{"id":31572,"date":"2025-11-03T10:00:41","date_gmt":"2025-11-03T09:00:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=31572"},"modified":"2025-11-24T11:01:19","modified_gmt":"2025-11-24T10:01:19","slug":"saisons-amour","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/peggy-vermeesch\/saisons-amour\/","title":{"rendered":"T\u00e9n\u00e8bres et lumi\u00e8re dans Les Saisons de l\u2019amour. Un entretien avec Susan Tiberghien et Catherine Chevron-Tiberghien"},"content":{"rendered":"<p><strong>Dans un \u00e9change \u00e0 la fois tendre et sans d\u00e9tour, Peggy Vermeesch s\u2019entretient avec Susan Tiberghien, auteure am\u00e9ricaine et enseignante en \u00e9criture cr\u00e9ative d\u2019inspiration jungienne, \u00e0 propos de son r\u00e9cit autobiographique <em>Seasons of Love : A Lasting Marriage, <\/em>l\u2019histoire de ses soixante-six ann\u00e9es de vie partag\u00e9e avec son mari fran\u00e7ais, marqu\u00e9es par la joie, la foi et le courage d\u2019affronter les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019abus sexuel au sein de la famille \u00e9largie.<\/strong><\/p>\n<p>Sa fille Catherine participe \u00e9galement \u00e0 l\u2019entretien : sa voix apporte un second regard, \u00e9clairant non seulement l\u2019amour et l\u2019engagement, mais aussi les fils obscurs des traumatismes inter et transg\u00e9n\u00e9rationnels tiss\u00e9s dans l\u2019histoire familiale. Ensemble, elles parlent avec honn\u00eatet\u00e9 et esp\u00e9rance de la mani\u00e8re dont le travail sur les r\u00eaves, la th\u00e9rapie, la v\u00e9rit\u00e9 et le dialogue peuvent aider les familles \u00e0 reconna\u00eetre, pr\u00e9venir et gu\u00e9rir les blessures de l\u2019abus \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/jps\/articles\/peggy-vermeesch\/interview2-susan-tiberghien\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Version anglaise de cet entretien<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-31418 size-full\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/seasons-of-love.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"433\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/seasons-of-love.jpg 280w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/seasons-of-love-194x300.jpg 194w\" sizes=\"auto, (max-width: 280px) 100vw, 280px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><a href=\"https:\/\/www.chironpublications.com\/shop\/seasons-of-love-a-lasting-marriage\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Chiron Publications<\/a><\/em><\/p>\n<p><strong>Peggy Vermeesch :&nbsp;<\/strong><strong><em>Seasons of Love<\/em> est bien plus qu\u2019un simple r\u00e9cit sur un long mariage ou sur le pass\u00e9 d\u2019une famille. Pour ceux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la pens\u00e9e jungienne, il se lit comme le r\u00e9cit de l\u2019opus : le long travail de transformation de l\u2019amour et de l\u2019individuation au sein du vase alchimique clos d\u2019une relation profond\u00e9ment engag\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce travail de transformation s\u2019est poursuivi par Catherine, qui a traduit le livre en fran\u00e7ais sous le titre <em>Les Saisons de l\u2019amour, Un mariage qui traverse le temps, <\/em>en qu\u00eate de l&rsquo;\u00e9diteur qui lui donnera vie.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan Tiberghien&nbsp;: <\/strong>Ce travail d\u2019amour accompli par ma fille est si proche et si fid\u00e8le \u00e0 mes mots que, parfois, je le pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 mon propre texte.<\/p>\n<p><strong>Susan, apr\u00e8s 66 ans de mariage, il est \u00e9vident que vous et Pierre-Yves avez travers\u00e9 de nombreuses it\u00e9rations du processus alchimique&nbsp;: en commen\u00e7ant par le <em>nigredo<\/em>, ou la confrontation avec l\u2019Ombre, en passant par l\u2019<em>albedo<\/em> et la <em>citrinitas<\/em>, jusqu\u2019\u00e0 une <em>coniunctio<\/em>, ou mariage int\u00e9rieur, toujours plus profonde.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;:<\/strong> Oui, et ces it\u00e9rations se poursuivent, m\u00eame dans notre dixi\u00e8me d\u00e9cennie. La <em>coniunctio<\/em>, cette union, est quotidienne dans un mariage. Si nous, \u00e9pouse et \u00e9poux, sommes capables de voir cette <em>coniunctio<\/em>, de comprendre que nous nous unissons pour cr\u00e9er davantage d\u2019amour, notre mariage devient un chemin vers la pl\u00e9nitude \u2014 une pl\u00e9nitude pour chacun de nous et pour notre relation.