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Ariane Callot
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Poésie Ariaga

Ariaga

Ariane Callot

(Ariaga) est docteur en philosophie. Elle a soutenu en 2000 une thèse orientée sur Jung.

 

Elle est l’auteur du blog le Laboratoire du Rêve et de l’Alchimie spirituelle. Sur le présent site elle publie des extraits revus de la thèse, des écrits sur Jung et des poésies.

La Totalité chez Jung

Jung, influencé par Nietzsche, propose dans les Sept Sermons aux morts les prémices de sa conception du cheminement vers l’individuation et le Soi.

Jung et Nietzsche au-delà du bien et du mal

La Totalité, dans les Sept Sermons aux morts contient à la fois la crainte et l’amour et surtout, concept très nietzschéen, elle n’inclut aucun jugement de valeur sur la qualité des opposés.

Nous retrouvons là l’éthique de dépassement du bien et du mal, un des concepts fondamentaux de Nietzsche. Ce concept va ouvrir à Jung une issue, hors de l’unilatéralité d’un monde chrétien voulant associer Dieu uniquement au Bien.

Dans la totalité plérômatique telle qu’elle est décrite dans le Sermon III, les qualités telles que l’un et le multiple, le bien et le mal, le vivant et le mort, n’ont aucune possibilité d’existence. Elles s’annulent et sont sans efficacité, car, seule notre pensée peut créer les qualités et les rendre efficaces.

C’est seulement quand le Plérôme est déchiré, par le déploiement du Un en Deux, que la Vie va permettre l’existence de la Créature, dont le principe efficient est la différenciation.

Ainsi, quand nous désirons acquérir d’une manière parfaite, totale, une des qualités appartenant à un couple d’opposés, par exemple le Bien, nous nous éloignons de notre essence même qui est la différenciation. Le  Bien perd alors la qualité d’opposé au Mal, acquise du fait de son actualisation, et retourne vers la Totalité indifférenciée.

Il nous faut donc, selon Basilide-Jung, éviter de succomber à un désir de Totalité, ou de plénitude, dans notre recherche de l’Un, du Bien, ou du Beau.  On doit accepter un écart, même infime, entre cette idée absolue et la réalité.

Pour respecter le projet de la Vie,  écrit Jung  dans les Sermons, il est indispensable d‘abandonner un petit espace au  Multiple, au Mal et au Laid.  Si nous ne laissons pas les couples d’opposés générer les forces créatrices cela ne peut aboutir qu’à une mortelle homogénéisation.  Cette dualité nécessaire, est aussi très fortement présente dans la pensée nietzschéenne, ainsi commentée par Michel Guérin 1

Or affirmer, pour Nietzsche, c’est toujours affirmer du multiple. Cela ne veut pas dire d’abord : vouloir plusieurs choses, le plus possible, à la fois, mais plus profondément : vouloir de toute chose son retour…et son retournement (son “extrême”). C’est  en ce sens que le multiple authentique est pour Nietzsche Deux.”

Le préalable à l’individuation

La nécessité de la différenciation, énoncée à la fois par Les Sept Sermons aux morts et le Zarathoustra, est la condition préalable de l’individuation.

Il faut, selon Nietzsche, rejeter les valeurs collectives, si on veut échapper au goût de troupeau qui est plus ancien que le goût de l’individu. Le cheminement est difficile  pour celui qui désire parcourir le chemin qui mène à lui-même, et trouver sa propre totalité. Pour devenir un nouvel individu, il devra payer le prix :  la solitude et une sorte de meurtre et de consumation de son être ancien.

Pour Jung, la nécessité de la différenciation et de l’individuation, énoncée dans les Sept Sermons, sera ultérieurement présente dans toute l’œuvre comme condition vitale de l’existence de la Créature. Si la Créature ne s’individue pas, elle disparaît. C’est pourquoi elle doit lutter contre “la dangereuse identité des toutes premières origines”. Jung-Basilide ajoute :

“C’est là ce que l’on appelle le PRINCIPIUM INDIVIDUATIONIS. Ce principe est l’essence de la Créature. Vous voyez pourquoi l’état indifférencié et le fait de ne pas différencier représentent un grand danger pour la Créature.”

Pour être un individu, la créature devra donc se séparer de la collectivité sociale et de la conscience indifférenciée qui lui est particulière : la conscience collective.

Il y a là une certaine identité avec la pensée nietzschéenne du troupeau.

Ce qui fait l’originalité de Jung c’est qu’après cette séparation, cette mort aux valeurs collectives, grâce à laquelle il pourra choisir ses propres valeurs, il y aura pour l’Homme individué un retour lucide vers cette même société indispensable à l’être humain.

