation de notre être total.

Ces constatations nous ont conduit à penser que, même si la Totalité en Soi est impensable et irreprésentable, il existe cependant un lieu de RE-présentation privilégié d’une totalité : l’être humain.

En effet, l’être humain possède en puissance tous les éléments de la totalité matière-psyché pouvant faire de lui un homme in-divis, non divisé. Dans l’absolu, cela correspond à un homme individué, vivant pleinement son intégration au sein de la Nature et ouvrant complètement sa conscience aux apports de l’inconscient collectif.

Cependant, cet homme-là ne mériterait d’être considéré comme ce que certaines Traditions nomment un homme réalisé, qu’à la condition qu’il soit également un homme relationnel en phase avec tous les autres humains.

Individuation ne signifie pas isolement

Le but de l’individuation n’est, en rien, l’isolement mais, tout au contraire, d’être capable consciemment de s’assumer en tant que goutte d’eau dans l’Océan humain.

Cet idéal type d’humain, presque indifférencié, ne saurait exister car ce qui caractérise l’homme c’est justement sa différenciation au sein de la totalité.

Il semble, cependant, et cela serait une origine plausible du malaise actuel de notre société, que se soit produit un excès de la nécessaire différenciation avec le socle commun sur lequel se construit l’humanité : la Nature et la relation avec l’Autre. C’est pourquoi certains aspects perdus de la totalité, indispensables au fonctionnement harmonieux de la psyché, doivent être retrouvés pour que ces parties manquantes, une fois remontées à la surface, soient ajoutées aux acquis du Moi conscient.

Jung comme lieu d’une expérience de l’inconscient

Devenir un lieu où peuvent se RE-présenter les aspects perdus de la totalité, être le champ d’une expérience consistant à tenter de “retourner en son être propre”, est la tâche à laquelle s’est attelé Jung.

Son corps et sa psyché furent, à la fois, un lieu de tensions entre les opposés, et un lieu de réception des messages de l’inconscient.

Il semble qu’il avait, plus que d’autres, une prédisposition à percevoir le flot de la vie et à passer la tête, comme le fait le sujet de l’illustration alchimique ci-contre, par un trou donnant sur un ailleurs. Il était, en quelque sorte, connecté, ce qui lui faisait dire que sa différence avec les autres hommes résidait dans le fait que, chez lui, “les cloisons étaient transparentes« . Cela lui permettait d’avoir une meilleure vision sur les processus se déroulant à l’arrière plan.

Explorer l’inconnu est périlleux. Si le corps de Jung connut la souffrance, ce fut surtout sa psyché qui, en particulier au moment de sa grande confrontation avec l’inconscient, subit des attaques qui le menèrent aux limites de la mort psychique. Mais sa volonté était aussi forte que son insatiable curiosité. Connaissant les risques, il a, en toute lucidité, accepté d’être un lieu de réalisation du projet d’un inconscient visant à se déployer avec la coopération du conscient. Il a donné aux deux composantes de sa psyché la possibilité de “vivre en tant que totalité”.

 Jung en osmose avec les forces de la Nature

Jung a toujours ressenti un grand sentiment de parenté, quasiment chamanique, avec les forces de la Nature, se déployant en de multiples manifestations concernant aussi bien les plantes que l‘”amour cosmogonique”. Il s’est, consciemment, laissé emporter par le flot d’une Vie qui le fascinait, tout autant que son corollaire, la mort.

Au sujet de la mort, Jung avouait posséder un « mythe et des indications de l’inconscient lui donnant à penser qu’elle pourrait augmenter son degré d’osmose avec ce qu’il appelait l‘unus mundus, le monde un.

Il avait certainement tiré les conclusions des visions de ce qu’il appelle une “totalité objective” qu’il eut pendant la grave maladie durant laquelle, en 1944. Il flotta entre la vie et la mort. Pendant cette période il fut une sorte d’écran, sur lequel furent projetées les images d’une RE-présentation de la Totalité.

Les œuvres de Jung sont-elles une aide ?

Les œuvres de Jung font, elles aussi, partie de sa réalisation globale. Elles furent l’expression extérieure d’une métamorphose intérieure, favorisée par l’attention qu’il porta aux contenus de son inconscient. Tous ses écrits furent rédigés sous la  pression d’un Autre en lui  qu’il considéra non comme un ennemi mais comme la pièce manquante nécessaire pour qu’il puisse devenir une forme de RE-présentation d’une unité de Vie.

