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Entretien avec Susan M. Tiberghien – Écrire vers la plénitude

Tenir son propre Livre rouge, écrire à l’âme, tel est le fil conducteur de l’ouvrage Écrire vers la plénitude de Susan Tiberghien. Auteure jungienne reconnue dans le monde anglo-saxon, voici son premier livre traduit en français.

Cet entretien, traduit en anglais, est présenté sur le site de Chiron Publications.

Nous avons souhaité lui poser quelques questions auxquelles elle a accepté de répondre.

AFJ Vous dites qu’Écrire vers la plénitude est le fruit de plus de trente ans de lectures et de réflexions jungiennes…

Susan Tiberghien À 50 ans je suis retournée à mon désir d’écrire, d’être écrivain. J’avais épousé un français et élevé nos six enfants dans différents pays d’Europe. Afin de poursuivre mon rêve, j’ai assisté à des ateliers d’écriture aux Etats-Unis ce qui m’a aidée à retrouver ma langue maternelle.

Je commençais à publier des nouvelles et à diriger des groupes d’écrivains. Je lisais beaucoup, les grands écrivains et les maîtres spirituels. J’étais intriguée par C.G. Jung, car tout en étant scientifique, il parlait de l’âme. La lecture de Ma vie m’a encouragée à suivre des cours à l’Institut C.G. Jung de Küsnacht, près de Zurich et à entamer une analyse.

Ces années de réflexion, de voyage intérieur, m’ont permis de mieux me connaître moi-même -épouse, mère, écrivaine, enseignante et chercheuse. Depuis, je continue à cheminer vers cette plénitude par l’écriture, la prière et la lecture. C’est ce chemin de trente ans dont je parle dans mon livre Écrire vers la plénitude.

Éditions Chiron publications – Traduction Christian Raguet
14 cm x 21,6 cm x 1,4 cm – 236 pages

Murray Stein, qui a préfacé votre ouvrage, indique que « N’importe qui peut tirer parti de la tenue d’un journal de son vécu, ses rêves, ses associations et ses sentiments »…

Murray Stein, dans son excellente préface, continue :

« Son objectif, c’est de se connaître soi-même… Nous écrivons dans un journal pour devenir qui nous sommes. »

Donc, le vrai travail pour tenir un journal, c’est un travail sur soi-même.

Marion Woodman écrit dans son livre Bone, Dying Into Life, que c’est dans son journal qu’elle parle avec elle-même :

« J’écoute ma vérité qui resonne dans ma vie de chaque jour. »

Aujourd’hui, je continue à entretenir une conversation avec moi-même dans mes journaux. Une fois qu’on ouvre la porte de l’inconscient par l’écriture, comme par le rêve, les profondeurs ne cessent de s’approfondir.

Nous avons de nombreux témoignages où C.G. Jung conseillait à ses analysant(e)s de tout mettre par écrit. Vous citez son conseil à Christiana Morgan qu’elle a noté dans son cahier d’analyse en 1926.

Ce conseil de Jung à Christiana Morgan s’adresse à chacun de nous aujourd’hui :

« Je vous conseille de noter tout cela le plus joliment possible – dans un livre joliment relié […] ce sera comme votre église, votre cathédrale, les plages de silence de votre esprit, où vous pourrez vous ressourcer […] car votre âme est dans ce livre. »

Jung nous conseille de noter nos rêves, nos réflexions, nos désirs. Nos journaux deviennent nos chapelles, là où dans le silence, nous parlons avec notre âme.

Mon journal n’est pas un grand livre joliment relié. Il se glisse dans mon sac afin d’être à portée de main. Quand je le relis, je trouve les traces de mon âme. Je n’écris pas chaque jour. J’écris lorsque je veux mieux comprendre quelque chose, lorsque je veux approfondir une pensée, lorsque mon âme m’appelle.

