{"id":30621,"date":"2025-08-11T03:11:27","date_gmt":"2025-08-11T01:11:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=30621"},"modified":"2025-08-28T06:19:23","modified_gmt":"2025-08-28T04:19:23","slug":"yury-li-toroptsov","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/jprobert\/yury-li-toroptsov\/","title":{"rendered":"Quand la psych\u00e9 parle en images : entretien avec Yury Li-Toroptsov"},"content":{"rendered":"<p><strong>De la ta\u00efga russe \u00e0 l\u2019Institut C.G. Jung de Zurich, Yury Li-Toroptsov a suivi un parcours fa\u00e7onn\u00e9 par les images, en tant que photographe, coach et analyste en formation travaillant avec les r\u00eaves, les contes de f\u00e9es et les symboles visuels. Pour lui, les images sont des expressions fondamentales de la psych\u00e9, r\u00e9v\u00e9lant ce que les mots ne peuvent pas dire, nous reliant \u00e0 des parts cach\u00e9es de nous-m\u00eames et guidant l\u2019exploration et la transformation int\u00e9rieures.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/jps\/articles\/jp-robert\/interview-yury-li-toroptsov\/\">Version anglaise de cet entretien<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-30615\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/yury-li-toroptsov-tigre.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/yury-li-toroptsov-tigre.jpg 600w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/yury-li-toroptsov-tigre-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\">Tigre \u00a9 <a href=\"#photo\">Yury Li-Toroptsov parle de cette photo dans l&rsquo;article<\/a><\/h6>\n<p><strong>J-P. Robert : Vous \u00eates en Bretagne au moment de cet \u00e9change, en ce mois d\u2019ao\u00fbt 2025. Si l\u2019on remonte le fil de votre itin\u00e9raire, de Vladivostok \u00e0 Paris, avec des \u00e9tapes \u00e0 New York et Zurich\u2026 pouvez-vous nous raconter ce parcours ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Yury Li-Toroptsov&nbsp;: <\/strong>Je viens d\u2019un village de 300 habitants qui s\u2019appelle Grodekovo, situ\u00e9 \u00e0 environ 250 kilom\u00e8tres au nord-est de Vladivostok, en plein c\u0153ur de la ta\u00efga. Un endroit isol\u00e9, entour\u00e9 de for\u00eats. Tr\u00e8s jeune, je r\u00eavais de voyages et d\u2019ailleurs. Je pense faire partie de ceux qui ont besoin de partir loin pour commencer \u00e0 comprendre qui ils sont. Et comprendre, j\u2019en avais besoin. N\u00e9 d\u2019un p\u00e8re cor\u00e9en et d\u2019une m\u00e8re russe, j\u2019ai perdu mon p\u00e8re tr\u00e8s t\u00f4t.<\/p>\n<p>Cette soif de voyage et d\u2019apprentissage m\u2019a d\u2019abord conduit \u00e0 Vladivostok, une ville de 600\u202f000 habitants. Apr\u00e8s une premi\u00e8re tentative rat\u00e9e, j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 int\u00e9grer l\u2019universit\u00e9. J\u2019\u00e9tais le premier de ma famille \u00e0 faire des \u00e9tudes sup\u00e9rieures. Apr\u00e8s un dipl\u00f4me d\u2019anglais, j\u2019ai obtenu une bourse pour poursuivre ma formation \u00e0 New York. J\u2019avais 24 ans.<\/p>\n<p>J\u2019ai int\u00e9gr\u00e9 la New School for Social Research pour y \u00e9tudier le management. Le contraste entre Vladivostok et New York \u00e9tait saisissant. Tout allait plus vite, tout semblait plus intense. Ces deux ann\u00e9es m\u2019ont profond\u00e9ment marqu\u00e9. J\u2019y ai d\u00e9couvert une libert\u00e9 de pens\u00e9e, des envies nouvelles, une \u00e9nergie qui m\u2019a donn\u00e9 confiance pour faire des choix que je n\u2019aurais jamais envisag\u00e9s auparavant.