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Introversion et extraversion : opposition ou complémentarité ?

Nous croyons savoir ce que sont l’introversion et l’extraversion : le sociable d’un côté, le réservé de l’autre. Pourtant, à la lumière de Jung, ces attitudes se révèlent plus complexes qu’il n’y paraît, car l’extraversion de l’introverti n’est pas celle de l’extraverti, et inversement. Michelle Nahon

Quand la valeur de l’un devient la non-valeur de l’autre  

Sans relier l’introversion et l’extraversion aux ombres, il s’agit d’une dualité que nous vivons tous et dont il est important, voire essentiel, de prendre conscience.

Les noms introverti et extraverti sont passés dans la langue courante. L’extraverti est le joyeux luron, le méditerranéen accueillant, volubile, chaleureux, fonceur, adaptable à toutes les situations, il sera, en bande dessinée, le capitaine Haddock ! L’introverti, froid, distant, peu loquace, perdu dans ses pensées, est lent à prendre une décision. Méfiant, un peu replié sur lui, souvent peu réaliste, guère pratique, il est du style professeur Tournesol qui d’ailleurs n’entend pas, n’y voit guère, il vit dans son monde…

L’acception populaire est vraie en grande partie mais caricaturale. Ce qui n’est pas perçu par ces stéréotypes, c’est que l’extraverti peut s’introvertir et l’introverti, s’extravertir. Hergé l’a bien souligné pourtant. Lorsque le professeur Tournesol s’extravertit, c’est le déchaînement qui se termine toujours par une catastrophe, et lorsque le Capitaine Haddock se tait, réfléchit, doit attendre, alors c’est le plus souvent l’enfer de l’inaction, la déprime…

Que révèle cette mise en scène ? Que l’extraversion de l’introverti n’est pas semblable à celle de l’extraverti et vice-versa.

Selon Jung, il s’agit d’attitudes antinomiques, une moitié de l’humanité a la plus grande difficulté à comprendre l’autre et notre civilisation, à l’évidence, favorise l’extraversion.

L’extraverti s’intéresse plus aux objets extérieurs, choses ou personnes, qu’à lui-même ; l’introverti s’attache plus à lui-même qu’à l’objet extérieur. Cela va même plus loin. L’extraverti, dont le moi réside dans la relation affective à l’objet, se révèle à lui-même par cet objet. L’introverti, qui est son propre sujet d’étude, se perd, lui, par et dans l’objet.

Cette différence est-elle vraiment importante ? Oui, dit Jung, elle est capitale même, car la valeur de l’un est la non-valeur de l’autre. Il ne s’agit pas en fait d’une différence de constitution. Chaque être humain possède les deux attitudes, mais pour des raisons diverses, celui-ci aura développé l’extraversion en tant que fonction d’adaptation et celui-là, l’introversion. L’autre possibilité sommeille à l’arrière plan, dans un état léthargique ou embryonnaire. Ainsi l’attention de l’introverti est-elle toujours centrée sur le sujet si bien qu’il n’a pas conscience de sa faculté d’extraversion. Il voit bien l’objet mais ce dernier ne l’intéresse guère, il s’en méfie même.

La visite du château : un exemple donné par Jung

Jung donne un excellent exemple dans Psychologie de l’inconscient à la page 107, permettant de comprendre les deux attitudes.

Deux jeunes gens font une excursion et passent devant un château. « J’aimerais voir l’intérieur » dit l’introverti. « Entrons-y » dit l’extraverti. L’introverti le retient par crainte de l’inconnu, des dangers, de la police… mais l’extraverti tente de visiter, avec l’espérance d’aventures, peut-être romanesques, de châtelains hospitaliers…

Bref l’un voit l’objet dangereux, l’autre aimable. L’extraverti réussit à entrer, mais déception pour lui, le château est transformé en musée, avec des collections de vieux manuscrits, aucun intérêt pour lui, pas de relationnel, rien qui ne l’intéresse. Notre introverti, fort intéressé par les vieilles choses, se passionne aussitôt, demande mille détails au gardien, veut rencontrer le conservateur ; il s’exprime avec enthousiasme, sa timidité a disparu, les objets ont acquis un éclat séduisant…

Pendant ce temps, l’extraverti s’ennuie, se souvient des études pénibles, des heures fastidieuses dans les bibliothèques. Le château qui l’avait fait rêver de rencontres seigneuriales est devenu un objet négatif, sans intérêt pour lui, ennuyeux même, ce qu’il montre et dit, alors que l’introverti se répand en propos élogieux sur la splendide collection découverte et désire tout voir. Bref, l’un manifeste une humeur exécrable, l’autre déplore d’être obligé de partir, ils sont fort mécontents l’un et l’autre et l’un de l’autre.

