{"id":29504,"date":"2025-05-10T20:35:26","date_gmt":"2025-05-10T18:35:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=29504"},"modified":"2025-05-17T08:04:55","modified_gmt":"2025-05-17T06:04:55","slug":"marie-laure-colonna","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/marie-laure-colonna\/","title":{"rendered":"Discussion avec Marie-Laure Colonna"},"content":{"rendered":"<p class=\"\" data-start=\"0\" data-end=\"392\"><strong>Marie-Laure Colonna partage ici les grandes lignes de sa pens\u00e9e autour de son ouvrage <em data-start=\"276\" data-end=\"340\">Les facettes de l\u2019\u00e2me \u2013 La fusion entre l\u2019esprit et la mati\u00e8re<\/em>. Dans un dialogue avec Rachel Huber, elle retrace son parcours analytique, \u00e9voque les figures mythiques qui l\u2019ont guid\u00e9e, et approfondit des th\u00e8mes essentiels comme l\u2019alchimie int\u00e9rieure, l\u2019\u00e9rotique de l\u2019\u00e2me ou la conscience universelle. Une travers\u00e9e vivante entre clinique, symboles et spiritualit\u00e9, au c\u0153ur du processus d\u2019individuation jungien.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-29546\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/les-facettes-de-l-ame.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"424\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/les-facettes-de-l-ame.jpg 280w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/les-facettes-de-l-ame-198x300.jpg 198w\" sizes=\"auto, (max-width: 280px) 100vw, 280px\" \/><\/p>\n<h2><strong>Sur cette page&nbsp;:<\/strong><\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"#presence\">Une question fondatrice : <strong>\u00ab <\/strong>Suis-je vraiment pr\u00e9sente ?<strong><em>&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong><\/a><\/li>\n<li><a href=\"#filiation\">Une filiation analytique entre transmission et destin<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#ascese\">Unification corps\u2013\u00e2me\u2013esprit : l\u2019analyse comme asc\u00e8se<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#mythes\">Des symboles vivants et leurs \u00e9chos mythiques<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#reve\">Le r\u00eave comme m\u00e9diateur de l\u2019\u00e2me et de la gu\u00e9rison<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#loup\">Alchimie onirique : quand l\u2019esprit cliv\u00e9 devient d\u00e9vorant<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#erotique\">\u00c9rotique de l\u2019\u00e2me et dynamique du transfert<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#cadre\">Le cadre : un art du lien et de la justesse<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#inceste\">Inceste symbolique, arch\u00e9types familiaux et Conjonction<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#indra\">Le filet d\u2019Indra : une conscience en r\u00e9sonance<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#eco\">\u00c9copsychologie et alchimie : gu\u00e9rir l\u2019\u00e2me, gu\u00e9rir la terre<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong><a id=\"presence\"><\/a>Rachel Huber : Marie-Laure, dans votre ouvrage, <em>Les facettes de l&rsquo;\u00e2me &#8211; La fusion entre l&rsquo;esprit et la mati\u00e8re<\/em>, vous racontez qu\u2019un matin d\u2019\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt-sept ans, une question vous a saisie alors que vous \u00e9tiez allong\u00e9e dans l\u2019herbe : \u00ab <em>Suis-je vraiment pr\u00e9sente ?&nbsp;<\/em>\u00bb. Cette question vous a conduite \u00e0 plonger, comme vous le dites avec humour, \u00ab <em>t\u00eate la premi\u00e8re dans la grande marmite de l\u2019analyse jungienne <\/em>\u00bb. Pourriez-vous revenir sur les racines de votre d\u00e9marche et nous parler de votre filiation analytique ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Marie-Laure Colonna :<\/strong> \u00c7a, c\u2019est une grande question ! En fait, je me suis demand\u00e9e si j\u2019\u00e9tais vraiment pr\u00e9sente parce que, comme je l\u2019explique dans mon introduction, j\u2019\u00e9tais allong\u00e9e sur une pelouse quand, tout d\u2019un coup, j\u2019ai vu un papillon bleu. J\u2019\u00e9tais en Normandie et, bien que les petits papillons bleus soient assez fr\u00e9quents ici, celui-ci \u00e9tait magnifique. Je me suis alors interrog\u00e9e : \u00ab <em>Est-ce que je suis vraiment l\u00e0, avec ce papillon, dans cette nature simple et ensoleill\u00e9e ?