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Autisme et schizophrénie, quand tu nous détiens…

En 120 pages et 10 chapitres, le Docteur Émile Rogé signe un ouvrage majeur sur l’étiopathogénie de l’autisme et, a fortiori, de la schizophrénie, livrant au final plusieurs protocoles thérapeutiques, dont certains totalement révolutionnaires, pour traiter ces affections gravissimes de l’âme.

Fondé sur la psychologie analytique de C. G. Jung, cet opuscule «constitue le cœur d’un traité moderne de la psyché, écrit en langue vulgaire, donc accessible à tous.» Il est le fruit de 50 années d’expérience clinique passées à comprendre les fondements de l’âme humaine.

Cocktail d’humanisme et de générosité, d’intelligence du cœur et de pénétration d’esprit, l’ouvrage entraîne le lecteur dans les abysses de l’Inconscient collectif à la recherche du mobile secret qui anime - ou plutôt désanime - l’autiste. 

Ce livre est présenté par Jean-Claude Jugon qui a bien connu le docteur Émile Rogé et a assisté à un grand nombre de ses conférences.

Le docteur Xavier Emmanuelli, fondateur du SAMU Social de Paris et du SAMU international indique dans sa préface :

"Il faut rendre cet hommage au Docteur Émile Rogé, il ne s'embarrasse pas de clichés convenus. Il donne un éclairage sémantique et conceptuel sur le psychotique, le schizophrène, l'autiste, qui nous aide à comprendre le mécanisme mental et spirituel qui conduit à cette aliénation, à l'exclusion.

Qu'il soit donc remercié pour ce travail qui témoigne de sa liberté d'esprit : bien qu'il ait eu une formation traditionnelle en psychiatrie classique, il y échappe.

Qu'il soit aussi remercié pour son ouverture qui amène sur des pistes nouvelles. L'entrée de ces pistes est bien défendue. Il faut du courage pour ébranler les colonnes du temples."

L'autisme, la schizophrénie et autres maladies mentales

Au regard de la traditionnelle tripartition judéo-chrétienne corps-âme-esprit, on pourrait dire que l’autiste se complaît dans la seule créativité de son esprit, refoulant son corps et, du même coup, son âme (principe vital entre le corps et l’esprit). En effet, il choisit d’emblée de n’investir ni son propre corps (désincarnation) ni le monde extérieur (dénégation). Il se retranche volontairement dans sa forteresse délirante, qui n'est pas une forteresse vide comme l'appelait Bruno Bettelheim (cf. les critiques virulentes formulées après son suicide par suffocation sur ses méthodes pédagogiques inappropriées) car l'autiste délire en silence. Il s'agit plutôt d'une créativité sans concrétude.

À partir de la typologie jungienne, l’auteur explique la formation du délire autistique comme le résultat d’un choix ultra-précoce de la seule fonction de pensée dans son versant introverti-abstrait-subjectif, liée au Temps et au Logos, au détriment de la sensation (le corps) et du sentiment (le vécu), liés à l’Espace et à l’Éros (en rapport donc avec la concrétude et l’incarnation). Dans l’autisme, la toute puissance de la pensée abstraite (esprit) décide très tôt de refouler le substrat organo-affectif (corps-âme). L’hypothèse retenue est la suivante : le versant abstrait (introverti) de la fonction de pensée serait en quelque sorte déjà opérationnel dès la naissance.

La schizophrénie, en revanche, apparaît tout d’abord comme une psychose extravertie (explosion du délire, corps morcelé, dépersonnalisation) alors que les prémisses des psychoses restent toujours les mêmes : un refus de toute incarnation, de toute concrétude par la pensée abstraite. Pourquoi un tel paradoxe? Si le principe de compensation (ou plutôt de substitution) fonctionne naturellement, la loi d’énantiodromie (course en sens contraire, concept repris à Héraclite par Jung) qui le prolonge retourne finalement à l'envers (comme un gant) la pensée introvertie de l’autiste excessivement abstraite en une pensée exagérément extravertie chez le schizophrène.

A partir de ce premier constat, l’auteur propose dix axiomes pragmatiques : Autisme et schizophrénie ne sont pas des psychoses déficitaires, elles peuvent évoluer tant vers la guérison que vers la mort psychique, voire physique (ex : mort subite du nourrisson). Elles constituent à elles deux une seule et même psychose bipolaire dont la dissociation se situe à un stade prégénital. Bien que contradictoires l’une de l’autre, chacune de ces deux psychoses possèdent des symptômes de l’autre.

Accessibles à un traitement psychologique, spécifique à l’histoire de chaque sujet, leur fondement se trouve dans le domaine mythique et symbolique de l’Inconscient collectif. A ce titre, ce sont aussi des maladies de l’espèce humaine tout entière. À l'inverse d’une idée admise, autisme et schizophrénie peuvent accéder au traitement psychologique dans la mesure où la tâche essentielle du symbole est d’unifier l’algorithme et l’heuristique, c.-à-d. d'unir les deux versants, concret et abstrait, de la psyché.

