{"id":35472,"date":"2026-07-09T10:52:25","date_gmt":"2026-07-09T08:52:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=35472"},"modified":"2026-07-15T19:27:53","modified_gmt":"2026-07-15T17:27:53","slug":"babygirl-instinct","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/babygirl-instinct\/","title":{"rendered":"Babygirl : l\u2019instinct retrouv\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><strong>Dans la vie impeccablement ma\u00eetris\u00e9e d\u2019une femme de pouvoir, une force instinctuelle fait irruption et fissure la repr\u00e9sentation qu\u2019elle s\u2019est construite d\u2019elle-m\u00eame. Que devient le d\u00e9sir sexuel lorsqu\u2019il demeure sans parole, sans lieu d\u2019expression et sans int\u00e9gration ? \u00c0 partir du film <em>Babygirl<\/em>, cette lecture jungienne en explore la port\u00e9e clinique et symbolique. <\/strong><span style=\"color: #999999;\">Rachel Huber<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-35569\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/babygirl.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"338\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/babygirl.jpg 600w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/babygirl-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h2>Sur cette page<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"#desir\">Le d\u00e9sir fait effraction<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#corps\">Le corps sait avant la parole<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#persona\">Une persona devenue trop \u00e9troite<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Romy\">Romy, une femme une et multiple<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#nom\">Le nom re\u00e7u et l\u2019animal sans nom<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#chien\">Le chien : apparition de l\u2019animal int\u00e9rieur<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Samuel\">Samuel, adresse provisoire de l\u2019instinct<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#honte\">La honte, le lait et l\u2019ombre<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Babygirl\">No\u00ebl, naissance psychique et figure de la puella<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Jacob\">Jacob, ou l\u2019\u00e9preuve du lien conjugal<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#deux\">Samuel et Jacob : deux pr\u00e9noms bibliques autour de Romy<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#vers\">Vers une r\u00e9int\u00e9gration partielle<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#ombre\">Rencontrer l\u2019ombre, reprendre la conduite de sa vie<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h2><a id=\"desir\"><\/a>Le d\u00e9sir fait effraction<\/h2>\n<p>Babygirl, film am\u00e9ricain de 2024, \u00e9crit et r\u00e9alis\u00e9 par Halina Reijn, arrive dans un moment culturel o\u00f9 la repr\u00e9sentation du d\u00e9sir f\u00e9minin, du consentement et des rapports de pouvoir est devenue particuli\u00e8rement sensible. Le film a souvent \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9 du thriller \u00e9rotique, dans une p\u00e9riode marqu\u00e9e par les relectures du corps, de la domination et de la libert\u00e9 sexuelle depuis #MeToo. Si cette r\u00e9ception \u00e9claire une part de son enjeu, elle ne suffit pourtant pas \u00e0 rendre compte de ce que le film fait appara\u00eetre chez son h\u00e9ro\u00efne principale : un d\u00e9sir moins lib\u00e9r\u00e9 que d\u00e9log\u00e9, moins assum\u00e9 que revenu par effraction.<\/p>\n<p>Babygirl met en sc\u00e8ne Romy Mathis, interpr\u00e9t\u00e9e par Nicole Kidman. Romy dirige une entreprise technologique sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019automatisation. Elle vit avec Jacob, son \u00e9poux, et leurs deux filles. Autour d\u2019elle, tout semble ordonn\u00e9 : le travail, la maison, le couple, la maternit\u00e9 et l&rsquo;image sociale. Le film va pourtant faire appara\u00eetre une zone que cet ordre ne contient pas.<\/p>\n<p>Romy sera abord\u00e9e ici comme une figure fictionnelle. Cette lecture suit le mouvement que le film condense en elle : une femme socialement accomplie, appuy\u00e9e sur une repr\u00e9sentation d\u2019elle-m\u00eame solidement construite, se trouve rattrap\u00e9e par une part de son d\u00e9sir rest\u00e9e hors de son r\u00e9cit conscient. Le film en montrera les figures successives, depuis la jouissance solitaire jusqu\u2019\u00e0 la possibilit\u00e9 fragile d\u2019un retour dans le lien conjugal.<\/p>\n<h2><a id=\"corps\"><\/a>Le corps sait avant la parole<\/h2>\n<p>Le film s\u2019ouvre dans la chambre conjugale. Romy est avec son \u00e9poux, Jacob. L\u2019acte sexuel a lieu. Jacob lui dit qu\u2019il l\u2019aime, elle lui r\u00e9pond avec chaleur. Rien, dans cette premi\u00e8re image, ne donne l\u2019id\u00e9e d\u2019un couple d\u00e9sert\u00e9. Pourtant, le film introduit aussit\u00f4t un \u00e9cart : Romy reste \u00e9veill\u00e9e, se l\u00e8ve, traverse la maison, ouvre son ordinateur, et, dans le bureau, s\u2019allonge sur le sol. Devant une vid\u00e9o pornographique, elle se masturbe et atteint l\u2019orgasme.<\/p>\n<p><strong>La sc\u00e8ne donne d\u2019embl\u00e9e \u00e0 voir une coupure intime.<\/strong> L\u2019acte conjugal a lieu dans le lien, avec tendresse, mais la jouissance de Romy se produit ailleurs : seule, au sol, devant une image explicite, hors du regard de Jacob. \u00c0 ce stade, Romy ne pense pas cette s\u00e9paration. Son corps la met en acte.<\/p>\n<p>Cette jouissance solitaire pr\u00e9c\u00e8de toute explication. Elle fait appara\u00eetre une coupure que Romy ne commente pas. Le plaisir existe, mais il se produit \u00e0 distance du regard de Jacob. Romy referme l\u2019ordinateur, la pi\u00e8ce redevient noire, et la sc\u00e8ne reste sans suite dans le couple.<\/p>\n<h2><a id=\"persona\"><\/a>Une persona devenue trop \u00e9troite<\/h2>\n<p>Le plan suivant conduit dans l\u2019entrep\u00f4t automatis\u00e9 de l\u2019entreprise de Romy, o\u00f9 les robots se d\u00e9placent sur un syst\u00e8me de rails et de bandes magn\u00e9tiques : l\u2019image donne l\u2019impression de regarder dans sa t\u00eate. L\u2019entreprise donne \u00e0 voir une organisation psychique fond\u00e9e sur l\u2019ordre, la circulation contr\u00f4l\u00e9e et l\u2019efficacit\u00e9.<\/p>\n<p>Le film fait ensuite passer cette logique de l\u2019espace professionnel au corps de Romy. Le matin, devant le miroir, elle applique ses soins, lisse sa peau et compose un v\u00e9ritable masque de maquillage. C\u2019est sa mani\u00e8re de se pr\u00e9senter au monde. Elle r\u00e9p\u00e8te les mots qu\u2019elle devra prononcer au travail.&nbsp; Tout est pens\u00e9 et structur\u00e9. Son corps entre dans la m\u00eame logique d\u2019adaptation que l\u2019entreprise : tenir, r\u00e9gler et ma\u00eetriser ce qui sera vu.<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9sence construite rel\u00e8ve de la persona. <strong>Romy s&rsquo;ajuste \u00e0 ce qu\u2019elle croit devoir pr\u00e9senter. L\u2019attente ext\u00e9rieure est devenue une exigence int\u00e9rieure.