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C.G. Jung renverse le principe de réalité

C.G. Jung est à la fois témoin et chroniqueur du changement de perception du monde de la première partie du XXe siècle.

Pascal Chauvie

Carl Gustav Jung (1875-1961) – Albert Einstein (1879-1955)

Le style épique de Jung

La nouvelle réalité de Jung se manifeste d’abord dans le renouveau de son style.

En effet, certains passages jungiens, comme la préface de 1916, sont empreints du style épique du Livre Rouge. Dans cette perspective, Jung se place dans la lignée de nombreux artistes et écrivains marqués par la Guerre mondiale.

Comme dans les textes de Jünger, le sens de la guerre est exprimé sur un plan intérieur :

« Qu’est-il arrivé tout au fond ? Suppôts de la guerre et ses créatures, hommes dont la vie menait fatalement à la guerre, qui la projeta dans des voies nouvelles, vers des buts nouveaux – qu’avons-nous été pour elle, et qu’a-t-elle été pour nous ? Question à laquelle aujourd’hui plus d’un cherche une réponse. »[1]

Et dans une perspective phylogénétique où le temps se perd dans le passé et le futur :

« L’homme est le porteur, le vaisseau sans cesse métamorphosé de tout ce qui avant lui fut fait, pensé et ressenti. Il est aussi l’héritier de tout le désir qui avant lui en a poussé d’autres, avec une force irrésistible, vers des buts au loin drapés dans les brumes. »[2]

A l’image des artistes marqués par l’expérience de guerre, Jung cherchait une langue qui puisse épouser les contours de l’époque nouvelle dont il était témoin.

Jung : un témoin particulier

La véritable particularité du psychiatre zurichois se révèle dans l’élaboration d’une nouvelle conception de la réalité. La distance relative avec le conflit en tant que tel a permis une forme de métacognition sur l’évènement lui-même. Et comme psychiatre, il a cherché à intégrer le sens du conflit dans la théorisation et la pratique de son art.

C.G. Jung devient alors témoin et chroniqueur du changement de perception du monde de la première partie du XXe siècle.

Le nouveau paradigme provoqué par le conflit mondial renverse le rationalisme de l’époque :

  • La réalité intérieure préexiste à ses manifestations extérieures.
  • Les individus sont mus et liés entre eux par un vaste mouvement qu’ils portent en eux.

Jung / Einstein

Le caractère révolutionnaire et paradoxal de cette façon de penser rapproche Jung des idées neuves d’Einstein.

Alors que le père de la relativité revisitait le temps et l’espace dans le domaine physique, Jung lançait de son côté une profonde remise en cause de la rationalité occidentale. Dans cette conception :

  • Le rapport au temps chronologique linéaire s’efface au profit d’une conception anachronique du temps : la réalité intérieure préexiste à sa manifestation physique.
  • Le rapport à l’espace intègre un espace intérieur qui agit en dehors des lois de l’apparente réalité des choses.

Jung revisite le concept de réalité

Hors l’espace, hors le temps, la psychologie des profondeurs marque sa différence en élargissant la notion de réalité. 

C.G. Jung va ainsi formuler plusieurs idées révolutionnaires sur le plan de la conception du réel :

  • l’idée que les phénomènes psychologiques tirent à la fois leur origine du monde extérieur et du monde intérieur.
  • l’idée que les profondeurs de l’âme ont une autonomie et des dimensions aussi vastes que le monde extérieur.
  • l’idée que le monde extérieur est l’image de processus psychiques intérieurs et collectifs.

D’un point de vue anthropologique, C.G. Jung réhabilitait par là même une forme de pensée « presque » magique qui ne se réduisait pas au paradigme moderne de la raison.

L’œuvre de C.G. Jung se rattachait aussi, mais consciemment, à la crise civilisationnelle que traversait l’Europe des Lumières.

Pour C.G. Jung, comme visiblement pour d’autres écrivains et artistes, le conflit mondial permet de prendre conscience de la façon dont les individus portent en eux – à priori ou à posteriori – tout un monde.

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Notes

[1] Jünger Ernst, La Guerre comme expérience intérieure, (Trad. Poncet François ; Der Kampf als inneres Erlebnis, 1922). Christian Bourgeois, 2008, p. 35. [2] Ibid., p. 36.

Pascal Chauvie

De son premier nom Juan Carlos Peréz, Pascal Chauvie est né à Cali en Colombie en 1981. Il est adopté en Suisse et s’intéresse à l’œuvre de Carl Gustav Jung en lisant L’homme à la découverte de son âme en 2007.

Riche de son expérience d’historien, d’enseignant, de conférencier, de policier, il s’intéresse à l’histoire de la pensée, à l’analyse des processus culturels, et surtout à la dynamique du rêve.

Certifié en 2020 par l’Institut Carl Gustav Jung de Zürich, il publie désormais des textes originaux favorisant une approche holistique et inspirante de l’œuvre jungienne.


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