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Psychiatrie jungienne

Émile Rogé (1933-2011), neuropsychiatre et psychanalyste, traite d'une façon originale et très approfondie des attitudes et des fonctions du moi dans les états psychotiques à partir de la typologie de Jung. Cela fait de lui l'un des continuateurs de son œuvre.

Son ouvrage est riche, dense, trapu, touffu, foisonnant, hors norme, comme son auteur ! Le présenter est un défi, sinon par les transversales le parcourant : la structure de la psyché et son application aux délires psychotiques.

Avec cette vision jungienne de l'appareil mental, longuement réfléchie, Émile Rogé résume toute la nosographie des maladies mentales, névroses et psychoses. Il s'agit d'une suite de conférences où l'auteur se livre à livre ouvert, sans aucun papier, dans un style proche du Ulysse de Joyce ou de Cent ans de solitude de García Márquez.

Ce livre est présenté par Jean-Claude Jugon qui a bien connu le docteur Émile Rogé et a assisté à un grand nombre de ses conférences.

Premiers fondements de la psychologie analytique : quelle architectonie de la psyché ?

L'auteur débute par la typologie de Jung qui aide à dresser une cartographie de la psyché. Mais « un type peut se trouver voilé, distordu, refoulé, voire remplacé par un autre. » Toute pathologie mentale possède une finalité. En gros, il y a d'un côté le conscient (culturel, paternel, algorithmique, prévisible) et de l'autre l'inconscient (naturel, maternel, heuristique, imprévisible). L'apairement d'instances contradictoires forme un doublet à l'origine de l'énergie psychique. S'ensuit le mécanisme de la compensation, sans praetium doloris si elle est de même nature que ce qui a été compensé. En revanche, l'énantiodromie est la preuve d'un dépassement du principe de compensation.

Décrivant la configuration du conscient, l'auteur pose d'abord l'existence d'un surmoi archétypique double : le surmoi patriciel abstrait en position dialectique avec le surmoi matriciel concret, résultant pour sa part des échanges corporels mère-enfant et d'éléments matriciels venus de l'inconscient. Le moi, complexe central du conscient, s'organise grâce aux quatre fonctions psychologiques qui peuvent parfois se chevaucher mais ne sont absolument « pas réductibles les unes aux autres. » Loin d'être un magma « boueux », l'inconscient collectif recèle le moule « en creux » des fonctions psychologiques du conscient et les archétypes universels propres à l'espèce humaine.

L'intuition, fonction la plus humaine des quatre, jaillit dans le moi du fond de l'inconscient (ex : l'eurêka d'Archimède) mais il faut la concrétiser. La pensée extravertie est catégorielle et celle introvertie se résume à une sorte de rêverie.  Le sentiment est capable d'une analyse qualitative par rapport au vécu. La sensation renvoie au corps et à l'inconscient. En l'interrogeant, on peut connaître par déduction le type d'une personne car elle ne peut mentir. Intuition et sensation sont des fonctions immédiates, formant le premier circuit du complexe-moi. Sentiment et pensée sont au contraire des fonctions médiates. En résumé, on peut dire : Primum vivere, deinde philosophari (d'abord vivre, ensuite philosopher).

Une fonction refoulée c'est un problème, deux c'est une névrose, trois une psychose

Au conscient une paire de fonctions (ex : pensée-intuition) ; à l'inconscient l'autre paire (ex : sensation-sentiment). Divers cas sont possibles. Jung divise l'inconscient en trois strates : l'inconscient personnel, l'inconscient collectif et le psychoïde relié à l'organique. Les instincts sont donc aussi psychiques. L'auteur donne les traits de l'extraversion (espace, superficialité, réactivité, perméabilité, concret, objectivité, permanence) et de l'introversion (temps, profondeur, activité, imperméabilité, abstrait, subjectivité, changement).

« L'attitude fondamentale est l'expression de la dimension privilégiée. » Par exemple, Jung est du côté de l'introversion (Soi et individuation), Freud du côté de l'extraversion (objets et pulsions du Ça). Mais l'attitude de base ne peut se manifester que par un comportement qui en prend le contrepied car elle transfère une part de son énergie à l'attitude opposée (compensation). La station debout (attitude) et la marche (comportement) exemplifient bien le passage de la statique à la cinétique.

