{"id":31295,"date":"2025-10-14T08:03:20","date_gmt":"2025-10-14T06:03:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=31295"},"modified":"2025-11-27T09:06:42","modified_gmt":"2025-11-27T08:06:42","slug":"errer-dans-les-backrooms","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/dragana-favre\/errer-dans-les-backrooms\/","title":{"rendered":"Errer dans les Backrooms : espaces liminaux, mythe num\u00e9rique et lecture jungienne du vide"},"content":{"rendered":"<p><strong>Dans ce diptyque, Dragana Favre explore les <em>Backrooms<\/em> comme une figure contemporaine de la <em>katabasis<\/em>, une descente dans l\u2019inconscient collectif \u00e0 l\u2019\u00e8re num\u00e9rique.&nbsp;<\/strong><strong> Entre mythologie d\u00e9faite, angoisse du vide et esth\u00e9tique liminale, elle met en r\u00e9sonance jeux vid\u00e9o, cin\u00e9ma et art contemporain avec la pens\u00e9e de Jung.<\/strong><\/p>\n<p>Une r\u00e9flexion originale qui \u00e9claire les formes nouvelles de l\u2019imaginaire et de la dissociation psychique dans notre monde satur\u00e9 de donn\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/jps\/articles\/dragana-favre\/backrooms\/\">Version anglaise de cet article<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><br \/>\n<\/strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-31266\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/backroom-1.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"314\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/backroom-1.jpg 600w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/backroom-1-300x157.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Sur cette page<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"#horreur\">Horreur liminale, <em>katabasis<\/em> num\u00e9rique et dissociation psychique<\/a>\n<ul>\n<li><a href=\"#mythe\">Les <em>Backrooms<\/em> : un mythe num\u00e9rique \u00e9mergent<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#dieux\">Un mythe sans dieux : l\u2019errance comme <em>katabasis<\/em> contemporaine<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#katabasis\">Qu\u2019entend-on par <em>katabasis<\/em> ?<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#rejouee\">La <em>katabasis<\/em> rejou\u00e9e dans les <em>Backrooms<\/em><\/a><\/li>\n<li><a href=\"#niveaux\">Niveaux de jeu : urgences sans cause, oppressions sans menace<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#vide\">Du mythe \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition vide : une post-symbolisation<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#dissociation\">Dissociation et non-lieu : l\u2019inconscient sans transcendance<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#supporter\">Supporter l\u2019absence, r\u00e9apprendre \u00e0 r\u00eaver<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><a href=\"#cinema\">Cin\u00e9ma, art et espaces de seuil dans la psych\u00e9 contemporaine<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#bibliographie\">Bibliographie<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><a id=\"horreur\"><\/a>Horreur liminale, <em>katabasis<\/em> num\u00e9rique et dissociation psychique<\/h1>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong><em>\u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 la compr\u00e9hension \u00e9choue, les images apparaissent.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><br \/>\n<strong>\u00ab\u00a0Ce qui est refoul\u00e9 se rend perceptible d\u2019une mani\u00e8re demi-sombre, comme une image spectrale, et c\u2019est ainsi qu\u2019on le rencontre comme inqui\u00e9tant.