{"id":34182,"date":"2026-04-12T06:11:24","date_gmt":"2026-04-12T04:11:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=34182"},"modified":"2026-04-13T11:34:46","modified_gmt":"2026-04-13T09:34:46","slug":"ariane","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/claudine-chatelain\/ariane\/","title":{"rendered":"Ariane, la sororit\u00e9 et la couronne bor\u00e9ale"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00c0 travers le mythe d\u2019Ariane, relu \u00e0 la lumi\u00e8re de la psychologie analytique, se dessine le parcours d\u2019individuation d\u2019une femme contemporaine. De l\u2019ombre familiale \u00e0 la sublimation cr\u00e9atrice, ce chemin traverse perte, transformation et sororit\u00e9, ouvrant \u00e0 une rencontre plus juste avec soi-m\u00eame.<\/strong> <span style=\"color: #808080;\">Claudine Chatelain<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-34180\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ariane-a-naxos.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"354\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ariane-a-naxos.jpg 600w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ariane-a-naxos-300x177.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\">Evelyn de Morgan, Ariane \u00e0 Naxos (1877) borough londonien de Wandsworth, De Morgan centre.<\/h6>\n<h2>Ariane, bien plus qu\u2019un fil tendu \u00e0 Th\u00e9s\u00e9e<\/h2>\n<p>Dans la mythologie grecque, Ariane est souvent r\u00e9duite \u00e0 une figure secondaire : celle qui offre son fil \u00e0 Th\u00e9s\u00e9e puis se trouve abandonn\u00e9e sur une \u00eele d\u00e9serte. Pourtant, relue \u00e0 la lumi\u00e8re de la psychologie analytique, elle devient une image arch\u00e9typale d\u2019une \u00e9tonnante actualit\u00e9, notamment pour les femmes qui cherchent \u00e0 conjuguer cr\u00e9ativit\u00e9, engagement professionnel et fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 leur monde int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Cet article propose une lecture junguienne, parmi d&rsquo;autres possibles, de la trajectoire d\u2019Ariane, en la mettant en r\u00e9sonance avec l\u2019exp\u00e9rience de nombreuses femmes. \u00c0 travers le labyrinthe, le Minotaure, l\u2019abandon, la rencontre avec les M\u00e9nades puis avec Dionysos, se dessine un itin\u00e9raire d\u2019individuation f\u00e9minine : de la loyaut\u00e9 ali\u00e9nante \u00e0 la lign\u00e9e, \u00e0 la sororit\u00e9, puis \u00e0 l\u2019union int\u00e9rieure du f\u00e9minin et du masculin.<\/p>\n<h2>Le labyrinthe familial : ombre, transgression et loyaut\u00e9s invisibles<\/h2>\n<h3>Ombre et transgression<\/h3>\n<p>Ariane na\u00eet dans un univers d\u00e9j\u00e0 scell\u00e9 par la transgression. Minos, son p\u00e8re, avait promis de sacrifier le superbe taureau blanc offert par Pos\u00e9idon pour prouver sa l\u00e9gitimit\u00e9 royale. Mais il le garde par admiration, d\u00e9clenchant une mal\u00e9diction qui donne naissance au Minotaure. Ce monstre hybride, mi-homme mi-b\u00eate, enferm\u00e9 dans le labyrinthe, incarne <strong>l\u2019ombre familiale<\/strong>. Elle se compose de ces secrets, ces non-dits, ces traumatismes refoul\u00e9s qui p\u00e8sent sur les descendants.<\/p>\n<p>Sur le plan symbolique, le labyrinthe repr\u00e9sente le refoulement et la dissociation : ce que la conscience ne peut ou ne veut pas int\u00e9grer est rejet\u00e9 dans un espace clos, complexe, o\u00f9 l\u2019on tourne en rond sans parvenir au centre. Le Minotaure incarne cette ombre massive, \u00e0 la fois pulsionnelle et transgressive, nourrie p\u00e9riodiquement par le tribut de sept gar\u00e7ons et sept filles envoy\u00e9s d\u2019Ath\u00e8nes. C\u2019est le sacrifice d\u2019une vitalit\u00e9 int\u00e9rieure, d\u2019une force de transformation.