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1995 : la lettre de janvier

A l'origine était le Sacrifice.

L'unité sortie du Vide se sacrifie en se scindant en deux (christianisme : le Père et le Fils, reliés par l'Esprit ; Taoïsme : le yang et le yin, reliés dans le Taï-Ki). Chacun des deux se scinde à son tour en deux, ce qui donne quatre ; (christianisme : Père + Fils + Esprit androgyne, et la Vierge (+) ; taoïsme : deux yang et deux yin). Cette quaternité enfante à son tour la Nature (christianisme : la "Création" ; Taoïsme : les "dix mille êtres").

Ce sacrifice, ou plutôt cette série de sacrifices, trouve aussi bien son illustration dans la liturgie chrétienne que dans le processus alchimique. Sacrifice, sacrifié et sacrificateur ne font qu'un : le prêtre et l'alchimiste incarnent l'idée que pouvoir se sacrifier montre que l'on se possède et que l'on ne possède que ce que l'on donne. Par le sacrifice de soi, l'on gagne le Soi, qu'il soit le Christ qui, né au Ciel, relie le haut et le bas, ou la Pierre qui, issue de la Terre, relie le bas et le haut.

Le prêtre porte sur l'aube, symbolisant le commencement du jour, donc de la conscience, l'étole (l'étoile), croisée en X sur sa poitrine, et qui reflète le rayonnement stellaire, marquant, salant de son scel (de son sceau) la matière. Il porte en outre à son bras gauche le manipule, qui fait allusion aux manipulations délicates aboutissant à la transsubstantiation, qui est la "transmutation" de l'alchimiste. La chasuble enfin est un souvenir du manteau de Philosophie qui implique silence et secret. C'est ce silence et ce secret qui font que l'alchimiste, quant à lui, ne porte aucun vêtement qui permettrait de le remarquer.

Chercher et obtenir la perception alchimique dans les mystères de l'Évangile et de l'Ancien Testament permet de mieux saisir l'éternel message du Christ, qui a choisi la Pierre fondamentale pour son Église. Ne dit-il pas : "Devenez des pierres vivantes" ? Et dans sa première Épître, saint Pierre nous révèle aussi : "Je mets en Sion (centre de l'œuvre du salut) la suprême pierre angulaire ... ; celui qui aura confiance en elle ne sera pas trompé".

Rolande Biès

(+) Pour de nombreux théologiens russes, la Sophia (Sagesse de Dieu) est la quatrième Personne de la Trinité.

 
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