<\/p>\n<p><strong>Le <em>nigredo<\/em> est g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019\u00e9tape qui met les choses en mouvement, car elle implique d\u2019affronter des \u00e9motions difficiles et ce qui a \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9 ou inconnu jusqu\u2019alors. Pour cette raison, j\u2019aimerais commencer au d\u00e9part, peut-\u00eatre m\u00eame avant que vous ne formiez un couple, avec ce qui pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une premi\u00e8re exp\u00e9rience de <em>nigredo&nbsp;<\/em>: la premi\u00e8re fois o\u00f9 vous avez rendu visite \u00e0 la famille de Pierre-Yves, quelques heures seulement apr\u00e8s la mort pr\u00e9matur\u00e9e de sa s\u0153ur. Comment cette exp\u00e9rience, au milieu de sa grande famille catholique en deuil, a-t-elle fa\u00e7onn\u00e9 le d\u00e9but de votre parcours ensemble&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>Cette nuit-l\u00e0, seule au milieu d\u2019une famille fran\u00e7aise en deuil, alors qu\u2019une temp\u00eate faisait rage dehors, j\u2019ai lutt\u00e9 avec mon ange, comme Jacob dans l\u2019Ancien Testament. Allong\u00e9e sur le lit, j\u2019\u00e9coutais les pas qui montaient et descendaient vers la chambre de sa s\u0153ur, qui venait de mourir. La famille veillait. Pourquoi avais-je si peur&nbsp;? O\u00f9 \u00e9tait ma foi&nbsp;? O\u00f9 \u00e9tait Dieu&nbsp;?<\/p>\n<p>Le matin a apport\u00e9 le soleil. Un coup \u00e0 ma porte. Pierre tendait sa main vers la mienne. La famille nous attendait \u00e0 la grande table du petit-d\u00e9jeuner. Nous \u00e9tions ensemble.<\/p>\n<p><strong>M\u00eal\u00e9 \u00e0 votre amour naissant et \u00e0 votre attirance pour Pierre, on per\u00e7oit aussi un d\u00e9sir d\u2019une vie peut \u00eatre difficile \u00e0 imaginer dans l\u2019ambiance extravertie de l\u2019Am\u00e9rique des ann\u00e9es 1950. \u00ab\u00a0Un d\u00e9sir du numineux\u00a0\u00bb, \u00e9crivez-vous, \u00e9veill\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience aux c\u00f4t\u00e9s de Pierre-Yves la nuit de la mort de sa s\u0153ur, ainsi que par le livre que vous aviez d\u00e9cid\u00e9 de lire ensemble durant cette ann\u00e9e de s\u00e9paration, chacun d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an. Pouvez-vous nous parler de ce d\u00e9sir : ce qu\u2019il signifiait pour vous \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et comment il vous a port\u00e9e vers l\u2019avant ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>J\u2019ai d\u00e9couvert en moi un d\u00e9sir du numineux d\u00e8s l\u2019enfance. Je faisais un r\u00eave r\u00e9current. J\u2019avais trois ou quatre ans et j\u2019\u00e9tais sous \u00e9ther pour une amygdalectomie. J\u2019entrais dans un tunnel noir absolu qui semblait sans fin. D\u00e8s lors, la nuit, le trou noir revenait souvent, me mena\u00e7ant. \u00c9tait-ce tout ce qu\u2019il y avait dans la vie&nbsp;?<\/p>\n<p>J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 prier seule dans ma chambre ou dehors dans les champs, o\u00f9 je m\u2019asseyais sur un grand rocher, une pierre sur laquelle je grimpais pour rester tranquille et parler \u00e0 Dieu. Je lui demandais de repousser ce trou noir.<\/p>\n<p>Cette qu\u00eate d\u2019une r\u00e9ponse \u00e0 mon trou noir m\u2019a accompagn\u00e9e au pensionnat, puis \u00e0 l\u2019universit\u00e9, o\u00f9 j\u2019ai choisi une double sp\u00e9cialisation en litt\u00e9rature anglaise et en philosophie. J\u2019ai d\u00e9couvert Platon tr\u00e8s jeune, puis Bergson et son <em>\u00e9lan vital<\/em>. Il y avait donc plus dans la vie qu\u2019un trou noir sans fin.<\/p>\n<p>Ayant suivi une formation compl\u00e9mentaire en fran\u00e7ais, tout \u00e9tait en place pour des \u00e9tudes post-universitaires en France, hors de l\u2019environnement am\u00e9ricain, o\u00f9 je pourrais mieux poursuivre mon d\u00e9sir du numineux.<\/p>\n<p>\u00c0 50 ans, en analyse, je me suis demand\u00e9 si j\u2019\u00e9tais pr\u00eate \u00e0 entrer dans le trou noir. J\u2019en ai dessin\u00e9 une image que j\u2019ai inclus dans mon livre <em>Circling to the Center<\/em>, avec ces mots : \u00ab\u00a0Dieu nous conduit dans la nuit pour qu\u2019au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres, nous puissions voir la lumi\u00e8re qui br\u00fble en notre c\u0153ur\u00a0\u00bb (p. 23).<\/p>\n<p><strong>Dans votre livre, vous nous guidez \u00e0 travers le printemps de votre mariage&nbsp;: votre rencontre amoureuse, vos premi\u00e8res ann\u00e9es ensemble, puis la naissance de vos cinq enfants \u00e0 travers la France, la Belgique, l\u2019Italie et la Suisse, ainsi que l\u2019adoption d\u2019un sixi\u00e8me enfant du Vietnam. La saison d\u2019\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par votre d\u00e9couverte de la pens\u00e9e jungienne, vos \u00e9tudes et votre analyse, un retour \u00e0 vos racines anglophones am\u00e9ricaines, et le lancement de votre carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivaine.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>Il est important de noter que, pendant tout ce temps, \u00e0 travers les saisons du printemps et de l\u2019\u00e9t\u00e9, Pierre et moi avons construit les fondations solides de notre relation gr\u00e2ce \u00e0 nos <em>sit-downs<\/em>, nos rendez-vous de couple mensuels, et \u00e0 notre pri\u00e8re du soir : quelques mots spontan\u00e9s, presque toujours un merci pour la journ\u00e9e \u00e9coul\u00e9e. Nous nous souvenons que Ma\u00eetre Eckhart disait que si nous n\u2019avons qu\u2019un mot de pri\u00e8re, merci, cela suffit.<\/p>\n<p><strong>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019automne de votre mariage qu\u2019un r\u00eave de votre fille Catherine a annonc\u00e9 une nouvelle phase profonde de <em>nigredo<\/em>. Catherine, pourriez-vous raconter ce r\u00eave et ce qu\u2019il a d\u00e9clench\u00e9 pour vous&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Catherine Chevron-Tiberghien : <\/strong>J\u2019avais 35 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, tr\u00e8s investie dans ma carri\u00e8re, heureuse en mariage avec deux enfants de six et sept ans, mais je ressentais un inexplicable mal-\u00eatre. J\u2019ai recommenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire mes r\u00eaves. L\u2019un d\u2019eux s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 particuli\u00e8rement significatif&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Je suis chez moi, je me l\u00e8ve le matin. Je vais \u00e0 la fen\u00eatre et, au lieu de la vue habituelle, je vois une route et une rang\u00e9e de villas mitoyennes, avec des portes d\u2019entr\u00e9e, des escaliers descendant vers les sous-sols et des porches.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Je vois deux hommes sortir d\u2019une de ces villas. Ils portent des masques, des bas tir\u00e9s sur la t\u00eate, et transportent un grand sac plastique (du genre de 110 litres), plein et lourd. Ils ont les cheveux bruns.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Ils se dirigent vers la porte d\u2019entr\u00e9e et, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un pied-de-biche, font sauter les gonds sans difficult\u00e9. Se regardant en riant, ils s\u2019essuient les pieds et entrent, en claquant la porte derri\u00e8re eux. C\u2019est le num\u00e9ro <strong>54<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Je dis \u00e0 mon mari qu\u2019il y a des cambrioleurs dans la maison d\u2019en face et qu\u2019il faut appeler la police. Il est d\u2019accord, mais me laisse faire. J\u2019insiste sur le fait qu\u2019il faut agir. Il acquiesce encore, mais ne fait rien. C\u2019est clairement \u00e0 moi d\u2019agir.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">J\u2019essaie de trouver le num\u00e9ro dans l\u2019annuaire, mais je n\u2019y arrive pas. J\u2019appelle l\u2019h\u00f4tel voisin. Une jeune femme me r\u00e9pond et se met \u00e0 me parler de mon fils, disant qu\u2019ils peuvent s\u2019en occuper, que c\u2019est tr\u00e8s compliqu\u00e9, mais qu\u2019ils y arriveront.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Je lui r\u00e9ponds&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais de quoi parlez-vous&nbsp;? Je ne vois pas \u00e0 quoi vous faites allusion. Je vous dis qu\u2019il y a un cambriolage dans la villa d\u2019en face, au num\u00e9ro <strong>54<\/strong>. Puis-je parler au directeur que je connais tr\u00e8s bien&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">D\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, je ne sais comment, le directeur se retrouve soudain \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Il prend la situation tr\u00e8s au s\u00e9rieux. Il d\u00e9croche une seconde ligne et appelle la police&nbsp;: \u00ab&nbsp;Passez-moi le commissaire, cette fois j\u2019en tiens un, au num\u00e9ro <strong>54<\/strong>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Je me souviens d\u2019avoir vu les deux hommes sortir de la maison&nbsp;: leurs cheveux \u00e9taient gris.<\/p>\n<p>\u00c0 mon r\u00e9veil, le nombre <strong>54<\/strong> clignotait sans cesse dans ma t\u00eate.<\/p>\n<p>Cela a d\u00e9clench\u00e9 soudainement des souvenirs qui ont resurgi avec force dans mon esprit. Quelque chose m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 dans mon enfance. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 comprendre certaines de mes r\u00e9actions jusque-l\u00e0 inexplicables. Par exemple, lorsque mon fils, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de sept ans, le m\u00eame \u00e2ge que j\u2019avais lorsque j\u2019ai \u00e9t\u00e9 abus\u00e9e, a commenc\u00e9 le cat\u00e9chisme. En serrant pour la premi\u00e8re fois la main du pr\u00eatre, j\u2019ai eu le sentiment, dans un choc total, d\u2019\u00eatre viol\u00e9e. Cette sensation \u00e9tait atroce, incompr\u00e9hensible. C\u2019est alors qu\u2019a commenc\u00e9 le long voyage \u00e0 travers le <em>nigredo<\/em>, avant d\u2019atteindre le <em>rubedo<\/em>. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 abus\u00e9e par le pr\u00eatre qui me donnait les cours de cat\u00e9chisme.<\/p>\n<p><strong>Susan, pouvez-vous nous expliquer l\u2019importance du nombre 54&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>J\u2019en ai encore des frissons en repensant \u00e0 cette sc\u00e8ne. Ma fille est venue me voir avec son r\u00eave. Nous \u00e9tions assises sur mon lit. Elle me le raconte. Au milieu, elle mentionne le nombre <strong>54<\/strong>. Une intuition soudaine me pousse \u00e0 prendre l\u2019annuaire et \u00e0 chercher le num\u00e9ro de la cure. C\u2019\u00e9tait le <strong>54<\/strong>. Nous sommes tomb\u00e9es dans les bras l\u2019une de l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong>Susan, comment cela vous a-t-il affect\u00e9e, et comment, avec Pierre-Yves, avez-vous r\u00e9agi, en couple et en famille, face \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9 difficile&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>J\u2019\u00e9tais horrifi\u00e9e. Cela me semblait impossible, mais j\u2019ai fait confiance \u00e0 ma fille et je l\u2019ai crue. Je suis all\u00e9e voir la famille de la seconde fillette, celle que le vicaire m\u2019a dit accompagner Catherine pour les le\u00e7ons. La famille a ni\u00e9 qu\u2019elle y soit all\u00e9e. Catherine avait mont\u00e9 et descendu ces marches seule.<\/p>\n<p>Pierre et moi, ensemble, nous avons soutenu notre fille dans sa qu\u00eate de gu\u00e9rison et de r\u00e9paration. Aid\u00e9e par un ami dominicain de la famille, elle a engag\u00e9 une proc\u00e9dure eccl\u00e9siastique. Lorsque Rome, alors dirig\u00e9e par le cardinal Ratzinger, a trouv\u00e9 le moyen de refuser, nous l\u2019avons serr\u00e9e contre nous. Puis, toujours avec l\u2019aide du dominicain, elle a engag\u00e9 une proc\u00e9dure pastorale. Lorsque les \u00e9v\u00eaques suisses se sont finalement rang\u00e9s \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, nous sommes all\u00e9s remercier notre ami dominicain, qui a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 une messe familiale pour nous. Ce fut notre derni\u00e8re messe en famille. Notre foi en l\u2019\u00c9glise \u00e9tait bris\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Durant l\u2019hiver de votre mariage, une autre r\u00e9v\u00e9lation est venue de la famille \u00e9largie. Pouvez-vous nous raconter ce qui s\u2019est pass\u00e9 qui vous a men\u00e9e \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 concernant votre propre fille&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>C\u2019est l\u2019un des sept fr\u00e8res de Pierre qui est venu chez nous pour nous annoncer que sa fille avait \u00e9t\u00e9 abus\u00e9e par son grand-p\u00e8re. Ce fut un v\u00e9ritable coup de tonnerre. Nous n\u2019avons pu que lui tendre les bras pour le consoler. Ce fr\u00e8re a pris sur lui d\u2019aller voir chacun de ses sept fr\u00e8res et s\u0153urs pour leur raconter son histoire tragique. Je vois l\u00e0 une force chez ces huit fr\u00e8res et s\u0153urs.<\/p>\n<p>Cinq ans plus tard, notre fille Lucie a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019interroger sur ce qui lui \u00e9tait arriv\u00e9 lors d\u2019un s\u00e9jour chez ses grands-parents fran\u00e7ais, alors que Pierre et moi \u00e9tions en Am\u00e9rique. Je ne me souvenais pas l\u2019avoir laiss\u00e9e aux soins de mes beaux-parents. Il m\u2019a fallu relire mes lettres \u00e0 mes parents pour me faire ouvrir les yeux.<\/p>\n<p><strong>Dix ans plus tard, une troisi\u00e8me petite-fille s\u2019est manifest\u00e9e avec des souvenirs vifs des abus de son grand-p\u00e8re. Pourriez-vous d\u00e9crire le contexte dans lequel ces souvenirs ont refait surface et l\u2019impact que cela a eu sur votre famille \u00e9largie&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan<\/strong>&nbsp;: La troisi\u00e8me petite-fille, apr\u00e8s avoir lu <em>La Familia<\/em> <em>Grande<\/em> de Camille Kouchner, a eu le souvenir soudain d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 abus\u00e9e par son grand-p\u00e8re pendant des vacances. Ce livre raconte l\u2019histoire d\u2019un inceste dissimul\u00e9 durant des d\u00e9cennies, et de ses cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices. Le r\u00e9cit de Kouchner a provoqu\u00e9 chez la petite-fille un retour brutal de ses souvenirs, et a \u00e9veill\u00e9 notre famille \u00e9largie aux horreurs de l\u2019inceste et \u00e0 quel point cela nous touchait de pr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation et \u00e0 la signature du \u00ab Document de reconnaissance et de responsabilit\u00e9 familiale \u00bb&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan<\/strong> : C\u2019est cette horreur qui a pouss\u00e9 notre g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 reconna\u00eetre notre part de responsabilit\u00e9 dans l\u2019inceste perp\u00e9tr\u00e9 par le grand-p\u00e8re. Nous avions tol\u00e9r\u00e9, voire encourag\u00e9, une atmosph\u00e8re incestueuse lors de nos grands rassemblements familiaux&nbsp;; nous en riions m\u00eame. Quand le grand-p\u00e8re, tard dans la nuit, frappait \u00e0 la porte de ses fils endormis avec leurs \u00e9pouses, nous riions.