{"id":29820,"date":"2025-06-20T04:26:33","date_gmt":"2025-06-20T02:26:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=29820"},"modified":"2025-06-27T06:49:02","modified_gmt":"2025-06-27T04:49:02","slug":"soi-porte","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/michelle-nahon\/soi-porte\/","title":{"rendered":"Quand le Soi vient frapper \u00e0 notre porte"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00c0 travers le mythe de Phil\u00e9mon et Baucis, Michelle Nahon nous montre l\u2019union paisible du moi et de l\u2019anima ou de l\u2019animus, dans une conscience pr\u00eate \u00e0 accueillir le Soi. Une sagesse discr\u00e8te, enracin\u00e9e dans l\u2019ouverture du c\u0153ur.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-29822\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/philemon-baucis.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"463\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/philemon-baucis.jpg 600w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/philemon-baucis-300x232.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Jupiter et Mercure avec Philemon et Baucis &#8211; Pierre Paul Rubens &#8211; <a href=\"https:\/\/www.metmuseum.org\/art\/collection\/search\/771401\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Domaine public<\/a><\/p>\n<h2>&nbsp;<\/h2>\n<h2>L&rsquo;histoire de Phil\u00e9mon et Baucis<\/h2>\n<p>La belle histoire mythique de Phil\u00e9mon et Baucis nous \u00e9claire sur la conduite \u00e0 tenir pour accueillir le Soi.&nbsp;<\/p>\n<p>Ce vieux couple -le <em>moi<\/em> et l&rsquo;<em>animus<\/em> ou le <em>moi<\/em> et l&rsquo;<em>anima<\/em>&#8211; est arriv\u00e9 \u00e0 <em>l&rsquo;harmonie non dans l&rsquo;avoir mais dans l&rsquo;\u00eatre.<\/em><\/p>\n<p>Un soir, sous une figure mortelle, Jupiter -l\u2019un des symboles du <em>Soi<\/em>&#8211; sollicite place et repos dans les collines phrygiennes. Il est accompagn\u00e9 de Mercure qui a \u00f4t\u00e9 ses ailes.<\/p>\n<p><em>Temps privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 la mati\u00e8re a su int\u00e9grer l&rsquo;esprit et o\u00f9 le spirituel se fait<\/em> <em>mati\u00e8re.<\/em> Les alchimistes donnaient une directive dans une formule dense : corporifiez l&rsquo;esprit et spiritualisez le corps.<\/p>\n<p>Mille maisons les dieux approchent, mille maisons se ferment au verrou. Une seule les re\u00e7oit, petite il est vrai, construite en chaumes et joncs de marais.<\/p>\n<p>Pas de m\u00e9fiance, l&rsquo;accueil le plus direct \u00e0 la manifestation du <em>Soi<\/em> comme si <em>le vieux couple \u00e9tait en \u00e9tat de vigilance et de r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 toute manifestation de la vie qu&rsquo;elle soit int\u00e9rieure ou ext\u00e9rieure.<\/em><\/p>\n<h2>Le Soi veut entrer en relation<\/h2>\n<p>Le Soi veut entrer en relation puisqu&rsquo;il est accompagn\u00e9 de Mercure, son messager, celui qui cr\u00e9e le lien entre les dieux et les hommes ou entre le Soi et le moi. En ayant d\u00e9pos\u00e9 ses ailes, Mercure souligne bien qu&rsquo;il s&rsquo;agit de cette mise en relation. Alors que pourvu d&rsquo;ailes, il est plut\u00f4t l&rsquo;interpr\u00e8te de la volont\u00e9 divine et le protecteur des h\u00e9ros.<\/p>\n<p>La porte n&rsquo;est pas ferm\u00e9e \u00e0 cl\u00e9 car <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/alchimie\/1989\/janvier.htm\">elle symbolise la douzi\u00e8me et derni\u00e8re porte de la sagesse<\/a>,<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab&nbsp;celle qui nous apprend \u00e0 laisser venir le nouveau afin de cr\u00e9er notre propre vie.