{"id":33112,"date":"2026-02-10T08:23:08","date_gmt":"2026-02-10T07:23:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=33112"},"modified":"2026-02-10T08:24:05","modified_gmt":"2026-02-10T07:24:05","slug":"chronos-kairos-et-aion","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/chronos-kairos-et-aion\/","title":{"rendered":"Chronos, Kairos et A\u00efon : temporalit\u00e9s psychiques"},"content":{"rendered":"<p><strong>Entre continuit\u00e9, rupture et \u00e9ternit\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience humaine se d\u00e9ploie selon des r\u00e9gimes temporels distincts. En s\u2019appuyant sur la psychologie analytique de Jung, cet article explore comment Chronos, Kairos et A\u00efon structurent la souffrance psychique, la clinique et le processus d\u2019individuation. <\/strong><span style=\"color: #808080;\">Rachel Huber<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-33165 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/aion-mosaique.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"549\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/aion-mosaique.jpg 600w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/aion-mosaique-300x275.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fichier:Aion_mosaic_Glyptothek_Munich_W504.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">A\u00efon (partie centrale d&rsquo;une grande mosa\u00efque de sol provenant d&rsquo;une villa romaine)<\/a><\/h6>\n<h2><strong>Sur cette page&nbsp;<\/strong><\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"#souvenir\">Souvenir d&rsquo;enfance<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#temps\">Le temps comme structure psychique<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#triade\">La triade temporelle sous le prisme jungien<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#chronos\">Chronos : le temps du Moi<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#kairos\">Kairos : l\u2019irruption du sens et la synchronicit\u00e9<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#aion\">A\u00efon : le temps des arch\u00e9types et du Soi, l\u2019\u00e9ternit\u00e9 int\u00e9rieure<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#temporalites\">Temporalit\u00e9s pathologiques<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#nevrose\">N\u00e9vrose et Chronos<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#psychose\">Psychose et A\u00efon&nbsp;<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Traumatisme\">Traumatisme : le temps gel\u00e9<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Applications\">Applications \u00e0 la pratique clinique et analytique<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#espace\">L\u2019espace analytique : la mesure de l\u2019invisible<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#Individuation\">Individuation : harmoniser les trois temps vers le Soi<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<h2><a id=\"souvenir\"><\/a>Souvenir d&rsquo;enfance<\/h2>\n<p>Ce jour-l\u00e0, je suis rest\u00e9e dans l\u2019angle le plus \u00e0 l\u2019est de la cour de r\u00e9cr\u00e9ation, \u00e0 fixer l\u2019horizon. J\u2019esp\u00e9rais y voir par-del\u00e0.<\/p>\n<p>Et, tout en focalisant mon attention sur cette ligne, je revoyais les all\u00e9es \u00e9troites et ombrag\u00e9es du cimeti\u00e8re, j\u2019entendais les gravillons crisser sous mes pas, je sentais l\u2019odeur un peu trop verte des boules de cypr\u00e8s que je lan\u00e7ais par-dessus la barri\u00e8re du parc, pour m\u2019amuser \u00e0 les entendre et \u00e0 les voir tomber dans le bassin, pendant que maman, tata et marraine nettoyaient les tombes des morts que nous honorions les dimanches.<\/p>\n<p>Quand la cloche a sonn\u00e9, je ne l\u2019ai pas entendue. C\u2019est la ma\u00eetresse qui est venue me prendre par le bras, sans quoi, je ne sais combien de temps j\u2019aurais pu rester dans ma torpeur.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais oubli\u00e9 ce moment. J\u2019avais neuf ans. Ma famille \u00e9tait en train d\u2019enterrer p\u00e9p\u00e9. Sans moi.<\/p>\n<h2><a id=\"temps\"><\/a>Le temps comme structure psychique<\/h2>\n<p>Il existe des instants qui demeurent, inchang\u00e9s, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00eatre. L\u2019horloge avance, le corps se transforme, la vie se d\u00e9plie, et pourtant quelque chose reste pos\u00e9 l\u00e0, avec sa lumi\u00e8re, ses odeurs, sa texture, comme une enclave intacte. <strong>La psych\u00e9 conna\u00eet plusieurs temps, et c\u2019est souvent dans la clinique que cette pluralit\u00e9 se r\u00e9v\u00e8le avec le plus de nettet\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Pour entrer dans cet article, je commence donc par un mot. <strong>Temps<\/strong>.<\/p>\n<p>Le fran\u00e7ais le re\u00e7oit du latin <em>tempus, temporis<\/em>, qui d\u00e9signe une p\u00e9riode, une circonstance et, aussi, un moment propice. Autour de <em>tempus<\/em>, une constellation \u00e9claire un geste fondamental. <strong>D\u00e9limiter<\/strong>. Le mot grec <em>t\u00e9menos<\/em> nomme un espace \u00ab&nbsp;d\u00e9coup\u00e9 \u00e0 part&nbsp;\u00bb, consacr\u00e9 ou assign\u00e9, retranch\u00e9 du commun. Il se rattache au verbe <em>t\u00e9mn\u014d<\/em>, \u00ab&nbsp;couper&nbsp;\u00bb. Le latin <em>templum<\/em> porte une intuition voisine : un espace marqu\u00e9, trac\u00e9, tenu pour l\u2019observation rituelle et la lecture des signes, dans la tradition augurale romaine. La temp\u00e9rance, issue de <em>temperantia<\/em> et de <em>temperare<\/em>, vient dire une autre face de cette op\u00e9ration : r\u00e9gler, mod\u00e9rer, tenir la juste mesure, afin que l\u2019exc\u00e8s devienne habitable.<\/p>\n<p>Ainsi le temps se donne comme une coupe. Une coupe dans le flux du vivant, une mesure qui soutient et oriente le Moi.<\/p>\n<p>Les Grecs anciens distinguaient trois figures du temps :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Chronos<\/strong>, le temps lin\u00e9aire, organise la continuit\u00e9 et l\u2019histoire racontable.