Alors le journal devient une porte vers l’inconscient. J’entre dans le monde imaginal, et j’écoute celui qui m’interpelle. J’ai l’exemple de Jung, de ces années de confrontation avec l’inconscient, de sa recherche de son âme. J’ai lu et étudié le Livre Rouge. Sa façon de traiter chaque image, ce qu’il appellera plus tard l’imagination active, est devenue ma façon de relier le conscient et l’inconscient.

Selon le dictionnaire Larousse, la plénitude est « l’état de ce qui est à son plus haut degré de développement, qui est dans toute sa force, son intensité, son intégralité ». Existe-t-il un lien entre la plénitude et la notion de totalité chez Jung ?

Je vois bien un lien entre la plénitude et la notion de totalité. Jung le cite lui-même lorsqu’il raconte son dernier rêve à Ruth Bailey :

« Il voyait un énorme bloc de pierre rond placé sur un socle élevé et au pied de la pierre étaient gravés ces mots : Et ceci sera pour toi un signe de totalité et d’unité. »

Pourtant j’aperçois dans le mot plénitude un sens spirituel que je ne trouve pas dans le mot totalité.

Dans mon livre, je définis la plénitude comme l’unité de toute la création. Dans le mot « unité », il y a un sentiment d’harmonie que je ne devine pas dans le mot « totalité ».

C’est bien cette harmonie que Jung a ressentie dans les dernières années de sa vie. Il écrit dans Ma Vie :

« Il est tant de choses qui m’emplissent : les plantes, les animaux, les nuages, le jour et la nuit, et l’éternel en l’homme. Plus je suis devenu incertain au sujet de moi-même, plus a crû en moi un sentiment de parenté avec les choses. »

Un sentiment de parenté avec les choses, avec les plantes, les animaux, les nuages, avec l’éternel en l’homme.

C’est ce sens de parenté, d’harmonie, de communion, que je recherche dans Écrire vers la plénitude.

Votre livre est émaillé de nombreux exemples. Quelles sont les principales règles qui s’appliquent à la tenue d’un journal ?

Je dirais qu’il n’y a pas de « règles ». Il y a mille façons de tenir un journal. C’est la pratique qui compte : s’asseoir et écrire à son aise. Le choix du journal, du stylo, de l’endroit où s’asseoir, de l’heure dans la journée, du temps consacré – tout est à découvrir.

Je suggère un temps limité afin d’éviter d’écrire des pages et des pages. Puisque je vois le journal comme un moyen d’approfondir sa vie, son sens de soi, sa relation avec son âme, je propose une écriture lente, méditée. Souvent une demi-page suffit pour toucher son âme.

Je donnerai quand même une règle : notez le jour, l’heure et l’endroit. Alors, vous pouvez plus facilement vous retrouver, plus facilement retrouver « les plages de silence de votre esprit, où vous pourrez vous ressourcer. »

Vous évoquez le rôle de l’écrit dans la vie de Thomas Merton, Etty Hillesum et de bien d’autres auteurs…

Je voudrais parler ici de l’importance fondamentale de l’écrit pour Thomas Merton, Etty Hillesum, et C.G. Jung.

Thomas Merton était écrivain avant d’être moine. Il se définissait dans et par son écriture : le jeune garçon qui a perdu ses parents, l’étudiant indiscipliné, le vagabond dissipé, le poète, le moine, le mystique. C’est en écrivant qu’il a réussi à se définir, à découvrir son soi : chercheur de Dieu. Depuis son entrée dans le monastère cistercien, il tenait un journal. C’est ici où il se révèle, sur les pages de ses nombreux volumes de journaux.

Etty Hillesum par contre a tenu un journal seulement durant trois ans, à partir de sa 26ème année, en 1941, jusqu’à son mort à Auschwitz en 1943. Elle a commencé à écrire afin de trouver la force pour vivre le cauchemar qui l’enveloppait comme juive vivant à Amsterdam.

