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Ariane Callot
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Poésie Ariaga

Ariaga

Ariane Callot

(Ariaga) est docteur en philosophie. Elle a soutenu en 2000 une thèse orientée sur Jung.

 

Elle est l’auteur du blog le Laboratoire du Rêve et de l’Alchimie spirituelle. Sur le présent site elle publie des extraits revus de la thèse, des écrits sur Jung et des poésies.

Jung affronte une image négative de Dieu

Voici l’effroyable vision de la cathédrale de Bâle du jeune Jung et ses conséquences sur l’évolution de sa vie et de sa pensée.

La terrible vision de la cathédrale de Bâle

À l’époque du rêve, ou pour être plus précis de la vision de la cathédrale de Bâle le jeune Jung va avoir douze ans.

Il vit une période difficile de repli sur lui-même, de maladie quasi névrotique et d’existence secrète en compagnie du n°2. Il s’efforce d’être un gentil enfant pieux.  Les efforts sont vains et  il est sans cesse torturé par des pensées secrètes, à la fois fascinantes et humiliantes. Tous ces tourments expliquent probablement l’épreuve qui l’attend sur la place de la cathédrale.

Par une superbe journée d’été de l’an 1887, l’enfant contemple le toit de la cathédrale de Bâle.

La vision est superbe, le soleil se reflète sur les tuiles vernies. Au-dessus du toit, le ciel est d’un bleu limpide. En surimpression de ce tableau, d’une bouleversante beauté, l’enfant, toujours imaginatif, installe, tout en haut dans le ciel, le Bon Dieu des images, celui qui siège sur un trône d’or dans les rayons du soleil et là … quelque chose se bloque !

L’hagiographie est balayée, une abominable vision a remplacé la pieuse image, abomination au sujet de laquelle il doit impérativement arrêter de penser. Un bienheureux oubli va certainement faire disparaître ce dont l’idée même constituerait le plus monstrueux des péchés, celui qui est pire qu’un meurtre, le “péché contre le Saint-Esprit”, dont la sanction est la damnation éternelle.

Pendant des jours et des nuits, l’enfant, complètement désemparé, se défend : « Surtout ne pas y penser ! Surtout ne pas y penser ! » Et l’idée interdite s’insinue sans cesse, en particulier  quand vient le sommeil, et que les défenses sont amoindries.

La troisième nuit, suant d’angoisse et de peur de s’endormir, laissant ainsi une porte ouverte à l’irruption de la pensée de la cathédrale et du Bon Dieu, il s’avoue vaincu et, en toute lucidité décide Il faut que je pense. C’est alors qu’à la suite d’un raisonnement très bien argumenté, il décide que c’est Dieu lui-même qui l’a mis dans la situation désespérée de risquer son salut éternel pour tester ses capacités d’obéissance.

Il fait alors une sorte de pari pascalien et rassemble tout son courage :

« Je rassemblai tout mon courage, comme si j’avais eu à sauter dans le feu des enfers et je laissai émerger l’idée : devant mes yeux se dresse la belle cathédrale et au-dessus d’elle le ciel bleu. Dieu est assis sur son trône d’or, très haut au-dessus du monde et de dessous le trône un énorme excrément tombe sur le toit neuf et chatoyant de l’église  ;  il le met en pièces et fait éclater les murs. » (Ma vie, p. 57)

La délivrance et la grâce

C’était donc cela ! L’enfant, épuisé par la tension des derniers jours, verse des larmes de bonheur et de soulagement. IL a fait l’expérience de la volonté de Dieu et, au lieu de la damnation, acceptée comme un risque suprême, c’est la grâce qui lui a été accordée. Il a ressenti une indicible félicité et une indescriptible délivrance.

Après ce moment, qui est du domaine de ce que Jung lui-même appelle l’illumination, la pensée discursive reprend le dessus. L’enfant va passer alternativement de la félicité à un sentiment d’infériorité, qui le fait se considérer tantôt comme un pourceau, pour avoir laissé devenir consciente une telle pensée. C’est contraire à toute son éducation, au statut enviable d’ élu possesseur d’un grand secret sur la nature divine qu’il s’était attribué.

L’interprétation de cette vision a fait partie, comme une ombre, de la trame de la vie de Jung jusqu’à ce qu’il affronte, au moment de sa décision d’écrire Réponse à Job, le fait d’avoir vu, si jeune, la face obscure de Dieu.

Freud aurait probablement parlé de la sexualité refoulée d’un pré-adolescent, qui se débattrait contre ses pulsions sexuelles et la crainte d’un orgasme solitaire, et, après bien des luttes, succomberait à sa pulsion. Le fait d’y associer une redoutable obscénité lui procurerait un trouble sentiment de félicité. Mais cette interprétation n’est pas celle de Jung, car il ne s’intéressera jamais au côté sexuel de cette vision.

Il vécut ce moment  comme « une rencontre et une confrontation directe avec Dieu« , où il incarnait le rôle du héros acceptant de descendre jusqu’aux enfers pour remplir sa mission.

Il en arriva à la conclusion suivante : lorsqu’une figure divine met à l’épreuve le courage humain elle peut paraître terriblement cruelle, jusqu’à exiger que soient bafouées les valeurs les plus sacrées.