<\/li>\n<li><strong>Kairos<\/strong>, le moment opportun, ouvre la br\u00e8che du sens, l\u2019instant o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 se met \u00e0 r\u00e9pondre.<\/li>\n<li><strong>A\u00efon<\/strong>, le temps de l\u2019\u00e2ge et de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, porte le temps profond, celui des images et des puissances arch\u00e9typiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Ces trois temporalit\u00e9s offrent un cadre pour penser la psych\u00e9 humaine<\/strong>. C\u2019est \u00e0 cette crois\u00e9e que se tient cet article, au point pr\u00e9cis o\u00f9 le temps devient un enjeu psychique, puis un enjeu de soin.<\/p>\n<p>En psychologie analytique, ces temporalit\u00e9s peuvent \u00e9clairer les instances de la psych\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Chronos<\/strong> correspond au temps du Moi conscient,<\/li>\n<li><strong>Kairos<\/strong>, \u00e0 l\u2019irruption signifiante de l\u2019inconscient,<\/li>\n<li><strong>A\u00efon<\/strong>, au temps mythique de l\u2019inconscient collectif.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette grille de lecture temporelle permet de poser une dynamique sur les troubles psychiques et d\u2019orienter la pratique clinique vers la recherche d\u2019une forme d\u2019\u00e9quilibre temporel pour le consultant.<\/p>\n<h2><strong><a id=\"triade\"><\/a>La triade temporelle sous le prisme jungien<\/strong><\/h2>\n<h3><strong><a id=\"chronos\"><\/a>Chronos : le temps du Moi <\/strong><\/h3>\n<p><strong>Chronos d\u00e9signe le temps chronologique<\/strong>, celui que l\u2019on compte, il avance par unit\u00e9s homog\u00e8nes, se laisse mesurer, r\u00e8gle l\u2019horloge et le calendrier. On peut l\u2019associer au temps de la conscience ordinaire, la dur\u00e9e devient une grille, la vie consciente s\u2019y inscrit comme une succession d\u2019instants comparables. Le Moi s\u2019y reconna\u00eet, puisque cette mesure soutient l\u2019organisation, la pr\u00e9visibilit\u00e9, l\u2019histoire racontable. Quand Chronos devient l\u2019unique boussole, sa logique appara\u00eet dans sa nudit\u00e9, il demeure indiff\u00e9rent \u00e0 l\u2019\u00eatre. Le Moi cherche la continuit\u00e9, Chronos impose l\u2019impermanence, et l\u2019existence se vit comme une r\u00e9alit\u00e9 compt\u00e9e, vieillissement, finitude, perte, irr\u00e9versibilit\u00e9. Le temps passe, et l\u2019angoisse de mort s\u2019installe.<\/p>\n<p>Ainsi, dire que Chronos est \u00ab le temps du Moi \u00bb revient \u00e0 poser un rep\u00e8re m\u00e9tapsychologique, le Moi se structure dans un temps homog\u00e8ne, mesurable, orient\u00e9 vers la continuit\u00e9 et la ma\u00eetrise relative. Lorsque ce registre prend toute la place, la temporalit\u00e9 se rigidifie, et la conscience perd l\u2019acc\u00e8s aux modalit\u00e9s qualitatives du temps, celles o\u00f9 une exp\u00e9rience devient signifiante.<\/p>\n<p><strong>Pour le consultant<\/strong>, l\u2019enjeu devient alors plus pr\u00e9cis : retrouver un rapport au temps qui rende la vie de nouveau habitable, en laissant \u00e9merger d\u2019autres modalit\u00e9s temporelles, Kairos, o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience se charge de signification, et A\u00efon, o\u00f9 la profondeur du Soi offre orientation et perspective, afin que Chronos retrouve sa fonction de mesure, <strong>sans confisquer l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la qualit\u00e9 du temps v\u00e9cu<\/strong>.<\/p>\n<h3><strong><a id=\"kairos\"><\/a>Kairos : l\u2019irruption du sens et la synchronicit\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p><strong>Kairos d\u00e9signe le moment opportun<\/strong>, la perc\u00e9e qualitative dans le tissu du temps, cet instant dense o\u00f9 quelque chose peut advenir parce que la situation devient m\u00fbre. Les Grecs l\u2019ont figur\u00e9 sous la forme d\u2019un adolescent en mouvement, ail\u00e9 aux talons, en \u00e9quilibre instable, comme port\u00e9 par une vitesse qui \u00e9chappe \u00e0 la prise. L\u2019\u00e9pigramme rapport\u00e9e \u00e0 propos du Kairos de Lysippe condense, avec une pr\u00e9cision presque clinique, la logique de l\u2019instant d\u00e9cisif : l\u2019\u00ab occasion \u00bb se saisit par l\u2019avant, par la m\u00e8che offerte \u00e0 la main qui vient au-devant, puis elle file, et l\u2019arri\u00e8re du cr\u00e2ne se pr\u00e9sente chauve, signe que l\u2019instant pass\u00e9 ne se rattrape plus. Le rasoir, tenu dans la main, ajoute une seconde \u00e9vidence : Kairos est vif, il tranche, il d\u00e9coupe.<\/p>\n<p><strong>Dans une lecture jungienne, Kairos devient une cat\u00e9gorie op\u00e9ratoire pour penser l\u2019irruption du sens<\/strong>. Jung nomme synchronicit\u00e9 un type de co\u00efncidence o\u00f9 un \u00e9tat psychique et un \u00e9v\u00e9nement objectif se rencontrent selon une connexion de signification, hors logique causale. Il en propose une formulation structurale en distinguant, entre autres, le cas o\u00f9 une&nbsp; :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0co\u00efncidence d\u2019un \u00e9tat psychique de l\u2019observateur avec un \u00e9v\u00e9nement objectif, ext\u00e9rieur et simultan\u00e9 qui correspond \u00e0 l\u2019\u00e9tat ou au contenu psychique.\u00a0\u00bb&nbsp; <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/synchronicite_paracelsica.htm\">Synchronicit\u00e9 et Paracelsica<\/a>, C. G. Jung, p.271<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette co\u00efncidence rompt la neutralit\u00e9 de Chronos, elle ouvre une br\u00e8che, elle rend visible une correspondance.<\/p>\n<p>Cette possibilit\u00e9 s\u2019\u00e9claire \u00e0 partir de l\u2019arri\u00e8re-plan ontologique que Jung d\u00e9signe, dans sa pens\u00e9e tardive, par l\u2019<a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/claire-droin\/unus-mundus\/\">Unus Mundus<\/a>, le \u00ab monde un \u00bb, entendu comme unit\u00e9 du monde int\u00e9rieur et du monde ext\u00e9rieur. Dans cette perspective, la s\u00e9paration habituelle entre psych\u00e9 et monde cesse d\u2019\u00e9puiser le r\u00e9el.