<\/strong> Elle l\u2019exerce sur elle-m\u00eame avec une pr\u00e9cision presque automatique. Cette organisation a aussi une fonction d\u00e9fensive : elle soutient son autorit\u00e9 et lui permet de garder une contenance sous le regard des autres.<\/p>\n<p>Ce que la sc\u00e8ne nocturne du bureau a d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9, c\u2019est la limite de cette adaptation. La persona soutient efficacement la pr\u00e9sence sociale de Romy, mais elle ne peut pas contenir la pouss\u00e9e que la sc\u00e8ne nocturne vient de r\u00e9v\u00e9ler. Cette pouss\u00e9e se manifeste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019image ma\u00eetris\u00e9e, et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lien conjugal. Elle trouve seulement une issue provisoire, dans une sc\u00e8ne solitaire que Romy interrompt aussit\u00f4t en refermant l\u2019ordinateur.<\/p>\n<p>Cette pouss\u00e9e peut se lire comme un mouvement de compensation. L\u2019attitude consciente de Romy s\u2019est organis\u00e9e autour du contr\u00f4le ; ce qui est rest\u00e9 hors champ revient par des voies que cette organisation ne gouverne plus. Chez Romy, la persona devient trop \u00e9troite lorsqu\u2019elle d\u00e9borde sa fonction d\u2019adaptation au monde et commence \u00e0 se confondre avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle se fait d\u2019elle-m\u00eame. L\u2019identification de Romy \u00e0 la femme qu\u2019elle s\u2019efforce de rester commence alors \u00e0 vaciller.<\/p>\n<h2><a id=\"Romy\"><\/a>Romy, une femme une et multiple<\/h2>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9quences, le film fait ainsi circuler Romy entre des lieux qui ne se r\u00e9pondent pas encore. Dans la chambre conjugale, elle appara\u00eet comme \u00e9pouse aimante. Au sol du bureau, la jouissance se s\u00e9pare du lien. Dans l\u2019entreprise, l\u2019ordre et l\u2019efficacit\u00e9 dominent. Devant le miroir, elle pr\u00e9pare le visage qui devra soutenir sa pr\u00e9sence dans le monde.<\/p>\n<p><strong>La m\u00eame femme traverse toutes ces sc\u00e8nes, mais chacune r\u00e9v\u00e8le une position diff\u00e9rente. Le montage laisse ainsi appara\u00eetre une pluralit\u00e9 int\u00e9rieure que Romy ne parvient pas encore \u00e0 r\u00e9unir.<\/strong><\/p>\n<p>Pour pr\u00e9ciser ce point, l&rsquo;article de <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/peggy-vermeesch\/formes-structurelles-psyche-feminine-toni-wolff\/\">Toni Wolff<\/a> apporte un appui conceptuel pr\u00e9cieux. D\u2019abord patiente, puis collaboratrice proche de Jung, elle a d\u00e9velopp\u00e9 une repr\u00e9sentation de la psych\u00e9 f\u00e9minine en compl\u00e9ment de la th\u00e9orie jungienne des fonctions psychologiques. Son mod\u00e8le distingue quatre formes structurelles : M\u00e8re \u00c9pouse, Amazone, H\u00e9ta\u00efre et M\u00e9diale. Pr\u00e9sent\u00e9 en 1934 au Club Psychologique de Zurich, puis remani\u00e9 en 1948 \u00e0 l\u2019Institut C. G. Jung de Zurich, il permet d\u2019approcher la pluralit\u00e9 psychique du f\u00e9minin.<\/p>\n<p>Chez Romy, c\u2019est l\u2019Amazone qui domine l\u2019attitude consciente. Cette figure porte la conqu\u00eate d\u2019une position dans le monde collectif. Elle donne \u00e0 Romy son autonomie, son autorit\u00e9, sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider et \u00e0 organiser. Le film la montre dans l\u2019entreprise, au c\u0153ur des flux qu\u2019elle ma\u00eetrise, port\u00e9e par une parole professionnelle s\u00fbre et par une mani\u00e8re d\u2019occuper sa position sans chercher l\u2019aval d\u2019un autre. Cette puissance est r\u00e9elle. Elle ne rel\u00e8ve pas d\u2019un simple masque social &nbsp;: elle appartient \u00e0 ce que Romy a construit d\u2019elle-m\u00eame. L\u2019Amazone ne se confond donc pas avec la persona. La persona organise la pr\u00e9sentation de Romy au monde ; l\u2019Amazone dit quelque chose de son orientation consciente, de son rapport au collectif et de sa mani\u00e8re d\u2019exercer l\u2019autorit\u00e9.<\/p>\n<p>La vie de famille donne \u00e0 cette puissance une autre inscription. Romy habite la maison familiale et partage sa vie avec son \u00e9poux Jacob. Elle est aussi, dans une certaine mesure, une m\u00e8re pr\u00e9sente pour ses enfants. Cette organisation relie sa position sociale \u00e0 un ordre domestique et affectif. Chez Wolff, elle correspond \u00e0 la forme M\u00e8re \u00c9pouse, \u00e9galement active dans l\u2019\u00e9conomie psychique de Romy. Elle donne une stabilit\u00e9 \u00e0 sa vie et un contour visible \u00e0 son identit\u00e9 de femme mari\u00e9e et de m\u00e8re.<\/p>\n<p>Le film montre pourtant que cette forme reste s\u00e9par\u00e9e de la femme d\u00e9sirante. \u00c0 plusieurs reprises, lorsqu\u2019un d\u00e9sir est agi, le montage fait revenir l\u2019appel des enfants dans la sc\u00e8ne suivante, souvent par un cri lancinant : \u00ab Maman !!!\u00bb. Ce rappel est d\u00e9cisif. Il place c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te deux zones que Romy ne parvient pas encore \u00e0 r\u00e9unir. <strong>La femme qui d\u00e9sire et la m\u00e8re appel\u00e9e appartiennent \u00e0 la m\u00eame psych\u00e9, mais elles ne parviennent pas encore \u00e0 s\u2019articuler dans une m\u00eame exp\u00e9rience int\u00e9rieure.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est dans cet \u00e9cart que l\u2019H\u00e9ta\u00efre pourra appara\u00eetre. Au-del\u00e0 de l\u2019amante, elle concerne la relation singuli\u00e8re, celle qui touche une femme hors de ses fonctions sociales et familiales. Avec Samuel, jeune stagiaire de l\u2019entreprise de Romy, cette forme prendra une expression trouble, parce qu\u2019elle se constituera dans le secret, la dissym\u00e9trie professionnelle et le risque de l\u2019agir.<\/p>\n<p>La M\u00e9diale affleure plus discr\u00e8tement. Elle appara\u00eet dans le pass\u00e9 communautaire de Romy, dans la question du nom re\u00e7u et dans le rapport \u00e0 une autorit\u00e9 venue d\u2019un autre lieu. Le film n\u2019en d\u00e9ploie pas encore toutes les cons\u00e9quences, mais il pr\u00e9pare d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9placement vers la nomination.<\/p>\n<p><strong>Ces formes coexistent chez Romy sans composer encore une unit\u00e9 int\u00e9rieure.<\/strong> La crise commence lorsque le corps oblige ce qui restait s\u00e9par\u00e9 \u00e0 se rencontrer dans une m\u00eame vie psychique. Cette rencontre passe alors par une question plus ancienne : celle du nom.<\/p>\n<h2><a id=\"nom\"><\/a>Le nom re\u00e7u et l\u2019animal sans nom<\/h2>\n<p>Le film introduit la question du nom par une sc\u00e8ne tr\u00e8s br\u00e8ve, mais capitale pour comprendre les enjeux de Babygirl. Esm\u00e9e, l\u2019assistante personnelle de Romy, lui dit qu\u2019elle aime son pr\u00e9nom. La remarque pourrait rester mondaine. Romy r\u00e9pond que ce pr\u00e9nom lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par un gourou, dans un univers de sectes et de communaut\u00e9s alternatives. En quelques mots, ce d\u00e9tail biographique inscrit le pr\u00e9nom de Romy sous le signe d\u2019une autorit\u00e9 ext\u00e9rieure, plac\u00e9e \u00e0 l\u2019origine m\u00eame de son nom.