&nbsp;\u00bb<br \/>\nRipley Georges, <em>Le livre des douze portes<\/em>, Londres, 1591<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les dieux doivent se courber pour passer le seuil tant la porte est basse\u2026 Ce d\u00e9tail peut souligner l&rsquo;exigu\u00eft\u00e9 de cette pauvre chaumi\u00e8re mais il peut aussi indiquer un symbolisme que l&rsquo;on retrouve par exemple dans la franc-ma\u00e7onnerie o\u00f9 la porte du temple doit \u00eatre tr\u00e8s basse.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab&nbsp;Le profane en p\u00e9n\u00e9trant dans le temple doit se courber, non en signe d&rsquo;humilit\u00e9, mais pour marquer la difficult\u00e9 du passage du monde profane au monde initiatique&nbsp;\u00bb.<br \/>\nJules Boucher, <em>La symbolique ma\u00e7onnique<\/em>, Paris, 1953, cit\u00e9 dans <em>Le dictionnaire des symboles<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ici, ce sont les dieux qui se courbent dans ce mythe peut-\u00eatre pour indiquer de fa\u00e7on symbolique au lecteur ou \u00e0 l&rsquo;auditeur -car ce mythe a d\u00fb \u00eatre oral- qu&rsquo;en franchissant le seuil de cette cabane, <em>ils p\u00e9n\u00e8trent dans un autre monde, le monde de l&rsquo;\u00eatre.<\/em><\/p>\n<p>A l&rsquo;int\u00e9rieur, ils se trouvent dans une pi\u00e8ce chaude, accueillante et tr\u00e8s propre, o\u00f9 un vieil homme et une vieille femme aux doux visages leur souhaitent la bienvenue de la fa\u00e7on la plus amicale et s&rsquo;affairent \u00e0 les mettre \u00e0 l&rsquo;aise.<\/p>\n<h2>La conjonction des contraires r\u00e9alis\u00e9e<\/h2>\n<p>Tout respire la chaude harmonie dans cette pi\u00e8ce aussi bien les objets que les personnes, <em>symbolisant l&rsquo;arriv\u00e9e dans le monde de la conjonction des contraires r\u00e9alis\u00e9e<\/em> : \u00ab&nbsp;La pieuse Baucis, une vieille femme, et, Phil\u00e9mon, du m\u00eame \u00e2ge qu&rsquo;elle, se sont unis dans leurs jeunes ann\u00e9es ; l\u00e0, ils ont vieilli et fait leur pauvret\u00e9 l\u00e9g\u00e8re en l&rsquo;admettant et en la supportant sans chagrin. Et il n&rsquo;y a pas lieu de rechercher ici ma\u00eetres ni serviteurs : \u00e0 eux deux, ils sont toute la maison, m\u00eamement ordonnant et ob\u00e9issant.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Si le nom de Baucis est associ\u00e9 \u00e0 un qualificatif indiquant sa dimension spirituelle, nul besoin de qualifier Phil\u00e9mon, car en grec, son nom est d\u00e9j\u00e0 porteur d&rsquo;une indication, le verbe \u03c6\u03af\u03bb\u03ad\u03c9, phil\u00e9\u00f4, signifiant aimer d&rsquo;amiti\u00e9. L&rsquo;un et l&rsquo;autre symbolisent des sentiments \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t, le couple s&rsquo;affaire pour accueillir leurs h\u00f4tes. Phil\u00e9mon installe un banc, Baucis le couvre d&rsquo;une toile grossi\u00e8re et tandis que les habitants du ciel se reposent, elle s&rsquo;active \u00e0 raviver le feu de la veille. Elle l&rsquo;alimente de feuilles et d&rsquo;\u00e9corces s\u00e8ches et \u00ab&nbsp;de son souffle de vieille femme&nbsp;\u00bb elle l\u2019aide \u00e0 s&rsquo;enflammer tandis que son mari est all\u00e9 cueillir un l\u00e9gume dans le frais jardin.