<\/p>\n<p>Jung formule, dans sa <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/correspondance_pauli_jung.htm\">correspondance avec Pauli<\/a>, un point d\u00e9cisif pour notre propos : les cat\u00e9gories d\u2019espace et de temps, telles que la conscience les utilise, rel\u00e8vent de \u00ab postulats psychologiques \u00bb et perdent leur \u00e9vidence d\u00e8s lors que l\u2019on consid\u00e8re certains faits psychiques. Kairos devient alors l\u2019instant o\u00f9 la conscience aper\u00e7oit, dans l\u2019exp\u00e9rience, cette zone de recouvrement entre configuration int\u00e9rieure et \u00e9v\u00e9nementialit\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Au cabinet, l\u2019enjeu se v\u00e9rifie dans des sc\u00e8nes tr\u00e8s concr\u00e8tes, parfois fulgurantes. L\u2019exemple devenu classique se trouve chez Jung : une consultante, tenue par une position intellectuelle rigidifi\u00e9e, raconte un r\u00eave o\u00f9 appara\u00eet un scarab\u00e9e ; au m\u00eame moment, une c\u00e9toine dor\u00e9e vient frapper \u00e0 la fen\u00eatre, et Jung lui remet l\u2019insecte, geste simple, coupant, qui ouvre la relation \u00e0 l\u2019irrationnel vivant. Le Kairos th\u00e9rapeutique se reconna\u00eet \u00e0 cette qualit\u00e9 : un instant juste, o\u00f9 l\u2019inconscient trouve une forme dans le r\u00e9el partag\u00e9, et o\u00f9 la psych\u00e9 consent \u00e0 se laisser d\u00e9placer.<\/p>\n<p>Jung \u00e9tend enfin cette logique au collectif. Il \u00e9voque l\u2019\u00e9poque comme un moment de transformation des principes et des symboles fondamentaux, un kairos historique o\u00f9 se lit une mutation profonde des repr\u00e9sentations, avec ses signes d\u2019apocalypse et de renaissance. <strong>Cette dimension collective compte<\/strong>, parce qu\u2019elle colore les angoisses, les pertes de rep\u00e8res, les effondrements de sens, et parce qu\u2019elle amplifie, dans certaines p\u00e9riodes de vie, la survenue d\u2019instants de bascule.<\/p>\n<p><strong>Pour le consultant<\/strong>, l\u2019enjeu du Kairos r\u00e9side dans la restauration de sa capacit\u00e9 d&rsquo;accueil et de saisie. Sortir de la passivit\u00e9 d&rsquo;un temps lin\u00e9aire pour redevenir celui qui \u00ab tranche \u00bb et qui d\u00e9cide. Int\u00e9grer le Kairos, c&rsquo;est apprendre \u00e0 reconna\u00eetre, au c\u0153ur du chaos ou de la grisaille du quotidien, la lueur de l&rsquo;opportunit\u00e9. Le soin devient alors cet espace o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;exerce \u00e0 guetter le passage de l&rsquo;instant pour ne plus le laisser s&rsquo;\u00e9vanouir.<\/p>\n<h3><strong><a id=\"aion\"><\/a>A\u00efon : le temps des arch\u00e9types et du Soi, l\u2019\u00e9ternit\u00e9 int\u00e9rieure<\/strong><\/h3>\n<p><strong>A\u00efon d\u00e9signe, dans l\u2019h\u00e9ritage grec et hell\u00e9nistique, le temps de l\u2019\u00e9ternit\u00e9<\/strong>, la dur\u00e9e illimit\u00e9e, la puissance du cycle cosmique, ce que le fran\u00e7ais a re\u00e7u sous la forme d\u2019\u00ab \u00e9on \u00bb, issu du grec <em>ai\u00f4n<\/em>, \u00ab dur\u00e9e \u00bb, \u00ab \u00e9ternit\u00e9 \u00bb. L\u00e0 o\u00f9 Chronos compte, A\u00efon enveloppe. Il tient le mouvement total, celui qui porte les saisons, les \u00e2ges, la ronde des commencements et des retours. Dans l\u2019iconographie tardive, surtout au contact des cultes \u00e0 myst\u00e8res, cette id\u00e9e s\u2019incarne dans une figure saisissante : le dieu l\u00e9ontoc\u00e9phale, t\u00eate de lion, corps ceint de spires serpentines, associ\u00e9 au cercle zodiacal et \u00e0 la souverainet\u00e9 sur le temps cosmique.<\/p>\n<p>Jung s\u2019arr\u00eate longuement \u00e0 cette \u00e9paisseur-l\u00e0 du temps dans <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/aion.htm\"><em>A\u00efon. \u00c9tudes sur la ph\u00e9nom\u00e9nologie du Soi<\/em> <\/a>. Le titre dit d\u00e9j\u00e0 l\u2019axe : une r\u00e9flexion sur la totalit\u00e9 psychique, saisie \u00e0 travers ses images collectives, ses cycles, ses m\u00e9tamorphoses. Dans ce cadre, <em>A\u00efon<\/em> prend aussi le sens fort d\u2019une <strong>\u00e8re<\/strong>, au sens arch\u00e9typal du terme, une configuration de longue dur\u00e9e qui organise l\u2019imaginaire collectif, mod\u00e8le les formes du sacr\u00e9, et imprime une dynamique souterraine aux destins individuels. Jung articule cette lecture \u00e0 la chronologie astrologique, en particulier au symbolisme des Poissons, dont il \u00e9tudie la dyade comme matrice d\u2019oppos\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est ici que sa th\u00e8se devient structurale. La figure du Christ porte, pour Jung, une valeur de repr\u00e9sentation du Soi, et cette repr\u00e9sentation appelle son envers, l\u2019ombre, l\u2019Ant\u00e9christ, <strong>afin que la totalit\u00e9 demeure pensable<\/strong>. Jung formule cette exigence de compl\u00e9tude en soulignant le caract\u00e8re incomplet du symbole christique d\u00e8s que <strong>l\u2019aspect \u00ab inf\u00e9rieur \u00bb demeure expuls\u00e9 et projet\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9conomie d\u2019<em>A\u00efon<\/em>, la <strong>dialectique Christ et Ant\u00e9christ<\/strong>, comme polarit\u00e9 structurante, appartient au temps profond de la psych\u00e9 collective, un temps arch\u00e9typal qui traverse l\u2019histoire, la d\u00e9passe, puis revient y inscrire des retournements, des \u00e9nantiodromies, des passages de seuil.<\/p>\n<p>Cette lecture des \u00e8res s\u2019appuie, chez Jung, sur un rep\u00e8re astronomique pr\u00e9cis, la <strong>pr\u00e9cession des \u00e9quinoxes<\/strong>, mouvement lent de l\u2019axe terrestre qui modifie la position des \u00e9quinoxes au fil d\u2019un grand cycle. Dans <em>A\u00efon<\/em>, Jung relie la dynamique des Poissons \u00e0 une \u00e8re command\u00e9e par le conflit des oppos\u00e9s, et il inscrit l\u2019horizon du Verseau sous le signe d\u2019une t\u00e2che d\u2019union, encore \u00e0 venir, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle collective.