Un approfondissement des recherches philosophiques au sujet de l’oeuvre-vie de Jung offre t-il une voie vers la compréhension et la résolution de problèmes qui sont aussi les nôtres parce qu’universels ?

Nous le pensons mais nous ne pouvons à l’issue de ce travail, qui se veut une ouverture vers d’autres recherches, proposer une panacée universelle à la crise existentielle d’un Homme ayant perdu ses capacités relationnelles avec l’Autre. Nous tentons quand même quelques propositions.

Quelques propositions

  • Prêter attention à ses rêves car ils peuvent, surtout si ils se présentent en série, être un véritable enseignement de l’inconscient.
  • Envisager une analyse avec prudence. Évidemment, tout le monde ne va pas se faire analyser, ne serait-ce que par manque de moyens, de temps ou d’envie. D’ailleurs, comme le pense Jung, l’analyse présente pour certains sujets, ayant trouvé un fragile équilibre en une forme de névrose, un danger de basculement dans la psychose.
  • Entamer un travail personnel ce qui peut se révéler très fructueux pour ceux dont l’angoisse ne revêt pas une forme pathologique.
  • Faire silence et écouter. En effet, dans la société occidentale actuelle, l’homme a le plus souvent perdu contact avec l’intérieur de lui-même. Il vit uniquement à la surface. Tout lui vient de l’extérieur et, consciemment, il ne souhaite pas autre chose. Il prend bien soin de se droguer à grandes doses de nouvelles, de bruits, d’images, que la plupart du temps il ne choisit même pas. Il ne sait plus rester dans le silence, on peut même dire que le silence l’effraie car, si le bruit cesse, s’installe alors le risque de voir émerger des pensées non dirigées, ou des images troublantes, sans références au déjà connu.

Se désintoxiquer de ce qui rend sourd à la voix de l’inconscient

Une grave crise est  provoquée par la trop grande autonomie que l’homme contemporain a prise vis-à-vis de la Nature, au sens spinoziste du mot. Il a oublié qu’il en faisait partie et a décidé de lui substituer la science et les techniques. Cette crise est aggravée par une perte de relation à l’autre, un chacun pour soi qui nous fait oublier que nous somme tous des gouttes du grand océan de ce qui EST.

La solution, pour celui qui est à la recherche du sens de ce qui l’agresse, consiste peut-être à desserrer la camisole médiatique.

Cette camisole, faite des bruits et images extérieures, l’enserre et le rend sourd à la voix de l’inconscient.

Celui qui a fait cesser le bruitage pourrait, ensuite, dans le silence retrouvé, pratiquer ce que les alchimistes du Moyen Age appelaient la meditatio et l’imaginatio et dont ils faisaient le fondement de leur Œuvre.

Adviendraient, alors, d’autres images, d’autres paroles issues du fonds commun de l’humanité. Ces images, ces paroles ont toujours été là, comme le disent les deux séries de rêves, mais une grande partie de l’humanité ne les voit plus, ne les entend plus, et elles demeurent, oubliées, dans les profondeurs de l’inconscient où vont parfois les chercher ceux que les fous et les poètes.

Il existe une possibilité que le nouvel être humain désintoxiqué puisse retrouver  le contact avec les morceaux perdus de sa totalité, se sentir mieux en sa propre compagnie. On verrait alors diminuer la propension que nous avons à projeter l’insatisfaction de nous même sur un Autre devenu l’objet de l’horreur inspirée par notre ombre. Ce serait un grand pas vers l’individuation et l’accomplissement d’une Œuvre humaine comparable à la recherche des anciens alchimistes.

Ces réflexions et propositions achèvent provisoirement la partie « Écrits sur Jung ». Restent les ouvertures possibles …

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Publié initialement dans le cadre d’une thèse cette page a été adaptée par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.



Ariaga
Ariane Callot

(Ariaga) est docteur en philosophie. Elle a soutenu en 2000 une thèse orientée sur Jung.

Elle est l’auteur du blog le Laboratoire du Rêve et de l’Alchimie spirituelle. Sur le présent site elle publie des extraits revus de la thèse, des écrits sur Jung et des poésies.

Ariane Callot

Cheminant dans les pas de Jung, j’ai tenté de donner à penser que l’on peut, par l’intermédiaire des série de rêves, observer les re-présentations structurelles et symboliques d’un enseignement de l’inconscient …
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