<\/p>\n<p>Ariane, elle, vit au seuil de ce labyrinthe. Elle n\u2019est ni totalement dedans ni totalement dehors. Elle est la t\u00e9moin de l\u2019ombre familiale sans encore disposer des moyens de la transformer. De nombreuses femmes se reconna\u00eetront dans cette position liminaire : h\u00e9riti\u00e8res d\u2019histoires marqu\u00e9es par l\u2019abus, la violence, l\u2019emprise ou la r\u00e9p\u00e9tition, elles sentent confus\u00e9ment <strong>la pr\u00e9sence du monstre<\/strong> sans pouvoir encore en faire une image consciente.<\/p>\n<h3>Le fil pour sortir du labyrinthe<\/h3>\n<p>Dans ce contexte, l\u2019arriv\u00e9e de Th\u00e9s\u00e9e met en sc\u00e8ne une premi\u00e8re tentative de r\u00e9solution. Le h\u00e9ros ath\u00e9nien se propose de tuer le Minotaure. Ariane, fascin\u00e9e et tomb\u00e9e amoureuse de Th\u00e9s\u00e9e, lui remet deux objets d\u00e9cisifs : le fil et le glaive. Le fil renvoie \u00e0 la fonction symbolique, \u00e0 la continuit\u00e9 de la conscience qui permet de ne pas se perdre dans l\u2019inconscient. Le glaive, lui, figure la capacit\u00e9 discriminante de l\u2019animus : trancher, d\u00e9cider, mettre fin \u00e0 ce qui d\u00e9truit.<\/p>\n<h3>L\u2019externalisation du h\u00e9ros sauveur<\/h3>\n<p>On pourrait dire qu\u2019Ariane, \u00e0 ce stade, externalise son propre potentiel de transformation. Elle confie \u00e0 Th\u00e9s\u00e9e la t\u00e2che d\u2019affronter l\u2019ombre et de sortir du labyrinthe, comme si son destin \u00e0 elle devait passer par le h\u00e9ros. Elle lui donne son fil et son glaive, mais ne les utilise pas encore pour elle\u2011m\u00eame. Cela \u00e9voque une dynamique fr\u00e9quente : la femme qui met son intelligence, son intuition, sa cr\u00e9ativit\u00e9 au service de l\u2019\u0153uvre d\u2019un autre (conjugal, familial, institutionnel) sans encore investir sa propre voie.<\/p>\n<h3>Exemple clinique du r\u00eave d\u2019Aur\u00e9lia<\/h3>\n<p>Aur\u00e9lia est la fille d\u2019un p\u00e8re \u00e0 la fois alcoolique et incestueux. Elle a grandi avec un Minotaure int\u00e9rieur (hybride de pulsions transgressives et de non-dits familiaux). Adulte, elle tente de se reconstruire aupr\u00e8s d\u2019un homme \u00e9vitant, r\u00e9p\u00e9tition du h\u00e9ros Th\u00e9s\u00e9e qui dispara\u00eet.&nbsp;Voici son r\u00eave&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Elle erre dans un labyrinthe sombre et humide qui sent l\u2019alcool rance. Un monstre l\u2019approche avec un regard intime, la ramenant \u00e0 sa petite fille pi\u00e9g\u00e9e. Puis surgit un fil rouge et chaleureux comme un cordon ombilical. Elle suit ce fil qui la guide hors du chaos vers un jardin lumineux, o\u00f9 son compagnon l\u2019attend, mais dans le r\u00eave il est diff\u00e9rent, il a une allure solide.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un r\u00eave compensatoire qui lui permet de s\u2019approprier le fil pour sa propre sortie. De plus, une facette nouvelle d\u2019animus l\u2019attend, un compagnon int\u00e9rieur plus stable.<\/p>\n<p>Ce fil annonce le chemin entier d&rsquo;Ariane : apr\u00e8s l&rsquo;abandon (deuil du h\u00e9ros \u00e9vitant), la rencontre sororale des M\u00e9nades r\u00e9pare le f\u00e9minin bless\u00e9. Dionysos, animus dionysiaque, offre l&rsquo;union sacr\u00e9e, la couronne bor\u00e9ale couronne l&rsquo;individuation. Ce r\u00eave invite nos lectrices \u00e0 se demander : quel est mon fil int\u00e9rieur pour quitter le labyrinthe familial ?<\/p>\n<h2>L\u2019abandon et le vide : quand le h\u00e9ros s\u2019en va, le vrai chemin commence<\/h2>\n<h3>L\u2019animus id\u00e9alis\u00e9 dispara\u00eet<\/h3>\n<p>Une fois le Minotaure vaincu gr\u00e2ce au fil et au glaive, Th\u00e9s\u00e9e quitte la Cr\u00e8te avec Ariane. Tout semble alors annoncer le d\u00e9but d\u2019une nouvelle vie. Pourtant, sur l\u2019\u00eele de Naxos, le h\u00e9ros abandonne la jeune femme pendant son sommeil. \u00c0 son r\u00e9veil, Ariane d\u00e9couvre le bateau parti, le silence et la solitude.