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1988 : la lettre d'avril

Et si nous remplacions le reflet que nous sommes dans le miroir par un être vrai ? Notre reflet n'est qu'une image, une utopie, réussite, échec ; une possessivité. Seul le besoin de trouver ce VRAI nous incite à perdre le reflet. L'inconscience obscure qui nous entoure est si grande que la lumière n'a pas assez de force pour la pénétrer. C'est pourquoi nous avons besoin de feu, d'un Feu de qualité, afin que notre vérité puisse advenir après la destruction des scories. En attendant, dans le souterrain qui se trouve en nous, à l'abri du regard aveugle mais riche du possible qui vient, rougeoie le présent de chaque instant ; le possible prépare notre transformation qui se doit d'être permanente.

A force de "réfléchir", nous manquons de spontanéité à cause du miroir. Cet instrument de navigation qui réflète les étoiles est indispensable cependant pour une bonne traversée de la mer, - sans chemin, - de la vie. Notre miroir, c'est notre intelligence qui souvent se trompe parce qu'elle nous demande de nous identifier à nos "réflexions".

Notre reflet, - notre double - est déformé, d'où sa laideur, par le miroir sombre qu'est la profondeur dans son désir d'être éclairée.

Grâce à un miroir reflétant le soleil, Archimède incendiait la flotte ennemie. Le feu solaire désigne un haut niveau de conscience, nous devons tenter de traverser la vie en brûlant ses pièges que sont les navires, grâce à notre feu intérieur.

Nous savons qu'en brisant le miroir, nous multiplions notre reflet à l'infini ; tandis qu'en le traversant, - en étant VRAI, - nous pouvons transformer en beauté ce que contient la profondeur. N'imitons pas Narcisse, regardons-nous tels que nous sommes, et par cette connaissance, laissons passer notre créativité ; notre inconscient en est le dépositaire, gardien du trésor. Ne soyons pas seulement reflet ; aidons l'Ame du Monde, qui étouffe dans l'inconscience, à voir le jour.

Devenons un speculum (sens premier : miroir), un outil d'ouverture du "moi", origine de toute souffrance, afin de laisser Plus-vaste-que-nous advenir au soleil de la conscience. Ainsi notre vie, d'instant en instant brûlée, coulera comme une rivière, mais une rivière de feu rénovateur. Qu'avril soit le havre de ce feu, de cet immobile torrent de Joie intérieure !

Joyeusement vôtre,
Rolande Biès
 
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