Il est dit dans le Sermon V :
“L’être humain est faible, c’est pourquoi la communauté est indispensable ; … L’absence de communauté est souffrance et maladie. La communauté en toute chose est déchirement et dissolution. … Que chacun se subordonne à l’autre dans la communauté, afin que la communauté soit maintenue, car vous avez besoin d’elle. Que chacun se place au-dessus de l’autre dans l’être unique, afin que chacun accède à soi-même et évite l’esclavage.”

Celui qui a parcouru le chemin vers l’individuation ne doit pas s’exclure de la société, mais entretenir avec elle des rapports nouveaux. L’individuation n’exclut pas le monde, elle l’inclut.

Vers le Soi jungien

Les Sermons ne proposent pas seulement un enseignement sur la totalité représentée par le Plérôme et sa manifestation efficiente, symbolisée par l’Abraxas.

Au Sermon VII, on trouve une proposition du cheminement d’un être humain : son existence incarnée serait une porte ouvrant sur la voie du retour vers une autre forme de totalité, spécifiquement humaine.

L’infini intérieur de l’homme contient une étoile préfigurant ce qui va devenir le Soi jungien:

“Cette étoile est le Dieu et le but de l’homme.
C’est là le seul Dieu qui le conduit,
en elle l’homme parvient au repos …
Il n’y a rien entre l’Homme et son seul Dieu, à condition que l’Homme parvienne à détourner ses regards du spectacle flamboyant de l’Abraxas.”

Christine Maillard attire l’attention sur la future notion, le terme n’apparaîtra qu’en 1921, du Soi à ses tout premiers débuts.  Elle note l’influence du concept indien de l’âtman tout en indiquant  aussi que, dans son séminaire sur le Zarathoustra, Jung reconnaît sa dette envers Nietzsche. En effet, quand on lit ces lignes du texte  du Zarathoustra intitulé Des contempteurs du corps l’influence est manifeste :

Intelligence et esprit ne sont qu’instruments et jouets ; le Soi se situe au-delà. Le Soi s’informe aussi par les yeux des sens, il écoute aussi par les oreilles de l’esprit.

Le Soi est sans cesse à l’affût, aux aguets ; il compare, il soumet, il conquiert, il détruit. Il règne, il est aussi le maître du Moi.

Par delà tes pensées et tes sentiments, mon frère, il y a un maître puissant, un sage inconnu, qui s’appelle le Soi. Il habite ton corps, il est ton corps.  …

Ton Soi rit de ton Moi et de ses bonds prétentieux. “Que m’importent ces bonds et ces envols de la pensée ? Se dit-il. Ils me détournent de mon but. Car je tiens le Moi en lisières et je lui souffle ses pensées.”

Le Soi de Nietzsche n’a pas le côté transcendant de l’étoile du Sermon  VII. Il est en relation avec le corps et la vie instinctive. Cependant, l’idée du Soi, paradoxale, complexe et évolutive, de la problématique jungienne, a certainement un lien avec le Soi du Zarathoustra.

Dans les Sermons de Jung qui, comme certains textes de Nietzsche, ont malgré leur côté iconoclaste une forte connotation religieuse, le Soi, symbolisé par l’étoile, se confond avec la divinité.

Ceci est l’aboutissement de toute la “Théologie des Sept Sermons aux Morts“. Cette théologie est le titre d’un important chapitre de l’ouvrage de Christine Maillard. 2

En effet, les Sermons sont essentiellement une manifestation du questionnement de Jung sur sa propre relation, et celle des hommes en général, à la divinité. Ils contiennent, en germe, les idées religieuses de Jung, dont les plus avancées trouveront une expression moins ésotérique dans Réponse à Job.

Les Sept Sermons représentent ainsi les fondations d’une théologie qui s’édifiera pendant toute la vie et l’œuvre de Jung. L’influence de Nietzsche est, sur ce point, déterminante.

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Publié initialement dans le cadre d’une thèse cette page a été adaptée par Ariaga (Ariane Callot), son auteure.
Les ouvrages cités sont référencés à la page bibliographie.

Notes :

  1. Nietzsche Socrate héroïque, p. 333
  2. Du Plèrome à l’Étoile, les Sept Sermons aux Morts  de Carl Gustav Jung, chapitre V


Ariaga
Ariane Callot

(Ariaga) est docteur en philosophie. Elle a soutenu en 2000 une thèse orientée sur Jung.

Elle est l’auteur du blog le Laboratoire du Rêve et de l’Alchimie spirituelle. Sur le présent site elle publie des extraits revus de la thèse, des écrits sur Jung et des poésies.

Ariane Callot

Cheminant dans les pas de Jung, j’ai tenté de donner à penser que l’on peut, par l’intermédiaire des série de rêves, observer les re-présentations structurelles et symboliques d’un enseignement de l’inconscient …
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