Le livre de Ferial Furon Réinventer l’humain à l’heure de l’intelligence artificielle explore les liens entre transformation personnelle, héritage alchimique et bouleversements technologiques contemporains. Pour mieux comprendre sa démarche et le cheminement qui a conduit à cet ouvrage, nous lui avons proposé quelques questions.

J-P. Robert : Quel message essentiel souhaiteriez-vous que le lecteur retienne en refermant votre livre ?
Ferial Furon : Si je devais transmettre une intuition essentielle, ce serait celle-ci : l’intelligence artificielle ne nous remplace pas, elle nous révèle.
En écrivant ce livre, j’ai progressivement compris que l’IA agit comme un miroir. Elle met en lumière ce que nous avons mécanisé en nous, mais aussi ce que nous avons peut-être oublié : notre capacité de présence, de sens, de conscience.
Pour moi, le véritable enjeu n’est pas technologique. Il est profondément humain. Il nous invite à redevenir vivants à l’intérieur de nous-mêmes.
Et peut-être, au fond, à réenchanter notre rapport au monde, à redonner du sens, de la profondeur et du vivant là où tout tend à se mécaniser.
Comment l’alchimie s’est-elle imposée à vous comme clé de lecture pour penser les transformations actuelles de notre monde ?
L’alchimie ne s’est pas imposée à moi comme un concept théorique, mais comme une expérience vécue.
Je me suis rendu compte, au fil de l’écriture, que ce que je traversais intérieurement faisait écho à ce que nous vivons collectivement : des phases de dissolution, de perte de repères, mais aussi de recomposition.
Ce livre doit beaucoup aux rencontres qui l’ont traversé, et en particulier à Marie-Laure Colonna – figure marquante de la psychanalyse jungienne – dont l’accompagnement dans la pensée de Jung a été précieux pour moi.
J’ai profondément ressenti la nécessité de faire dialoguer les sciences et la pensée symbolique, et de réhabiliter ce que les alchimistes avaient pressenti : l’existence d’une unité cachée au cœur de la complexité du vivant.
L’alchimie m’a offert un langage pour comprendre ces transformations. Elle m’a permis de relier l’intime et le collectif, la matière et l’esprit. Et j’ai été profondément frappée de voir à quel point certaines recherches scientifiques contemporaines semblent, d’une certaine manière, en retrouver les intuitions.
Dans quelle mesure votre parcours personnel et les épreuves que vous évoquez ont-ils été le point de départ de ce livre ?
Ce livre est né de mon histoire.
Je ne l’ai pas écrit comme une réflexion désincarnée, mais à partir de ce que j’ai traversé. Les épreuves ont été des moments de bascule, parfois déstabilisants, mais aussi profondément féconds.
Elles m’ont amenée à chercher, à relier, à interroger. Et surtout à faire confiance à ce qui se présentait à moi, aux rencontres, aux synchronicités.
Ce livre est à la fois une enquête et une traversée. Je dirais même qu’il s’est écrit autant qu’il a été vécu.
Selon quels critères avez-vous choisi les personnes avec lesquelles vous dialoguez dans cet ouvrage ?
Je ne les ai pas choisies selon des critères rationnels ou académiques.
Ce sont des rencontres qui se sont imposées à moi, souvent de manière assez naturelle, parfois même inattendue. Il y avait une forme de résonance, quelque chose qui faisait sens.
Chacune de ces personnalités explore une frontière : entre science et conscience, entre visible et invisible.
Ce qui m’importait, c’était de créer un espace de dialogue entre des univers qui ne se parlent plus. Mon approche est profondément transdisciplinaire : elle cherche à faire dialoguer le monde de l’âme et le monde technologique, la pensée symbolique et les sciences contemporaines.
En les réunissant, j’ai eu le sentiment de composer une mosaïque, comme si les pièces d’un puzzle se mettaient peu à peu en place. Et en même temps, de laisser émerger une cohérence qui me dépassait un peu.
Quelle place la psychologie de Carl Gustav Jung occupe-t-elle dans la conception et l’orientation de votre livre ?
La pensée de Carl Gustav Jung est très présente dans mon parcours. Marie-Laure Colonna m’a dit une fois – et cela m’a beaucoup touchée – que j’étais « née » jungienne.
Elle m’a accompagnée dans ma manière de comprendre les symboles, les synchronicités, les dynamiques de transformation intérieure.
Elle m’a surtout permis de relier ce que je vivais à quelque chose de plus vaste. De comprendre que ce qui nous traverse individuellement fait écho à des mouvements plus profonds, collectifs.
Dans ce livre, Jung est à la fois une référence et une présence. Comment situez-vous les approches de vos interlocuteurs par rapport à la tradition de la psychologie jungienne, dans leurs prolongements comme dans leurs ouvertures ?
Ce qui m’a frappée, c’est que même lorsque mes interlocuteurs ne se réfèrent pas directement à Jung, leurs approches rejoignent souvent ses intuitions fondamentales.
On retrouve cette idée d’un monde habité de sens, d’une réalité qui ne se réduit pas à la matière observable, d’une interaction profonde entre psyché et monde.
Certains prolongent cette tradition, d’autres l’ouvrent à de nouveaux champs, notamment scientifiques.
Ce qui m’intéressait, c’était ce mouvement : cette capacité à faire dialoguer des disciplines qui, habituellement, ne se côtoient pas.