<\/p>\n<p>Ce moment de rupture constitue un v\u00e9ritable tournant psychique. Le <em>h\u00e9ros\u2011sauveur<\/em> sur lequel Ariane avait projet\u00e9 la figure du destin dispara\u00eet. L\u2019animus id\u00e9alis\u00e9 se retire. Ce retrait brutal confronte Ariane \u00e0 un vide douloureux : l\u2019effondrement de l\u2019illusion selon laquelle un autre pourrait prendre en charge son cheminement int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Sur le plan analytique, c\u2019est le temps du deuil. Freud comme Jung ont soulign\u00e9 combien la perte d\u2019un objet aim\u00e9 r\u00e9active des attachements plus anciens, parfois infantiles, qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement s\u00e9par\u00e9s. La douleur de la rupture amoureuse rejoue alors le deuil non fait des premiers liens. Tant que ce processus n\u2019est pas travers\u00e9, la d\u00e9pendance affective persiste, cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 retrouver dans le partenaire la fusion originelle.<\/p>\n<h3>Le vide comme matrice de renaissance<\/h3>\n<p>Dans le cas d\u2019Ariane, l\u2019abandon par Th\u00e9s\u00e9e l\u2019oblige \u00e0 se confronter \u00e0 la solitude existentielle. Elle passe par des mouvements de haine, de culpabilit\u00e9, de d\u00e9sespoir, autant d\u2019affects typiques des phases initiales du deuil. Mais, \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019illusion h\u00e9ro\u00efque se d\u00e9fait, une autre possibilit\u00e9 s\u2019ouvre : celle d\u2019un retournement vers soi, d\u2019une d\u00e9sidentification \u00e0 la seule position de victime.<\/p>\n<p>Ce vide, souvent redout\u00e9, peut devenir un espace matriciel. Il fait place \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle relation \u00e0 soi, non plus fond\u00e9e sur la fusion avec un objet ext\u00e9rieur, mais sur la reconnaissance de sa propre valeur et de ses besoins. Pour beaucoup de femmes en transition de vie (s\u00e9paration, reconversion, burn\u2011out, faillite) cette travers\u00e9e constitue une \u00e9tape cl\u00e9 du processus d\u2019individuation.<\/p>\n<p>T\u00e9moignage&nbsp;: <em>\u00ab Quand mon mari m\u2019a quitt\u00e9e, j\u2019ai cru que ma vie s\u2019arr\u00eatait. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me chercher vraiment. \u00bb<\/em> Claire, 42 ans, th\u00e9rapeute.<\/p>\n<h2>Les M\u00e9nades : la sororit\u00e9 comme fonction r\u00e9paratrice et initiatique<\/h2>\n<h3>Un cercle de femmes bienveillantes<\/h3>\n<p>C\u2019est dans ce contexte de d\u00e9sarroi qu\u2019apparaissent les M\u00e9nades, ces compagnes de Dionysos souvent d\u00e9crites comme <strong>des femmes sauvages<\/strong>, livr\u00e9es \u00e0 la danse, au vin, aux chants et \u00e0 la transe. Loin d\u2019une simple licence orgiaque, elles figurent ici la dimension instinctuelle du f\u00e9minin, sa capacit\u00e9 \u00e0 se relier \u00e0 la vie, au corps, \u00e0 la nature, en dehors des normes patriarcales.<\/p>\n<p>Les M\u00e9nades recueillent Ariane sur son rocher de d\u00e9tresse. Elles lui offrent ce que l\u2019on pourrait nommer une matrice sororale : un cercle o\u00f9 la parole, le corps, les \u00e9motions trouvent un lieu d\u2019accueil. La jeune femme y d\u00e9couvre un nouveau clan d\u2019appartenance, distinct de la lign\u00e9e familiale marqu\u00e9e par la faute et le secret.<\/p>\n<p>Dans une perspective junguienne, cette rencontre avec les M\u00e9nades met en lumi\u00e8re la fonction r\u00e9paratrice de la sororit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 les premiers liens ont \u00e9t\u00e9 ins\u00e9cures, intrusifs ou traumatiques, l\u2019exp\u00e9rience de relations f\u00e9minines bienveillantes peut jouer un r\u00f4le de contenant permettant au moi de se r\u00e9organiser. Le cercle de femmes tient alors une fonction proche de celle du cercle analytique : espace de mise en images, de symbolisation, d\u2019\u00e9laboration. Elles incarnent aussi les ombres bienveillantes d\u2019Ariane, ces facettes lumineuses de l\u2019inconscient qui \u00e9clairent et soutiennent.