<\/p>\n<p>Une fois dipl\u00f4m\u00e9, en 2000, j\u2019ai trouv\u00e9 un poste qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 Paris. Et Paris est devenue mon chez-moi. J\u2019y ai construit ma vie professionnelle et personnelle, d\u00e9velopp\u00e9 mes projets, \u00e9largi mes centres d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Ma trajectoire n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 lin\u00e9aire. J\u2019ai toujours fait les choses un peu autrement. Par exemple, lorsque j\u2019ai quitt\u00e9 mon poste de consultant pour l\u2019ONU \u00e0 Paris afin de devenir artiste \u00e0 plein temps. Ce n\u2019\u00e9tait pas un caprice, c\u2019\u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, \u00eatre diff\u00e9rent a un prix. On ne rentre pas facilement dans les cases. Parfois, les autres ne savent pas trop comment te d\u00e9finir. Et il y a des moments o\u00f9 toi-m\u00eame tu te demandes si ta vie n\u2019est pas juste une suite de projets sans direction claire. J\u2019ai connu ces moments-l\u00e0. Ce qui m\u2019a aid\u00e9, ce sont les personnes rencontr\u00e9es en chemin, celles qui ont cru en moi. Gr\u00e2ce \u00e0 elles, j\u2019ai peu \u00e0 peu compris le fil conducteur de mon parcours. Ce n\u2019\u00e9tait pas du hasard. Il y avait un sens, m\u00eame si je ne le voyais pas encore \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, en tant que coach professionnel, j\u2019accompagne des personnes qui, elles aussi, sont en qu\u00eate de sens et de direction. Souvent, elles vivent entre plusieurs mondes. Elles sont cr\u00e9atives, ambitieuses, un peu \u00e0 part. Parfois, elles se sentent d\u00e9connect\u00e9es d\u2019elles-m\u00eames, ou ne savent plus tr\u00e8s bien o\u00f9 est leur place.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, mon chemin m\u2019a men\u00e9 \u00e0 Zurich, o\u00f9 je suis actuellement en formation<a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/tour\/institut_jung_kusnacht_zurich.htm\"> \u00e0 l\u2019Institut C.G. Jung<\/a>. J\u2019y poursuis un travail de fond, exigeant, qui nourrit et compl\u00e8te ce que je propose dans ma pratique \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Et aujourd\u2019hui, je vous parle depuis la Bretagne que j\u2019aime, sans doute l\u2019endroit le plus distant de Vladivostok sur la carte. J\u2019y passe plusieurs mois par an. C\u2019est un lieu o\u00f9 je me sens profond\u00e9ment connect\u00e9 \u00e0 la nature et aux \u00e9l\u00e9ments, un cadre propice \u00e0 la r\u00e9flexion, au ralentissement, et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Vous \u00eates actuellement en formation \u00e0 l\u2019Institut C.G. Jung de Zurich, tout en poursuivant votre activit\u00e9 professionnelle. Que repr\u00e9sente pour vous cet institut, et qu\u2019est-ce qui vous a donn\u00e9 l\u2019\u00e9lan d\u2019y entrer&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>Mon int\u00e9r\u00eat pour Jung remonte \u00e0 2003. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, je traversais une p\u00e9riode de profonde transformation professionnelle. Un jour, par hasard, je suis tomb\u00e9 sur Ma vie dans une librairie de la rue de Rivoli \u00e0 Paris. J\u2019ai ouvert le livre\u2026 et je ne l\u2019ai plus l\u00e2ch\u00e9. Je l\u2019ai litt\u00e9ralement d\u00e9vor\u00e9. \u00c0 partir de ce moment, Jung est rest\u00e9 pr\u00e9sent dans un coin de mon esprit. J\u2019ai lu ses textes, assist\u00e9 \u00e0 des conf\u00e9rences. Il y avait chez lui quelque chose d\u2019\u00e9trangement familier, alors m\u00eame que je n\u2019avais jamais entendu parler de lui avant ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p>Entre cette premi\u00e8re lecture en 2003 et ma candidature \u00e0 l\u2019Institut, il s\u2019est \u00e9coul\u00e9 vingt ans. Un long chemin, nourri de lectures, de rencontres, de formations, mais aussi de r\u00e9sistances. La d\u00e9cision finale m\u2019est venue d\u2019un r\u00eave. Un r\u00eave marquant, porteur d\u2019un message. J\u2019ai choisi de l\u2019\u00e9couter. J\u2019ai envoy\u00e9 ma candidature, et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 accept\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, suivre cette formation \u00e0 Zurich tout en poursuivant mon activit\u00e9 professionnelle \u00e0 Paris me permet de relier les fils de mon parcours. C\u2019est exigeant, mais profond\u00e9ment coh\u00e9rent. L\u2019Institut C.G. Jung repr\u00e9sente pour moi un espace de rigueur, de recherche int\u00e9rieure et d\u2019exploration symbolique, o\u00f9 je peux approfondir un travail entam\u00e9 depuis longtemps.