Dans la névrose le comportement est réversible. Dans la psychose c'est une cassure car il y a bascule d'une attitude à l'autre : « le comportement va toujours dans le même sens que l'attitude. » En revanche, dans une psyché saine l'attitude prime la fonction. Une fonction refoulée c'est un problème, deux c'est une névrose, trois une psychose. L'angoisse névrotique et psychotique se trouvent polarisées : soit c'est une tension électrique (influx nerveux), soit une pression hydraulique (neurotransmission).

La frustration affective fondée sur le sentiment d'une injustice préforme l'immaturité affective, premier type psychologique. Les deux autres types sont l'extraversion ou l'introversion. L'attitude de base détermine un certain style de vie, de plus en plus individué selon la maturité affective. L'extraverti réagit causalement, privilégiant la relation d'objet (principe de réalité), sa subjectivité lui revenant de l'extérieur via l'Einfülhung (empathie). L'introverti privilégiant le sujet (principe de plaisir) est en participation mystique avec l'inconscient et en amont avec l'instinct religieux. Il y a moins de projections sur l'objet mais elles reviennent avec une grande puissance de fascination.

Seconds fondements de la psychologie analytique : « aimez-vous marcher pieds nus ? »

L'introversion renvoie à l'instinct de vie (changement) et l'extraversion à l'instinct de mort (permanence). Chaque fonction possède un versant concret et abstrait. Seul l'apairement d'une fonction immédiate et d'une autre médiate peut établir une continuité. Au sein de chaque couple de fonctions appariées se forment deux boucles contradictoires : sensation-sentiment (plaisir/déplaisir) ; intuition-pensée (imagination). On interpole facilement l'intuition et la sensation ou la pensée et le sentiment.

La question « aimez-vous marcher pieds nus ? » interroge la fonction de sensation et, selon les réponses, on peut déduire par recoupements la configuration psychologique la plus probable d'une personne, distinguant ainsi la sensation extravertie (concrète ou abstraite) de la sensation introvertie (concrète ou abstraite).  De plus, la pensée et l'intuition (extraverties ou introverties) ainsi que le sentiment et la sensation (extravertis ou introvertis) sont toujours de même signe (soit vers l'objet, soit vers le sujet).

Dans l'extraversion, la pensée se fonde sur des données objectives (esprit de géométrie, pensée unique). Elle est prédicative, universaliste, conformiste, voire égoïste et tyrannique avec les proches par manque de finesse. Pour le sentiment extraverti, il s'agit plus de bienséance. Ce type altruiste, spontané, désire faire plaisir aux autres au point d'être envahissant. La sensation extravertie est basiquement dionysiaque car seul paraît réel ce qui vient du dehors. L'intuition extravertie donne par excellence le type de l'entrepreneur (finance, science, politique) qui explore des voies nouvelles mais les abandonne froidement dès que sa fonction de pensée en a mesuré l'étendue.

Dans l'introversion, la suprématie de la pensée (où les femmes brillent aussi) est déterminante mais « la puissance subjective réduit le sujet à l'impuissance objective. » Créatrice mais solitaire, elle attend d'une autre pensée la conclusion synthétique lui faisant défaut. Le sentiment communique mal, bien qu'il ambitionne de régner sur les cœurs plus que sur les esprits. La sensation se mire dans la perversion ou s'admire dans une création artistique. Puisant dans le réservoir imagier de l'inconscient, son mysticisme est érotisé. L'intuition inspirée par le religieux est infirme au présent (ni règle, ni morale). Seule la pensée peut aider ce type à retrouver un idéel pragmatique.

Les destins de l'angoisse dans la névrose : phobies, obsessions, hystérie, hypocondrie...

La persona est un lieu de passage et de protection permettant l'adaptation sociale. Trop souple, elle est mimétique ; trop perméable et l'individu est escamoté ; trop rigide, elle est un masque. L'ombre est une zone de transition vers la viscosité de l'inconscient collectif. L'âme est la découverte en soi-même de l'Altérité où gît le désir de l'autre (sinon, c'est la passion). Jung rencontre son anima malade dans sa relation avec Sabina. L'homme trouve son masculin par l'anima et la femme son féminin par l'animus.