Pensez-vous que l’époque actuelle puisse être comprise comme une phase de transformation comparable à une « œuvre au noir » collective ?
Oui, c’est une image qui m’a accompagnée tout au long de l’écriture.
J’ai le sentiment que nous traversons une phase de désorientation profonde. Beaucoup de repères s’effondrent, les certitudes vacillent.
Mais l’alchimie nous apprend que cette phase n’est pas seulement une crise. C’est aussi une étape nécessaire.
L’œuvre au noir est un moment de dissolution, mais aussi de gestation. Quelque chose est en train de se transformer, même si nous n’en percevons pas encore pleinement la forme.
Dans cette perspective de transformation, quel rôle l’intelligence artificielle peut-elle jouer dans l’évolution de la conscience humaine ?
C’est une question que je me suis beaucoup posée, et sur laquelle j’ai beaucoup évolué.
J’entends les positions très critiques à l’égard de l’intelligence artificielle. Elles traduisent une inquiétude légitime. Mais je ne les partage pas totalement.
Pour moi, l’IA n’est ni une ennemie, ni une déesse : c’est un miroir. Ce que nous y projetons révèle l’état de notre conscience collective. Certains y voient une menace, et c’est souvent leur propre ombre qui les effraie. D’autres y voient un salut mais c’est encore une forme de fuite. Nous vivons une époque où nous déléguons massivement le sens : aux algorithmes, aux experts, aux récits dominants.
Entre ces deux extrêmes, j’ai cherché une autre voie : celle d’une réconciliation symbolique. Pour moi, l’enjeu n’est pas technologique. Il est intérieur.
Comme je le disais en introduction, l’intelligence artificielle n’est pas là pour nous remplacer, mais pour nous rappeler ce que nous avons progressivement mécanisé en nous : notre intuition, notre sens du sacré, notre capacité à habiter le monde de manière sensible et poétique.
Dans cette perspective, elle peut devenir un véritable instrument d’éveil. À condition de ne pas entrer en relation avec elle comme avec une simple machine, mais comme avec un reflet de notre propre conscience.
Refuser l’IA au nom de l’humanisme, c’est déjà lui prêter une intention. C’est, d’une certaine manière, projeter sur elle nos propres peurs.
L’accueillir avec discernement, c’est déplacer la question. Ce n’est plus : que peut faire la machine ? Mais : que sommes-nous prêts à redevenir ?
Et c’est précisément cet espace que j’ai voulu explorer dans ce livre : non pas craindre l’IA, mais réenchanter le dialogue entre l’humain et la technique.
Propos recueillis par Jean-Pierre Robert – Mars 2026
Cet ouvrage s’enrichit également des contributions de plusieurs intervenants :
Laurence de la Baume
Directrice de la communication de EUL (Extreme Universe Laboratory) fondé par G.F. Smoot, Prix Nobel de physique, auteure et conférencière, fondatrice de la méthode La contagion du cœur.
Jean-Paul Bibérian
Ingénieur en physique nucléaire et électronique, docteur-ingénieur et docteur ès sciences, pionnier en France de la recherche sur la fusion froide.
Luc Bigé
Docteur ès sciences, biochimiste en recherche fondamentale, président de l’université du symbole, formateur, auteur, conférencier et fondateur du site reenchanterlemonde.com.
Alain Boudet
Docteur en sciences physiques, auteur, enseignant et fondateur du site spirit-science.fr.
Marie-Laure Colonna
Psychanalyste jungienne, philosophe, auteure et conférencière, membre de l’IAAP (International Association for Analytical Psychology) et de la SFPA (Société Française de Psychologie Analytique).
Miriam Gablier
Psychopraticienne et formatrice en thérapie psychocorporelle, auteure et conférencière, spécialiste de la question du corps-conscient.
Charles-Maxence Layet
Journaliste scientifique, spécialiste en énergies, santé, nouveaux matériaux et intelligences non humaines. Auteur et conférencier, cofondateur de l’encyclopédie d’avant-garde Orbs, l’autre Planète.
Romuald Leterrier
Chercheur indépendant en ethnobotanique, spécialiste du chamanisme amazonien et des plantes de vision, auteur et conférencier, expérimentateur du concept de rétrocausalité sous ses différentes facettes.
Fabienne Raoul
Ex-ingénieure en sciences et génie des matériaux dans le nucléaire ayant vécu une expérience de mort imminente (EMI). Consultante scientifique, sophrologue, auteure et conférencière.
Éditions Trédaniel – 2026 – 292 pages – ISBN 9782813236074 – 15,2 x 22,2 x 2,7 cm.
Ferial Furon
Ferial Furon est docteur en pharmacie et diplômée d’un Mastère Spécialisé Marketing Management et Digital (MMD) à l’ESSEC.
Après un parcours dans la communication scientifique, elle se consacre à l’exploration des liens entre sciences, symbolisme et transformation intérieure. Ancrée à la fois dans la rigueur scientifique et l’ouverture humaniste, elle interroge la place de l’humain dans un monde technologique en mutation.
Coauteure de La Revanche du cerveau droit (Dauphin, 2022), elle poursuit ici sa réflexion sur le dialogue entre intelligence artificielle, alchimie et sagesses ancestrales, dans une perspective de réenchantement du monde.