<\/p>\n<p>L\u2019Institut est un lieu unique. \u00c0 la fois intellectuel et profond\u00e9ment humain. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019apprendre une th\u00e9orie, mais de la vivre, de l\u2019\u00e9prouver. Ce qui m\u2019a conduit l\u00e0, c\u2019est une forme d\u2019appel int\u00e9rieur&nbsp;: le besoin d\u2019habiter mes contradictions, de comprendre les images qui me traversent, et rencontrer d\u2019autres voyageurs en qu\u00eate de sens.<\/p>\n<p><strong>L\u2019image semble traverser toute votre vie, \u00e0 la fois comme photographe et comme explorateur de la psych\u00e9. Quel sens a pour vous le travail avec l\u2019image&nbsp;? Et comment l\u2019abordez-vous dans votre pratique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>Mon chemin de d\u00e9couverte de soi m\u2019a men\u00e9 aux quatre coins du monde. En route, sans le chercher consciemment, j\u2019ai d\u00e9couvert un outil d\u2019exploration int\u00e9rieure d\u2019une puissance rare&nbsp;: l\u2019image.<\/p>\n<p>Dans son introduction au <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/fleur_or.htm\">Commentaire sur le Myst\u00e8re de la Fleur d&rsquo;Or<\/a>, Jung \u00e9crit&nbsp;: \u00ab\u00a0L\u2019image est la psych\u00e9.\u00a0\u00bb Pour lui, les images ne sont pas seulement des repr\u00e9sentations visuelles du r\u00e9el, mais les expressions m\u00eames de la psych\u00e9, les moyens par lesquels l\u2019inconscient communique et guide notre d\u00e9veloppement int\u00e9rieur. L\u2019image est un ph\u00e9nom\u00e8ne psychique fondamental.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9finition r\u00e9sonne profond\u00e9ment en moi. Depuis mon plus jeune \u00e2ge, la vision, le regard, le rapport au visuel ont jou\u00e9 un r\u00f4le central dans mon d\u00e9veloppement. D\u2019une certaine mani\u00e8re, j\u2019ai toujours su me relier aux images. Elles m\u2019ont accompagn\u00e9 tout au long de la vie. Elles ont souvent \u00e9t\u00e9 des ressources l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres manquaient.<\/p>\n<p>J\u2019ai compris que l\u2019image est un fil rouge qui traverse toute ma trajectoire. Photographe, coach proposant des interventions bas\u00e9es sur l\u2019art, analyste en formation \u00e0 l\u2019Institut C.G. Jung&nbsp;: ces dimensions de mon parcours ont en commun un m\u00eame langage, celui de l\u2019image.<\/p>\n<p>Dans ma pratique de coaching, je travaille avec les images sous plusieurs formes&nbsp;: photographies, dessins spontan\u00e9s, r\u00eaves, contes de f\u00e9es, m\u00e9taphores\u2026 J\u2019accompagne \u00e0 la fois des clients individuels et des \u00e9quipes en entreprise. L\u2019image permet souvent de dire ce que les mots peinent \u00e0 exprimer.<\/p>\n<p>Elle rend visible ce qui est flou, enfoui ou refoul\u00e9, mais aussi ce qui peut indiquer une voie de sortie.<\/p>\n<p>Ce travail cr\u00e9e \u00e0 la fois une distance et une proximit\u00e9 nouvelle. Une distance qui permet de prendre du recul, et une proximit\u00e9 avec une part de soi longtemps oubli\u00e9e. C\u2019est particuli\u00e8rement utile dans les p\u00e9riodes de transition, de crise ou de r\u00e9orientation.<\/p>\n<p>Que ce soit avec des particuliers ou dans un cadre collectif en entreprise, je constate \u00e0 quel point les images permettent d\u2019aller vite, juste, et en profondeur. Elles ouvrent un espace d\u2019imagination, de dialogue et de transformation. Travailler avec l\u2019image, pour moi, c\u2019est travailler avec ce qui est vivant, mouvant, et profond\u00e9ment humain. La dimension symbolique de l\u2019image est une cl\u00e9 pour cr\u00e9er du sens. Et si nous traversons une crise aujourd\u2019hui, je crois que c\u2019est avant tout une crise de sens.