Dans les psychonévroses, il s'agit d'un moi grandiose et affectivement immature. Dans l'angoisse (de vide, de mort), l'affect n'est pas métabolisé en sentiment. Il y a une irruption qui vient du psychoïde, lien entre la chair et l'esprit. Elle peut être mortifère ou prospective. Traiter l'angoisse consiste à « repsychiser » par la symbolisation. Dans les phobies, le sujet craint une intrusion en lui par un corps étranger (ex : serpent) qui peut provoquer une perte de sa personnalité. L'agoraphobe a peur de se perdre dans l'espace, désirant retourner dans l'utérus ; le claustrophobe, lui, a peur de s'y trouver coincé. Dans les obsessions, il y a dialectique entre sensation concrète et pensée concrète (catalogage), avec un refus absolu d'évoluer. Les rituels de l'obsédé ignorent l'instinct religieux, le sentiment abstrait revenant intoxiquer sa pensée concrète.

Dans l'hystérie, le sujet ne parvient pas à s'individualiser, la persona masquant ce vide. La pensée, fonction décorporéisante, provoque une hypoesthésie de la sensation et une froideur affective (la belle indifférence). C'est une problématique de l'importance, le spectateur étant la mère (et son espace) face à l'archétype tout puissant du père. Dans l'hypocondrie, le refoulement de la sensation extravertie par la pensée introvertie provoque au contraire une hyperesthésie (retour du refoulé) et la perte du vécu (le sentiment). En se déclarant incurable, l'hypocondriaque quérulent vise l'immortalité (ex : négation d'organe), comme s'il avait déjà avalé l'archétype du père tout puissant.

Une décompensation de la névrose à la psychose est possible (et inversement pour une récupération). L'hystérie tendrait plutôt vers la schizophrénie et l'hypocondrie plutôt vers la paranoïa. En tout cas, l'intuition est toujours refoulée : perte du projet, dépressions, affections psychosomatiques. Nous avons une responsabilité face notre devenir.

Celui qui n'est pas fou c'est le délirant qu'on a fini par croire : « je suis Dieu » vs « Dieu c'est moi »

« L'hallucination consiste à créer de l'irréel en le prenant pour du réel. » Il existe des psychoses dissociatives dominées par l'extraversion (ex : schizophrénie) et des psychoses concentratives attractées par l'introversion (ex : paranoïa). Dans le premier cas, l'extraversion délirante provoque un morcellement du moi dans l'espace. Dans le second, le fait de penser est le plus grand plaisir du moi. Mais le délire n'est pas en soi pathologique car c'est une création à travers la recherche de son thème de vie.

À l'inverse de la névrose, dans la psychose c'est la fonction (surtout la pensée dans son versant concret) qui prime sur l'attitude, évinçant l'intuition (d'où l'entrée dans la chronicité). Elle refoule la sensation qui fait retour comme une hallucination sensitive. Ce qui a été refoulé au niveau de l'intuition revient sous la forme des grands mythes de l'humanité. Il y a une demande de l'inconscient collectif et du Soi, à travers l'instinct religieux. Le seul réel authentique qui demeure au schizophrène, c'est sa subjectivité.

La psychose est « une maladie du conscient (pas de l'inconscient), une coupure du conscient et de l'inconscient ». C'est une œuvre d'art dont le sujet refuse de comprendre le sens. Elle s'accompagne d'idées de persécution. Il y a refus de choisir, c.-à-d. de relativiser. L'essor monstrueux de la pensée (via la frustration) a refusé toute affectivité.

Le paranoïaque nie la différence des sexes pour l'auto-érotisme de la pensée : je sais tout parce que j'ai tout avalé. Il érotise le besoin de puissance (hauteur) de sa pensée pour combler son vide affectif qui lui revient comme un besoin d'importance (surface), dont la négation est l'indifférence. Il faut donc réinjecté du vécu via le transfert. Il est dans sa tour d'ivoire pour ne pas se perdre dans l'espace alors que le schizophrène croyant l'avoir avalé s'y morcelle. L'un dit « je suis Dieu » ; l'autre dit « Dieu, c'est moi ».

L'autiste aussi est auto-érotique mais en silence, hormis les écholalies et les stéréotypies. Il est intolérant au changement de l'environnement. La paranoïa ne va pas si loin.