<\/p>\n<h2>Nous sommes tent\u00e9s par la paresse<\/h2>\n<p>Non seulement, ils accueillent Jupiter et Mercure mais ils s&rsquo;activent pour leur pr\u00e9parer un repas chaud. C&rsquo;est une grande le\u00e7on ici. <em>Combien de fois sommes-nous tent\u00e9s par la paresse, <\/em>cette paresse (ou oisivet\u00e9), m\u00e8re de tous les vices, comme dit le proverbe ! Le vieux couple ne m\u00e9nage pas sa peine pour les voyageurs qui ont frapp\u00e9 \u00e0 leur porte. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il serait bon d&rsquo;agir lorsque notre conscience est interpell\u00e9e par un fait ext\u00e9rieur ou par une manifestation int\u00e9rieure. <em>Tout mettre en \u0153uvre pour accueillir cette possibilit\u00e9 que nous offre la vie.<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir garni le feu et mis \u00e0 chauffer un petit chaudron, Baucis \u00e9pluche le l\u00e9gume apport\u00e9 par Phil\u00e9mon et, \u00ab&nbsp;avec une fourche \u00e0 deux dents, d\u00e9croche de la noire solive le lard sali d&rsquo;un porc, et \u00e0 ce morceau longtemps conserv\u00e9 d\u00e9coupe un petit quartier qu&rsquo;elle amollit, en tranches dans l&rsquo;eau bouillante.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h2>L&rsquo;importance des travaux quotidiens bien faits<\/h2>\n<p>Tous les d\u00e9tails des pr\u00e9paratifs sont d\u00e9crits par Ovide au point qu&rsquo;il est facile d&rsquo;imaginer la sc\u00e8ne. <em>L&rsquo;importance des travaux quotidiens bien faits et ex\u00e9cut\u00e9s avec amour est l\u2019une des cl\u00e9s de cette r\u00e9alisation de l&rsquo;\u00eatre que nous recherchons souvent fort loin alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00eatre dans la conscience de l&rsquo;instant et dans la pl\u00e9nitude de l&rsquo;activit\u00e9 cr\u00e9atrice quelle qu&rsquo;elle soit et quel que soit le travail r\u00e9alis\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Ce faisant, ils trompent le temps par leurs bavardages&nbsp;\u00bb. Ce vieux couple a vraiment le sens de l&rsquo;hospitalit\u00e9 ! Pour \u00e9viter que leurs h\u00f4tes s&rsquo;ennuient, ils leur parlent, mais sans les \u00ab&nbsp;gonfler&nbsp;\u00bb comme dirait la jeune g\u00e9n\u00e9ration, une conversation joyeuse et l\u00e9g\u00e8re, comme leurs c\u0153urs\u2026<\/p>\n<p>Comme on le verra tout au long du mythe, ce qu&rsquo;ils offrent est le fruit de leur travail. <em>Ils vivent en \u00e9conomie ferm\u00e9e sur le plan mat\u00e9riel et ils ont une politique d&rsquo;ouverture sur le plan humain et spirituel.<\/em><\/p>\n<h2>Simplicit\u00e9 et autarcie<\/h2>\n<p>Cela me fait penser \u00e0 Jung qui tenait beaucoup \u00e0 vivre, lorsqu&rsquo;il le pouvait, dans la simplicit\u00e9 et l&rsquo;autarcie. <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/tour\/\">Il se r\u00e9fugiait de temps en temps \u00e0 Bollingen<\/a> o\u00f9 il n&rsquo;y avait pas de confort, pas d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, pas de chauffage, sinon le feu de chemin\u00e9e dont il pr\u00e9parait lui-m\u00eame le bois. Il sentait que cette simplicit\u00e9 lui \u00e9tait n\u00e9cessaire pour se \u00ab retrouver \u00bb. <em>L&rsquo;autarcie mat\u00e9rielle favorise la centration psychique et la r\u00e9alisation int\u00e9rieure.<\/em><\/p>\n<p>Fait amusant et sans doute significatif qui n&rsquo;est pas le point de d\u00e9part de ce chapitre mais qui pourrait ressembler \u00e0 une synchronicit\u00e9 : dans une p\u00e9riode critique de sa vie, Jung a \u00ab rencontr\u00e9 \u00bb un Phil\u00e9mon [<a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/ma_vie_folio.htm\">Ma vie<\/a>] dans ses phantasmes, un vieil homme qui s&rsquo;est comport\u00e9 pendant un temps comme un esprit protecteur, un gourou en esprit !