Pour étayer l’idée que le corps et la psyché ont une organisation similaire, l’auteur fait des rapprochements entre l’autisme et d’autres maladies. Chez les schizophrènes, l’amélioration du délire psychique due aux neuroleptiques est compensée négativement par un syndrome physique extrapyramidal parkinsonien.

Quant à la psychose maniaco-dépressive, elle présente une analogie avec l’autisme et la schizophrénie au niveau du basculement d’un pôle à l’autre. Ainsi, de même que l’apoptose (mort cellulaire programmée) cause une dégénérescence neurologique dans la maladie d’Alzheimer, de même le choix qualitatif du versant abstrait de la fonction de pensée chez l’autiste est-il comparable à une apoptose prématurée des autres fonctions psychologiques, voire à une apoptose de mort comme dans les morts subites du nourrisson.

Le fruit d'une longue expérience des psychoses

Fort de sa longue expérience des psychoses, l’auteur avance une série d’hypothèses personnelles pour tenter d’expliquer la genèse de l’autisme.

  1. D’abord, pour chaque sujet, il faut essayer de retrouver un traumatisme précoce (souvent imperceptible) à l’origine de la dissociation et du délire. Ces deux réactions sont présentes et simultanées chez l’autiste. Une fois la maladie déclarée, celui-ci n’a plus d’histoire personnelle, il échappe au temps.

  2. Ensuite, l’auteur assigne au mode de communication analogique le label psychologique et au mode de communication digital le label corporel. Or, l’autiste refuse le mode analogique qui a un caractère universel parce qu’il a décidé de n’être analogique qu’avec lui-même. La parole est réduite à de vagues grognements et le geste à de monotones stéréotypies (il s’agit dans les deux cas d’une compensation de même nature).

  3. Vient après la théorie gémellaire de l’autisme. Discutant dans la mythologie des jumeaux homozygotes (de même sexe) où l’un est le double de l’autre (ex : Phobos et Deimos) et des jumeaux hétérozygotes (de sexe opposé) où, en général, la fille disparaît prématurément, devenant ainsi l’ombre du garçon, l’auteur pense que ces deux concepts, ceux de l’ombre et du double, sont à l’œuvre dans la genèse de l’autisme et de la schizophrénie. L’autiste (très souvent un garçon) choisit de dévorer son jumeau double érotique interne tandis que le schizophrène, lui, rompt le lien entre Logos (pensée) et Éros (âme).

    Selon l'auteur,  il s’agit dans bien des cas d'un cannibalisme réel et non virtuel. Nombre d’échographies faites avant le deuxième mois de grossesse révèlent une fréquence surprenante de jumeaux. Or, les mêmes examens réitérés vers la septième semaine montrent qu’un des jumeaux a disparu, qu’ils soient univitellins ou bivitellins, comme s’il avait été dévoré par l’autre. Des recherches plus précises sur la gémellité anténatale réelle restent à faire par les gynécologues pour pouvoir corroborer cette hypothèse.

    En tout état de cause, l’autiste et le schizophrène attendent, sans le dire, que le psychothérapeute prenne la place du jumeau disparu (virtuel ou réel), dans une position contradictoire à celle du malade. Comme la communication entre ces deux jumeaux ne peut s’établir sur un mode analogique (la parole) elle doit se faire sur un mode digital, par le truchement des stéréotypies, donc essentiellement par le corps et par les doigts. Ainsi piégé par ce double jumeau, l’autiste se met peu à peu à imiter la normalité (il n’a presque aucun retard de langage ou moteur).

  4. La thérapie psychologique et transférentielle peut alors se mettre en place. L’identité sexuelle commence à se profiler et avec elle la constitution d’un moi.

  5. Reprenant la question de l’âme, l’auteur évoque une théorie spirituelle de l’autisme. Au corps, il relie l’instinct sexuel et celui de conservation, à l’esprit, l’instinct de puissance et de conversation, à l’âme, enfin, l’instinct religieux.

    Or, l’autiste a fait le pari d’un monde vidé du créateur et du créé pour les remplacer par sa fonction de pensée introvertie abstraite. Il est devenu une sorte de mort-vivant mécanisé au travers de ses stéréotypies. S’il exige la fixité de son environnement visuel, il est en revanche très perméable à l’environnement sonore. On a remarqué depuis longtemps que la musique religieuse le réconfortait puissamment.

    À l’inverse de l’autiste, le schizophrène projette son âme sur une figure christique (Christ, Bouddha ou Diable) mais il sait bien que son délire est une sorte de blasphème.
Le dernier chapitre présente une palette de soins, sachant que la psychose exige une décennie ou bien plus pour être traitée. L’auteur propose trois groupes de thérapies.

Les thérapies du corps

  1. Approche animale : il faut se priver de la parole et mimer les stéréotypies des autistes en prenant l’attitude inverse et contradictoire de leur posture. S’ils sont fixes, il faut bouger ; s’ils sont agités, rester immobile. Lorsque les stéréotypies ont diminuées, il faut toucher l’autiste de doigt à doigt. C’est le premier symbole unificateur de l’altérité.