<\/p>\n<p>Pour Romy, le pr\u00e9nom garde la trace d\u2019un bapt\u00eame trouble. Il vient d\u2019un univers o\u00f9 la nomination, l\u2019appartenance au groupe et l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 une autorit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9tention spirituelle semblent prises dans un m\u00eame nouage psychique. La question d\u00e9passe la liaison avec Samuel. Qui nomme ? Depuis quelle place ? Et avec quel effet sur le sujet ?<\/p>\n<p>Ce pr\u00e9nom re\u00e7u \u00e9claire alors, r\u00e9trospectivement, une autre sc\u00e8ne du film : celle du chien dans la rue. Romy porte un nom venu d\u2019ailleurs. La force qui la traverse, elle, demeure encore anonyme. Avant de pouvoir prendre forme pour Romy, elle surgit sous une forme ext\u00e9rieure, brutale, encore indompt\u00e9e.<\/p>\n<h2><a id=\"chien\"><\/a>Le chien : apparition de l\u2019animal int\u00e9rieur<\/h2>\n<p>La sc\u00e8ne du chien arrive avant que la relation avec Samuel ne commence. Romy marche dans une rue tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e. Un chien qui aboie, affol\u00e9, court vers elle. Les passants cherchent \u00e0 s\u2019\u00e9loigner. Un homme en costume tente de l\u2019arr\u00eater en criant, ce qui rend l\u2019animal encore plus effray\u00e9 et d\u00e9sorient\u00e9. Le chien fixe alors son attention sur un enfant. Romy se place devant lui. L\u2019animal saute sur elle et la fait tomber. Avant qu\u2019il ne puisse la mordre, un sifflement d\u00e9tourne son attention.<\/p>\n<p>Le film r\u00e9v\u00e8le alors Samuel. C\u2019est lui qui a siffl\u00e9. Il entre dans la sc\u00e8ne par un son avant d\u2019appara\u00eetre comme une pr\u00e9sence. Le chien se tourne vers lui. Samuel le regarde dans les yeux et tend la main. L\u2019animal cesse d\u2019aboyer et s\u2019approche.<\/p>\n<p><strong>Romy voit cette sc\u00e8ne depuis le sol<\/strong>, encore en train de se remettre de sa chute. Avant d\u2019\u00eatre celui qui l\u2019attire, Samuel est celui qui semble savoir s\u2019adresser \u00e0 l\u2019animal. Le chien rend visible une force qui d\u00e9borde la ma\u00eetrise. Il porte la morsure possible et la peur. L\u2019homme qui crie accro\u00eet la peur et la d\u00e9sorientation de l\u2019animal. <strong>Samuel, lui, change le registre de l\u2019appel.<\/strong> Romy voit alors qu\u2019une force sauvage peut cesser de menacer lorsqu\u2019elle rencontre une pr\u00e9sence qui ne passe pas par la contrainte.<\/p>\n<p>Le lien avec la premi\u00e8re sc\u00e8ne se pr\u00e9cise ici. Dans le bureau, au sol, Romy \u00e9prouvait son d\u00e9sir dans le retrait d\u2019une sc\u00e8ne solitaire. <strong>Dans la rue, une \u00e9nergie de m\u00eame ordre prend une forme ext\u00e9rieure. <\/strong>Elle surgit, renverse, menace, puis r\u00e9pond \u00e0 une autre qualit\u00e9 d\u2019appel.<strong> Avec le chien, cette force change de registre. Elle appara\u00eet dehors, sous une figure animale, mena\u00e7ante puis approchable. Ce qui relevait d\u2019abord de la pulsion commence alors \u00e0 se figurer comme instinct.<\/strong><\/p>\n<p>Cette sc\u00e8ne pr\u00e9pare le d\u00e9placement \u00e0 venir. <strong>Samuel n\u2019est pas encore une figure \u00e9rotique pour Romy. Il appara\u00eet d\u2019abord comme celui qui sait approcher l\u2019animal sans le faire taire par la force.<\/strong> Le d\u00e9sir pourra ensuite se fixer sur lui, parce qu\u2019<strong>il semble conna\u00eetre une langue que Romy ne poss\u00e8de pas encore pour elle-m\u00eame<\/strong>.<\/p>\n<p>La pens\u00e9e d\u2019Annick de Souzenelle permet de pr\u00e9ciser ce d\u00e9placement. Psychoth\u00e9rapeute et lectrice des textes bibliques, elle inscrit son \u0153uvre dans le champ de la psychologie des profondeurs, en dialogue avec Jung, la tradition chr\u00e9tienne orthodoxe et le symbolisme h\u00e9bra\u00efque. Son travail relie le corps humain, les r\u00e9cits bibliques et le chemin int\u00e9rieur. Il permet d\u2019approcher la sc\u00e8ne du chien comme la figuration ext\u00e9rieure d\u2019une \u00e9nergie demeur\u00e9e sans forme psychique stable.<\/p>\n<p><strong>Dans sa lecture de la Gen\u00e8se, la nomination des animaux engage une t\u00e2che psychique.<\/strong> <strong>Les animaux int\u00e9rieurs d\u00e9signent des forces instinctives, \u00e9motionnelles et pulsionnelles qui habitent l\u2019\u00eatre humain.<\/strong> Elles ne sont pas mauvaises en elles-m\u00eames. Elles portent de la vie, mais <strong>elles peuvent agir \u00e0 la place du sujet lorsqu\u2019elles demeurent indiff\u00e9renci\u00e9es<\/strong>. <strong>Nommer l\u2019animal revient alors \u00e0 reconna\u00eetre ce qui surgit, \u00e0 lui donner un bord, puis \u00e0 entrer en relation avec l\u2019\u00e9nergie qu\u2019il mobilise.<\/strong><\/p>\n<p>Chez Romy, cette lecture \u00e9claire la sc\u00e8ne du chien. L\u2019animal surgit d\u2019abord comme menace, puis il r\u00e9pond \u00e0 une voix. <strong>Le film donne ainsi une premi\u00e8re figure \u00e0 une \u00e9nergie jusque-l\u00e0 \u00e9prouv\u00e9e dans le secret. Romy ne nomme pas encore l\u2019animal. Elle le rencontre dehors, sous une figure qui la renverse. Samuel appara\u00eet alors comme celui qui sait appeler cette force avant qu\u2019elle puisse trouver sa figure propre en Romy.<\/strong><\/p>\n<h2><a id=\"Samuel\"><\/a>Samuel, adresse provisoire de l\u2019instinct<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s la sc\u00e8ne du chien, Samuel r\u00e9appara\u00eet dans l\u2019entreprise. Celui qui semble savoir approcher l\u2019animal entre maintenant dans l\u2019espace r\u00e9gl\u00e9 et structur\u00e9 de Romy. Le d\u00e9placement est pr\u00e9cis. Samuel arrive donc dans le lieu o\u00f9 Romy d\u00e9tient l\u2019autorit\u00e9. Il est stagiaire. Elle dirige.<\/p>\n<p>Samuel ne cr\u00e9e pas le d\u00e9sir de Romy. Le film a d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 ce d\u00e9sir avant lui, dans la chambre, puis dans le bureau, \u00e0 l\u2019\u00e9cart du lien conjugal. Samuel devient plus pr\u00e9cis\u00e9ment le point de fixation de ce d\u00e9sir : <strong>il semble reconna\u00eetre, chez Romy, une part pr\u00eate \u00e0 \u00eatre conduite,<\/strong> alors m\u00eame que toute sa position sociale repose sur la ma\u00eetrise.<strong> Il devient le support ext\u00e9rieur d\u2019une demande encore informe.<\/strong><\/p>\n<p>Cette prise tient d\u2019abord \u00e0 son attention. Il regarde Romy comme s\u2019il apercevait, derri\u00e8re la dirigeante, une disponibilit\u00e9 que les autres ne voient pas. Il attend, puis donne des consignes. Il dessine peu \u00e0 peu la position qu\u2019il veut lui faire occuper.