<\/p>\n<h3>Dans la vie r\u00e9elle<\/h3>\n<p>Sur le plan de la vie concr\u00e8te, cette dynamique se retrouve dans les groupes de parole, les cercles de femmes, les r\u00e9seaux de professionnelles o\u00f9 peuvent se d\u00e9poser les v\u00e9cus d\u2019abus, de d\u00e9valorisation, de charge mentale, mais aussi les aspirations, les id\u00e9es, les \u00e9bauches de projets. Loin d\u2019\u00eatre un simple soutien moral, la sororit\u00e9 devient un dispositif initiatique : elle accompagne la mue d\u2019un f\u00e9minin souffrant vers un f\u00e9minin plus conscient de ses ressources et de ses limites.<\/p>\n<h3>R\u00e9appropriation du corps et du d\u00e9sir<\/h3>\n<p>C\u2019est aupr\u00e8s des M\u00e9nades qu\u2019Ariane commence \u00e0 se r\u00e9approprier son corps. Non plus comme objet de d\u00e9sir \u00e0 disposition du regard masculin ou comme instrument de sacrifice, mais comme lieu de sensations, de plaisir, de pr\u00e9sence \u00e0 soi et de partage \u00e9quilibr\u00e9. Elle d\u00e9couvre que la sensualit\u00e9 peut \u00eatre un chemin de r\u00e9conciliation avec la vie, et non une r\u00e9p\u00e9tition de la blessure.<\/p>\n<h2>Dionysos et le \u00ab\u00a0mariage sacr\u00e9\u00a0\u00bb : union int\u00e9rieure du f\u00e9minin et du masculin<\/h2>\n<h3>Rencontrer l\u2019animus dionysiaque<\/h3>\n<p>Lorsqu\u2019Ariane a travers\u00e9 le deuil, gr\u00e2ce \u00e0 cet appui sororal, une nouvelle rencontre devient possible, avec le dieu de l\u2019ivresse sacr\u00e9e et de la m\u00e9tamorphose, comme je l&rsquo;ai d\u00e9crit dans l&rsquo;article <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/claudine-chatelain\/animus-dionysiaque\/\">L&rsquo;animus dionysiaque<\/a>.<\/p>\n<p>Le dieu, couronn\u00e9 de pampres, s\u2019approche d\u2019elle sans lui demander de se justifier ni de prouver quoi que ce soit. Il la voit telle qu\u2019elle est devenue : bless\u00e9e, transform\u00e9e, vivante.<\/p>\n<p>La relation qui s\u2019instaure alors n\u2019est plus de l\u2019ordre de la d\u00e9pendance ni de la projection h\u00e9ro\u00efque, mais rel\u00e8ve d\u2019un v\u00e9ritable <em>hieros gamos<\/em> (mariage sacr\u00e9). Dionysos n\u2019annule pas l\u2019histoire d\u2019Ariane, il l\u2019int\u00e8gre et la transfigure. Le plaisir \u00e9rotique partag\u00e9 ne la d\u00e9vore pas. Il la relie \u00e0 une exp\u00e9rience plus vaste d\u2019unit\u00e9 int\u00e9rieure et de participation au monde.<\/p>\n<p>Pour Jung, ce type d\u2019union symbolise la rencontre entre les polarit\u00e9s psychiques : f\u00e9minin et masculin, conscient et inconscient, instinct et esprit. L\u2019animus d\u2019Ariane ne se pr\u00e9sente plus sous la forme d\u2019un Th\u00e9s\u00e9e conqu\u00e9rant et abandonnant, mais sous la figure d\u2019un Dionysos qui assume la part d\u2019ombre, la dimension chaotique et cr\u00e9atrice de la vie.<\/p>\n<h2>Int\u00e9gration des polarit\u00e9s<\/h2>\n<p>D\u2019un point de vue existentiel, cette \u00e9tape peut se lire comme le moment o\u00f9 une femme cesse de se d\u00e9finir exclusivement \u00e0 partir du regard de l\u2019autre (conjugal, familial, social) pour instaurer un dialogue vivant entre ses diff\u00e9rentes instances psychiques. <strong>Le masculin int\u00e9rieur<\/strong> n\u2019est plus seulement sur le mode du faire, de la ma\u00eetrise, de la performance : il devient une capacit\u00e9 de structurer, de prot\u00e9ger, de mettre en forme ce que le f\u00e9minin int\u00e9rieur per\u00e7oit, pressent, enfante symboliquement.<\/p>\n<h2>La couronne bor\u00e9ale : sublimation et vocation<\/h2>\n<h3>De la couronne au firmament<\/h3>\n<p>Le mythe se cl\u00f4t sur un geste cosmique : Dionysos offre \u00e0 Ariane une couronne d\u2019or et la place dans le ciel, o\u00f9 elle devient la constellation de la Couronne bor\u00e9ale. Elle est ainsi divinis\u00e9e. Ce d\u00e9placement de la couronne de la t\u00eate au firmament \u00e9voque la sublimation au sens junguien : non pas seulement un d\u00e9tournement socialement acceptable des pulsions, mais une transmutation o\u00f9 l\u2019\u00e9nergie psychique, travaill\u00e9e par les \u00e9preuves, acc\u00e8de \u00e0 une dimension symbolique et spirituelle. L\u2019histoire singuli\u00e8re d\u2019Ariane (sa lign\u00e9e, ses blessures, ses choix) s\u2019inscrit alors dans un champ plus vaste, celui de l\u2019exp\u00e9rience humaine partag\u00e9e.