\u00a0\u00bb <\/strong>C.G. Jung,&nbsp;<em>CW 9i<\/em>, \u00a766<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2><a id=\"mythe\"><\/a>Les Backrooms : un mythe num\u00e9rique \u00e9mergent<\/h2>\n<p>Depuis quelque temps, un lieu \u00e9trange s\u2019est insinu\u00e9 dans les marges de l\u2019imaginaire num\u00e9rique : les <em>Backrooms<\/em>. Ce n\u2019est ni une simple l\u00e9gende urbaine ni un m\u00e8me passager, mais un mythe \u00e9mergent, n\u00e9 anonymement sur un forum puis propag\u00e9 comme un virus symbolique \u00e0 travers jeux vid\u00e9o, r\u00e9cits interactifs, vid\u00e9os YouTube, TikToks hant\u00e9s.<\/p>\n<p>Un mythe sans h\u00e9ros, sans dieux, sans r\u00e9cit clair mais avec une architecture mentale d\u2019une densit\u00e9 croissante. Un espace vide, mais satur\u00e9. Silencieux, mais grondant de pr\u00e9sence. Un <em>no man\u2019s land<\/em>&nbsp;tapiss\u00e9 de moquette humide, baign\u00e9 d\u2019une lumi\u00e8re trop jaune, peupl\u00e9 de couloirs sans fin, sans dehors, sans issue.<\/p>\n<p>Dans cette cartographie de l\u2019ennui m\u00e9taphysique, on ne meurt pas : on erre. Et cette errance est tout sauf anodine. Elle mime au pixel pr\u00e8s une descente dans l\u2019inconscient.<\/p>\n<p>Mais ici, la descente ne chute pas.<\/p>\n<p>Elle s\u2019\u00e9tire.<\/p>\n<p>Elle se dilate dans un temps sans bords, sans direction, sans fin.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas l\u2019enfer du mouvement ou de la torture, mais le cauchemar d\u2019un pr\u00e9sent fig\u00e9, d\u2019un \u00e9ternel retour sans variation, un temps circulaire et ralenti, o\u00f9 chaque seconde p\u00e8se comme une \u00e9ternit\u00e9 sans issue.<\/p>\n<p>Quelque chose guette, mais ne vient jamais.<\/p>\n<p>Ou plut\u00f4t :&nbsp;c\u2019est le temps lui-m\u00eame qui guette.<\/p>\n<p>Celle qui veille, c\u2019est cette boucle invisible, cette vigilance sans visage o\u00f9 l\u2019attente devient substance, o\u00f9 le silence s\u2019\u00e9paissit, o\u00f9 l\u2019angoisse devient atmosph\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas la menace d\u2019un \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e9crasement d\u2019un avenir qui ne vient pas, le vertige d\u2019un futur \u00e9vacu\u00e9.<\/p>\n<p>On ne sait plus depuis combien de temps on est l\u00e0.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre depuis toujours. Peut-\u00eatre depuis rien.<\/p>\n<h2><a id=\"dieux\"><\/a>Un mythe sans dieux : l\u2019errance comme <em>katabasis<\/em> contemporaine<\/h2>\n<p>Les Backrooms ne montrent pas seulement la&nbsp;peur du vide.<\/p>\n<p>Elles r\u00e9v\u00e8lent le&nbsp;vide de la peur.<\/p>\n<p>Elles ne rel\u00e8vent pas d\u2019un simple imaginaire fictif, mais d\u2019un&nbsp;espace symbolique brut, un miroir sans tain tendu \u00e0 une psych\u00e9 satur\u00e9e. Il ne s\u2019y passe presque rien, mais tout y insiste : une atmosph\u00e8re, un climat, une pr\u00e9sence qui n\u2019appara\u00eet jamais tout \u00e0 fait, mais dont l\u2019insistance use le r\u00e9el comme une goutte sur la pierre.<\/p>\n<h2><a id=\"katabasis\"><\/a>Qu\u2019entend-on par katabasis ?<\/h2>\n<p>En psychologie jungienne et en psychologie des profondeurs, la <em>katabasis<\/em> d\u00e9signe une descente symbolique dans l\u2019inconscient souvent v\u00e9cue comme une crise, une p\u00e9riode sombre o\u00f9 les structures de l\u2019ego s\u2019effondrent, o\u00f9 le mat\u00e9riau de l\u2019Ombre remonte \u00e0 la surface, ouvrant la voie \u00e0 une transformation potentielle.