<\/p>\n<p>Ainsi, le temps arch\u00e9typal donne une intelligibilit\u00e9 aux bascules culturelles, et il donne, au consultant, un langage pour penser ce qui se vit parfois comme une crise priv\u00e9e, alors que l\u2019\u00e2me r\u00e9sonne avec un remaniement plus vaste des images dominantes. Jung le formule dans une lettre \u00e0 Pauli :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab <strong>Le monde arch\u00e9type est \u00e9ternel<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire <strong>hors du temps<\/strong> \u00bb. C. G. Jung, lettre \u00e0 Wolfgang Pauli, cit\u00e9e in Cazenave, M. ; Reeves, H. ; et al. <em data-start=\"1165\" data-end=\"1204\">La synchronicit\u00e9, l\u2019\u00e2me et la science<\/em>., p. 53<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette phrase entra\u00eene une cons\u00e9quence clinique majeure, car elle invite \u00e0 entendre certains ph\u00e9nom\u00e8nes psychiques en dehors des cat\u00e9gories ordinaires de la chronologie, en particulier lorsqu\u2019un r\u00eave numineux, une fascination incontr\u00f4lable ou une exp\u00e9rience de totalit\u00e9 envahit la sc\u00e8ne int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>A\u00efon, ainsi compris, devient une force de transfiguration. Cette perception du temps donne une vue d\u2019ensemble, une orientation, une verticalit\u00e9 int\u00e9rieure. Il installe aussi une exigence : la fonction du Moi consiste \u00e0 tenir la coupe, la mesure, et une capacit\u00e9 de diff\u00e9renciation, afin que la puissance arch\u00e9typale se symbolise au lieu de submerger. Le temps du Soi porte. Le temps du Moi contient. Et c\u2019est dans leur articulation que la vie psychique devient habitable.<\/p>\n<p><strong>Pour le consultant, <\/strong>l\u2019enjeu d\u2019A\u00efon tient \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019un enracinement qui exc\u00e8de sa biographie. Ses crises et ses m\u00e9tamorphoses prennent place dans un cycle plus vaste, celui d\u2019une transformation de l\u2019\u00e2me collective, et cette mise en perspective modifie la texture m\u00eame de la souffrance. Le soin devient alors le lieu o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience personnelle se relie \u00e0 l\u2019histoire arch\u00e9typale, o\u00f9 l\u2019\u00e9preuve s\u2019inscrit dans un mouvement de totalit\u00e9, et o\u00f9 le temps se donne comme continuit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, axe int\u00e9rieur, orientation.<\/p>\n<h2><strong><a id=\"temporalites\"><\/a>Temporalit\u00e9s pathologiques<\/strong><\/h2>\n<p>La clinique psychopathologique se laisse aussi lire comme une clinique des <strong>alt\u00e9rations du temps v\u00e9cu<\/strong>. Ce que le consultant rapporte, ce que le corps manifeste, ce que la parole r\u00e9p\u00e8te, dessine souvent une d\u00e9formation pr\u00e9cise de la temporalit\u00e9.<\/p>\n<ul>\n<li>Dans la n\u00e9vrose, le temps s\u2019\u00e9tire, se rumine, se calcifie autour d\u2019un avant et d\u2019un apr\u00e8s.<\/li>\n<li>Dans la psychose, l\u2019exp\u00e9rience peut basculer hors du temps partag\u00e9, avec une atteinte du rapport \u00e0 la dur\u00e9e, \u00e0 l\u2019horizon des possibles, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence du monde.<\/li>\n<li>Dans le traumatisme, un fragment d\u2019exp\u00e9rience demeure pr\u00e9sent, tel quel, comme une enclave qui refuse de s\u2019historiser.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces descriptions appartiennent \u00e0 une tradition clinique solide, particuli\u00e8rement la ph\u00e9nom\u00e9nologie psychiatrique, qui a montr\u00e9 combien la souffrance psychique engage une modification de la structure temporelle de l\u2019existence, et pas seulement un contenu mental douloureux.<\/p>\n<h3><strong><a id=\"nevrose\"><\/a>N\u00e9vrose et Chronos<\/strong><\/h3>\n<p>Dans la perspective jungienne, la n\u00e9vrose appara\u00eet comme un conflit intrapsychique qui laisse le Moi en tension, sans effondrement de l\u2019\u00e9preuve de r\u00e9alit\u00e9, tout en entravant la croissance psychique. Elle installe une dissociation, une division int\u00e9rieure, une guerre civile feutr\u00e9e o\u00f9 l\u2019\u00eatre continue de fonctionner, tout en se sentant int\u00e9rieurement emp\u00each\u00e9. Cette forme de souffrance engage presque toujours une perturbation du temps : le pr\u00e9sent devient impraticable, parce qu\u2019il est envahi par ce qui revient, ou colonis\u00e9 par ce qui menace.<\/p>\n<p><strong>Freud a pos\u00e9 des rep\u00e8res majeurs sur la fixation, la r\u00e9p\u00e9tition et la logique de l\u2019angoisse<\/strong>, <strong>en montrant comment un \u00e9v\u00e9nement non \u00e9labor\u00e9 ou une conflictualit\u00e9 non symbolis\u00e9e continuent d\u2019agir dans le psychisme, sous forme de retours, de sympt\u00f4mes, de sc\u00e9narios, et comment l\u2019angoisse se structure comme signal face au danger anticip\u00e9<\/strong>. Ces deux mouvements, retour et anticipation, dessinent d\u00e9j\u00e0 une temporalit\u00e9 prise en \u00e9tau : l\u2019\u00eatre vit sous la pression d\u2019un pass\u00e9 actif et d\u2019un futur inqui\u00e9tant.<\/p>\n<p>Jung, tout en reconnaissant la dimension causale des d\u00e9terminations, introduit une accentuation : la n\u00e9vrose porte aussi une exigence actuelle et une orientation. Dans ses textes de psychoth\u00e9rapie, \u00e9crits bas\u00e9s sur ses exp\u00e9riences en psychiatrie il insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de lire le sympt\u00f4me comme un fait du pr\u00e9sent, qui met le Moi face \u00e0 une t\u00e2che psychique, face \u00e0 une attitude \u00e0 transformer, face \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure qui r\u00e9clame d\u2019\u00eatre assum\u00e9e. Cette lecture ouvre la voie \u00e0 une compr\u00e9hension t\u00e9l\u00e9ologique, au sens o\u00f9 <strong>le trouble ne se contente pas d\u2019expliquer d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient, il indique aussi vers quoi l\u2019on doit aller, pour que la vie redevienne possible<\/strong>.