<\/p>\n<p>La couronne devient un mandala lumineux (<a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/lise-villemaire\/deuil-mandala\/\">Voir l&rsquo;article Le contexte de deuil dans l\u2019\u00e9mergence du symbole du mandala de Lise Villemaire<\/a>) : une image de totalit\u00e9 vers laquelle la psych\u00e9 tend. Elle figure le Soi comme centre r\u00e9gulateur qui donne sens au chemin parcouru. Pour celles et ceux qui s\u2019engagent dans un travail int\u00e9rieur, cette constellation peut \u00eatre comprise comme une invitation \u00e0 reconna\u00eetre la valeur de leur propre parcours, non pas malgr\u00e9 les fractures, mais aussi \u00e0 travers elles.<\/p>\n<h3>La vocation comme r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019appel int\u00e9rieur<\/h3>\n<p>Pour de nombreuses femmes qui cr\u00e9ent, dirigent, entreprennent, la question de la vocation \u00e9merge \u00e0 ce stade. Il ne s\u2019agit plus seulement de r\u00e9ussir selon des crit\u00e8res externes, mais de r\u00e9pondre \u00e0 un appel plus intime : celui d\u2019articuler leur histoire, leurs comp\u00e9tences et leur d\u00e9sir de contribuer. Le mythe d\u2019Ariane montre que cette vocation ne se trouve ni dans la fid\u00e9lit\u00e9 aveugle \u00e0 la lign\u00e9e, ni dans la fusion avec un h\u00e9ros, mais dans l\u2019acceptation de ce triple mouvement : descendre dans le labyrinthe, traverser le vide, se laisser initier par le collectif f\u00e9minin et par la vie.<\/p>\n<h3>Ariane comme figure de la femme contemporaine en chemin<\/h3>\n<p>Relu \u00e0 la lumi\u00e8re de la psychologie analytique, le parcours d\u2019Ariane devient une boussole pour les femmes contemporaines&nbsp;:<\/p>\n<ul>\n<li>Gardienne involontaire de l\u2019ombre familiale au seuil du labyrinthe.<\/li>\n<li>Sujet confront\u00e9 \u00e0 la perte, au vide, au deuil.<\/li>\n<li>Femme relev\u00e9e et initi\u00e9e par la sororit\u00e9.<\/li>\n<li>Amante d\u2019une divinit\u00e9 qui assume la part dionysiaque de l\u2019existence.<\/li>\n<li>D\u00e9esse couronn\u00e9e dont la trajectoire s\u2019inscrit dans le ciel de l\u2019imaginaire collectif.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Qu\u2019elles soient th\u00e9rapeutes, artistes, entrepreneures ou engag\u00e9es dans d\u2019autres champs, pour les femmes d\u2019aujourd\u2019hui, Ariane offre un miroir et un appel. Elle invite chacune \u00e0 se demander :<\/p>\n<ul>\n<li>Quel est, pour moi, le labyrinthe que je hante encore sans oser en franchir le seuil ?<\/li>\n<li>\u00c0 qui ai\u2011je remis mon fil et mon glaive ?<\/li>\n<li>O\u00f9 en suis\u2011je de mes deuils, de mes illusions h\u00e9ro\u00efques ?<\/li>\n<li>Quelles sont les M\u00e9nades de ma vie, ces femmes qui me soutiennent et que je soutiens ?<\/li>\n<li>Comment l\u2019union de mon f\u00e9minin et de mon masculin int\u00e9rieurs se manifeste\u2011t\u2011elle dans ma mani\u00e8re de cr\u00e9er, d\u2019aimer, de travailler ?<\/li>\n<li>Quelle forme prend ma couronne bor\u00e9ale, autrement dit, quelle trace symbolique ai\u2011je envie de laisser dans le monde ?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ainsi comprise, Ariane n\u2019est plus seulement une h\u00e9ro\u00efne antique. Elle devient une compagne de route, une figure de l\u2019\u00e2me qui, silencieusement, nous rappelle que l\u2019individuation passe par la travers\u00e9e des monstres, mais aussi par la rencontre avec nos s\u0153urs et par l\u2019acceptation de notre propre couronne int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Dans une lecture jungienne, la sororit\u00e9 tisse pour les femmes un espace matriciel, un contenant vital souvent absent dans la relation originelle \u00e0 la