<\/p>\n<p>Pendant que la soupe mijote, le vieux couple, tout en bavardant, pr\u00e9pare la banquette en joncs moelleux du fleuve o\u00f9 vont s&rsquo;allonger les visiteurs pour le repas. Ils la couvrent d&rsquo;un tapis -une \u00e9toffe vieille et ordinaire- qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient l&rsquo;habitude d&rsquo;\u00e9tendre que les jours de f\u00eate.<\/p>\n<h2>La f\u00eate c&rsquo;est la vie des arch\u00e9types en chacun de nous<\/h2>\n<p>D\u00e9tail important : dans leur pauvret\u00e9 et leur simplicit\u00e9, le d\u00e9roulement du temps reste un rep\u00e8re important. Ils continuent \u00e0 honorer les jours de f\u00eate. Ils sont conscients du sens vrai de la f\u00eate en rapport avec le Soi. <em>La f\u00eate, c&rsquo;est la vie des arch\u00e9types en chacun de nous, c&rsquo;est une des possibilit\u00e9s de communication avec l&rsquo;inconscient.<\/em><\/p>\n<p>Les dieux s&rsquo;\u00e9tendent sur la banquette, suivant l&rsquo;habitude du pays de manger allong\u00e9. Baucis installe la table mais le troisi\u00e8me pied est boiteux : elle l&rsquo;\u00e9quilibre avec un tesson.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, ce pied boiteux semble insister sur la pauvret\u00e9 du logis. Mais n&rsquo;y a-t-il pas un sens cach\u00e9 dans ce d\u00e9tail ?<\/p>\n<h2>Seul le moi peut mettre en actes<\/h2>\n<p><em>Le Soi ne peut intervenir sur le plan mat\u00e9riel, seul le moi peut mettre en actes.<\/em> On retrouve la m\u00eame chose dans diff\u00e9rents textes de la mythologie gr\u00e9co-romaine o\u00f9 les dieux sont oblig\u00e9s de faire agir les hommes&nbsp;; ils ne peuvent mener eux-m\u00eames une action. Il est vrai que dans le mythe de Phil\u00e9mon et Baucis, ils sont transform\u00e9s en humains et, comme nous le verrons plus loin, ils ne se contentent pas du fumet des aliments !<\/p>\n<p>Sous leur apparence humaine, ils auraient peut-\u00eatre pu aider les deux bons vieux. Mais il faut \u00eatre prudent dans l&rsquo;interpr\u00e9tation de ce fait. Si, en ce temps-l\u00e0, les h\u00f4tes aidaient, froissaient-ils ceux qui les accueillaient ? Je me souviens que, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de ma jeunesse, lorsque nous \u00e9tions re\u00e7us chez des cousins \u00e0 la campagne, -cela remonte loin- il n&rsquo;\u00e9tait pas possible de mettre les mains \u00e0 la p\u00e2te sans les vexer.<\/p>\n<p>Il me revient en m\u00e9moire que le Phil\u00e9mon de Jung, par une co\u00efncidence -fortuite ou non- est boiteux lui aussi ! Cette table instable aurait-elle une signification symbolique ? Car enfin, cette table, le vieux couple s&rsquo;en servait, pourquoi serait-elle tout \u00e0 coup instable ? Sans comparer une table \u00e0 Jacob qui se retrouve boiteux apr\u00e8s son combat avec Dieu, peut-on envisager que ces pr\u00e9sences divines ne soient pas neutres sur l&rsquo;environnement ?