<\/p>\n<p>C\u2019est ici que Chronos devient un op\u00e9rateur clinique. Dans la n\u00e9vrose, Chronos se d\u00e9r\u00e8gle, puis il se durcit. Le temps lin\u00e9aire cesse d\u2019\u00eatre une continuit\u00e9 soutenante. Il devient une menace, une pression, une dette, un retard, une course. L\u2019\u00eatre se compare, se juge, s\u2019accuse, se projette dans des avenirs satur\u00e9s, et il rumine des pass\u00e9s qui continuent de dicter la forme du pr\u00e9sent. L\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure oscille entre hier et demain, et l\u2019instant perd sa densit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le consultant dit souvent cela avec des mots simples<\/strong> : \u00ab <em>je n\u2019arrive pas \u00e0 vivre maintenant<\/em> \u00bb, \u00ab <em>je suis bloqu\u00e9<\/em> \u00bb, \u00ab <em>je tourne en boucle<\/em> \u00bb, \u00ab <em>je n\u2019avance plus<\/em> \u00bb. La clinique entend, derri\u00e8re ces formulations, une atteinte du rapport \u00e0 la dur\u00e9e, au possible, \u00e0 l\u2019ouverture du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu du soin, \u00e0 ce niveau, devient concret. Il consiste \u00e0 r\u00e9accorder Chronos, afin que le pr\u00e9sent redevienne habitable, et que le temps retrouve sa fonction de soutien, au lieu de devenir instrument de pers\u00e9cution intime. Et, dans le m\u00eame mouvement, il s\u2019agit de rendre \u00e0 l\u2019\u00eatre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une autre qualit\u00e9 du temps : celle o\u00f9 un d\u00e9clic peut survenir, celle o\u00f9 quelque chose se comprend, se choisit, se tranche. Kairos.<\/p>\n<p>Le travail psychoth\u00e9rapeutique vise alors une temporalit\u00e9 plus juste : un pass\u00e9 int\u00e9gr\u00e9, un pr\u00e9sent \u00e9paissi, un avenir rouvert, afin que la vie psychique cesse d\u2019\u00eatre une r\u00e9p\u00e9tition sans issue et redevienne une histoire en transformation.<\/p>\n<h3><strong><a id=\"psychose\"><\/a>Psychose et A\u00efon : l\u2019effondrement de la temporalit\u00e9 lin\u00e9aire<\/strong><\/h3>\n<p>La psychose se donne d\u2019abord comme une perte de la continuit\u00e9 commune. Le fil de Chronos se rel\u00e2che, l\u2019histoire racontable cesse de tenir, et l\u2019\u00eatre se retrouve expos\u00e9 \u00e0 une mati\u00e8re int\u00e9rieure qui ne se laisse plus ordonner. Du point de vue jungien, le noyau structural tient \u00e0 ceci : le Moi ne parvient plus \u00e0 assurer sa fonction de contenance et de diff\u00e9renciation, et l\u2019autonomie des complexes devient dominante, jusqu\u2019\u00e0 engendrer une d\u00e9sint\u00e9gration de la personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette bascule, Jung la pense en continuit\u00e9 avec la clinique de la schizophr\u00e9nie qu\u2019il a longuement travaill\u00e9e, et il la met en lien avec l\u2019\u00ab abaissement du niveau mental \u00bb de Janet, moment o\u00f9 le conscient perd de sa force et o\u00f9 le complexe Moi risque d\u2019\u00eatre d\u00e9pouill\u00e9 de sa supr\u00e9matie. Jung pr\u00e9cise que cet abaissement constitue un seuil de dissociation, et il en d\u00e9crit aussi les formes transitoires, induites par la fatigue ou le sommeil, ce qui permet <strong>d\u2019en saisir la port\u00e9e comme ph\u00e9nom\u00e8ne de niveau de conscience<\/strong>, avant m\u00eame d\u2019en consid\u00e9rer les devenirs pathologiques.<\/p>\n<p>Dans ma pratique sophrologique, ce seuil prend une forme op\u00e9ratoire. La <strong>sophronisation de base<\/strong> vise l\u2019acc\u00e8s au <strong>niveau sophroliminal<\/strong>, compris comme un niveau de conscience abaiss\u00e9 et disponible, et le <strong>terpnos logos<\/strong> soutient la tenue du cadre verbal et attentionnel. Ce rappel a sa place ici, parce qu\u2019il met en \u00e9vidence, sur un plan technique et de contenu, la question m\u00eame qui se joue dans la psychose : la <strong>tenue du conscient<\/strong> et la capacit\u00e9 du complexe Moi \u00e0 demeurer en fonction de veille.<\/p>\n<p>Jung pr\u00e9cise alors le contraste clinique entre ces deux p\u00f4les : l\u2019hyst\u00e9rie, au sein des n\u00e9vroses, pr\u00e9serve une unit\u00e9 potentielle de la personnalit\u00e9, et la schizophr\u00e9nie, au sein des psychoses, manifeste une dissociation plus permanente et plus s\u00e9v\u00e8re. Dans cette configuration, les \u00ab&nbsp;personnalit\u00e9s secondaires&nbsp;\u00bb cessent de s\u2019organiser entre elles : elles deviennent ind\u00e9pendantes, elles ne coop\u00e8rent pas, et l\u2019unit\u00e9 psychique se d\u00e9fait en autonomies concurrentes.<\/p>\n<p><strong>Sur ce fond, la m\u00e9taphore temporelle devient clinique<\/strong>. Quand l\u2019unit\u00e9 consciente perd sa tenue, l\u2019exp\u00e9rience se recompose selon une logique interne, satur\u00e9e d\u2019\u00e9vidence, et l\u2019\u00eatre se trouve pris dans un pr\u00e9sent d\u2019absolu, charg\u00e9 d\u2019une tonalit\u00e9 numineuse, o\u00f9 la datation, la distance, la mise en r\u00e9cit cessent d\u2019op\u00e9rer comme rep\u00e8res communs. A\u00efon envahit alors la sc\u00e8ne psychique, sous la forme d\u2019un temps mythique v\u00e9cu comme r\u00e9el, et cette r\u00e9alit\u00e9 se ferme, se durcit, s\u2019impose.<\/p>\n<p>Jung renforce cette lecture par un rep\u00e8re clinique : une part de la ph\u00e9nom\u00e9nologie schizophr\u00e9nique s\u2019\u00e9claire par sa parent\u00e9 formelle avec le r\u00eave. Les processus de figuration, d\u2019association et d\u2019autonomisation des contenus occupent la conscience de veille; la mise \u00e0 distance habituelle s\u2019amenuise. Le v\u00e9cu se pr\u00e9sente comme r\u00e9alit\u00e9 imm\u00e9diate, plus difficile, voire impossible \u00e0 relier, \u00e0 dater, \u00e0 symboliser. Il y a l\u00e0 atteinte de l\u2019horizon temporel qui rend le monde habitable et partageable. L\u2019\u00eatre ne chemine plus dans le temps. Il se retrouve aspir\u00e9 par lui, ou rejet\u00e9 hors de lui.<\/p>\n<p><strong>Pour le consultant<\/strong>, l\u2019enjeu th\u00e9rapeutique peut se formuler ainsi&nbsp;: il s\u2019agirait de restaurer une coupe, une mesure, une cadence. En phase aigu\u00eb, ce travail rel\u00e8ve d\u2019un cadre institutionnel et d\u2019une coordination des soins. En phase compens\u00e9e, un travail en cabinet devient possible, avec une articulation claire au suivi psychiatrique. Dans les deux cas, la direction demeure lisible : <strong>rendre \u00e0 Chronos sa fonction d\u2019armature, afin que l\u2019exp\u00e9rience arch\u00e9typale puisse se d\u00e9poser, se repr\u00e9senter, se relier, puis se dater, sans perdre sa valeur de v\u00e9rit\u00e9 psychique.