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1995 : la lettre d'octobre
"Celui qui se voit tel qu'il est est plus grand
que celui qui ressuscite les morts".
Isaac le Syrien.
Le Grand Art étant celui de notre transformation, c'est en
Artiste que nous agirons. Apprendre à lire la Nature, c'est apprendre à lire notre
propre nature hermétiquement fermée par instinct de conservation et qui doit s'ouvrir
lentement ... comme une fleur. L'épreuve, quelle qu'elle soit, est purification. Elle
est ce qui permet de nous apprendre à nous connaître. Elle ne doit pas être subie mais
traversée, afin d'en éliminer la part égoïste et d'en découvrir parfois l'origine en
soi-même. Une des épreuves les plus importantes est la solitude, car c'est justement
dans la solitude que nous pouvons, le mieux, acquérir cette connaissance de soi.
"Personne ne peut connaître Dieu s'il ne s'est d'abord connu lui-même", dit la
Philocalie. C'est une opération chirurgicale (qui fait
toujours peur), dont nous parle C.G. Jung dans Les Racines de la
Conscience. Nous voici face au détachement des passions, à l'esprit de
discernement, à la sobriété, au silence, à la vigilance qui mène à l'éveil, à
l'humilité, donc à l'approche positive de la vie.
Alors les métaux nobles commencent à se vivre en nous : l'argent, reflet lunaire,
nocturne, féminin, l'albedo ; (ne parle-t-on pas de la Pierre de lune recherchée par les Sages, et qui correspond au lien
établi entre le conscient et l'inconscient ?) Puis vient l'or, solaire, rubedo, symbole de multiplication. Plus nous multiplions les
"relations" de façon juste, plus nous pouvons parler d'or liquide : nous
pouvons le donner à boire aux autres.
Il s'agit là de la matérialisation de la spiritualité, dont la preuve est la joie.
Le moi est mort, le Vivant rayonne à sa place. Pourquoi va-t-il rayonner ? Parce qu'il
est habité du feu solaire, un feu caché qui est Amour,
toujours à la recherche de l'harmonie en soi, qui permet de vivre à l'harmonie
extérieure. L'expérience est la seule réalité. Elle n'est ni physique, si
émotionnelle, ni intellectuelle ; elle n'est ni vision, ni discours, mais évidence
intuitive menant à la certitude du dedans.
Rolande Biès
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