<\/p>\n<p>Quand le grand-p\u00e8re et ses fils chantaient des chansons graveleuses en faisant la vaisselle, nous riions. Quand le grand-p\u00e8re, propri\u00e9taire d\u2019une usine de bas pour femmes, photographiait les jambes de ses huit belles-filles, nous riions. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 nous avons enfin pris conscience de l\u2019horreur que ce grand-p\u00e8re perp\u00e9trait. Nous avons arr\u00eat\u00e9 de rire.<\/p>\n<p>Quand la troisi\u00e8me petite-fille s\u2019est exprim\u00e9e au sein de la famille du fr\u00e8re le plus r\u00e9ticent \u00e0 admettre les actes de son p\u00e8re, il a \u00e9cout\u00e9 sa fille et l\u2019a crue. Cette r\u00e9v\u00e9lation a ouvert la porte \u00e0 une prise de conscience collective au sein de notre g\u00e9n\u00e9ration, de notre responsabilit\u00e9. Nous n\u2019avions pas reconnu l\u2019atmosph\u00e8re incestueuse qui r\u00e9gnait dans la famille. En fermant les yeux, ou plut\u00f4t en ne faisant rien, nous avions contribu\u00e9 \u00e0 un laisser-aller&nbsp;qui avait permis \u00e0 mon beau-p\u00e8re d\u2019abuser trois de ses petites-filles.<\/p>\n<p>Les parents de la troisi\u00e8me petite-fille ont pris l\u2019initiative de r\u00e9diger un document reconnaissant notre responsabilit\u00e9. Chacun des sept fr\u00e8res et de la s\u0153ur a\u00een\u00e9e (deux des dix enfants originels \u00e9taient d\u00e9c\u00e9d\u00e9s), ainsi que leurs conjoints respectifs, l\u2019ont sign\u00e9. Ce document est un t\u00e9moignage extraordinaire de la force morale de la famille.<\/p>\n<p><strong>Comment avez-vous compris, ou r\u00e9ussi \u00e0 donner un sens au fait que les abus subis par vos deux filles, l\u2019une par un vicaire, l\u2019autre par votre beau-p\u00e8re, soient pass\u00e9s inaper\u00e7us \u00e0 l\u2019\u00e9poque&nbsp;?&nbsp;Quels conseils pourriez-vous offrir \u00e0 d\u2019autres parents pour les aider \u00e0 pr\u00e9venir, ou du moins \u00e0 reconna\u00eetre, des situations semblables&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>Pierre et moi nous sommes interrog\u00e9s. Nous avons cherch\u00e9 \u00e0 comprendre comment nous avions pu laisser cela arriver. Nous avons tous deux ressenti que nous \u00e9tions tout simplement trop occup\u00e9s. Rien ne remplace une oreille attentive, chaque jour. Nous avons failli \u00e0 ce devoir. De plus, nous avions plac\u00e9 notre confiance dans l\u2019institution de l\u2019\u00c9glise. Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019\u00c9glise, de l\u2019\u00e9cole, d\u2019un groupe scout ou de notre famille \u00e9largie, c\u2019est \u00e0 nous, les parents, qu\u2019incombe la responsabilit\u00e9 de nos enfants. Nous devions nous le rappeler.<\/p>\n<p><strong>Catherine&nbsp;: <\/strong>Je peux ajouter ceci&nbsp;: ne faites jamais confiance aveugl\u00e9ment, ni \u00e0 une institution ni \u00e0 une personne. V\u00e9rifiez par vous-m\u00eame. Et surtout&nbsp;: observez attentivement les dessins, les gribouillis ou toute autre expression cr\u00e9ative de vos enfants.<\/p>\n<p>L\u2019organisation <em>Kidpower International<\/em> enseigne des comp\u00e9tences de pr\u00e9vention qui aident les enfants \u00e0 rester en s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 agir avec discernement et \u00e0 croire en eux-m\u00eames. Elle fait de la pr\u00e9vention des abus en apprenant aux enfants que les parties intimes sont priv\u00e9es, et de la pr\u00e9vention du harc\u00e8lement. J\u2019ai moi-m\u00eame organis\u00e9 des ateliers dans l\u2019\u00e9cole de mes enfants, pour les \u00e9l\u00e8ves de six \u00e0 quatorze ans, anim\u00e9s par un instructeur professionnellement form\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Dans l\u2019esprit de venir en aide \u00e0 d\u2019autres personnes ayant pu vivre des exp\u00e9riences similaires, souhaitez-vous partager ce qui vous a aid\u00e9es \u00e0 affronter la douloureuse v\u00e9rit\u00e9 des abus sexuels au sein de votre famille, et ce qui, au contraire, a pu \u00eatre nocif ou aurait pu l\u2019\u00eatre&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>Ce qui m\u2019a aid\u00e9e \u00e0 affronter la douloureuse v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019abus sexuel, c\u2019est d\u2019abord le soutien total de mon mari. Et ensuite, ma confiance absolue en chacune de mes filles.