Et si un texte biblique ancien, parfois jugé édifiant ou naïf, recelait en réalité une profondeur symbolique capable d’interroger notre rapport au bien, au mal, à la loi et à la transformation intérieure ? C’est ce pari que nous propose Michelle Nahon, en nous invitant à relire le Livre de Tobie autrement.

Histoire de Tobie, par le Maître du Fils prodigue
Dans Tobit, héros du quotidien, l’autrice s’empare d’un récit biblique pour en faire une véritable traversée symbolique, nourrie par une sensibilité psychologique et une attention constante aux détails du texte. Loin de se contenter d’un commentaire religieux ou historique, elle engage une lecture vivante, parfois critique, souvent personnelle, où chaque épisode devient l’occasion d’une interrogation.
Tobit apparaît d’abord comme une figure exemplaire : homme juste, fidèle à la Loi, intègre jusque dans l’exil et l’adversité. Michelle Nahon ne minimise pas cette grandeur morale, mais elle en montre progressivement les limites. Car l’héroïsme de Tobit est aussi celui d’un homme qui ne doute pas, qui ne transige pas, qui obéit sans réserve, au point de s’enfermer dans un idéalisme rigide. L’aveuglement qui le frappe n’est alors plus seulement physique : il devient le symbole d’une difficulté à intégrer l’ombre, le féminin, et plus largement la complexité du réel.
En faisant dialoguer le récit biblique avec des références issues de la psychologie des profondeurs, notamment la pensée de Carl Gustav Jung, Michelle Nahon ouvre des perspectives fécondes. Elle met en tension la loi extérieure et la loi intérieure, la morale et l’individuation, la fidélité aux préceptes et l’appel à une transformation plus profonde.
Le texte accorde également une place centrale à Tobie, le fils, dont le rôle dépasse celui du simple exécutant. Par une analyse fine des noms, des lettres hébraïques, des nombres et des symboles, l’autrice montre comment Tobie incarne une étape nouvelle : celle de l’intégration du féminin, du lien spirituel, du discernement entre désir et amour, entre pulsion et relation. Là où le père subit, le fils agit ; là où Tobit reste figé dans une perfection sans faille, Tobie avance, se trompe, apprend et transforme.
Michelle Nahon écrit avec une grande liberté de ton. Elle n’hésite pas à exprimer ses accords, ses réserves, ses questionnements, y compris lorsqu’ils touchent des figures majeures ou des interprétations établies. Cette honnêteté intellectuelle donne au texte sa force : il ne cherche pas à convaincre, mais à ouvrir. Le lecteur est invité à penser, à douter, à relire, à faire travailler en lui-même les images, les scènes et les symboles.
Ce texte s’adresse à toute personne intéressée par la lecture symbolique des récits anciens, par la psychologie des profondeurs, ou simplement par les grandes questions humaines : qu’est-ce qu’être juste ? Jusqu’où obéir ? Comment reconnaître le mal sans s’y soumettre ? Et à quelles conditions une transformation intérieure devient-elle possible ?
Lire l’article Tobit, héros du quotidien, c’est accepter de se laisser surprendre par un texte ancien relu avec une intelligence sensible et exigeante, et d’entrer, à son tour, dans un chemin de questionnement.
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Février 2026
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Michelle Nahon
Michelle Nahon est psychologue de formation, attirée depuis longtemps par les « sciences parallèles » dites ésotériques. Elle a lu Jung et s’est intéressée à l’astrologie, à l’alchimie, à la gnose, ainsi qu’aux écoles de mystère de la Grèce antique, qu’elle a pu approcher grâce à sa formation de base en latin et en grec.
Elle a travaillé plusieurs années sur ses rêves avec Rolande Biès. Elle a également participé au Groupe de travail jungien de Bordeaux (2001–2019), fondé par Jean-Pierre Marmonier, docteur en psychologie et enseignant à l’Université de Bordeaux.
Elle est l’auteure d’un ouvrage consacré à Martinès de Pasqually et poursuit actuellement l’étude de l’œuvre de Raymond Abellio (1907–1986).
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