<\/p>\n<p>La table \u00e9quilibr\u00e9e et essuy\u00e9e avec des menthes vertes, re\u00e7oit cornouilles confites, chicor\u00e9es, raifort, fromage, \u0153ufs retourn\u00e9s prestement sous la braise mod\u00e9r\u00e9e et, l&rsquo;expression est plaisante pour d\u00e9signer les olives, \u00ab&nbsp;la baie naturelle de Minerve, en deux couleurs&nbsp;\u00bb\u2026le tout dans des jarres d&rsquo;argile que s\u00fbrement les deux vieux ont fa\u00e7onn\u00e9es eux-m\u00eames. Sont dispos\u00e9s aussi des coupes en bois de h\u00eatre enrob\u00e9es de cire et un crat\u00e8re d&rsquo;argile pour le vin qui n&rsquo;a pas longtemps vieilli\u2026puis les plats chauds sont servis, suivis d&rsquo;une abondance de desserts naturels, quantit\u00e9 de fruits frais et s\u00e9ch\u00e9s et un blanc rayon de miel. \u00ab&nbsp;Par-dessus tout s&rsquo;ajoutent des visages de bont\u00e9 et une obligeance qui n&rsquo;est ni de petitesse ni de vieillesse&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<h2>L&rsquo;accueil du Soi<\/h2>\n<p><em>Ces vieilles gens sont dans la note juste.<\/em> <em>Ils montrent la r\u00e9alit\u00e9 de la pl\u00e9nitude<\/em> <em>des \u00eatres<\/em> et l&rsquo;auteur, par des remarques fines et concr\u00e8tes, nous en fait prendre conscience, ainsi que <em>des qualit\u00e9s que doit prendre le moi avant que le Soi ne vienne taper \u00e0 sa porte et qu&rsquo;il soit accueilli&nbsp;!<\/em><\/p>\n<p>Dans cette harmonie, un fait surprenant attire l&rsquo;attention du vieux couple : le crat\u00e8re o\u00f9 l&rsquo;on ne cesse de puiser se remplit tout seul et le vin y monte de lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Effar\u00e9s par ce miracle, ils s&rsquo;apeurent ; mains renvers\u00e9es, effray\u00e9s, Baucis et Phil\u00e9mon prononcent des formules de pri\u00e8re invoquant le pardon pour le repas et l&rsquo;absence d&rsquo;appr\u00eats.<\/p>\n<h2>Abn\u00e9gation et effacement du moi<\/h2>\n<p>R\u00e9action surprenante ! Ils ont tout de suite pens\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence de dieux -et non par exemple \u00e0 des esprits malfaisants- et ils prient pour se faire pardonner alors qu&rsquo;ils ont donn\u00e9 avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ce qu&rsquo;ils poss\u00e9daient ! Ils ne sont pas inquiets pour eux-m\u00eames, ils ne craignent pas pour leur vie, non, c&rsquo;est la pens\u00e9e d&rsquo;avoir mal re\u00e7u leurs h\u00f4tes qui les occupe. C&rsquo;est vraiment <em>l&rsquo;abn\u00e9gation et l&rsquo;effacement du moi<\/em> qui sont montr\u00e9s dans ce r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Ils n&rsquo;ont pas tout offert et leur r\u00e9action est de donner le dernier bien qui leur reste, une oie, unique, vigie du tout petit logis, \u00e9crit Ovide. Les voil\u00e0 poursuivant le volatile qu&rsquo;ils veulent immoler \u00e0 leurs h\u00f4tes divins. Mais l&rsquo;oie leur \u00e9chappe, se joue de la lenteur de leur \u00e2ge et finit par se r\u00e9fugier pr\u00e8s des divinit\u00e9s qui d\u00e9fendent de la tuer.<\/p>\n<p>Dans cette sc\u00e8ne, Phil\u00e9mon et Baucis suivent leur id\u00e9e. Ils n&rsquo;ont pas offert leur bien le plus pr\u00e9cieux, encore que les dieux doivent \u00eatre amplement rassasi\u00e9s, et ils veulent en faire le sacrifice. <em>Sommes-nous pr\u00eats au sacrifice de nos possessions les plus ch\u00e8res pour accueillir au mieux le Soi ?<\/em><\/p>\n<p>Que cette ultime possession soit une oie a certainement sens dans ce mythe. Il est des oies c\u00e9l\u00e8bres, les oies sacr\u00e9es du Capitole, \u00e9lev\u00e9es dans l&rsquo;enceinte du temple de Junon et qui ont sauv\u00e9 Rome par leurs criailleries. Junon, d&rsquo;ailleurs, est souvent qualifi\u00e9 de <em>moneta,<\/em> la d\u00e9esse qui avertit, celle qui fait souvenir. La suite va nous faire comprendre le choix de cet oiseau.