<\/p>\n<p><strong>En tant que photographe et analyste en formation, comment vivez-vous cet afflux d\u2019images cr\u00e9\u00e9es par l\u2019intelligence artificielle&nbsp;? Vous sentez-vous concern\u00e9, interpell\u00e9, indiff\u00e9rent&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a un an, un client en entreprise m\u2019a propos\u00e9 d\u2019animer un atelier sur la cr\u00e9ation d\u2019images avec l\u2019intelligence artificielle. J\u2019ai d\u00e9clin\u00e9. L\u2019objectif \u00e9tait avant tout de divertir, de produire des images \u00ab\u00a0amusantes\u00a0\u00bb en \u00e9quipe. Mais ce type d\u2019usage me semble peu pertinent dans le cadre d\u2019un vrai travail avec l\u2019image. Cela ne m\u2019int\u00e9resse pas.<\/p>\n<p>En tant que photographe et analyste en formation, je suis profond\u00e9ment concern\u00e9 par le d\u00e9veloppement de ces technologies. Ce qui est fascinant, c\u2019est la facilit\u00e9 avec laquelle on peut d\u00e9sormais produire une image. En quelques secondes, sans appareil, sans mod\u00e8le, sans lumi\u00e8re. C\u2019est vertigineux. Mais ce qui m\u2019inqui\u00e8te, c\u2019est que ces images, aussi impressionnantes soient-elles, sont souvent vides de vie. Elles ne portent aucune trace de v\u00e9cu, de corps, d\u2019inconscient. Il y a l\u00e0 un risque r\u00e9el de d\u00e9shumanisation.<\/p>\n<p>Je ne suis pas oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019usage des outils g\u00e9n\u00e9ratifs en soi. S\u2019ils permettent d\u2019approfondir la relation \u00e0 soi, d\u2019explorer des imaginaires personnels, alors ils peuvent devenir int\u00e9ressants. Mais je n\u2019ai pas encore vu d\u2019exemples convaincants en ce sens. Pour l\u2019instant, la plupart des usages que j\u2019observe restent en surface. Ils produisent des images lisses, spectaculaires, mais sans profondeur.<\/p>\n<p>Le rythme des \u00e9volutions est si rapide que je pense que d\u2019autres usages \u00e9mergeront. Des usages plus sensibles, plus intimes peut-\u00eatre. Je reste attentif.<\/p>\n<p><strong><a id=\"photo\"><\/a>La photographie que vous avez s\u00e9lectionn\u00e9e en ouverture de cet entretien est forte, \u00e9vocatrice. Que dit-elle de vous, ou de ce que vous souhaitez transmettre dans cette conversation&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019image que vous voyez en ouverture de cet entretien est celle d\u2019un tigre. Elle fait partie d\u2019une s\u00e9rie intitul\u00e9e <em>Deleted Scene<\/em>, un projet photographique que j\u2019ai d\u2019abord expos\u00e9 au Mus\u00e9e de la Chasse et de la Nature \u00e0 Paris, et qui est aussi devenu un livre paru chez Kerher.<\/p>\n<p>Avec <em>Deleted Scene<\/em>, je suis retourn\u00e9 en Russie, sur les lieux li\u00e9s \u00e0 la m\u00e9moire dispers\u00e9e de mon p\u00e8re. C\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de marcher sur les traces d\u2019un h\u00e9ritage fragment\u00e9, de chercher des images l\u00e0 o\u00f9 il ne restait parfois presque rien.<\/p>\n<p>Le tigre est un animal important pour moi, \u00e0 la fois r\u00e9el et symbolique. Ils vivent dans les for\u00eats autour de Grodekovo, le village o\u00f9 j\u2019ai grandi. Mais ils habitent aussi ma psych\u00e9. Pour moi, le tigre repr\u00e9sente tout \u00e0 la fois&nbsp;: le bless\u00e9 et le gu\u00e9risseur, le chasseur et la proie, l\u2019agression et l\u2019agress\u00e9, le courage et la peur, le destin et la volont\u00e9, l\u2019abandonn\u00e9 et le retrouv\u00e9, un anc\u00eatre et un contemporain.<\/p>\n<p><strong>Les r\u00eaves et les contes de f\u00e9es occupent une place centrale dans vos \u00e9changes, qu\u2019ils soient individuels ou en petits groupes. Est-il vraiment possible de travailler sur les r\u00eaves en groupe restreint&nbsp;? Et si oui, dans quelles conditions cela devient-il f\u00e9cond&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>Pour moi, les r\u00eaves (et les contes de f\u00e9es d\u2019ailleurs) sont avant tout des images. Jung croyait que les images surgissent spontan\u00e9ment de l\u2019inconscient dans les r\u00eaves, les fantasmes, l\u2019art, les mythes et d\u2019autres formes symboliques. Elles agissent comme des \u00e9missaires, porteuses d\u2019\u00e9nergie psychique et contiennent des messages sp\u00e9cifiques \u00e0 la situation int\u00e9rieure de chacun. Leur fonction est de r\u00e9tablir un \u00e9quilibre psychologique et de soutenir un mouvement de transformation.