<\/p>\n<p>Dans la sc\u00e8ne o\u00f9 il murmure \u00ab <em>Tu es ma babygirl<\/em> \u00bb, la phrase d\u00e9passe le jeu \u00e9rotique. Elle ouvre une place o\u00f9 Romy peut \u00eatre conduite sans avoir \u00e0 soutenir l\u2019image de celle qui dirige. Elle atteint Romy \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 quelque chose en elle attendait d\u00e9j\u00e0 d\u2019\u00eatre appel\u00e9. Samuel met des mots, depuis le dehors, sur un \u00e9prouv\u00e9 que Romy ne s\u2019est pas encore appropri\u00e9.<\/p>\n<p>Cette nomination \u00e9trang\u00e8re prolonge, autrement, la question ouverte par son pr\u00e9nom re\u00e7u d\u2019un gourou. <em>\u201cBabygirl\u201d<\/em> agit comme un signifiant. Le mot d\u00e9place Romy hors de la cha\u00eene signifiante qui la caract\u00e9rise habituellement : dirigeante, \u00e9pouse, m\u00e8re, femme qui contr\u00f4le ce qu\u2019elle donne \u00e0 voir. Il l\u2019abaisse, mais cet abaissement produit une place subjective. Romy peut cesser, pour un temps, d\u2019\u00eatre celle qui sait, d\u00e9cide et anticipe. Le mot vient du dehors, mais il rencontre en Romy une reconnaissance intime. C\u2019est cette co\u00efncidence qui trouble : le mot semble juste, alors m\u00eame que Romy n\u2019en ma\u00eetrise pas encore la port\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Ce qui r\u00e9pond en elle ne tient plus enti\u00e8rement dans l\u2019image d\u2019elle-m\u00eame qui lui permet de tenir sa place.<\/strong><\/p>\n<p>Le film fait entendre dans cette sc\u00e8ne le titre <em>Father Figure<\/em> de George Michael. La chanson accentue l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de ce qui se joue. La voix amoureuse y prend la couleur d\u2019une autorit\u00e9 protectrice. L\u2019appel \u00e9rotique se charge ainsi d\u2019une fonction paternelle d\u00e9plac\u00e9e. <strong>Chez Romy, le fantasme associe l\u2019excitation sexuelle \u00e0 une demande plus ancienne : \u00eatre appel\u00e9e, tenue et contenue par une autorit\u00e9 qui semble savoir quoi faire de ce qui la d\u00e9borde.<\/strong><\/p>\n<p>Cette configuration devient dangereuse&nbsp;\u00e0 cet endroit pr\u00e9cis : cette reconnaissance se produit dans le lieu m\u00eame o\u00f9 Romy occupe la place de pouvoir. Elle garde l\u2019autorit\u00e9 institutionnelle. Samuel, lui, d\u00e9tient l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ce qui peut la d\u00e9stabiliser. Le secret modifie alors la hi\u00e9rarchie visible : chacun poss\u00e8de une prise sur l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong>Le consentement occupe ici une place importante. Il montre que Romy participe \u00e0 ce qui arrive : quelque chose en elle r\u00e9pond.<\/strong> Cette r\u00e9ponse se forme toutefois dans des conditions qui en troublent la port\u00e9e. Le secret, le lien professionnel, l\u2019\u00e9cart hi\u00e9rarchique et le risque d\u2019emprise emp\u00eachent l\u2019exp\u00e9rience de trouver un bord s\u00fbr.<\/p>\n<p>Ce qui s\u2019ouvre avec Samuel reste donc instable. Tant que ce mouvement reste suspendu \u00e0 sa voix, il demeure ext\u00e9rieur \u00e0 Romy. Lorsque le jeu quitte l\u2019intime et entre dans l\u2019espace public, la s\u00e9paration entre son visage social et ce qui l\u2019agit secr\u00e8tement se fissure. La honte appara\u00eet \u00e0 cet endroit.<\/p>\n<h2><a id=\"honte\"><\/a>La honte, le lait et l\u2019ombre<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019orgasme solitaire de la premi\u00e8re sc\u00e8ne, la honte reste encore contenue dans le retrait. Elle entre v\u00e9ritablement au premier plan dans une sc\u00e8ne publique : Romy est au bar avec des coll\u00e8gues, et Samuel se tient \u00e0 distance. Un serveur pose devant elle un verre de lait et Romy comprend que le geste vient de lui. Les autres voient le verre, mais ils n\u2019en connaissent pas le sens. Elle h\u00e9site, puis le boit lentement, sous le regard de Samuel. Lorsque celui-ci passe pr\u00e8s d\u2019elle et lui murmure \u201c<em>bonne fille<\/em>\u201d, il confirme la place qu\u2019elle vient d\u2019accepter.<\/p>\n<p><strong>La honte na\u00eet dans cet \u00e9cart : Romy garde son visage social, tandis qu\u2019une part d\u2019elle ob\u00e9it ailleurs.<\/strong><\/p>\n<p>Le lait engage une oralit\u00e9 d\u00e9pendante. Il abaisse Romy dans le jeu de Samuel et lui donne en m\u00eame temps une forme d\u2019apaisement. Il arrive comme un signe, sans explication. Romy semble en saisir la port\u00e9e : <strong>ce verre la place dans le jeu de Samuel sous le regard des autres<\/strong>. En buvant, elle accepte que son d\u00e9sir passe par un geste visible, mais illisible pour les autres. Le verre de lait rend sensible, derri\u00e8re le masque social que Romy maintient, une demande du corps jusque-l\u00e0 tenue hors du lien visible.<\/p>\n<p>Le travail de l\u2019ombre commence l\u00e0 : Romy doit admettre que cette demande lui appartient, m\u00eame si la voie emprunt\u00e9e reste prise dans le secret, la dissym\u00e9trie et la d\u00e9pendance au regard de Samuel.<\/p>\n<p>Le film reprend ensuite le motif du lait, mais dans un espace priv\u00e9. \u00c0 l\u2019h\u00f4tel, Samuel verse du lait dans une soucoupe et la pose au sol. Romy comprend ce qui est attendu. Elle se met \u00e0 quatre pattes et le lape. La sc\u00e8ne rend explicite ce qui restait encore contenu au bar. <strong>Le lait engage maintenant sa posture, sa bouche et son visage<\/strong>. Romy entre dans une sc\u00e8ne animale, qui passe par la sensation.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9placement pr\u00e9cise le travail de l\u2019ombre. L\u2019animal int\u00e9rieur re\u00e7oit une figuration plus directe, mais elle d\u00e9pend encore de Samuel. C\u2019est lui qui pr\u00e9pare la sc\u00e8ne, pose l\u2019objet, regarde, attend. Romy consent \u00e0 la force qui la traverse au moment m\u00eame o\u00f9 cette exp\u00e9rience reste organis\u00e9e par un autre. Elle \u00e9prouve quelque chose d\u2019elle-m\u00eame, sans encore pouvoir en r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Le lait relie alors le nom et le corps. <em>\u201cBabygirl\u201d<\/em> avait appel\u00e9 la part jeune et soumise de Romy. La soucoupe lap\u00e9e donne \u00e0 cet appel une figuration animale. <strong>Le film fait ainsi passer l\u2019ombre par des gestes tr\u00e8s concrets<\/strong>. Romy ne pense pas encore ce qui lui arrive. Elle l\u2019agit. La sc\u00e8ne pr\u00e9c\u00e8de l\u2019\u00e9laboration. Le titre vient alors nommer cette part apparue sous la femme accomplie : une part jeune, soumise, expos\u00e9e, qui cherche encore une inscription int\u00e9rieure.<\/p>\n<h2><a id=\"Babygirl\"><\/a>No\u00ebl, naissance psychique et figure de la puella<\/h2>\n<p>La sc\u00e8ne des injections esth\u00e9tiques trouve ici son sens. Romy y traite son visage comme l\u2019un des supports de sa pr\u00e9sence sociale. Le geste montre l\u2019effort pour maintenir une apparence o\u00f9 le vieillissement reste contenu. Un d\u00e9tail rend la sc\u00e8ne plus aigu\u00eb : elle refuse la cr\u00e8me anesth\u00e9siante. Son visage est travaill\u00e9 dans la douleur. <strong>Avant m\u00eame la relation avec Samuel, le film inscrit dans le corps une contrainte int\u00e9rioris\u00e9e<\/strong> : demeurer visible, d\u00e9sirable, cr\u00e9dible dans la position professionnelle qu\u2019elle occupe, sans laisser l\u2019\u00e2ge entamer l\u2019apparence.