<\/strong><\/p>\n<p>Une autre configuration, souvent plus silencieuse, se rencontre pourtant dans la clinique, et elle m\u00e9rite une lecture sp\u00e9cifique. Ici, la r\u00e9alit\u00e9 commune peut rester accessible, la vie ext\u00e9rieure peut continuer, et, cependant, le temps int\u00e9rieur se ferme sur un point d\u2019arr\u00eat. L\u2019\u00e9v\u00e9nement demeure pr\u00e9sent, avec sa charge, sa texture, son pouvoir d\u2019intrusion. L\u2019\u00eatre ne traverse plus la sc\u00e8ne, il y revient, parfois sans image, parfois avec l\u2019image nue, et le corps en porte la preuve.<\/p>\n<p>C\u2019est la logique du traumatisme, celle d\u2019un temps gel\u00e9 qui refuse de devenir Chronos.<\/p>\n<h3><strong><a id=\"Traumatisme\"><\/a>Traumatisme : le temps gel\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>Le traumatisme engage une configuration plus silencieuse, et pourtant radicale. Chronos peut se maintenir au-dehors; au-dedans, une portion du temps se fige, et l\u2019existence s\u2019organise autour d\u2019un point d\u2019arr\u00eat, v\u00e9cu comme pr\u00e9sent, avec une distance psychique indisponible.<\/p>\n<p>La clinique du trouble de stress post-traumatique met au jour une architecture stable : l\u2019\u00e9v\u00e9nement revient sous forme d\u2019intrusions et de reviviscences, l\u2019\u00eatre \u00e9vite ce qui r\u00e9veille la sc\u00e8ne, et l\u2019organisme demeure en hyper-activation, comme si l\u2019alerte se prolongeait au-del\u00e0 de tout danger actuel. <strong>Le temps du trauma s\u2019impose alors comme un pr\u00e9sent r\u00e9current<\/strong>, et le corps en porte la preuve.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience du \u00ab pr\u00e9sent qui revient \u00bb prend une intelligibilit\u00e9 particuli\u00e8re si l\u2019on reprend la grande clinique fran\u00e7aise de la dissociation. Pierre Janet d\u00e9crit des sujets \u00ab arr\u00eat\u00e9s dans l\u2019\u00e9volution de la vie \u00bb, \u00ab accroch\u00e9s \u00bb \u00e0 un obstacle qu\u2019ils ne parviennent plus \u00e0 franchir. Il pr\u00e9cise la logique : l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique cr\u00e9e une situation \u00e0 laquelle il faut s\u2019adapter, et la r\u00e9miniscence devient traumatique lorsque le travail d\u2019assimilation demeure inachev\u00e9, lorsque la r\u00e9action psychique reste, en quelque sorte, suspendue. On tient d\u00e9j\u00e0 ici le noyau temporel : l\u2019\u00e9v\u00e9nement reste mobilisateur, et la vie psychique continue d\u2019y d\u00e9penser des forces, comme si la sc\u00e8ne demeurait ouverte.<\/p>\n<p>La proximit\u00e9 jungienne se gagne \u00e0 partir de la th\u00e9orie des complexes. Jung d\u00e9finit le <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/textes\/complexes.htm\">complexe<\/a> comme une formation psychique \u00e0 tonalit\u00e9 affective, susceptible de devenir une \u00ab entit\u00e9 psychique s\u00e9par\u00e9e \u00bb, dot\u00e9e d\u2019une autonomie relative, capable de court-circuiter la volont\u00e9 consciente et de s\u2019imposer en retour, en surgissement, en automatisme. Le traumatisme se comprend alors comme constellateur de complexe : une charge affective et sensorielle se regroupe, se ferme, se prot\u00e8ge, puis revient au pr\u00e9sent d\u00e8s qu\u2019un indice r\u00e9sonne avec la sc\u00e8ne initiale.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est ici que l\u2019image du temps gel\u00e9 devient op\u00e9ratoire<\/strong>, parce qu\u2019elle d\u00e9crit une modalit\u00e9 pr\u00e9cise du v\u00e9cu traumatique. Le consultant le dit avec des mots simples : il ne se souvient pas, il revit. Le complexe traumatique r\u00e9active la sc\u00e8ne comme une actualit\u00e9, et l\u2019appareil psychique perd, sur ce point pr\u00e9cis, sa capacit\u00e9 de datation.<\/p>\n<p>Winnicott situe l\u00e0 <strong>une atteinte de la continuit\u00e9 d\u2019\u00eatre<\/strong>, qui soutient l\u2019existence avant m\u00eame le r\u00e9cit. Il parle de <strong>crainte de l\u2019effondrement<\/strong> pour d\u00e9signer une peur orient\u00e9e vers l\u2019avenir, alors que l\u2019effondrement appartient d\u00e9j\u00e0 au pass\u00e9, survenu hors v\u00e9cu, hors int\u00e9gration. La temporalisation, processus actif par lequel l&rsquo;\u00eatre organise son exp\u00e9rience dans le temps, se d\u00e9sorganise localement : l\u2019exp\u00e9rience demeure vraie, parce qu\u2019elle poss\u00e8de une r\u00e9alit\u00e9 interne, et elle demeure actuelle, parce qu\u2019elle s\u2019impose au pr\u00e9sent. La vie peut continuer, la r\u00e9alit\u00e9 commune rester accessible, et <strong>pourtant une pi\u00e8ce int\u00e9rieure demeure scell\u00e9e<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Pour le consultant<\/strong>, l\u2019enjeu du soin devient alors lisible, simple \u00e0 formuler, exigeant \u00e0 accomplir. Il s\u2019agit de <strong>rendre \u00e0 Chronos sa fonction psychique : inscrire, relier, dater, mettre \u00e0 distance<\/strong>. Cela implique une contenance suffisante pour approcher la charge sans r\u00e9activer la submersion, et une pr\u00e9sence suffisante pour que l\u2019exp\u00e9rience se repr\u00e9sente, se symbolise, se parle, puis se situe. Le travail vise ce passage d\u00e9cisif : du pr\u00e9sent \u00e9ternis\u00e9 vers le pass\u00e9 int\u00e9gr\u00e9, afin que le temps recommence \u00e0 faire \u0153uvre et que la vie redevienne habitable.<\/p>\n<h2><strong><a id=\"Applications\"><\/a>Applications \u00e0 la pratique clinique et analytique<\/strong><\/h2>\n<h3><strong><a id=\"espace\"><\/a>L\u2019espace analytique : <\/strong><strong>la mesure de l\u2019invisible<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019espace psychoth\u00e9rapeutique commence par des choses simples, mais probantes : <strong>un temps donn\u00e9<\/strong>. Un horaire. Une dur\u00e9e. Une r\u00e9gularit\u00e9. Et un lieu. Cette rigueur n\u2019a rien d\u2019administratif&nbsp;: elle constitue une <strong>mise en forme de Chronos<\/strong>. Un Chronos ainsi rendu fiable, assez stable pour que le Moi puisse cesser de se d\u00e9fendre contre l\u2019impr\u00e9visible. Le cadre devient alors un <strong>t\u00e9menos temporel<\/strong> : une portion de vie d\u00e9coup\u00e9e, soustraite aux sollicitations ordinaires, tenue pour le travail int\u00e9rieur.