Le fait qu’il s’agit d’une vision ajoute à l’impression que dut avoir le jeune garçon de commettre une faute irréparable.

Le rêve est reçu durant le sommeil, par un rêveur qui peut se considérer comme non responsable du contenu de ses songes. Cette vision est une vision acceptée, consciente, regardée dans un état proche de l’éveil.

Une attitude héroïque, allant jusqu’à l’acceptation de la perte de l’âme, a alors été assumée par le jeune Jung, qui commençait ainsi à incarner ce qui sera son mythe jusqu’au rêve de la mort de Siegfried.

Réflexions philosophiques du jeune Jung

Une réflexion, que l’on peut qualifier de philosophique, s’instaure chez l’enfant à la suite du rêve de la cathédrale. Même s’il s’en défend, elle perdurera jusqu’au seuil de la mort  et pour s’en persuader, il suffit de lire les ultimes lettres de la Correspondance.

Jung va, très précocement, déduire de son expérience un certain nombre de conclusions qui auront une grande importance pour l’évolution de sa pensée.

Tout d’abord, l‘évidence des contradictions inhérentes à la nature divine : Dieu, omniscient, connaît toute l’histoire de l’humanité. Et pourtant, il crée des hommes qui ne peuvent échapper au péché. 

Ensuite, non seulement il interdit ce péché mais il le punit. Y a-t-il en Lui une part de cruauté ?

Si oui, Dieu n’est pas tout de bonté. Il montre son autre face, celle de la cathédrale : une face implacable qui ignore ce que les hommes appellent le juste et l’injuste.

Il n’apporte ni secours ni réponses.

Pire, il peut être l’instigateur d’une situation où un malheureux enfant, torturé par le doute, doit “penser à ce qui est maudit, pour participer à Sa grâce.

On est seul devant ses décisions, et on ne peut attendre aucune aide quand se pose un problème vital de choix. La jeunesse, le manque d’expérience, ne sont pas des excuses, au moment de répondre aux exigences de la terrible volonté divine.

Ces premières conclusions provoquent un désarroi chez l’enfant. Elles impliquent une mise en cause de sa relation à la religion.

Au-dessus de l’église et de son discours théologique, il y a un Dieu vivant, immédiat, tout puissant, qui se moque des traditions sacrées, puisqu’il est capable de démolir sa propre église d’une manière aussi scandaleuse. Ce Dieu peut exiger que l’on renonce à toutes ses opinions pour bafouer la tradition religieuse.

Tout cela est assez effrayant. Après la déception provoquée par sa communion, cérémonie en laquelle il avait mis son dernier espoir, car il pensait que Dieu à cette occasion aurait pu se manifester à lui d’une manière inouïe, il parvient à cette constatation :

« J’étais tombé hors de L’Église. Cela me remplissait d’une tristesse qui devait assombrir toutes mes années jusqu’au commencement de mes années universitaires. » (Ma vie,p.77)

Si Jung était tombé hors de l’église, son dialogue avec le Dieu biblique de ses pères était loin d’être terminé. Un fil direct relie la scandaleuse vision de la cathédrale, avec un détour par Les sept Sermons aux Morts, à l’étude, tout aussi scandaleuse aux yeux de certains, que Jung fait de l’autre face à l’origine du comportement de Yahvé dans Réponse à Job. C’est ainsi que l’on peut lire dans Réponse à Job(p. 59 et 61) :

« C’est la conduite d’un être essentiellement inconscient, conduite que l’on ne saurait soumettre à des critères moraux.(…) La dualité de l’attitude de Yahvé qui, d’une part, piétine sans le moindre scrupule la vie et le bonheur humain, et pour qui, d’autre part, il semble que l’homme doive être un partenaire, place l’homme dans une situation inextricable : en effet, Yahvé Se comporte de façon absolument déraisonnable, à l’image des catastrophes de la nature  et autres désastres imprévisibles, et Il veut à la fois être aimé, honoré, supplié, et loué comme étant le Juste.”

On sent, en lisant ces mots, par l’intermédiaire desquels Jung exprime son indignation personnelle contre la nature paradoxale de Dieu, la trace indélébile des rêves du Dieu souterrain et de la vision de la cathédrale.

Cependant, sa colère est constructive.

Elle le conduit vers la constatation qu’une  prise de conscience, et la possibilité d’une relation harmonieuse de Dieu avec l’homme, passent par le chemin d’une incarnation christique. C’est parce que Dieu avait besoin de l’homme pour devenir conscient de Lui-même et de sa création, qu’il a progressivement ressenti la nécessité de s’incarner.

Bien d’autres développements sur la relation Dieu-Homme, et une réflexion sur les possibilités d’intégration de l’élément féminin à la divinité, sont contenus dans l’ouvrage très personnel qu’est Réponse à Job.

Notre propos se limite, ici, à montrer la présence, dans les rêves initiaux de Jung, d’éléments à l’origine de l’enracinement de sa pensée et de ses réactions émotionnelles futures.

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(Ariaga) est docteur en philosophie. Elle a soutenu en 2000 une thèse orientée sur Jung.

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Ariane Callot

Cheminant dans les pas de Jung, j’ai tenté de donner à penser que l’on peut, par l’intermédiaire des série de rêves, observer les re-présentations structurelles et symboliques d’un enseignement de l’inconscient …
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