<\/p>\n<p>Ce qui a \u00e9t\u00e9 nocif c\u2019est mon adh\u00e9sion \u00e0 un code d\u2019\u00e9ducation trop strict inculqu\u00e9 par l\u2019\u00c9glise. Dans l\u2019\u00e9ducation de nos enfants, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 trop rigide. Par exemple, j\u2019ai adopt\u00e9 trop facilement les r\u00e8gles strictes du Car\u00eame, ce qui a conduit Catherine \u00e0 agir en cachette.<\/p>\n<p><strong>Catherine&nbsp;: <\/strong>Pendant le Car\u00eame, nous n\u2019avions pas le droit aux bonbons \u00e0 la maison, et si nous en recevions, nous devions les mettre dans un petit sac en papier distribu\u00e9 par notre paroisse, puis rapporter ce sac \u00e0 l\u2019\u00e9glise. Je me souviens encore de la couleur violette du sac. Alors, quand le pr\u00eatre me donnait des bonbons, des bonbons orange, je les cachais sous les bo\u00eetes aux lettres de notre immeuble. J\u2019\u00e9tais coupable. Je n\u2019avais jamais compris pourquoi je ne pouvais pas manger un bonbon orange, ni m\u00eame porter quoi que ce soit de couleur orange.<\/p>\n<p>Ce qui a \u00e9t\u00e9 si destructeur : l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9, le questionnement, le scepticisme, le doute. Pas de la part de ma famille proche, mais de certaines personnes autour de nous, et de l\u2019\u00c9glise, durant les longues ann\u00e9es du proc\u00e8s eccl\u00e9siastique. Il faut une grande force int\u00e9rieure pour r\u00e9sister \u00e0 une telle incr\u00e9dulit\u00e9. Les victimes sont souvent les derni\u00e8res \u00e0 reconna\u00eetre ou \u00e0 croire en leur propre v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Je dirais donc que, par-dessus tout, ce qui m\u2019a aid\u00e9e, c\u2019est de comprendre que rien de tout cela n\u2019\u00e9tait ma faute. Cette prise de conscience a lev\u00e9 la culpabilit\u00e9 en moi. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e de son poids. Je me suis souvent vue comme un oiseau en cage. Affronter la v\u00e9rit\u00e9 a peu \u00e0 peu ouvert la porte de ma cage. J\u2019\u00e9tais libre. Je pouvais voler.<\/p>\n<p>Je ne dis pas qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019ombre. Une part d\u2019ombre demeure, mais en reconna\u00eetre la cause m\u2019a donn\u00e9 la force de la g\u00e9rer.<\/p>\n<p><strong>Souhaitez-vous dire un mot sur l\u2019exp\u00e9rience de votre famille avec la th\u00e9rapie&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>Notre famille a beaucoup b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019aide d\u2019analystes jungiens. Mes trois ann\u00e9es d\u2019analyse ont renforc\u00e9 ma connaissance de moi.<\/p>\n<p>En revanche, Pierre a souffert de sa th\u00e9rapie. Il avait consult\u00e9 un th\u00e9rapeute freudien qui consid\u00e9rait les abus sexuels sur enfants comme une norme, et estimait qu\u2019il ne devait pas s\u2019attarder sur ce qu\u2019il avait subi de la part d\u2019un pr\u00eatre au pensionnat. J\u2019en ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin lorsque ce th\u00e9rapeute m\u2019a appel\u00e9e dans son cabinet pour me dire d\u2019arr\u00eater d\u2019en parler avec mon mari, que \u00ab c\u2019\u00e9tait normal \u00bb. Pierre a ensuite chang\u00e9 de th\u00e9rapeute, mais il n\u2019a jamais pu trouver quelqu\u2019un qui r\u00e9ponde vraiment \u00e0 ses besoins.<\/p>\n<p><strong>Catherine&nbsp;: <\/strong>Dans ma vingtaine, alors que j\u2019\u00e9tais anorexique, j\u2019ai consult\u00e9 une psychiatre freudienne.<\/p>\n<p>Dans la trentaine, j\u2019ai vu un analyste Jungien durant un an et demi. Malgr\u00e9 son avertissement que ce serait dangereux, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019arr\u00eater. Peut-\u00eatre avait-il d\u00e9j\u00e0 per\u00e7u ce que je n\u2019\u00e9tais pas encore pr\u00eate \u00e0 voir.<\/p>\n<p>Huit mois plus tard, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 voir un autre analyste Jungien, et je suis rest\u00e9e avec lui pendant trois ans. C\u2019est au cours de cette p\u00e9riode qu\u2019a surgi le r\u00eave dont j\u2019ai parl\u00e9 plus t\u00f4t, puis que les souvenirs de l\u2019abus sont revenus.<\/p>\n<p>Comme je doutais de mes souvenirs, je suis retourn\u00e9e voir ma premi\u00e8re psychiatre freudienne. Je ne savais pas s\u2019ils \u00e9taient r\u00e9els. Mais elle ne croyait pas vraiment que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 abus\u00e9e enfant. Cela a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s destructeur.