<\/p>\n<p>En d\u00e9fendant de tuer l&rsquo;oie, les h\u00f4tes se d\u00e9voilent : \u00ab&nbsp; Nous sommes dieux, dirent-ils&nbsp;\u00bb, ce que les deux bons vieux ont compris depuis le miracle du vin. Et ils encha\u00eenent tout de suite sur le ch\u00e2timent m\u00e9rit\u00e9 par le voisinage. Jupiter ne transige pas avec l&rsquo;hospitalit\u00e9, c&rsquo;est lui le protecteur des voyageurs. Il demande \u00e0 Phil\u00e9mon et Baucis de monter jusqu&rsquo;\u00e0 la cr\u00eate de la montagne. Proches du sommet, ils se retournent : l&rsquo;eau a tout englouti sauf leur cabane.<\/p>\n<p><em>C&rsquo;est le retour dans le sein de l&rsquo;inconscient pour tous ceux qui n&rsquo;ont pas su voir le Soi<\/em>.&nbsp;<\/p>\n<h2>La n\u00e9cessaire transformation du moi pour accueillir le Soi<\/h2>\n<p>Tandis que le couple s&rsquo;\u00e9tonne et se lamente sur le sort de leurs familiers, leur vieille masure se change en temple. Des colonnes ont remplac\u00e9 les montants en fourche, le chaume blondit, la toiture montre des dorures, les portes des ciselures, la terre un pavement de marbre.<\/p>\n<p>La maison est consid\u00e9r\u00e9e comme un symbole du moi. Cette transformation en temple choisie par Jupiter me para\u00eet significative de <em>la n\u00e9cessaire transformation du moi<\/em> <em>pour accueillir le Soi<\/em> : <em>b\u00e2tir sur les colonnes des oppositions de la vie, r\u00e9aliser la beaut\u00e9 int\u00e9rieure et la finesse des transformations, trouver et ciseler l&rsquo;or int\u00e9rieur\u2026<\/em><\/p>\n<p>Jupiter, avec douceur, prend la parole : \u00ab&nbsp;Dites, juste vieillard, et toi, femme digne d&rsquo;un juste \u00e9poux, ce que vous souhaitez.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un bref entretien avec Baucis, Phil\u00e9mon r\u00e9v\u00e8le aux dieux leur id\u00e9e commune : \u00ab&nbsp;Nous sollicitons d&rsquo;\u00eatre vos pr\u00eatres et de veiller sur votre sanctuaire\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Le moi qui veille sur la demeure du <em>Soi<\/em> en accord avec l&rsquo;<em>animus\/anima.\u2026 <\/em>Et l&rsquo;oie &#8211; n&rsquo;oublions pas le symbolisme du volatile- vigie de la demeure, se retrouvera oie sacr\u00e9e aupr\u00e8s du temple de Jupiter !<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026et puisque nous avons men\u00e9 notre vie d&rsquo;un seul c\u0153ur, que la m\u00eame heure nous emporte tous les deux ; que jamais je ne vois le b\u00fbcher de mon \u00e9pouse, que jamais elle n&rsquo;ait \u00e0 me mettre au tombeau.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Une demande \u00e9mouvante et juste ! La vie les a unis, la mort ne peut les s\u00e9parer. Sans doute le b\u00fbcher et la mise au tombeau correspondent-ils aux m\u0153urs de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 ce mythe est n\u00e9 mais j&rsquo;aimerais aussi y <em>voir la mont\u00e9e de l&rsquo;\u00e2me par le Feu et le retour du corps \u00e0 la Terre\u2026<\/em><\/p>\n<p>La fin du mythe est en accord avec cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se. \u00ab&nbsp;Ils furent la garde du temple tant que la vie leur fut donn\u00e9e. Un jour que, d\u00e9faits par l&rsquo;\u00e2ge et les ann\u00e9es, ils se tenaient devant les degr\u00e9s sacr\u00e9s et racontaient les \u00e9v\u00e9nements de l&rsquo;endroit, Baucis vit Phil\u00e9mon se couvrir de feuilles, se couvrir de feuilles le vieux Phil\u00e9mon vit Baucis\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Jupiter leur accorde le destin extraordinaire d&rsquo;\u00eatre transform\u00e9s en arbres, Phil\u00e9mon en ch\u00eane, Baucis en tilleul. <em>Les arbres relient le ciel et la terre, ce que Phil\u00e9mon et Baucis ont r\u00e9alis\u00e9 toute leur vie durant\u2026<\/em><\/p>\n<p><strong>Le vieux couple figure une conscience unifi\u00e9e, capable d\u2019ouvrir la porte \u00e0 l\u2019irruption du Soi \u2014 non par grandeur, mais par humilit\u00e9, vigilance et fid\u00e9lit\u00e9 aux gestes de la vie.