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les petits groupes sont devenus, \u00e0 mes yeux, les derniers espaces collectifs o\u00f9 un travail en profondeur reste possible. Les groupes que j\u2019anime autour des r\u00eaves, tout au long de l\u2019ann\u00e9e, le plus souvent en ligne, sont pour moi des sources profondes de joie. J\u2019aime profond\u00e9ment ce travail.<\/p>\n<p>Comme tout travail de groupe, il demande une grande attention. Les r\u00eaves sont des substances psychoactives&nbsp;: ils touchent, ils remuent, ils agissent. Il faut donc poser un cadre, instaurer de la confiance, et cr\u00e9er les conditions d\u2019une \u00e9coute respectueuse.<\/p>\n<p>Mais lorsque ce cadre est en place, l\u2019exp\u00e9rience peut \u00eatre extraordinairement f\u00e9conde. Un r\u00eave partag\u00e9 et explor\u00e9 en groupe devient un miroir multiple. Il \u00e9claire non seulement celui qui l\u2019a fait, mais aussi les autres. Il r\u00e9veille chez chacun des images, des \u00e9chos, des r\u00e9sonances. Et parfois, il touche quelque chose de plus grand&nbsp;: un noyau d\u2019humanit\u00e9 commune.<\/p>\n<p><strong>Pour conclure, comment les jeunes g\u00e9n\u00e9rations per\u00e7oivent-elles aujourd\u2019hui la psychologie jungienne, face \u00e0 un monde en mutation rapide et souvent source d\u2019angoisse&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>Je constate une vraie curiosit\u00e9. Beaucoup de jeunes sont \u00e0 la recherche de sens, au-del\u00e0 des r\u00e9ponses imm\u00e9diates ou techniques. Ce que Jung propose, l\u2019individuation, la relation aux figures internes, la profondeur du r\u00eave offre une boussole dans un monde fragment\u00e9. Ce n\u2019est pas une m\u00e9thode rapide, mais une invitation \u00e0 se rencontrer soi-m\u00eame. Et \u00e7a, je crois que c\u2019est profond\u00e9ment subversif aujourd\u2019hui, au sens o\u00f9 cela remet en question les valeurs dominantes de notre \u00e9poque.<\/p>\n<p><em>Puisez dans vos r\u00eaves, vos images et vos \u00e9lans int\u00e9rieurs&nbsp;: comme Yury Li-Toroptsov, osez suivre le chemin qui vous ressemble, m\u00eame s\u2019il ne ressemble \u00e0 aucun autre.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Entretien men\u00e9 par&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/jprobert\/\">Jean-Pierre Robert<\/a>&nbsp;\u2013 Ao\u00fbt 2025<\/p>\n<h2><a id=\"yury\"><\/a>Yury Li-Toroptsov<\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-30614 alignright\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/yury-li-toroptsov.jpg\" alt=\"\" width=\"120\" height=\"120\" \/>Photographe et explorateur visuel, Yury Li-Toroptsov capte des instants o\u00f9 la po\u00e9sie du quotidien se m\u00eale \u00e0 l\u2019inattendu. Son regard, nourri par des voyages et des rencontres, r\u00e9v\u00e8le des paysages int\u00e9rieurs autant qu\u2019ext\u00e9rieurs.&nbsp;<\/p>\n<p>Coach professionnel, Li-Toroptsov est \u00e9galement analyste jungien en formation \u00e0 l\u2019Institut C.G. Jung de Zurich.<\/p>\n<ul>\n<li>D\u00e9couvrez son univers : <a href=\"https:\/\/www.toroptsov.com\/biographie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">toroptsov.com<\/a><\/li>\n<li>\u00c9couter l\u2019<a href=\"https:\/\/surlestracesdejung.fr\/audios\/a-linstitut-jung-de-zurich-les-archives-dimages-des-patients\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">un des podcasts qui lui sont consacr\u00e9s<\/a> sur le site Sur les traces de Jung<\/li>\n<\/ul>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la ta\u00efga russe \u00e0 l\u2019Institut C.G. Jung de Zurich, Yury Li-Toroptsov a suivi un parcours fa\u00e7onn\u00e9 par les images, en tant que photographe, coach et analyste en formation travaillant avec les r\u00eaves, les contes de f\u00e9es et les symboles visuels. 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