m\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce lien sororal agit comme une force r\u00e9paratrice, favorisant l&rsquo;harmonie int\u00e9rieure entre l&rsquo;Animus et l&rsquo;Anima, et permettant ainsi leur \u00e9panouissement total par l&rsquo;union du masculin et du f\u00e9minin en elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Carl Gustav Jung dans <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/ma_vie.htm\">Ma vie<\/a> pr\u00e9cise (page&nbsp;19)&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ce que l&rsquo;on est selon son intuition int\u00e9rieure et ce que l&rsquo;homme semble \u00eatre <em>sub specie aeternitatis<\/em>, on ne peut l&rsquo;exprimer qu&rsquo;au moyen d&rsquo;un mythe. Celui-ci est plus individuel et exprime la vie plus exactement que ne le fait la science. Cette derni\u00e8re travaille avec des notions trop moyennes, trop g\u00e9n\u00e9rales, pour pouvoir donner une juste id\u00e9e de la richesse multiple et subjective d&rsquo;une vie individuelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec cette phrase, Jung insiste surtout sur le passage de l\u2019inconscient \u00e0 la connaissance consciente, via le mythe comme m\u00e9diateur symbolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Avril 2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-22487\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/claudine-chatelain.jpg\" alt=\"\" width=\"120\" height=\"166\" \/><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/contact.htm\"><strong>Adresser un message \u00e0 Claudine Chatelain<\/strong><\/a><\/p>\n<h2>Claudine Chatelain<\/h2>\n<p>C&rsquo;est en 1989, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 33 ans, que Claudine Chatelain a une r\u00e9v\u00e9lation : elle d\u00e9couvre Jung \u00e0 travers l\u2019interpr\u00e9tation des r\u00eaves. C\u2019est avec bonheur qu\u2019elle ouvre la porte de son inconscient.&nbsp;Elle est analyste jungienne et auteure.&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Articles<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/claudine-chatelain\/animus-dionysiaque\/\">L&rsquo;animus dionysiaque<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/claudine-chatelain\/lilith\/\">Lilith, d\u00e9mone ou initi\u00e9e ?<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Ouvrages<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/claudine-chatelain\/ariane\/\">Ariane, la sororit\u00e9 et la couronne bor\u00e9ale<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/au-bord-de-l-ocean\/\">Au bord de l&rsquo;Oc\u00e9an j&rsquo;ai dessin\u00e9 et j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9<\/a> (roman)<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/peintures-poesies\/\">Au bord de la for\u00eat, j&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9, et j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9<\/a> (recueil de peintures et po\u00e9sies)<\/li>\n<\/ul>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 travers le mythe d\u2019Ariane, relu \u00e0 la lumi\u00e8re de la psychologie analytique, se dessine le parcours d\u2019individuation d\u2019une femme contemporaine. De l\u2019ombre familiale \u00e0 la sublimation cr\u00e9atrice, ce chemin traverse perte, transformation et sororit\u00e9, ouvrant \u00e0 une rencontre plus juste avec soi-m\u00eame. Claudine Chatelain Evelyn de Morgan, Ariane \u00e0 Naxos (1877) borough londonien de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":0,"parent":22482,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-34182","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/34182","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34182"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/34182\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":34205,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/34182\/revisions\/34205"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22482"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}