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le vocable&nbsp;<em>\u201cBabygirl\u201d<\/em> gagne en pr\u00e9cision. Sous ce visage entretenu, le mot atteint en Romy un point rest\u00e9 hors de la construction adulte. Il d\u00e9signe une zone plus jeune, d\u00e9pendante, expos\u00e9e, qui ne s\u2019inscrit pas dans le visage qu\u2019elle pr\u00e9sente au monde. La figure de la puella permet d\u2019approcher cette zone : une f\u00e9minit\u00e9 en devenir, retenue derri\u00e8re la femme accomplie, encore li\u00e9e au besoin d\u2019\u00eatre tenue par une voix ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Susan E. Schwartz apporte un appui contemporain \u00e0 cette lecture. Analyste jungienne form\u00e9e \u00e0 Zurich, elle a consacr\u00e9 un ouvrage \u00e0 la puella comme figure arch\u00e9typique, symbolique et clinique du f\u00e9minin en devenir. Elle la comprend sans la r\u00e9duire \u00e0 une immaturit\u00e9 : la puella porte aussi une cr\u00e9ativit\u00e9 emp\u00each\u00e9e et un d\u00e9veloppement rest\u00e9 en suspens. Lorsqu\u2019elle \u00e9crit que la puella repr\u00e9sente une f\u00e9minit\u00e9 jeune, \u00ab <em><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/susan-schwartz\/puella\/\">sur le point de devenir et \u00e0 un carrefour<\/a><\/em> \u00bb, elle \u00e9claire Romy pr\u00e9cis\u00e9ment. La femme adulte a construit une assise solide, mais quelque chose en elle n\u2019a pas suivi le m\u00eame rythme que sa vie sociale. Une possibilit\u00e9 plus jeune demeure en attente d\u2019un passage.<\/p>\n<p>Le motif de <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/noel-le-soi\/\">No\u00ebl<\/a> donne \u00e0 cette attente une valeur de naissance psychique.&nbsp;Il traverse le film comme un d\u00e9cor r\u00e9current : sapin dans le hall de l\u2019entreprise, f\u00eate professionnelle, lumi\u00e8res dans la ville, maison familiale d\u00e9cor\u00e9e. Romy circule dans ces lieux comme une femme d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e, dirigeante, \u00e9pouse, m\u00e8re, reconnue par les siens et par le collectif. Pourtant, sous cette image r\u00e9gl\u00e9e au millim\u00e8tre, quelque chose d\u2019elle cherche \u00e0 na\u00eetre. La puella appara\u00eet alors comme cette part de Romy rest\u00e9e en attente d\u2019une mise au monde.<\/p>\n<p>Le film montre pourtant que Romy n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 tout travail int\u00e9rieur. Une br\u00e8ve s\u00e9quence la place dans un dispositif psychoth\u00e9rapeutique d\u2019EMDR : \u00e9couteurs, bracelets, barre lumineuse suivie par les yeux, voix de la th\u00e9rapeute qui compte. Des images d\u2019enfance surgissent alors, avec des enfants couverts de peinture qui dansent et crient, avant que le montage ne bascule vers l\u2019anniversaire des seize ans d\u2019Isabel.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne ouvre une voie importante : elle laisse appara\u00eetre un mat\u00e9riau archa\u00efque, encore charg\u00e9 d\u2019affect, o\u00f9 le corps, l\u2019enfance et la part puella affleurent \u00e0 la conscience. Cette zone ancienne a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 approch\u00e9e par le Moi, sans \u00eatre suffisamment symbolis\u00e9e pour soutenir une \u00e9laboration stable. Elle reste prise dans une charge inconsciente o\u00f9 se nouent le corps, l\u2019enfance et l\u2019ob\u00e9issance. <strong>Le surgissement de <em>\u201cBabygirl\u201d<\/em> appara\u00eet alors comme l\u2019activation d\u2019un complexe encore vivant, assez \u00e9labor\u00e9 pour affleurer, mais trop peu int\u00e9gr\u00e9 pour ne pas revenir par la projection, par le corps et par la sc\u00e8ne agie avec Samuel.<\/strong><\/p>\n<p>Schwartz indique aussi que cette dimension puella peut rester \u00ab <em>retenue, vivant derri\u00e8re un mur, captur\u00e9e par des complexes destructeurs et incapable d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une version plus compl\u00e8te de soi&nbsp;<\/em>\u00bb. Chez Romy, le mur se confond avec la r\u00e9ussite elle-m\u00eame. Cette r\u00e9ussite lui a donn\u00e9 une assise r\u00e9elle dans sa vie adulte. Elle a soutenu son autorit\u00e9, son couple et sa place familiale. Mais elle a aussi laiss\u00e9 hors champ une dimension plus d\u00e9pendante et plus joueuse, qui cherche une modalit\u00e9 d\u2019existence o\u00f9 Romy puisse cesser de tout tenir seule.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Babygirl<\/em> \u00bb rend cette dimension perceptible. Le mot traverse les formes d\u00e9j\u00e0 actives chez Romy : l\u2019Amazone qui soutient l\u2019entreprise et l\u2019image publique, la M\u00e8re \u00c9pouse qui organise la maison et la place aupr\u00e8s des enfants, l\u2019H\u00e9ta\u00efre qui cherche avec Samuel une relation o\u00f9 Romy puisse \u00eatre atteinte autrement que par ses fonctions, la M\u00e9diale qui affleure dans la question du nom re\u00e7u et de l\u2019autorit\u00e9 venue d\u2019un autre. Il ne se confond avec aucune d\u2019elles. Il nomme provisoirement ce qui demeure sans forme stable en elle.<\/p>\n<p>Pour autant, cette nomination reste provisoire. Tant qu\u2019elle d\u00e9pend de Samuel, elle demeure expos\u00e9e \u00e0 l\u2019agir, au secret et \u00e0 la confusion des places. Le mouvement d\u2019int\u00e9gration suppose une autre modalit\u00e9 que la sc\u00e8ne organis\u00e9e par Samuel. Le film ram\u00e8ne alors Romy vers Jacob, c\u2019est-\u00e0-dire vers une relation o\u00f9 son d\u00e9sir pourra commencer \u00e0 s\u2019inscrire sans passer uniquement par une mise en sc\u00e8ne venue de l\u2019autre.<\/p>\n<h2><a id=\"Jacob\"><\/a>Jacob, ou l\u2019\u00e9preuve du lien conjugal<\/h2>\n<p>Jacob, \u00e9poux de Romy et p\u00e8re de ses enfants, est pr\u00e9sent d\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne. Dans la chambre conjugale, il lui parle avec tendresse pendant l\u2019acte sexuel et cherche son regard. Le couple existe. L\u2019amour existe. Cette pr\u00e9sence rend l\u2019\u00e9cart plus douloureux : Romy partage sa vie avec un homme qui l\u2019aime, tandis qu\u2019une zone de son d\u00e9sir n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 partag\u00e9e avec lui.<\/p>\n<p>Samuel a donn\u00e9 une sc\u00e8ne \u00e0 cette zone. Il l\u2019a appel\u00e9e, activ\u00e9e, orient\u00e9e. Jacob, lui, d\u00e9couvre apr\u00e8s coup ce qui s\u2019est jou\u00e9 ailleurs. La blessure ne tient donc pas seulement \u00e0 l\u2019adult\u00e8re. Elle atteint son amour, son d\u00e9sir, la repr\u00e9sentation qu\u2019il avait de Romy et la confiance dans la configuration de leur vie commune.