<\/p>\n<p>Elle correspond \u00e0 ce que la mystique appelle la \u00ab nuit noire de l\u2019\u00e2me \u00bb et, en alchimie, au nigredo,&nbsp;la phase de noircissement pr\u00e9alable \u00e0 toute renaissance. Dans le processus d\u2019individuation, la&nbsp;<em>katabasis&nbsp;<\/em>constitue une \u00e9tape n\u00e9cessaire : une plong\u00e9e dans l\u2019inconnu psychique pour r\u00e9cup\u00e9rer les aspects perdus ou refoul\u00e9s du Soi.<\/p>\n<h2><a id=\"rejouee\"><\/a>La katabasis rejou\u00e9e dans les Backrooms<\/h2>\n<p>Ce d\u00e9cor rejoue, de mani\u00e8re contemporaine et d\u00e9grad\u00e9e, les motifs de la&nbsp;<em>katabasis,<\/em>&nbsp;cette descente initiatique dans les profondeurs de la psych\u00e9 :<\/p>\n<ol style=\"list-style-type: lower-alpha;\">\n<li>Perte de rep\u00e8res : L\u2019espace n\u2019est pas lin\u00e9aire, mais cyclique, d\u00e9form\u00e9, incertain. Les lumi\u00e8res clignotent sans logique apparente, selon un rythme organique, comme si l\u2019architecture elle-m\u00eame respirait ou suffoquait.<\/li>\n<li>D\u00e9shumanisation progressive : Dans <em>Backrooms 1998<\/em>, la cam\u00e9ra tremble, la respiration s\u2019emballe, les sons prennent vie. Le joueur ne dirige plus l\u2019exp\u00e9rience : il y est absorb\u00e9, happ\u00e9 dans une boucle o\u00f9 le temps ne passe pas, il se referme.<\/li>\n<li>Rencontre avec l\u2019innommable : Des entit\u00e9s floues, sans visage, sans intention claire. Elles ne poursuivent pas toujours, parfois elles regardent simplement. Et ce regard, sans origine, sans jugement, est plus d\u00e9stabilisant qu\u2019une attaque : il est le visage nu de l\u2019angoisse.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><a id=\"niveaux\"><\/a>Niveaux de jeu : urgences sans cause, oppressions sans menace<\/h2>\n<p>Certains niveaux de jeux incarnent ces variations. Dans&nbsp;<em>Level !<\/em>, surnomm\u00e9&nbsp;<em>Run for your life&nbsp;<\/em>!, l\u2019utilisateur est jet\u00e9 dans une&nbsp;fuite panique&nbsp;sans raison ni destination. L\u2019urgence pr\u00e9c\u00e8de la narration. \u00c0 l\u2019inverse,&nbsp;<em>Level 0<\/em> met en sc\u00e8ne une oppression sans menace : aucun ennemi visible, mais une tension permanente, comme si le simple fait d\u2019exister l\u00e0 constituait une agression contre l\u2019int\u00e9grit\u00e9 psychique. Dans ces mondes, la dissociation n\u2019est pas une cons\u00e9quence, elle est la structure m\u00eame de l\u2019espace.<\/p>\n<h2><a id=\"vide\"><\/a>Du mythe \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition vide : une post-symbolisation<\/h2>\n<p>Cette dissolution des rep\u00e8res narratifs o\u00f9 il n\u2019y a ni qu\u00eate, ni monstre, ni salut, rend les Backrooms profond\u00e9ment post-mythologiques. Le mythe ne structure plus l\u2019exp\u00e9rience : il s\u2019effondre dans la r\u00e9p\u00e9tition vide. Le sacr\u00e9 n\u2019est plus convoqu\u00e9, il est simul\u00e9. On ne prie plus les dieux, on explore des <em>levels<\/em>. On ne consulte plus les oracles, on d\u00e9chiffre des data dumps.<\/p>\n<p>L\u2019Ombre, dans la psychologie jungienne, surgit souvent dans les marges, les r\u00eaves, les lapsus, les \u00e9tats-limites. Ici, elle se manifeste dans l\u2019hyperr\u00e9alisme d\u2019un n\u00e9on qui gr\u00e9sille, dans les textures trop parfaites, dans la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un couloir sans fin. Elle n\u2019\u00e9merge plus d\u2019une for\u00eat obscure, mais du clignotement st\u00e9rile d\u2019un monde qui refuse de finir.