<\/p>\n<p data-start=\"827\" data-end=\"1201\">Ce bord a une cons\u00e9quence clinique directe : il rend possible la venue de l\u2019inconscient. Images, affects, fragments, retours, peuvent s\u2019approcher, parce qu\u2019un commencement et une fin existent, et parce qu\u2019un t\u00e9moin demeure. <strong>A\u00efon devient praticable<\/strong>, et le consultant s\u2019aventure plus loin d\u00e8s lors qu\u2019il sait que ce qui surgit sera accueilli, puis repris, s\u00e9ance apr\u00e8s s\u00e9ance.<\/p>\n<p data-start=\"1203\" data-end=\"1524\"><strong>Dans cette continuit\u00e9 peut surgir Kairos<\/strong>, l\u2019instant juste. Une parole tombe au bon endroit, un lien se fait, une articulation devient possible, parfois \u00e0 partir d\u2019un r\u00eave, d\u2019une image insistante, d\u2019une sc\u00e8ne qui revient, puis se d\u00e9place. Le temps para\u00eet identique d\u2019une s\u00e9ance \u00e0 l\u2019autre, et pourtant quelque chose a m\u00fbri.<\/p>\n<p data-start=\"1526\" data-end=\"1932\">Enfin, le dispositif met au travail ses zones les plus sensibles, s\u00e9paration, limite, fin de s\u00e9ance, intervalle. C\u2019est souvent l\u00e0 que les complexes se constellent, que des fid\u00e9lit\u00e9s invisibles se r\u00e9v\u00e8lent, que l\u2019angoisse se condense. Le consultant croit parler du pr\u00e9sent, et l\u2019on entend une profondeur plus ancienne, parfois arch\u00e9typale, qui cherche sa forme, et le cadre la rend lisible, donc \u00e9laborable.<\/p>\n<h3><strong><a id=\"Individuation\"><\/a>Individuation : harmoniser les trois temps vers le Soi<\/strong><\/h3>\n<p data-start=\"202\" data-end=\"795\">Dans la psychologie analytique, l<strong>\u2019individuation se comprend comme une mise en coh\u00e9rence<\/strong>, la vie cesse d\u2019\u00eatre une suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements subis; elle devient un chemin o\u00f9 quelque chose se rassemble. Cette coh\u00e9rence concerne aussi le temps.<\/p>\n<ul>\n<li data-start=\"202\" data-end=\"795\"><strong>Chronos<\/strong> soutient l\u2019inscription dans la r\u00e9alit\u00e9, la limite, le pas \u00e0 pas.<\/li>\n<li data-start=\"202\" data-end=\"795\"><strong>Kairos<\/strong> ouvre les passages, les d\u00e9cisions, les seuils o\u00f9 l\u2019existence change de direction.<\/li>\n<li data-start=\"202\" data-end=\"795\"><strong>A\u00efon<\/strong> donne la profondeur, la perspective, la dimension de totalit\u00e9 o\u00f9 une crise peut se r\u00e9v\u00e9ler comme n\u00e9cessit\u00e9 de transformation, et o\u00f9 la biographie s\u2019\u00e9claire \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019une t\u00e2che plus vaste.<\/li>\n<\/ul>\n<p data-start=\"797\" data-end=\"1291\"><strong>Le point d\u00e9terminant tient \u00e0 la tenue du Moi. Le Moi contient, diff\u00e9rencie, date, relie, il offre une coupe au flux.<\/strong> A\u00efon porte l\u2019\u00e9nergie de transformation. Kairos indique le moment o\u00f9 cette \u00e9nergie devient int\u00e9grable. Lorsque cette articulation se fait, la temporalit\u00e9 psychique se r\u00e9organise, le pass\u00e9 trouve une place, le pr\u00e9sent reprend de l\u2019\u00e9paisseur, l\u2019avenir redevient pensable. Le consultant se d\u00e9gage d\u2019un temps archa\u00efque qui r\u00e9p\u00e8te, il retrouve une capacit\u00e9 de choix et d\u2019orientation.<\/p>\n<p data-start=\"797\" data-end=\"1291\">\u00c0 ce point, un pas de c\u00f4t\u00e9 s\u2019impose vers l\u2019\u00e9poque elle-m\u00eame, l\u00e0 o\u00f9 nos temporalit\u00e9s humaines rencontrent une autre forme de \u00ab temps \u00bb, celle des syst\u00e8mes techniques. Dans <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/dragana-favre\/temporalites-plurielles\/\">Temporalit\u00e9s plurielles du vivant et du synth\u00e9tique<\/a>, Dragana Favre interroge ce que deviennent Chronos, Kairos et A\u00efon lorsque le calcul \u00ab survole le temps sans jamais l\u2019habiter \u00bb. Elle d\u00e9crit des r\u00e9gimes temporels disjoints, des boucles sans exp\u00e9rience, une temporalit\u00e9 fonctionnelle qui manipule des traces de sens, tout en laissant intacte la question d\u00e9cisive que nous rencontrons au cabinet, pr\u00e9server le sol symbolique o\u00f9 s\u2019enracine l\u2019exp\u00e9rience du temps v\u00e9cu, du sens, et de la transformation.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" data-start=\"1293\" data-end=\"2019\">F\u00e9vrier 2026<\/p>\n<h2><strong>Bibliographie<\/strong><strong>&nbsp;:<\/strong><\/h2>\n<div class=\"su-accordion su-u-trim\"><\/div>\n<div class=\"su-spoiler su-spoiler-style-default su-spoiler-icon-plus su-spoiler-closed\" data-scroll-offset=\"0\" data-anchor-in-url=\"no\"><div class=\"su-spoiler-title\" tabindex=\"0\" role=\"button\"><span class=\"su-spoiler-icon\"><\/span>Voir les r\u00e9f\u00e9rences des ouvrages cit\u00e9s dans cet article<\/div><div class=\"su-spoiler-content su-u-clearfix su-u-trim\">\n<ul>\n<li>CAZENAVE, Michel, REEVES, Hubert, SOLI\u00c9, Pierre, ETTER, Albert, PRIBRAM, Karl, VON FRANZ, Marie-Louise, et al. La synchronicit\u00e9, l\u2019\u00e2me et la science. Paris, Seveyrat, 1990, p. 53.<\/li>\n<li>FREUD, Sigmund. Au-del\u00e0 du principe de plaisir. Traduction de Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis. Paris, Payot, 2010.<\/li>\n<li>FREUD, Sigmund. Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse. Paris, Presses Universitaires de France, coll. \u00ab Quadrige \u00bb.<\/li>\n<li>JANET, Pierre. Les m\u00e9dications psychologiques. Paris, F\u00e9lix Alcan, 1919.<\/li>\n<li>JUNG, Carl Gustav. A\u00efon. \u00c9tudes sur la ph\u00e9nom\u00e9nologie du Soi. Traduction d\u2019\u00c9tienne Perrot et Marie-Martine Louzier-Sahler. Paris, Albin Michel.<\/li>\n<li>JUNG, Carl Gustav. Synchronicit\u00e9 et Paracelsica. Traduction d\u2019\u00c9tienne Perrot et Marie-Martine Louzier-Sahler. Paris, Albin Michel, 1988, p. 271.<\/li>\n<li>JUNG, Carl Gustav, PAULI, Wolfgang. Correspondance 1932-1958. Paris, Albin Michel, 2000.