<\/p>\n<p>Dans la confrontation qui suit la mise au jour de l&rsquo;adult\u00e8re, Romy cherche d\u2019abord \u00e0 mettre l\u2019exp\u00e9rience avec Samuel hors du champ conjugal. Elle la pr\u00e9sente comme un \u00e9pisode s\u00e9par\u00e9, presque comme un corps \u00e9tranger. Elle affirme que cela ne concerne ni leur famille ni son \u201cvrai moi\u201d. <strong>Ce mouvement d\u00e9fensif est important. Romy tente de pr\u00e9server l\u2019image d\u2019elle-m\u00eame que le couple conna\u00eet, mais aussi celle \u00e0 laquelle elle s\u2019identifiait. Elle cherche \u00e0 maintenir une int\u00e9grit\u00e9 psychique au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience avec Samuel r\u00e9v\u00e8le une coupure en elle.<\/strong><\/p>\n<p>Jacob est atteint parce qu\u2019il comprend que cette s\u00e9paration ne tient pas. Ce qui s\u2019est agi avec Samuel appartient \u00e0 Romy, m\u00eame si elle ne peut pas encore l\u2019assumer clairement. Sa demande de cause, d\u2019explication et de responsabilit\u00e9 vient de cet endroit : il cherche \u00e0 comprendre ce qui l\u2019a travers\u00e9e sans passer par lui.<\/p>\n<p><strong>Mais Jacob ne pouvait pas occuper la fonction que Samuel a prise dans l\u2019\u00e9conomie inconsciente de Romy. Samuel se trouve investi d\u2019une charge qui exc\u00e8de sa personne.<\/strong> Le chien, le sifflement puis la nomination font de lui le support d\u2019un appel d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent chez Romy. Jacob appartient \u00e0 la vie construite, au lien connu, \u00e0 l\u2019histoire conjugale. Pour Romy, il ne porte pas cette puissance de d\u00e9clenchement. Sa blessure s\u2019en trouve redoubl\u00e9e : il d\u00e9couvre qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 aim\u00e9 sans \u00eatre celui o\u00f9 cette part pouvait se r\u00e9veiller.<\/p>\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Hedda Gabler donne \u00e0 cette douleur une profondeur suppl\u00e9mentaire. Jacob dirige au th\u00e9\u00e2tre la pi\u00e8ce d\u2019Henrik Ibsen, centr\u00e9e sur une femme mari\u00e9e, socialement visible, enferm\u00e9e dans une forme de vie devenue inhabitable. Hedda agit depuis cet enfermement sans trouver d\u2019issue vivante. Au th\u00e9\u00e2tre, Jacob sait lire cette souffrance, la diriger, la mettre en sc\u00e8ne. Dans son propre couple, cette lucidit\u00e9 lui \u00e9chappe : Romy vivait aupr\u00e8s de lui avec une contrainte intime qu\u2019il n\u2019avait pas su reconna\u00eetre. Ce qu\u2019il savait voir sur une sc\u00e8ne ext\u00e9rieure lui a \u00e9chapp\u00e9 dans l\u2019intimit\u00e9 de sa vie.<\/p>\n<p>Jacob n\u2019est donc pas seulement l\u2019homme tromp\u00e9. Il devient l\u2019homme confront\u00e9 \u00e0 son propre aveuglement.<\/p>\n<p>Plus tard, le film montre Jacob retir\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre. Isabel, leur a\u00een\u00e9e, dit qu\u2019il ne mange plus, qu\u2019il lit la Bible, qu\u2019il pardonnera. Ces d\u00e9tails d\u00e9placent le regard vers lui. Son corps accuse le choc. Ne plus manger semble dire l\u2019impossibilit\u00e9 momentan\u00e9e d\u2019absorber ce qui vient d\u2019arriver. La Bible indique moins un retour religieux qu\u2019une tentative de trouver un cadre symbolique \u00e0 ce qui vient de le d\u00e9faire. Mais ce pardon n\u2019est pas encore une parole de Jacob. Il est rapport\u00e9 par Isabel, comme une possibilit\u00e9 encore ext\u00e9rieure \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Jacob traverse lui aussi une \u00e9preuve de reprise int\u00e9rieure. Romy ne revient pas simplement dans la forme o\u00f9 il la connaissait. Ce que Samuel a appel\u00e9 \u00ab <em>Babygirl<\/em> \u00bb ne peut plus rester enti\u00e8rement attach\u00e9 \u00e0 celui qui l\u2019a nomm\u00e9. Ce qui s\u2019\u00e9tait organis\u00e9 dans le secret cherche d\u00e9sormais une autre modalit\u00e9 au sein du lien conjugal. Romy doit reprendre pour elle-m\u00eame ce qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 avec lui. Jacob, lui, d\u00e9couvre s\u2019il peut accueillir cette part d\u2019elle sans la rabattre enti\u00e8rement sur la blessure qu\u2019elle lui inflige.<\/p>\n<p>La question du nom revient alors autrement. Elle s\u2019\u00e9largit aux deux hommes qui entourent Romy : Samuel et Jacob portent chacun une r\u00e9sonance biblique discr\u00e8te.<\/p>\n<h2><a id=\"deux\"><\/a>Samuel et Jacob : deux pr\u00e9noms bibliques autour de Romy<\/h2>\n<p>Dans le Premier livre de Samuel, le pr\u00e9nom Samuel est d\u2019abord li\u00e9 \u00e0 la pri\u00e8re d\u2019Anne. Anne demande un enfant au Seigneur et, lorsqu\u2019elle met au monde un fils, elle le nomme Samuel, car, dit le texte : \u00ab<em> je l\u2019ai demand\u00e9 au Seigneur<\/em> \u00bb 1 S 1,20. Plus loin, Samuel est l\u2019enfant appel\u00e9 dans la nuit. Il entend une voix sans d\u2019abord la reconna\u00eetre, puis apprend aupr\u00e8s d\u2019\u00c9li \u00e0 r\u00e9pondre : \u00ab <em>Parle, Seigneur, ton serviteur \u00e9coute<\/em> \u00bb 1 S 3,4-10. <strong>Son nom porte ainsi une double r\u00e9sonance : une demande entendue, puis un appel qui cherche sa juste r\u00e9ponse. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Cette r\u00e9sonance se d\u00e9place vers Romy. <\/strong>Samuel entre d\u2019abord par un sifflement adress\u00e9 au chien, puis par une parole qui atteint Romy avant qu\u2019elle puisse encore se l\u2019approprier. <strong>Autour de lui se rassemble donc le motif de l\u2019appel<\/strong> : appel de l\u2019animal, appel du d\u00e9sir, appel d\u2019une part d\u2019elle-m\u00eame encore sans formulation int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Dans la Gen\u00e8se, Jacob vient au monde en tenant le talon de son fr\u00e8re \u00c9sa\u00fc : \u00ab <em>sa main tenait le talon d\u2019\u00c9sa\u00fc, et on l\u2019appela Jacob<\/em> \u00bb Gn 25,26. Son nom porte d\u00e8s l\u2019origine une question de prise, de place et de rivalit\u00e9. Plus tard, au gu\u00e9 du Yabboq, Jacob lutte toute la nuit avec une figure myst\u00e9rieuse. La lutte le blesse \u00e0 l\u2019articulation de la hanche, puis ouvre sur un nom nouveau : \u00ab <em>On ne t\u2019appellera plus Jacob, mais Isra\u00ebl, car tu as lutt\u00e9 avec Dieu et avec des hommes, et tu l\u2019as emport\u00e9<\/em> \u00bb Gn 32,29. <strong>Jacob sort de la nuit d\u00e9plac\u00e9 dans son corps et dans son nom.<\/strong><\/p>\n<p>Dans le film, cette r\u00e9sonance biblique \u00e9claire l\u2019\u00e9preuve de Jacob. Il d\u00e9couvre que <strong>sa place d\u2019\u00e9poux<\/strong>, tenue jusque-l\u00e0 comme une \u00e9vidence, <strong>doit \u00eatre reprise depuis une position vuln\u00e9rable<\/strong>, atteint par ce qui vient d\u2019arriver. <strong>L\u2019amour, la dur\u00e9e du couple et la place familiale ne suffisent plus \u00e0 garantir l\u2019alliance telle qu\u2019il la connaissait. Le lien demande une reprise int\u00e9rieure.<\/strong><\/p>\n<p><strong>La lutte de Jacob porte alors sur ce passage.<\/strong> Demeurer l\u2019\u00e9poux de Romy signifie <strong>entrer \u00e0 nouveau dans l\u2019alliance, avec une conscience plus pr\u00e9cise de ce qu\u2019elle engage d\u00e9sormais<\/strong>. Sa fid\u00e9lit\u00e9 devient un acte int\u00e9rieur : aimer Romy avec ce qui s\u2019est d\u00e9couvert d\u2019elle, et reprendre le lien sans revenir \u00e0 l\u2019ancienne image du couple.