Correspondance 1958 - 1961
Au
début de 1958, date où commence ce dernier volume de sa correspondance,
Jung n'a même plus trois ans à vivre, et il a vu disparaître les
membres les plus proches de sa famille et ses plus anciens amis. Quelle
que soit l'affection que lui portent Ruth Bailey qui s'occupe
quotidiennement de lui, Aniela Jaffé avec qui il a composé Ma
vie ou sa principale élève Marie-Louise
von Franz, il est entré dans cette solitude
dont il disait, voici déjà des décennies, qu'elle était une attitude
et un devoir spirituels. Il se dirige vers sa mort - cette mort que ses
rêves de 1944 lui ont révélée comme union mystique ; cette mort à
quoi préparait tout son processus d'individuation ; cette mort où, selon
lui, la psyché ne disparaît peut-être pas puisqu'elle se trouve
"au delà du temps et de l'espace" et à l'approche de laquelle
il faut pourtant se conduire comme si l'on était immortel.
Malgré tous les efforts qu'elle lui coûte, on est
stupéfait de l'activité épistolaire qu'il continue à déployer afin de
s'expliquer encore et toujours sur sa conception de la psychologie ou
d'émettre sans cesse de nouvelles hypothèses. Leçon bouleversante que
celle de ce vieillard qui accepte profondément son destin sans jamais en
rabattre sur sa dignité d'être homme : c'est que la psychologie n'est
pas seulement une science pour Jung, elle est aussi une
éthique et une manière de vivre et de mourir.
Traduction par Alix
Gaillard-Dermigny et Christian Gaillard
, éditions Albin Michel, 272 pages.
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