En cherchant cette force au fond d’elle-même, elle a trouvé Dieu. Elle tenait, jour après jour, la chronique de la découverte de son âme. Trois mois avant sa mort, elle a pu écrire dans son journal Une vie bouleversée :

« Le battement de mon cœur est devenu plus profond, plus actif, et néanmoins plus paisible, et c’est comme si j’accumulais tout le temps des richesses intérieures. »

Je me tourne maintenant vers C.G. Jung, qui a insisté sur l’importance de noter nos rêves, nos imaginations actives, nos conversations avec notre âme. Dans Mysterium Coniunctionis, Jung donne une description de l’imagination active, terminant avec ce conseil :

« Fixer par écrit tout ce processus au moment où il se produit, car on a besoin d’avoir des preuves écrites vis-à-vis de soi-même. »

C’est trop facile de ne pas croire à ce que notre âme nous souffle.

C’est bien ce que Jung a fait lorsqu’il a repris ses carnets noirs en 1913, après les avoir laissés de côté pendant plusieurs années, afin de noter sa confrontation avec l’inconscient et ensuite de tout transcrire en le calligraphiant dans le Livre Rouge.

Pendant seize ans, Jung a continué à écrire ses commentaires sur chaque vision, toujours à la recherche de son âme. Comme l’écrit Murray Stein :

« Il s’était engagé dans une entreprise risquée et y avait survécu. Pour nous les risques ne sont pas si grands, parce que nous avons son récit de voyage en support. »

Tenir un journal revient à écrire un récit de voyage, le voyage de l’âme vers Dieu.

En conclusion, donnez-nous trois éléments clefs pour réussir la tenue d’un journal qui permette de nous accompagner vers la plénitude ?

Un premier élément : nos journaux sont nos propres livres rouges. Pour qu’ils nous accompagnent vers la plénitude, il faut s’y investir. Il faut vouloir écrire. Chacun de nous cherche à mieux se connaître. La tenue d’un journal est un moyen. Jung nous le conseille.

Un deuxième élément serait de s’asseoir et d’écrire. Nous avons trop facilement tendance à attendre le lendemain. Pour que ce travail devienne une pratique comme la prière, essayons de nous y donner une demi-heure, même un quart d’heure par jour. Ou si vous préférez,une heure tous les deux jours. Trouver son rythme et s’y tenir.

Le troisième élément serait d’être sincère dans ce que nous écrivons. Il n’y a pas de place dans un journal pour l’artifice. Nous ne pouvons pas dissimuler, faire semblant, apparaître autre. Quand nous tenons un journal, nous sommes face à face avec nous-mêmes, devant une feuille blanche.

Lorsque nos journaux sont sincères, ils deviennent nos chapelles. Ils deviennent la demeure de notre âme.

Nous remercions Susan Tiberghien d’avoir pris le temps de présenter cet ouvrage. Nous le recommandons à celles et ceux qui souhaitent se lancer dans cette aventure.

Mars 2021

Susan Tiberghien

Écrivaine américaine vivant à Genève, en Suisse, elle est l’auteure de sept ouvrages en langue anglaise. Elle est diplômée en littérature et philosophie et a suivi des études supérieures à l’Université de Grenoble et à l’Institut C.G. Jung de Küsnacht.

Elle enseigne dans des centres C.G. Jung et des programmes d’études supérieures et dans des conférences d’écrivains aux États-Unis et en Europe.

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter son site web.

 

Chiron Publications

Chiron Publications est une maison d’édition en langue anglaise qui exerce dans le domaine de psychologie des profondeurs, la mythologie et la société. Fondée en 1982 par Murray Stein et Nathan Schwartz-Salant, elle a été transmise au bout de 30 ans à une nouvelle équipe sous la direction de Steve Buser et Len Cruz. Elle est située dans la ville d’Asheville, en Caroline du Nord, aux États-Unis.

Chiron Publications compte dans son catalogue de nombreux auteurs jungiens, parmi eux, Edward Edinger, Barbara Hannah, Robert Johnson et Murray Stein. Cette maison d’édition est en cours de publication des œuvres complètes de Marie-Louise von Franz.

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter leur site internet.


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