Pourquoi et comment concilier ces deux attitudes antinomiques ?

Analysons le comportement des deux amis. La réflexion précède l’action chez l’introverti : il désire connaître l’intérieur du château, ce qui d’ailleurs est significatif de ce qu’il est, l’homme de l’intériorité. L’extraverti, homme actif et dont l’action précède la réflexion, entreprend les démarches.

Puis renversement du type pour chacun. L’introverti qui hésitait à entrer ne souhaite plus quitter le château, il est fasciné par l’objet. L’extraverti, lui, regrette le moment où il passa le porche ; il est sous l’emprise de ses pensées négatives. L’objet (les manuscrits) ayant pris possession de l’introverti, il s’y abandonne de bon gré ; son compagnon, au contraire, sentant une résistance croissante contre l’objet, tombe sous la domination de son sujet, c’est-à-dire de lui-même et de sa mauvaise humeur. Le premier s’est transformé en extraverti et le second en introverti, mais, attention !

L’extraversion de l’introverti est vraiment différente de l’extraversion de l’extraverti comme l’introversion de l’extraverti est totalement différente de l’introversion de l’introverti.

En effet, au début du récit, ils sont chacun dans leur attitude naturelle et sont donc adaptés, à un degré plus ou moins élevé, à la collectivité. Ils sont en accord et heureux de se promener ensemble. Tous deux sont désireux d’entrer dans le château. Les réticences exprimées par l’introverti sont valables aussi pour son compagnon, de même que lui convient l’initiative prise par l’extraverti. L’attitude de l’un ne gêne pas l’autre. La différence entre eux, c’est  que, chez l’introverti, rappelons-le, le déroulement de la pensée va du sujet à l’objet ou, si l’on veut, de lui-même à l’extérieur ; chez l’extraverti, à l’inverse, il se fait de l’objet au sujet.

A partir du moment où, chez l’introverti, l’objet, par son importance, l’emporte sur le sujet et l’entraîne dans son sillage, son attitude perd son caractère social. Il n’englobe plus son ami dans ses préoccupations et ne perçoit même pas son ennui. Parallèlement, l’extraverti perd sa faculté d’égard pour autrui lorsqu’il se retranche dans ses représentations subjectives. Il manifeste ouvertement sa mauvaise humeur.

Alors un nouvel élément risque de se manifester dès que, sous l’influence d’effets positifs ou négatifs, l’attitude contraire, habituellement en sommeil, a pris la prééminence. Se montre alors la susceptibilité, symptôme qui dénote l’existence d’une infériorité, car, plus on se sent fragile et peu sûr, plus on réagit et plus on se froisse. Ainsi sont mis en place les fondements psychologiques de la discorde et des malentendus avec autrui ainsi que la désunion avec soi-même.

La domination de l’attitude inférieure

Jung souligne ici une chose importante. L’attitude habituellement inférieure, lorsqu’elle se manifeste, jouit d’autonomie. Elle est indépendante, nous assaille, nous fascine, nous enveloppe de ses rets de sorte que nous ne restons pas maîtres de nous-mêmes et que nous ne sommes plus en état de faire un partage équitable entre nous et autrui. Inutile de donner ici un exemple, car c’est une expérience souvent vécue par chacun de nous.

Oui, mais comment alors concilier ces deux attitudes antinomiques ? Nous limitons grandement nos potentialités en restant constamment orientés vers notre attitude principale qu’elle soit l’extraversion ou l’introversion mais lorsque nous basculons sur l’attitude opposée qui élargit notre champ, nous ne maîtrisons plus la situation !

L’idéal ne serait-il pas que l’introverti parvienne à l’action, sans être en permanence freiné par des hésitations et des réticences, et que l’extraverti puisse faire un retour sur lui-même, sans pour cela nuire à sa vie de relation ?

Mars 2026

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Michelle Nahon

Michelle Nahon est psychologue de formation, attirée depuis longtemps par les « sciences parallèles » dites ésotériques. Elle a lu Jung et s’est intéressée à l’astrologie, à l’alchimie, à la gnose, ainsi qu’aux écoles de mystère de la Grèce antique, qu’elle a pu approcher grâce à sa formation de base en latin et en grec.

Elle a travaillé plusieurs années sur ses rêves avec Rolande Biès. Elle a également participé au Groupe de travail jungien de Bordeaux (2001–2019), fondé par Jean-Pierre Marmonier, docteur en psychologie et enseignant à l’Université de Bordeaux.

Elle est l’auteure d’un ouvrage consacré à Martinès de Pasqually et poursuit actuellement l’étude de l’œuvre de Raymond Abellio (1907–1986).

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