<\/p>\n<h2><a id=\"vers\"><\/a>Vers une r\u00e9int\u00e9gration partielle<\/h2>\n<p>La fin de Babygirl ram\u00e8ne Romy et Jacob dans la chambre conjugale, l\u00e0 o\u00f9 le film avait commenc\u00e9. Romy n\u2019y revient donc plus tout \u00e0 fait la m\u00eame. Samuel s\u2019\u00e9loigne dans la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00e9cit, mais il n\u2019a pas encore quitt\u00e9 la vie fantasmatique de Romy.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 pr\u00e9sent, l\u2019intimit\u00e9 conjugale devient l\u2019espace o\u00f9 ce qui s\u2019\u00e9tait fix\u00e9 sur Samuel commence \u00e0 revenir vers Romy et vers le couple<\/strong>. Jacob et Romy se regardent, se touchent, se cherchent autrement.<strong> Jacob prend la conduite de la sc\u00e8ne d\u2019une mani\u00e8re qui lui appartient. Il n\u2019imite pas Samuel. Il entre en relation avec la part de Romy jusque-l\u00e0 s\u00e9par\u00e9e du couple.<\/strong> Romy semble se sentir en s\u00e9curit\u00e9, vue, et moins envahie par la honte li\u00e9e aux images qui traversent son esprit. Le d\u00e9placement se situe l\u00e0 : une part du d\u00e9sir jusque-l\u00e0 projet\u00e9e sur Samuel commence \u00e0 revenir vers le lien conjugal, sans \u00eatre encore d\u00e9tach\u00e9e des images qui l\u2019ont rendue accessible.<\/p>\n<p>Le film donne alors une figuration visuelle \u00e0 la sc\u00e8ne fantasmatique de Romy. Une chambre rouge appara\u00eet, avec Samuel et le chien. Le chien ob\u00e9it \u00e0 Samuel, puis sort avec lui.<\/p>\n<p>Cette apparition pr\u00e9cise la nature partielle de l\u2019int\u00e9gration. Romy retrouve une intimit\u00e9 avec Jacob, mais l\u2019acc\u00e8s \u00e0 sa jouissance passe encore par une m\u00e9diation fantasmatique : la chambre rouge, Samuel, le chien. La sc\u00e8ne int\u00e9rieure maintient en tension l\u2019excitation, l\u2019animalit\u00e9 et l\u2019ob\u00e9issance, assez longtemps pour que ces \u00e9l\u00e9ments puissent rejoindre le lien conjugal. Lorsque Samuel et le chien sortent du champ, le fantasme demeure pr\u00e9sent, mais il devient moins organisateur.<\/p>\n<p>Ce retour reste partiel. Le film ne montre pas de r\u00e9solution, mais un d\u00e9placement de l\u2019\u00e9nergie psychique. Ce qui s\u2019\u00e9tait fix\u00e9 sur Samuel commence \u00e0 se diff\u00e9rencier de sa personne. L\u2019instinct, jusque-l\u00e0 pris dans la honte et l\u2019ob\u00e9issance, trouve une premi\u00e8re possibilit\u00e9 de relation dans le couple. La t\u00e2che de Romy s\u2019ouvre \u00e0 partir de l\u00e0 : donner \u00e0 cette force une inscription int\u00e9rieure, assez li\u00e9e au corps et \u00e0 la parole pour qu\u2019elle ne cherche plus seulement une issue dans la sc\u00e8ne agie.<\/p>\n<h2><a id=\"ombre\"><\/a>Rencontrer l\u2019ombre, reprendre la conduite de sa vie<\/h2>\n<p>\u00c0 la fin du film, l\u2019ombre cesse d\u2019\u00eatre seulement agie dans une sc\u00e8ne ext\u00e9rieure. Elle devient une r\u00e9alit\u00e9 psychique que Romy doit reconna\u00eetre comme sienne.<\/p>\n<p>Au contact de Samuel, une figure de l\u2019\u00e2me de Romy trouve une premi\u00e8re voie d\u2019\u00e9mergence. Cette part, jusque-l\u00e0 forclose de son r\u00e9cit conscient, commence \u00e0 lui revenir dans la derni\u00e8re sc\u00e8ne, puis \u00e0 se d\u00e9placer vers Jacob, dans un lien o\u00f9 elle est connue, aim\u00e9e, blessante aussi, et engag\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9 du couple.<\/p>\n<p>Romy entre alors dans une responsabilit\u00e9 plus intime que morale. Ce qui s\u2019est ouvert en elle demande \u00e0 \u00eatre nomm\u00e9, contenu, diff\u00e9renci\u00e9. La sc\u00e8ne v\u00e9cue avec Samuel peut devenir un appui int\u00e9rieur \u00e0 mesure que Romy en reprend la signification pour elle-m\u00eame. Un autre rapport \u00e0 son instinct devient possible : une pr\u00e9sence plus consciente \u00e0 ce qui la traverse, assez ferme pour le contenir, assez vivante pour ne pas l\u2019\u00e9touffer.<\/p>\n<p>Jacob prend place dans ce d\u00e9placement, gr\u00e2ce \u00e0 sa qualit\u00e9 de pr\u00e9sence. Il ouvre ainsi au d\u00e9sir de Romy une autre modalit\u00e9 que celle organis\u00e9e autour de Samuel : le lien conjugal. Dans ce cadre, chacun est plus expos\u00e9 ; la relation devient plus r\u00e9elle, plus risqu\u00e9e aussi, parce que l\u2019autre y est atteint. Ce qui avait pris forme ailleurs commence \u00e0 entrer dans une relation o\u00f9 amour, blessure et responsabilit\u00e9 se rencontrent.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab Babygirl \u00bb se d\u00e9fait alors d\u2019une part de son pouvoir d\u2019assignation. Il garde la trace de ce qui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 en Romy. La nomination venue du dehors devient une t\u00e2che int\u00e9rieure : reconna\u00eetre cette part, la diff\u00e9rencier, et l\u2019inscrire dans une orientation plus consciente.<\/p>\n<p>Babygirl laisse Romy et Jacob \u00e0 ce seuil. Dans la chambre o\u00f9 le film avait commenc\u00e9, ce qui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 ailleurs commence d\u00e9sormais \u00e0 trouver une voie dans leur intimit\u00e9.<\/p>\n<div class=\"su-accordion su-u-trim\"><\/div>\n<div class=\"su-spoiler su-spoiler-style-default su-spoiler-icon-plus su-spoiler-closed\" data-scroll-offset=\"0\" data-anchor-in-url=\"no\"><div class=\"su-spoiler-title\" tabindex=\"0\" role=\"button\"><span class=\"su-spoiler-icon\"><\/span>Voir les r\u00e9f\u00e9rences des ouvrages cit\u00e9s dans cet article<\/div><div class=\"su-spoiler-content su-u-clearfix su-u-trim\">\n<h2>Bibliographie s\u00e9lective<\/h2>\n<p><strong>Sources primaires<\/strong><\/p>\n<p>REIJN, Halina. Babygirl. Film, \u00c9tats-Unis, A24, 2024. \u00c9crit et r\u00e9alis\u00e9 par Halina Reijn. Avec Nicole Kidman, Harris Dickinson, Antonio Banderas et Sophie Wilde.<br \/>\nREIJN, Halina. Babygirl. Sc\u00e9nario, White Production Draft, 31 octobre 2023. A24 Awards.<br \/>\nIBSEN, Henrik. Hedda Gabler. 1890.<br \/>\nLa Bible de J\u00e9rusalem. Traduction fran\u00e7aise sous la direction de l\u2019\u00c9cole biblique et arch\u00e9ologique fran\u00e7aise de J\u00e9rusalem. Paris, Cerf, \u00e9d. 2000.<\/p>\n<p><strong>Psychologie analytique, ombre, Soi, persona<\/strong><br \/>\nJUNG, Carl Gustav. A\u00efon. \u00c9tudes sur la ph\u00e9nom\u00e9nologie du Soi. Trad. \u00c9tienne Perrot et Marie-Martine Louzier-Sahler. Paris, Albin Michel, coll. \u00ab Espaces libres \u00bb.&nbsp;<br \/>\nJUNG, Carl Gustav. Dialectique du Moi et de l\u2019inconscient. Trad., pr\u00e9f. et notes Roland Cahen. Paris, Gallimard, coll. \u00ab Id\u00e9es \u00bb, 1973.<br \/>\nJUNG, Carl Gustav. L\u2019Homme et ses symboles. Trad. Robert Laffont. Paris, Robert Laffont, coll. \u00ab Bouquins \u00bb.