<\/p>\n<h2><a id=\"dissociation\"><\/a>Dissociation et non-lieu : l\u2019inconscient sans transcendance<\/h2>\n<p>Comme dans certains r\u00eaves cliniques (une maison \u00e0 mille \u00e9tages, un h\u00f4pital vide, des escaliers qui ne m\u00e8nent nulle part) les <em>Backrooms<\/em> rejouent une angoisse fondamentale :&nbsp;celle que le monde soit plein, mais insens\u00e9. Satur\u00e9 de d\u00e9tails, mais priv\u00e9 de signification.<\/p>\n<p>Dans notre culture surcharg\u00e9e de donn\u00e9es, d\u2019alertes, de rationalit\u00e9 fonctionnelle, ces lieux apparaissent comme un&nbsp;exutoire invers\u00e9&nbsp;: un lieu o\u00f9 rien ne se passe, mais o\u00f9 tout p\u00e8se. La moquette sale, les papiers froiss\u00e9s, les gr\u00e9sillements sans origine : autant de signes qui n\u2019indiquent plus rien. Le signe s\u2019est d\u00e9tach\u00e9 du sens.<\/p>\n<p>Marc Aug\u00e9 appelait cela les non-lieux : a\u00e9roports, h\u00f4tels, centres commerciaux, espaces de transit, sans identit\u00e9 propre. Mais ici, le non-lieu devient lieu total, une sc\u00e8ne close o\u00f9 le sujet tourne en boucle dans un espace qui lui refuse le symbolique.<\/p>\n<p>La&nbsp;fonction transcendante&nbsp;de Jung ne peut s\u2019activer : aucune troisi\u00e8me voie n\u2019appara\u00eet. Seul subsiste le retour du m\u00eame.<\/p>\n<h2><a id=\"supporter\"><\/a>Supporter l\u2019absence, r\u00e9apprendre \u00e0 r\u00eaver<\/h2>\n<p>L\u2019espace des <em>Backrooms<\/em> n\u2019est pas seulement une dystopie architecturale. C\u2019est un&nbsp;miroir fractur\u00e9&nbsp;o\u00f9 la psych\u00e9 contemporaine explore son propre vertige. Entre saturation sensorielle et absence de symbolisation, ces lieux t\u00e9moignent d\u2019un seuil profond : l\u00e0 o\u00f9 les formes arch\u00e9typales ne se manifestent plus dans la mythologie, mais dans la&nbsp;structure m\u00eame du vide.<\/p>\n<p>Dans cette errance fig\u00e9e, il ne s\u2019agit pas d\u2019interpr\u00e9ter. Il s\u2019agit de supporter l\u2019absence. Et peut-\u00eatre, en l\u2019habitant, de r\u00e9apprendre \u00e0 r\u00eaver autrement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-31267\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/backroom-2.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/backroom-2.jpg 600w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/backroom-2-300x195.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><strong><a id=\"cinema\"><\/a>Cin\u00e9ma, art et espaces de seuil dans la psych\u00e9 contemporaine<\/strong><\/h1>\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, les <em>Backrooms<\/em> semblent uniques, presque aberrantes. Mais en v\u00e9rit\u00e9, elles s\u2019inscrivent dans une constellation plus vaste, celle d\u2019une sensibilit\u00e9 contemporaine marqu\u00e9e par l\u2019angoisse de l\u2019espace, la dissolution de l\u2019identit\u00e9 et la hantise d\u2019un vide qui ne s\u2019efface plus.<\/p>\n<p>Depuis plusieurs d\u00e9cennies d\u00e9j\u00e0, artistes, cin\u00e9astes et concepteurs de jeux vid\u00e9o fabriquent des mondes analogues : des espaces liminaux, ambigus, dans lesquels l\u2019imaginaire ne se d\u00e9ploie plus selon un r\u00e9cit, mais se d\u00e9compose dans un \u00e9tat. Ce ne sont pas des univers de narration, mais des mondes d\u2019intensit\u00e9, o\u00f9 la psych\u00e9 ne cherche plus un salut, mais une sortie, parfois sans issue.