<\/li>\n<li>WINNICOTT, Donald W. La crainte de l\u2019effondrement et autres situations cliniques. Paris, Gallimard.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence pour l\u2019\u00e9pigramme sur Kairos <\/strong>(Lysippe)<br \/>\nAnthologie grecque, Livre XVI, \u00e9pigramme 275 (tradition de Planude). \u00c9dition Les Belles Lettres.<\/p>\n<p><strong>Rep\u00e8res lexicographiques pour les \u00e9tymologies<\/strong> (tempus, t\u00e9menos, templum, temperare)<\/p>\n<ul>\n<li>CHANTRAINE, Pierre. Dictionnaire \u00e9tymologique de la langue grecque. Histoire des mots. Paris, Klincksieck.<\/li>\n<li>ERNOUT, Alfred, MEILLET, Antoine. Dictionnaire \u00e9tymologique de la langue latine. Histoire des mots. Paris, Klincksieck.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div><\/div> <div class=\"su-accordion su-u-trim\"><\/div>\n<p data-start=\"1293\" data-end=\"2019\"><p><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/contact.htm\"><strong>Adresser un message \u00e0 Rachel Huber<\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Rachel Huber<\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-22852\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/rachel-huber.jpg\" alt=\"\" width=\"120\" height=\"176\" \/>Rachel Huber est praticienne en psychoth\u00e9rapies, sophrologue, enseignante, formatrice et assure des supervisions. Son cabinet se trouve dans le Sud-Est de la France.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 la psychologie jungienne, s&rsquo;appuyant sur des textes fondateurs, elle d\u00e9montre comment celle-ci apporte un \u00e9clairage autour des questionnements li\u00e9s \u00e0 nos modes de vie actuels.<\/p>\n<p>Elle est professionnelle agr\u00e9e de la <a href=\"https:\/\/www.ff2p.fr\/recherche-praticien\/?search-psycho=Rachel%20HUBER&amp;search-psycho-type=praticien&amp;search-location=Cap-d%27Ail%20%20%2806320%29&amp;search-location-disabled&amp;search-location-country&amp;search-location-zipcode=06320&amp;search-location-city=Cap-d%27Ail&amp;search-location-department&amp;search-practitioner=Rachel%2CHUBER\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">F\u00e9d\u00e9ration Fran\u00e7aise de Psychoth\u00e9rapie et Psychanalyse<\/a> (FF2P).<\/p>\n<p>Elle fait partie de l&rsquo;\u00e9quipe \u00e9ditoriale du site Espace Francophone Jungien.<\/p>\n<p>Pour en savoir plus, voir son site internet <a href=\"http:\/\/cabinet-sophro-psy.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Cabinet Sophro-Psy<\/a><\/p>\n<p><strong>S\u00e9minaires<\/strong><\/p>\n<p>Elle coanime <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/seminaires\/\">des s\u00e9minaires de formation<\/a> avec d&rsquo;autres membres d\u2019Espace Francophone Jungien.<\/p>\n<p><strong>Articles<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/conclave\/\">Conclave, ou l\u2019\u00e9preuve du centre<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/chronos-kairos-et-aion\/\">Chronos, Kairos et A\u00efon : temporalit\u00e9s psychiques<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/symbolisme-semiotique-iconologie-symbologie\/\">O\u00f9 se situe la psychologie analytique parmi le symbolisme, la s\u00e9miotique, l\u2019iconologie et la symbologie ?<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/noel-le-soi\/\">No\u00ebl, l\u2019ombre et le f\u00e9minin r\u00e9conciliateur : fils conducteurs vers le Soi<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/visite-musee-emma-carl-gustav-jung\/\">Visite du foyer d\u2019Emma et de Carl Gustav Jung<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/breves-efj\/processus-individuation\/\">Un processus d\u2019individuation \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 voir<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/reseaux-sociaux\/\">C.G. Jung, les r\u00e9seaux sociaux et le malaise des jeunes : un regard jungien<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/feminin-masculin\/\">Qu\u2019est-ce que le f\u00e9minin, qu\u2019est-ce que le masculin ?<\/a> Cet article s&rsquo;appuie en partie sur les entretiens audio diffus\u00e9s sur France Culture dans la s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9missions <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/jung-totalite-homme-futur\/\">Carl Gustav Jung ou la totalit\u00e9 de l\u2019homme futur<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Entretiens<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/bernard-hort\/\">Animus et anima au XXIe si\u00e8cle<\/a> (entretien avec Bernard Hort)<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/alizon-opicino\/\">Opicino de Canistris<\/a> (entretien avec Jean-Fran\u00e7ois Alizon)<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/marie-laure-colonna\/\">Discussion avec Marie-Laure Colonna<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/discussion-avec-bertrand-de-la-vaissiere\/\">Discussion avec Bertrand de la Vaissi\u00e8re<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre continuit\u00e9, rupture et \u00e9ternit\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience humaine se d\u00e9ploie selon des r\u00e9gimes temporels distincts. En s\u2019appuyant sur la psychologie analytique de Jung, cet article explore comment Chronos, Kairos et A\u00efon structurent la souffrance psychique, la clinique et le processus d\u2019individuation. Rachel Huber A\u00efon (partie centrale d&rsquo;une grande mosa\u00efque de sol provenant d&rsquo;une villa romaine) Sur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":0,"parent":22850,"menu_order":2,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-33112","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/33112","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=33112"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/33112\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":33194,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/33112\/revisions\/33194"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22850"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=33112"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}