Joëlle Caujolle nous entraîne dans une balade sur les lieux où ont vécu Jung et von Franz, qui prennent vie au fil d’une expérience sensible et intérieure. Accompagnée de Lia Pradal, dont le regard artistique éclaire le récit, elle explore ces paysages entre écriture, dessin et présence. Une invitation à découvrir Jung autrement, par le vécu, la poésie et l’esprit des lieux.

Ce texte n’est pas un guide ni une approche théorique de l’œuvre de Carl Gustav Jung. Il s’agit d’un récit de voyage, sensible et incarné, où les lieux prennent peu à peu le relais des concepts. À travers cette balade, le lecteur est invité à quitter le savoir pour entrer dans une expérience vivante.
Le voyage naît d’un élan intérieur, presque inattendu, comme si ces lieux appelaient à être parcourus. De Zurich à Küsnacht, de Laufen à Bollingen, jusqu’à Bâle, chaque étape s’inscrit dans une continuité à la fois géographique et intérieure. L’écriture accompagne ce mouvement, au plus près des impressions et des sensations.
La présence de la fille de l’autrice donne au récit une profondeur particulière. Son regard d’artiste, attentif aux formes, aux lumières et aux détails, dialogue silencieusement avec celui de sa mère. Ce double regard ouvre un espace où l’expérience se partage sans se figer.
De Küsnacht à Bâle
À Küsnacht, la rencontre avec les tombes de Jung et de Marie-Louise von Franz devient un moment de recueillement autant que de création. Des gestes simples viennent répondre à la gravité du lieu. L’écriture et le dessin prolongent cette présence, comme une trace offerte au temps.
La maison de Jung, aperçue derrière ses arbres, se laisse deviner plus qu’elle ne se montre. Elle demeure habitée, ancrée dans le réel, tout en laissant affleurer une présence plus subtile. Le regard se fait alors plus intérieur, attentif à ce qui ne se voit pas immédiatement.
Au bord du lac de Zurich, quelque chose s’apaise et s’ouvre. Le paysage invite à ralentir, à ressentir, à se laisser traverser par les éléments. L’eau, les pierres, les reflets deviennent autant de médiateurs entre le monde extérieur et l’expérience intérieure.
À Laufen, la puissance des chutes du Rhin agit comme une force brute sur la perception. Le fracas de l’eau, sa répétition inlassable, semblent éveiller des images profondes. L’écriture se fait plus spontanée, presque automatique, comme portée par le mouvement même des éléments.
À Bollingen, la tour de Jung apparaît d’abord comme une image attendue, presque mythique. Mais la présence des habitants, les gestes quotidiens, viennent la replacer dans une réalité simple et vivante. Le lieu se transforme alors, passant du symbole à une expérience concrète.
La tour de Marie-Louise von Franz s’inscrit dans un paysage paisible et familier. Elle évoque une autre manière d’habiter le monde, retirée, mais tout aussi habitée. Le temps semble y circuler autrement, entre écriture, nature et silence.
À Bâle, la cathédrale offre une beauté lumineuse qui contraste avec les images intérieures qu’elle a pu susciter chez Jung. Une expérience inattendue vient prolonger cette tension entre visible et invisible. Le lieu devient alors le théâtre d’une nouvelle synchronicité.
Une invitation au voyage
Peu à peu, le voyage se transforme en chemin intérieur. Les lieux visités ne sont plus seulement des étapes, mais des espaces d’expérience. Ils invitent à une relation plus directe avec ce qui se vit, au-delà des interprétations.
Ce récit propose ainsi une approche poétique de la psychologie des profondeurs. Il ne s’agit pas de comprendre, mais de ressentir, d’éprouver, de laisser advenir. L’écriture devient elle-même un chemin, au même titre que les lieux traversés.
Au terme du voyage, quelque chose se déplace. Loin des discours et des commentaires, une forme de simplicité s’impose. Comme une invitation à retrouver ce qui, en chacun, demeure vivant et personnel.
Ce texte pourra résonner avec ceux qui ont visité ces lieux, comme avec ceux qui les découvrent. Il offre une manière de s’y retrouver autrement, par la sensibilité et l’attention. Une manière aussi de poursuivre, à sa façon, la rencontre avec l’œuvre de Jung.
Lire la Balade poétique en Suisse – PDF – 26 pages
Joëlle Caujolle
Joëlle Caujolle, née en 1956 en Ariège, vit en Haute-Garonne où elle était enseignante. Elle a publié :
- Deux essais impulsés par son intérêt pour les rêves chez Curieux de soi : La lumière des rêves (2013) et Poétique des rêves (2017).
- Dernier recueil de poèmes : Variations sur le mont Valier, Édition Encres vives, 2024.
- Textes en revues littéraires et anthologies en 2025/2026 : Poésie Première, Nouvelle-Donne, Jeux Floraux des Pyrénées, Paroles Vives, La Nouve.
Mise en page du document pdf : Lia Pradal