<br \/>\nJUNG, Carl Gustav. Psychologie de l\u2019inconscient. Trad. Roland Cahen. Paris, Georg \/ Le Livre de Poche<\/p>\n<p><strong>Psych\u00e9 f\u00e9minine, puella, formes structurelles<\/strong><br \/>\nWOLFF, Toni. \u00ab The Structural Forms of the Feminine Psyche: A Sketch \u00bb. Cahiers jungiens de psychanalyse, no 75, 1992\/4, p. 69-80. DOI : 10.3917\/cjung.075.0069. C\u2019est la r\u00e9f\u00e9rence universitaire \u00e0 privil\u00e9gier pour les formes M\u00e8re \u00c9pouse, Amazone, H\u00e9ta\u00efre et M\u00e9diale. <br \/>\nVERMEESCH, Peggy. \u00ab Toni Wolff\u2019s Structural Forms of the Feminine Psyche \u00bb. Jungian Psychology Space \/ Espace Francophone Jungien, ao\u00fbt 2021. <br \/>\nSCHWARTZ, Susan E. A Jungian Exploration of the Puella Archetype: Girl Unfolding. Londres et New York, Routledge, 2024. <br \/>\nSCHWARTZ, Susan E. \u00ab Exploring the Puella Archetype: Girl Unfolding \u00bb. Jungian Psychology Space \/ Espace Francophone Jungien.<\/p>\n<p><strong>Annick de Souzenelle, corps, nomination, animal int\u00e9rieur<\/strong><br \/>\nSOUZENELLE, Annick de. Le Symbolisme du corps humain. Paris, Albin Michel, 1991 ; r\u00e9\u00e9d. coll. \u00ab Espaces libres \u00bb, 2021.&nbsp;<br \/>\nSOUZENELLE, Annick de. L\u2019\u00c9gypte int\u00e9rieure ou les dix plaies de l\u2019\u00e2me. Paris, Albin Michel, 1991.&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9ception critique et contexte du film<\/strong><br \/>\nLa Biennale di Venezia. \u00ab Official Awards of the 81st Venice International Film Festival \u00bb. 7 septembre 2024.&nbsp;<br \/>\nLENKER, Maureen Lee. \u00ab Babygirl Director Says the Film Is Her Answer to Nicole Kidman\u2019s Eyes Wide Shut Role \u00bb. Entertainment Weekly, 23 d\u00e9cembre 2024.<br \/>\nFilmmaker Magazine. \u00ab Order Fulfillment: Director Halina Reijn on Babygirl \u00bb. 16 d\u00e9cembre 2024.&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/div> <div class=\"su-accordion su-u-trim\"><\/div>\n<p><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/contact.htm\"><strong>Adresser un message \u00e0 Rachel Huber<\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Rachel Huber<\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-22852\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/rachel-huber.jpg\" alt=\"\" width=\"120\" height=\"176\" \/>Rachel Huber est praticienne en psychoth\u00e9rapies, sophrologue, enseignante, formatrice et assure des supervisions. Son cabinet se trouve dans le Sud-Est de la France.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 la psychologie jungienne, s&rsquo;appuyant sur des textes fondateurs, elle d\u00e9montre comment celle-ci apporte un \u00e9clairage autour des questionnements li\u00e9s \u00e0 nos modes de vie actuels.<\/p>\n<p>Elle est professionnelle agr\u00e9e de la <a href=\"https:\/\/www.ff2p.fr\/recherche-praticien\/?search-psycho=Rachel%20HUBER&amp;search-psycho-type=praticien&amp;search-location=Cap-d%27Ail%20%20%2806320%29&amp;search-location-disabled&amp;search-location-country&amp;search-location-zipcode=06320&amp;search-location-city=Cap-d%27Ail&amp;search-location-department&amp;search-practitioner=Rachel%2CHUBER\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">F\u00e9d\u00e9ration Fran\u00e7aise de Psychoth\u00e9rapie et Psychanalyse<\/a> (FF2P).<\/p>\n<p>Elle fait partie de l&rsquo;\u00e9quipe \u00e9ditoriale du site Espace Francophone Jungien.<\/p>\n<p>Pour en savoir plus, voir son site internet <a href=\"http:\/\/cabinet-sophro-psy.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Cabinet Sophro-Psy<\/a><\/p>\n<p><strong>S\u00e9minaires<\/strong><\/p>\n<p>Elle coanime <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/seminaires\/\">des s\u00e9minaires de formation<\/a> avec d&rsquo;autres membres d\u2019Espace Francophone Jungien.<\/p>\n<p><strong>Articles<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/babygirl-instinct\/\">Babygirl : l\u2019instinct retrouv\u00e9<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/conclave\/\">Conclave, ou l\u2019\u00e9preuve du centre<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/chronos-kairos-et-aion\/\">Chronos, Kairos et A\u00efon : temporalit\u00e9s psychiques<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/symbolisme-semiotique-iconologie-symbologie\/\">O\u00f9 se situe la psychologie analytique parmi le symbolisme, la s\u00e9miotique, l\u2019iconologie et la symbologie ?<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/noel-le-soi\/\">No\u00ebl, l\u2019ombre et le f\u00e9minin r\u00e9conciliateur : fils conducteurs vers le Soi<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/visite-musee-emma-carl-gustav-jung\/\">Visite du foyer d\u2019Emma et de Carl Gustav Jung<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/breves-efj\/processus-individuation\/\">Un processus d\u2019individuation \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 voir<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/reseaux-sociaux\/\">C.G. Jung, les r\u00e9seaux sociaux et le malaise des jeunes : un regard jungien<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/feminin-masculin\/\">Qu\u2019est-ce que le f\u00e9minin, qu\u2019est-ce que le masculin ?<\/a> Cet article s&rsquo;appuie en partie sur les entretiens audio diffus\u00e9s sur France Culture dans la s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9missions <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/jung-totalite-homme-futur\/\">Carl Gustav Jung ou la totalit\u00e9 de l\u2019homme futur<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Entretiens<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/bernard-hort\/\">Animus et anima au XXIe si\u00e8cle<\/a> (entretien avec Bernard Hort)<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/alizon-opicino\/\">Opicino de Canistris<\/a> (entretien avec Jean-Fran\u00e7ois Alizon)<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/marie-laure-colonna\/\">Discussion avec Marie-Laure Colonna<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/discussion-avec-bertrand-de-la-vaissiere\/\">Discussion avec Bertrand de la Vaissi\u00e8re<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la vie impeccablement ma\u00eetris\u00e9e d\u2019une femme de pouvoir, une force instinctuelle fait irruption et fissure la repr\u00e9sentation qu\u2019elle s\u2019est construite d\u2019elle-m\u00eame. Que devient le d\u00e9sir sexuel lorsqu\u2019il demeure sans parole, sans lieu d\u2019expression et sans int\u00e9gration ? \u00c0 partir du film Babygirl, cette lecture jungienne en explore la port\u00e9e clinique et symbolique. Rachel Huber [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":0,"parent":22850,"menu_order":1,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-35472","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/35472","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35472"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/35472\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":35668,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/35472\/revisions\/35668"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22850"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35472"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}