<\/p>\n<p>Certains films en incarnent l\u2019esth\u00e9tique avec une acuit\u00e9 troublante. Dans&nbsp;<em>Beau Is Afraid<\/em> (Ari Aster, 2023), chaque lieu devient une \u00e9preuve somatique : l\u2019appartement surprot\u00e9g\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9 d\u2019angoisse et de contr\u00f4le parano\u00efaque ; plus loin, la rue devient un cauchemar urbain, la for\u00eat un ventre hallucinatoire, la maison une matrice maternelle retourn\u00e9e. Ce ne sont pas des d\u00e9cors, ce sont des chambres mentales, des lieux d\u2019absorption psychique.<\/p>\n<p>Dans&nbsp;<em>Synecdoche, New York<\/em>(Charlie Kaufman, 2008), c\u2019est la sc\u00e8ne elle-m\u00eame qui engloutit la vie. Un homme reconstruit sa ville \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un hangar, pour y r\u00e9p\u00e9ter sa propre existence sans fin. La copie prolif\u00e8re, les doublures prennent le pas sur l\u2019original. Le r\u00e9cit s\u2019enroule sur lui-m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 saturation : le th\u00e9\u00e2tre devient psych\u00e9, et la psych\u00e9, r\u00e9p\u00e9tition vide.<\/p>\n<p>Avec Tarkovsky, dans&nbsp;<em>Stalker<\/em>&nbsp;(1979), l\u2019espace se fait r\u00e9ponse myst\u00e9rieuse : la Zone ne dit rien, mais elle jauge. Elle attend. Elle murmure. \u00c0 chaque pas, quelque chose d\u2019invisible d\u00e9cide, comme si l\u2019espace contenait un jugement latent. La lenteur n\u2019est pas esth\u00e9tique : elle est m\u00e9taphysique. Elle cr\u00e9e une attente sans objet, une tension suspendue, un seuil qui refuse de se nommer.<\/p>\n<p>Dans une direction plus brutale,&nbsp;<em>Cube<\/em>&nbsp;(Vincenzo Natali, 1997) met en sc\u00e8ne un pi\u00e8ge g\u00e9om\u00e9trique, o\u00f9 les personnages errent de salle en salle sans comprendre la logique qui les enferme. L\u2019humain n\u2019a plus d\u2019histoire, seulement des r\u00e9flexes. Chaque geste est un acte de survie dans un syst\u00e8me froid, math\u00e9matique, d\u00e9sincarn\u00e9.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9,&nbsp;<em>The Platform<\/em>&nbsp;(Galder Gaztelu-Urrutia, 2019) r\u00e9duit la descente au pur axe vertical. Une plateforme transporte la nourriture de cellule en cellule ; plus on descend, plus la faim, la honte et la violence prennent le pas sur le langage. Ce n\u2019est pas seulement le corps qui est affam\u00e9 : c\u2019est la subjectivit\u00e9 elle-m\u00eame, priv\u00e9e de toute transcendance.<\/p>\n<p>Dans tous ces films, l\u2019espace n\u2019est pas un cadre, mais un sympt\u00f4me. Ce n\u2019est pas le d\u00e9cor qui angoisse, mais ce qu\u2019il emp\u00eache d\u2019\u00e9merger. Chaque salle, chaque recoin, chaque seuil est une sc\u00e8ne close o\u00f9 la symbolisation \u00e9choue. Il ne s\u2019agit plus de raconter un enfer : il s\u2019agit de&nbsp;le construire lentement, par couches, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il soit respirable.<\/p>\n<p>Ce mouvement d\u2019absorption se retrouve dans l\u2019art visuel contemporain, o\u00f9 ce n\u2019est plus la figure qui parle, mais le creux. Chez Gregor Schneider, dans ses installations comme&nbsp;<em>Haus u R<\/em>, les pi\u00e8ces semblent normales, mais quelque chose cloche : les couloirs se r\u00e9p\u00e8tent \u00e0 l\u2019identique, les murs se rapprochent imperceptiblement, l\u2019air devient trop dense. On croit \u00eatre chez soi, mais ce chez-soi est un leurre. L\u2019espace domestique devient un pi\u00e8ge doux, un lieu qui vous observe, vous guette, vous dissout.