  2. Prise de corps à corps - maternage - élevage : il faut installer un maternage corporel et reprendre le développement des conduites alimentaires et excrémentielles.

  3. Restitution de l’axe vertical naturel (introversion) - Équithérapie : la pratique du cheval restaure l’axe vertical, hauteur et profondeur. Viendront ensuite des activités comme la marche, le volley-ball, la bicyclette.

  4. Restitution de l’axe horizontal (extraversion) : éviter d’abord le sol, lui préférer la piscine. Quand l’autiste accepte d’écarter les bras sur l’eau, il redécouvre la dimension horizontale, liée à l’extraversion. La même expérience est ensuite tentée sur le sol, station étendue. Le psychothérapeute et l’autiste se touchent par les doigts.

  5. Expression corporelle : hypermimies du psychothérapeute. Mimétisme d’un autre sujet que l’autiste. Instauration du Tàijíquán chinois pour la lenteur et la souplesse des mouvements permettant de passer d’une posture à une autre (inverse du mouvement de bascule du psychotique). On peut aussi pratiquer la Capoeira, danse du Brésil.

  6. Le Kata-Kali : ce théâtre était à l’origine une technique de combat dans laquelle le guerrier jouait l’ombre de son adversaire. Tout est donc fait à l’envers : les yeux regardent en sens inverse de la direction du geste, les pieds ne reposent sur le sol que par le bord externe, la colère est rendue par le rire et l’agressivité par le sourire. Il y a une complète dysharmonie entre les deux côtés du corps. L’adepte s’habitue à tous ces paradoxes en adoptant une mathématique paradoxale.

    Il s’agit donc d’un autisme artificiel qui peut aider à former le thérapeute à l’autisme. Cette activité peut être aussi proposée à l’autiste car le piège du double fonctionne.

  7. La beauté du geste : l’autiste refusant son corps (désincarnation) refuse aussi toute esthétique corporelle ou gestuelle. Le thérapeute accomplissant les stéréotypies en miroir doit les styliser. Cette recherche de la beauté du geste est valable pour toutes les autres activités manuelles quotidiennes.

Les thérapies de l’esprit

  1. Psychothérapie individuelle de l’autiste : elle peut démarrer lorsque le psychotique commence à parler. Entretiens en face à face, le type de psychanalyse à choisir étant défini par le développement psycho-sexuel du sujet. Cette thérapie, longue, est marquée de régressions et fait s’extérioriser le délire sous-jacent et l’angoisse psychotique.

  2. Thérapies de groupe - psychodrame : l’auteur pense que le psychodrame est utilisable avec l’autiste bien que lui-même n’ait pas encore tenté cette expérience. L’essentiel est de ne pas partir de la triangulation œdipienne qui dépasse tout à fait l’entendement de l’autiste aux prises avec des conflits prégénitaux.

Les thérapies de l’âme

  1. Communion du psychothérapeute : il s’agit autant d’une participation mystique que charnelle à la souffrance de l’autiste, devenant son jumeau ou sa jumelle. S’installe peu à peu une communication télépathique et parfois une ressemblance des rêves du patient et du thérapeute. Une partie de la thérapie consiste à savoir demander pardon à l’autiste pour tout manquement, faute ou erreur de la part du thérapeute. Le pardon étant contagieux, l’autiste apprend lui aussi à le pratiquer pour autrui et en définitive pour lui-même, ce qui va réalimenter sa capacité à pouvoir s’aimer.

  2. Participation à des cérémonies religieuses : une musicothérapie d’inspiration sacrée peut donner de bons résultats pour la sédation du délire et de l’agitation.

Si la chimiothérapie permet une certaine sédation des symptômes en facilitant la mise en place d’une psychothérapie chez le schizophrène, elle n’a en revanche aucun effet sur l’autiste et peut même être dangereuse par association d’un syndrome malin au désir de ces patients. La chimiothérapie doit donc se mettre au diapason de la psychothérapie.

Si la schizophrénie semble de loin plus courante que l’autisme, c’est sans doute parce que nombre de jeunes enfants autistes meurent jeunes. Par ailleurs, nombre d’enfants à caractère autistique sont décrits en fait comme des enfant à problèmes, caractériels, hyperactifs, dépressifs, etc.

L’ouvrage se termine sur le témoignage d’une mère ayant un fils atteint du syndrome d’Asperger, forme d’autisme qui s’exprime d’une manière obsessionnelle.

Editeur Lanore - Préface Xavier Emmanuelli - 13,5 x 21,3 x 0,8 cm - 128 pages

Emile RogéEmile Rogé (1933-2011)
Neuro-psychiatre et psychanalyste, il a essentiellement exercé en cabinet privé, à Paris. Il a été actif au sein de l'Association française et du Syndicat national des psychiatres privés (AFPEP-SNPP).

Il a été membre de la Société française de psychologie analytique (SFPA). Dans les années 1980, il a fondé « Dimension psychologique », une association promouvant la pensée jungienne.

Voir également l'ouvrage Psychiatrie jungienne

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