Le schizophrène ne connaît pas le jeu : il veut rester neutre et indifférent, déniant les deux attitudes. Il y a échec du choix du père, absent du discours de la mère. Le noyau délirant provient de la pensée extravertie identifiée au monde extérieur. Le moi s'invente un surmoi tout puissant (le père). L'affectivité disparue revient dans le théâtralisme hystériforme du schizophrène. Il dérive aussi vers les perversions (sensation introvertie), voire la catatonie, pour avoir l'illusion d'une vie intérieure. Et là, paradoxalement, il retrouve en bout de course une déité (le Soi) au tréfonds de l'inconscient. Mais le vrai noyau délirant est une persona et une fonction de pensée s'identifiant l'une à l'autre.

Psychothérapies des psychoses : responsable de sa folie, le fou est à la fois bourreau et victime

Après un examen serré de l'historique des psychoses dans la psychiatrie du XIXe et du XXe (autour de Bleuler, Freud et Jung), l'auteur expose sa stratégie thérapeutique.

Présupposant que le fou a une connaissance intime de sa folie, il a aussi une responsabilité à son égard. Dans la névrose, le jeu est possible mais dans la psychose il faut placer le malade devant ses responsabilités, via un contre-transfert contre-attaquant pour casser ce qui a cassé le moi afin de le reconstruire. Pour soigner la folie, il faut être fou, ou faire quelque chose de fou (ex : l'auteur donne une poêle à un psychotique qui ne mangeait que du cru). Le thérapeute doit décider d'être fou quand il le faut.

Un état psychotique s'améliorant évolue vers la névrose (il faut donc deux psychothérapies différentes). Entre paranoïa et schizophrénie, il y a la psychose bipolaire qui fait bascule vers la manie (introversion) ou la mélancolie (extraversion). Il existe aussi une paranoïa extravertie, tel le dictateur s'adjugeant le phallus pour imposer le bonheur aux autres. Pour l'auteur, il n'y a que deux grandes catégories de psychoses, la paranoïa et la schizophrénie, sachant que l'hystérie constitue une charnière entre elles.

« Le délire est le début d'une tentative de guérison... il a une finalité ». On peut casser la fonction dominante qui a refoulé les trois autres en argumentant, c.-à-d. en étant plus paranoïaque ou schizophrène que le malade. Le psychotique transfère simultanément le père et la mère (Œdipe) sur le thérapeute. Par des stimulations infinitésimales du côté religieux, on constate chez le psychotique une appétence pour la spiritualisation à travers l'autre versant de sa fonction de pensée. Dans le numen, il y a une terreur sacrée qui fait partie de l'angoisse du psychotique. Le délire est le seul moyen de différenciation pour certains individus qui s'inventent ainsi une histoire tout en la refusant.

Il y a deux stratégies dans la thérapie : le bulldozer (en force) ou le diamant entamant le verre (en douceur). Ainsi, interdire à un arithmomaniaque de compter lui permet de compter à ses yeux. Si le psychotique est créatif, le véritable génie, en dépit d'une fonction surdéveloppée, a quant à lui assez confiance en ses autres fonctions minorées.

Table des matières

Préface de Aimé Agnel

Avant-propos

Chapitre I : La conception jungienne du conscient

Chapitre II : Description dynamique du conscient

et des fonctions psychologiques du moi

Chapitre III : Typologie des outils de la psyché

Chapitre IV : Les complexes autres que le complexe moi

Chapitre V : Les fonctions psychologiques du moi au sein d'entités pathologiques

Chapitre VI : Introduction aux psychoses

Chapitre VII : Le délire paranoïaque

Chapitre VIII : Autisme et schizophrénie

Chapitre IX : Psychothérapie des psychoses

Annexe - Remerciements - Index

Éditions Le Martin-Pêcheur - 13,5 x 22 x 2 cm - 280 pages

Emile Rogé Emile Rogé (1933-2011)
Neuro-psychiatre et psychanalyste, il a essentiellement exercé en cabinet privé, à Paris. Il a été actif au sein de l'Association française et du Syndicat national des psychiatres privés (AFPEP-SNPP).

Il a été membre de la Société française de psychologie analytique (SFPA). Dans les années 1980, il a fondé « Dimension psychologique », une association promouvant la pensée jungienne.

 

STAGES


Découverte de son intériorité

Psychologie des profondeurs, découverte de son intériorité
- Près de Pau :
  1er et  2 juin 2019
- A Toulouse :
  22 et 23 juin 2019

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