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, Rachel Whiteread fige l\u2019absence. En moulant des volumes n\u00e9gatifs (l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une pi\u00e8ce, l\u2019empreinte d\u2019un escalier) elle donne forme \u00e0 ce qui n\u2019est plus l\u00e0. Dans <em>Ghost<\/em>&nbsp;(1990) ou&nbsp;<em>House<\/em>&nbsp;(1993), c\u2019est le vide qui devient monument, le deuil qui devient structure, la disparition qui devient texture.<\/p>\n<p>Avec James Turrell, les&nbsp;<em>Ganzfeld Rooms<\/em>&nbsp;effacent jusqu\u2019aux contours. La lumi\u00e8re y est mati\u00e8re. Elle envahit tout. L\u2019\u0153il ne sait plus o\u00f9 s\u2019ancrer. Il n\u2019y a plus de profondeur, plus de rep\u00e8re, plus de direction. L\u2019espace se referme dans une perception sans objet. Ce n\u2019est plus nous qui regardons : c\u2019est la lumi\u00e8re qui nous regarde. On flotte dans un seuil sans bord.<\/p>\n<p>M\u00eame dans les marges num\u00e9riques, cette esth\u00e9tique prolif\u00e8re. Sur Reddit, Tumblr ou TikTok, de jeunes artistes publient des images de couloirs trop vides, de parkings souterrains sans humains, de piscines abandonn\u00e9es aux reflets flous. Des sc\u00e8nes banales, mais arrach\u00e9es \u00e0 leur contexte. Le familier devient spectral, l\u2019anodin devient dissociatif. Ces images ne montrent rien, mais elles \u00e9voquent une&nbsp;nostalgie sans objet, une&nbsp;perte sans r\u00e9cit, un&nbsp;malaise non localis\u00e9.<\/p>\n<p>Comme dans les <em>Backrooms<\/em>, tout pourrait \u00eatre un signe mais aucun ne s\u2019ouvre. La symbolisation est suspendue, comme dans certains r\u00eaves o\u00f9 l\u2019on revient dans une maison connue, mais o\u00f9 tout est fig\u00e9, trop propre, trop net. L\u2019espace est reconnaissable mais ne vous reconna\u00eet plus. L\u2019\u0153il cherche du sens, mais ne trouve que de la surface. Rien ne r\u00e9pond.<\/p>\n<p>Ce que les <em>Backrooms<\/em>, le cin\u00e9ma liminal, les jeux et l\u2019art contemporain ont en commun, ce n\u2019est ni un genre ni un langage, c\u2019est une exp\u00e9rience de seuil. Une suspension. Une densit\u00e9 sans forme. Une intensit\u00e9 qui ne cherche pas \u00e0 se dire, mais \u00e0 se faire ressentir.<\/p>\n<p>Ils parlent tous d\u2019un m\u00eame vide : celui que le symbolique n\u2019arrive plus \u00e0 habiter mais qui persiste pourtant, comme une angoisse sans origine, une pr\u00e9sence sans figure, un appel sans voix.<\/p>\n<p>Jung \u00e9crivait que l\u2019inconscient ne cesse jamais de produire des images, m\u00eame lorsque le Moi s\u2019effondre. Mais parfois, ce sont les images elles-m\u00eames qui vacillent. Elles deviennent trop nettes, trop vides, trop r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, ou au contraire trop floues, trop instables, trop dissoutes. Ce n\u2019est plus l\u2019imaginaire qui donne forme au chaos, mais le chaos qui contamine l\u2019imaginaire.<\/p>\n<p>Alors peut-\u00eatre faut-il cr\u00e9er sans lui. Fabriquer des seuils l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a plus de r\u00e9cit. Accueillir l\u2019absence de forme comme la derni\u00e8re forme de pr\u00e9sence. Et dans ce suspense, non pas fuir mais attendre que quelque chose insiste encore.<\/p>\n<p><strong>Ces espaces liminaux, entre errance et absence, nous invitent \u00e0 interroger ce que devient l\u2019imaginaire dans notre monde satur\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au terme de cette exploration, il reste peut-\u00eatre \u00e0 habiter le vide pour y r\u00e9apprendre \u00e0 r\u00eaver.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ainsi se dessine un miroir contemporain de la psych\u00e9 : fragment\u00e9, inqui\u00e9tant, mais porteur d\u2019une possible transformation.