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Juin 2025<\/p>\n<h6>Note : Les citations ci-dessus sont de Ovide, <em>M\u00e9tamorphoses<\/em>, VIII, 616, traduction de Claire Tardioli-Jougnot.<\/h6>\n<p><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/contact.htm\"><strong>Adresser un message \u00e0 Michelle Nahon<\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Michelle Nahon<\/h2>\n<p>Michelle Nahon est psychologue de formation, attir\u00e9e depuis longtemps par les \u00ab&nbsp;sciences parall\u00e8les \u00bb dites \u00e9sot\u00e9riques. Elle a lu Jung et s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019astrologie, \u00e0 l\u2019alchimie, \u00e0 la gnose, ainsi qu\u2019aux \u00e9coles de myst\u00e8re de la Gr\u00e8ce antique, qu\u2019elle a pu approcher gr\u00e2ce \u00e0 sa formation de base en latin et en grec.<\/p>\n<p>Elle a travaill\u00e9 plusieurs ann\u00e9es sur ses r\u00eaves&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/alchimie\/\">avec Rolande Bi\u00e8s<\/a>. Elle a \u00e9galement particip\u00e9 au Groupe de travail jungien de Bordeaux (2001\u20132019), fond\u00e9 par Jean-Pierre Marmonier, docteur en psychologie et enseignant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux.<\/p>\n<p>Elle est l\u2019auteure d\u2019un ouvrage consacr\u00e9 \u00e0&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.dervy-medicis.fr\/martines-de-pasqually-p-7442.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Martin\u00e8s de Pasqually<\/a>&nbsp;et poursuit actuellement l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u0153uvre de Raymond Abellio (1907\u20131986).<\/p>\n<p><strong>Article<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/michelle-nahon\/introverti-extraverti\/\">Introversion et extraversion : opposition ou compl\u00e9mentarit\u00e9 ?<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/michelle-nahon\/tobit-heros-du-quotidien\/\">Tobit, h\u00e9ros du quotidien<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/michelle-nahon\/soi-porte\/\">Quand le Soi vient frapper \u00e0 notre porte<\/a><\/li>\n<\/ul>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 travers le mythe de Phil\u00e9mon et Baucis, Michelle Nahon nous montre l\u2019union paisible du moi et de l\u2019anima ou de l\u2019animus, dans une conscience pr\u00eate \u00e0 accueillir le Soi. Une sagesse discr\u00e8te, enracin\u00e9e dans l\u2019ouverture du c\u0153ur. Jupiter et Mercure avec Philemon et Baucis &#8211; Pierre Paul Rubens &#8211; Domaine public &nbsp; L&rsquo;histoire de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":29831,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-29820","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29820","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29820"}],"version-history":[{"count":23,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29820\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":29921,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29820\/revisions\/29921"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29820"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}