<\/p>\n<p>Par la suite, j\u2019ai consult\u00e9 un m\u00e9decin psychoth\u00e9rapeute pratiquant l\u2019hypnose Ericksonienne. Ce travail, centr\u00e9 sur la m\u00e9moire du corps, m\u2019a aid\u00e9e \u00e0 comprendre et \u00e0 valider les souvenirs de l\u2019abus.<\/p>\n<p><strong>Susan, maintenant que vous \u00eates dans le soir de l\u2019hiver, avec un nouveau nuage sombre venant mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve le mariage fort et beau, ext\u00e9rieur comme int\u00e9rieur, que vous avez construit avec Pierre-Yves, pourriez-vous d\u00e9crire certaines des difficult\u00e9s que vous affrontez aujourd\u2019hui en couple, et comment vous trouvez les moyens de rester connect\u00e9s, soutenus et pleins d\u2019espoir ensemble&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>C\u2019est notre force int\u00e9rieure, nourrie par des ann\u00e9es \u00e0 nous aimer, par le soutien que nous avons trouv\u00e9 dans nos <em>sit-downs<\/em> (nos rendez-vous de couple mensuels), dans nos pri\u00e8res du soir, et plus r\u00e9cemment dans nos exercices d\u2019imagination active, qui nous permet d\u2019affronter ensemble la maladie de Parkinson de Pierre. Nous ne pouvons pas esp\u00e9rer que cela s\u2019am\u00e9liorera. Nous savons que non. Nous essayons de nous rappeler qu\u2019apr\u00e8s chaque hiver vient le printemps.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9couvrons aussi qu\u2019avec l\u2019\u00e2ge, nous sommes tous deux dans notre dixi\u00e8me d\u00e9cennie, nos racines nous ram\u00e8nent vers notre enfance. Nous vivons davantage chacun dans notre monde : Pierre dans son monde fran\u00e7ais, moi dans mon monde am\u00e9ricain. Parfois ces deux mondes s\u2019affrontent. Je pense alors aux petits chiens magn\u00e9tiques en plastique, des terriers \u00e9cossais, l\u2019un noir, l\u2019autre blanc, avec lesquels je jouais enfant. Ils pouvaient s\u2019attirer ou se repousser selon le sens o\u00f9 on les orientait. Nous devons simplement nous orienter du bon c\u00f4t\u00e9 !<\/p>\n<p><strong>Pour conclure, j\u2019esp\u00e9rais que vous pourriez partager un peu de la sagesse que vous transmettez dans vos programmes d\u2019inspiration jungienne, et plus particuli\u00e8rement sur l\u2019imagination active&nbsp;: comment elle vous a aid\u00e9e dans votre parcours, comment vous continuez \u00e0 la pratiquer avec votre mari, ce que vous avez appris l\u2019un de l\u2019autre \u00e0 travers elle, et comment une telle pratique continue \u00e0 nourrir votre relation et votre \u00e9volution.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan&nbsp;: <\/strong>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mes ateliers dans les programmes jungiens se sont centr\u00e9s sur l\u2019\u00e9criture d\u2019un journal, l\u2019\u00e9coute de l\u2019\u00e2me et la pl\u00e9nitude. La composante jungienne y est sp\u00e9cifiquement abord\u00e9e dans chacune. Mais plus important encore est le registre jungien de mes cours. Je ne peux s\u00e9parer ce qui est devenu la partie la plus profonde de moi-m\u00eame de ce que j\u2019enseigne.<\/p>\n<p>Permettez-moi de donner un exemple de la mani\u00e8re dont j\u2019encourage une classe enti\u00e8re, sur Zoom, \u00e0 faire une imagination active avec leur \u00e2me. Je commence par un rappel de la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e2me et l\u2019imagination ont \u00e9t\u00e9 comprises au fil des si\u00e8cles. J\u2019explique comment nous pouvons utiliser notre imagination pour entrer dans le monde spirituel, la demeure de notre \u00e2me, en d\u00e9crivant la pratique de l\u2019imagination active et les cinq \u00e9tapes que j\u2019ai tir\u00e9es du <em>Mysterium Coniunctionis<\/em> de Jung (CW14, \u00a7&nbsp;706) et d\u00e9finies dans mon livre <em>\u00c9crire vers la pl\u00e9nitude <\/em>(p.&nbsp;41).<\/p>\n<ol>\n<li>Choisir une image pour repr\u00e9senter votre \u00e2me, ou mieux, la laisser vous choisir.<\/li>\n<li>La garder pr\u00e9sente tout en lui demandant ce qu\u2019elle veut vous dire.<\/li>\n<li>Placer cette image sur la sc\u00e8ne de votre imagination.<\/li>\n<li>Prendre part \u00e0 la sc\u00e8ne. Parler et \u00e9couter votre image.<\/li>\n<li>\u00c9crire ce qui s\u2019est pass\u00e9, en d\u00e9crivant bri\u00e8vement l\u2019image, puis en r\u00e9digeant le dialogue.<\/li>\n<\/ol>\n<p>La derni\u00e8re \u00e9tape est essentielle, sinon nous oublierons. Nous risquerions m\u00eame de minimiser l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Pierre et moi avons d\u00e9couvert que nous pouvions faire cela ensemble, chacun avec un crayon et son propre carnet, assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te mais sans rien partager avant d\u2019avoir termin\u00e9. Je guide l\u00e9g\u00e8rement l\u2019exercice, en introduisant chaque \u00e9tape. Les r\u00e9sultats sont \u00e9tonnants. Si nous entrons v\u00e9ritablement dans l\u2019exercice avec bonne foi, en lib\u00e9rant notre esprit de tous les d\u00e9bris qui bloquent la porte de notre imagination, notre \u00e2me nous parlera.