<\/strong><\/p>\n<h2><a id=\"bibliographie\"><\/a>Bibliographie<\/h2>\n<div class=\"su-accordion su-u-trim\"><div class=\"su-spoiler su-spoiler-style-default su-spoiler-icon-plus su-spoiler-closed\" data-scroll-offset=\"0\" data-anchor-in-url=\"no\"><div class=\"su-spoiler-title\" tabindex=\"0\" role=\"button\"><span class=\"su-spoiler-icon\"><\/span>Les bibliographies ci-dessous regroupent les r\u00e9f\u00e9rences mentionn\u00e9es dans chacun des deux volets<\/div><div class=\"su-spoiler-content su-u-clearfix su-u-trim\">\n<h3>Horreur liminale, katabasis num\u00e9rique et dissociation psychique<\/h3>\n<p>Aug\u00e9, M. (1992).&nbsp;<em>Non-lieux. Introduction \u00e0 une anthropologie de la surmodernit\u00e9<\/em>. Paris : Le Seuil.<\/p>\n<p>Han, B.-C. (2010).&nbsp;<em>La soci\u00e9t\u00e9 de la transparence<\/em>. Paris : \u00c9ditions Circ\u00e9.<\/p>\n<p>Jung, C. G. (1953\u20131979).<\/p>\n<ul>\n<li><em>Les arch\u00e9types de l\u2019inconscient collectif<\/em>&nbsp;(<em>Collected Works<\/em>, vol. 9i). Paris : Albin Michel \/ Buchet-Chastel.<\/li>\n<li><em>A\u00efon. \u00c9tudes sur la signification du Soi<\/em>&nbsp;(<em>Collected Works<\/em>, vol. 9ii). Paris : Albin Michel \/ Buchet-Chastel.<\/li>\n<li><em>Psychologie et alchimie<\/em>&nbsp;(<em>Collected Works<\/em>, vol. 12). Paris : Buchet-Chastel.<\/li>\n<li><em>La structure de l\u2019\u00e2me<\/em>. Paris : Albin Michel.<\/li>\n<li><em>L\u2019Homme \u00e0 la d\u00e9couverte de son \u00e2me<\/em>. Paris : Albin Michel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Tausk, V. (1919).&nbsp;<em>De l\u2019origine de l\u2019appareil \u00e0 influencer dans la schizophr\u00e9nie<\/em>.&nbsp;<em>Internationale Zeitschrift f\u00fcr Psychoanalyse<\/em>, 5(1), 1\u201333. (Trad. fr. in :&nbsp;<em>Archives de Psychologie<\/em>, 1975, 12(47), 1\u201333).<\/p>\n<h3>Jeux vid\u00e9o mentionn\u00e9s<\/h3>\n<ul>\n<li><em>Backrooms 1998<\/em>&nbsp;(D\u00e9velopp\u00e9 par SteelKrill Studio, 2022). Jeu de survie psychologique \u00e0 la premi\u00e8re personne.<\/li>\n<li><em>The Backrooms<\/em>&nbsp;(univers en ligne, mythe collectif participatif, depuis 2019). Bas\u00e9 sur une image post\u00e9e anonymement sur 4chan.<\/li>\n<li><em>Anemoiapolis<\/em>&nbsp;(D\u00e9velopp\u00e9 par Vector Interactive, 2023). Jeu d\u2019exploration liminale en environnement 3D.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Cin\u00e9ma, art et espaces de seuil dans la psych\u00e9 contemporaine<\/h3>\n<p>Aster, A. (R\u00e9alisateur). (2023).&nbsp;<em>Beau Is Afraid<\/em>&nbsp;[Film]. A24.<\/p>\n<p>Gaztelu-Urrutia, G. (R\u00e9alisateur). (2019).&nbsp;<em>The Platform<\/em>&nbsp;[Film]. Basque Films \/ Netflix.<\/p>\n<p>Kaufman, C. (R\u00e9alisateur). (2008).&nbsp;<em>Synecdoche, New York<\/em>&nbsp;[Film]. Sony Pictures Classics.<\/p>\n<p>Natali, V. (R\u00e9alisateur). (1997).&nbsp;<em>Cube<\/em>&nbsp;[Film]. Trimark Pictures.<\/p>\n<p>Schneider, G. (Artiste).&nbsp;<em>Haus u R<\/em>&nbsp;[Installation]. Pr\u00e9sent\u00e9e depuis les ann\u00e9es 1990, notamment \u00e0 la Biennale de Venise.<\/p>\n<p>Tarkovsky, A. (R\u00e9alisateur). (1979).&nbsp;<em>Stalker<\/em>&nbsp;[Film]. Mosfilm.<\/p>\n<p>Turrell, J. (Artiste).&nbsp;<em>Ganzfeld Rooms<\/em>&nbsp;[Installations lumineuses immersives]. Cr\u00e9ations en cours depuis les ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p>Whiteread, R. (Artiste). (1990\u20131993).&nbsp;<em>Ghost<\/em>&nbsp;(1990),&nbsp;<em>House<\/em>&nbsp;(1993) [Sculptures].