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1995 : la lettre de juin
" Le couplé devient entier.
Le tortueux devient droit.
Le creux devient plein.
L'usé devient neuf.
Aussi le Saint se cramponne à l'unité, en fait la mesure de l'empire.
Ne s'exposant pas, il brille.
Ne s'affirmant pas, il se manifeste.
Ne se vantant pas, il réussit.
Ne se targuant pas, il commande.
Parce qu'il ne lutte pas, il n'y a personne dans l'empire qui puisse lutter avec
lui".
Existe-t-il des rapprochements entre Christianisme et Sagesse
chinoise ? Oui. On en trouve de nombreux exemples dans le
Yi King,
le Livre des Transformations. Fréquenter celui-ci, comme on fréquente un vieux sage, est
une aide précieuse au changement auquel chacun de nous aspire afin de devenir lui-même. Le
Yi King est fondé sur un seul trait. Dès que ce trait est
tracé, il comporte un début et une fin, une gauche et une droite, un haut et un bas :
tout est déjà dit. Et cela, c'est une croix : une conciliation d'opposés. Le
Christianisme n'est pas davantage dualiste : Jésus et le Christ ne font qu'un ; c'est
pourquoi Jésus-Christ peut servir de modèle d'identification.
Dans la Genèse nous lisons que Dieu s'adresse à Noë en ces termes : "Sors de
l'arche et va jusque sur la terre". Même idée dans le Yi King
: ("le créateur") : "Les nuages passent et la pluie opère, et tous les
êtres individuels affluent dans leur forme".
Lorsque nous lisons : "Le Royaume de Dieu est à l'intérieur de vous", le
Yi King dit : "Tout homme peut ... puiser à la fontaine
intarissable de la nature divine qui est l'essence de l'homme".
Le Christ dit : "Bienheureux les doux, car ils possèderont la terre" ; le
Yi King ("le grand avoir") : "Celui qui, occupant
une place élevée, est humble et doux voit toute chose venir à lui".
Le Christ dit encore : "Qui cherchera à sauver sa vie la perdra" ; le
Yi King : "Pour l'homme à l'âme mesquine le grand avoir
dégénère en dommage, parce qu'au lieu de l'offrir, il veut le garder". De même
saint Paul : "Que ceux qui usent de ce monde soient comme s'ils n'en usaient
pas". A quoi le Yi King répond : "Il convient
d'éviter l'envie et les efforts pour égaler autrui. Ainsi on demeure exempt de
fautes". Enfin, l'idée que "les premiers seront les derniers" est chère
au christianisme comme au taoïsme.
De nombreux liens existent entre toutes les Traditions (excluant tout syncrétisme perturbateur). Grâce à elles, nous pouvons êtres
RELIES les uns aux autres. C'est par là que l'on peut être serviteurs de la Sagesse.
Rolande Biès
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