<\/p>\n<p>Une r\u00e9cente imagination active pour Pierre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e avec l\u2019image d\u2019un feu de bois dans notre chemin\u00e9e. A travers cette image son \u00e2me lui a dit que pour le maintenir allum\u00e9, il devait continuer \u00e0 y ajouter du bois. Simple&nbsp;! Mais, traduit spirituellement, pour dialoguer avec son \u00e2me, il devait la nourrir, continuer \u00e0 lui parler.<\/p>\n<p>Pour moi, lors d\u2019un exercice r\u00e9cent, l\u2019image \u00e9tait celle de deux roses fan\u00e9es dans un vase. Je voulais qu\u2019elles se rapprochent. Mon \u00e2me m\u2019a dit qu\u2019elles n\u2019en avaient pas besoin, qu\u2019elles \u00e9taient dans le m\u00eame vase et qu\u2019elles avaient besoin d\u2019espace. Ce fut une le\u00e7on pour moi&nbsp;: donner de l\u2019espace \u00e0 mon mari&nbsp;!<\/p>\n<p>Quand Pierre partage cet exercice avec l\u2019un de ses enfants ou de ses fr\u00e8res, ils trouvent cela difficile \u00e0 imaginer. Et l\u00e0 nous avons toute la le\u00e7on. Je viens de dire que c\u2019est difficile \u00e0 imaginer.<\/p>\n<p>Tout comme soixante-six ann\u00e9es d\u2019un mariage \u00e9panoui&nbsp;!<\/p>\n<p><strong>Merci, Susan et Catherine, pour votre ouverture et votre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 en partageant des aspects aussi profond\u00e9ment personnels et douloureux de votre histoire familiale. Votre courage honore non seulement votre propre parcours, mais offre aussi une source pr\u00e9cieuse de compr\u00e9hension et d\u2019esp\u00e9rance \u00e0 d\u2019autres. Ce fut un privil\u00e8ge de partager votre r\u00e9cit et les r\u00e9flexions profondes que vous proposez dans votre livre <em>Les saisons de l\u2019amour, Un mariage qui traverse le temps<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/jps\/articles\/peggy-vermeesch\/interview2-susan-tiberghien\/\">Entretien original<\/a> r\u00e9alis\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/peggy-vermeesch\/\">par Peggy Vermeesch<\/a>, <br \/>\ntraduit par Catherine Chevron-Tiberghien.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Novembre 2025<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-31420\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/susan-tiberghien.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"126\" \/><\/p>\n<h2>Susan Tiberghien<\/h2>\n<p>Susan Tiberghien, \u00e9crivaine am\u00e9ricaine vivant \u00e0 Gen\u00e8ve, en Suisse, a \u00e9crit 5 m\u00e9moires et 2 livres de non-fiction. Elle est titulaire d\u2019une licence en litt\u00e9rature et en philosophie (Phi Beta Kappa) et a poursuivi des \u00e9tudes sup\u00e9rieures \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Grenoble, en France, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019Institut C.G. Jung de K\u00fcsnacht, en Suisse.<\/p>\n<p>Elle enseigne au sein des soci\u00e9t\u00e9s jungiennes (C.G. Jung Societies), de l\u2019International Women\u2019s Writing Guild, ainsi que dans divers centres et conf\u00e9rences d\u2019\u00e9criture aux \u00c9tats-Unis et en Europe.<\/p>\n<p>Son site Internet : <a href=\"http:\/\/www.susantiberghien.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.susantiberghien.com<\/a><\/p>\n<p><strong>Pour en savoir plus<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/susan-tiberghien\/\">\u00c9crire vers la Pl\u00e9nitude<\/a>, entretien avec Susan Tiberghien<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/saisons-amour\/\">T\u00e9n\u00e8bres et lumi\u00e8re dans les Saison de l\u2019amour<\/a>, entretien avec Susan Tiberghien et Catherine Chevron-Tiberghien<\/li>\n<\/ul>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un \u00e9change \u00e0 la fois tendre et sans d\u00e9tour, Peggy Vermeesch s\u2019entretient avec Susan Tiberghien, auteure am\u00e9ricaine et enseignante en \u00e9criture cr\u00e9ative d\u2019inspiration jungienne, \u00e0 propos de son r\u00e9cit autobiographique Seasons of Love : A Lasting Marriage, l\u2019histoire de ses soixante-six ann\u00e9es de vie partag\u00e9e avec son mari fran\u00e7ais, marqu\u00e9es par la joie, la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":0,"parent":16720,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-31572","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31572"}],"version-history":[{"count":52,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31572\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":32003,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31572\/revisions\/32003"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16720"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}