<\/p>\n<\/div><\/div><\/div>\n<p style=\"text-align: right;\">Octobre 2025<\/p>\n<h2>Dragana Favre, MD, PhD<\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-30564 alignright\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/dragana-favre.jpg\" alt=\"\" width=\"90\" height=\"102\" \/>Dragana Favre est psychiatre FMH et docteure en neurosciences, sp\u00e9cialis\u00e9e en psychoth\u00e9rapie analytique. Form\u00e9e aux H\u00f4pitaux Universitaires de Gen\u00e8ve et \u00e0 l\u2019Institut C.G. Jung de Zurich, elle exerce en cabinet priv\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve et intervient r\u00e9guli\u00e8rement sur les th\u00e8mes de la psychologie jungienne, de la conscience et de la symbolisation.<\/p>\n<p>Titulaire d\u2019un doctorat en neurosciences (Universit\u00e9 d\u2019Alicante) apr\u00e8s un master \u00e0 G\u00f6ttingen, elle d\u00e9veloppe une approche int\u00e9grative fond\u00e9e sur les dynamiques arch\u00e9typiques, la temporalit\u00e9 psychique et la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la conscience.<\/p>\n<p>Elle si\u00e8ge au conseil d\u2019administration <a href=\"https:\/\/jungstudies.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">de l\u2019IAJS<\/a>, qu\u2019elle co-pr\u00e9side en 2024 et 2025, et anime <a href=\"https:\/\/www.jungiansalon.com\/fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">le Salon Jungien<\/a>, un espace de r\u00e9flexion vivant \u00e0 la crois\u00e9e de la clinique et des enjeux contemporains.<\/p>\n<p>Son site personnel : <a href=\"https:\/\/draganafavre.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">draganafavre.ch<\/a><\/p>\n<p><strong>Articles<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/jprobert\/entretien-dragana-favre\/\">Entretien avec Dragana Favre des neurosciences \u00e0 la profondeur de la psych\u00e9<\/a>.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/dragana-favre\/errer-dans-les-backrooms\/\">Errer dans les Backrooms : espaces liminaux, mythe num\u00e9rique et lecture jungienne du vide<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/dragana-favre\/tombez-amoureux-de-la-vie\/\">Tomber amoureux de la vie<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/dragana-favre\/emergence-sens-sans-corps-organique\/\">Le sens peut-il \u00e9merger sans le corps organique&nbsp; ?<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/dragana-favre\/temporalites-plurielles\/\">Temporalit\u00e9s plurielles du vivant et du synth\u00e9tique<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ce diptyque, Dragana Favre explore les Backrooms comme une figure contemporaine de la katabasis, une descente dans l\u2019inconscient collectif \u00e0 l\u2019\u00e8re num\u00e9rique.&nbsp; Entre mythologie d\u00e9faite, angoisse du vide et esth\u00e9tique liminale, elle met en r\u00e9sonance jeux vid\u00e9o, cin\u00e9ma et art contemporain avec la pens\u00e9e de Jung. Une r\u00e9flexion originale qui \u00e9claire les formes nouvelles [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":31297,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-31295","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31295","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31295"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31295\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":32101,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31295\/revisions\/32101"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/31297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31295"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}