<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse fut non, je ne me sentais pas r\u00e9ellement l\u00e0. J\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre entour\u00e9e par une esp\u00e8ce de coque de brume obscure. Ayant un peu pratiqu\u00e9 le zen quand j\u2019\u00e9tais plus jeune, je me rendais d\u00e9j\u00e0 compte des moments dans lesquels on est en transparence, disons, avec le monde, et des moments dans lesquels on ne l\u2019est pas du tout. Je venais de perdre l\u2019un de mes fr\u00e8res. J\u2019avais deux fr\u00e8res jumeaux et celui-l\u00e0 venait de mourir d\u2019un cancer au cerveau, qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9 sur un an, ce qui m\u2019avait plong\u00e9e dans un deuil profond. Pendant les semaines qui suivirent, je constatai que cela r\u00e9activait de nombreux deuils v\u00e9cus durant mon enfance, et que cet \u00e9v\u00e9nement touchait une zone o\u00f9 ils \u00e9taient encore en activit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est alors que, d\u00e9j\u00e0 suivie en th\u00e9rapie depuis quelques mois, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de plonger v\u00e9ritablement dans cette grande marmite, comme on dit, car les \u00e9tudes de philo que j\u2019avais faites auparavant restaient trop <strong>\u00ab <\/strong>mentales<strong><em>&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong>, si vous voulez, et ne me permettaient pas d\u2019aller au-del\u00e0 de ce nouveau traumatisme. J\u2019ai ainsi initi\u00e9 ce changement \u00e0 partir de ces instants, guid\u00e9e par ce petit animal totem qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 le papillon. D\u2019ailleurs, je vais vous dire : curieusement, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 suivie, ensuite par des papillons dans des tournants importants de la vie. J\u2019ai \u00e0 nouveau \u00e9t\u00e9 entour\u00e9e de papillons, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait synchronistique lors de certains deuils ult\u00e9rieurs. Et les papillons sont les symboles de l\u2019\u00e2me. \u00ab Psych\u00e9 \u00bb, depuis le grec ancien <em>\u03a8\u03c5\u03c7\u03ae, <\/em>jusqu\u2019en grec moderne signifie papillon et \u00e2me&nbsp;; le papillon incarne l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on s\u2019engage, que ce soit dans une longue analyse ou sur un chemin spirituel, une v\u00e9ritable voie de sagesse s\u2019ouvre \u00e0 nous. Bien s\u00fbr, il n\u2019existe pas qu\u2019une seule m\u00e9thode. Les Chinois l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 compris il y a plus de 2500 ans, \u00e0 travers des pratiques de type tao\u00efste, puis zen qui se sont ensuite diffus\u00e9es au Japon. De nombreuses traditions, au fil des si\u00e8cles, enseignent \u00e0 mettre le corps, l\u2019\u00e2me et l\u2019esprit en syntonie. Cela permet de se sentir centr\u00e9. Et il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019une id\u00e9e, d\u2019une sensation ou d\u2019une \u00e9motion, mais bien d\u2019une perception profond\u00e9ment intime.<\/p>\n<p><strong><a id=\"ascese\"><\/a>Gr\u00e2ce \u00e0 votre pratique du zen, vous aviez d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 cette qualit\u00e9 de pr\u00e9sence \u00e0 vous-m\u00eame. Aussi, lorsque, allong\u00e9e dans l\u2019herbe, vous avez ressenti ce d\u00e9calage \u2014 cette impression de ne pas \u00eatre v\u00e9ritablement l\u00e0 \u2014 est-ce cela qui vous a conduite \u00e0 approfondir la d\u00e9marche ?<\/strong><\/p>\n<p>Exactement, mais je l\u2019avais parfois par fragments. Parce que dans le Zen, comme dans le Yoga ou d\u2019autres pratiques de ce type, lorsque vous \u00eates en m\u00e9ditation et que cette m\u00e9ditation est \u00e0 peu pr\u00e8s r\u00e9ussie, vous pouvez conna\u00eetre des instants fugitifs de pr\u00e9sence. Mais l\u2019enjeu, surtout en avan\u00e7ant en \u00e2ge, c\u2019est d\u2019habiter cet \u00e9tat de fa\u00e7on de plus en plus constante, et non pas seulement \u00e0 travers une demi-heure de m\u00e9ditation ou autre. C\u2019est une asc\u00e8se. En grec, ask\u00easis, cela signifie <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>exercice<strong><em>&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong>. Comme l\u2019analyse : c\u2019est une pratique \u00e0 laquelle on s\u2019adonne, qui vous absorbe sur un temps long. Et, peu \u00e0 peu, on s\u2019aper\u00e7oit que ces plans \u2014 du corps, de l\u2019\u00e2me et de l\u2019esprit \u2014 au lieu de s\u2019opposer comme c\u2019est souvent le cas dans la culture occidentale, commencent \u00e0 s\u2019unir, \u00e0 s\u2019amalgamer, d\u2019une mani\u00e8re alchimique, si vous voulez. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui fonde mon int\u00e9r\u00eat pour l\u2019alchimie : c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019elle cherche.<\/p>\n<p><strong>Et je dirais qu\u2019il y a des temps, dans la vie, o\u00f9 il faut vraiment s\u2019astreindre \u00e0 l\u2019analyse, parce que c\u2019est une d\u00e9marche difficile. <\/strong><\/p>\n<p>Ah oui&nbsp;! Il y a des moments o\u00f9 c\u2019est extr\u00eamement douloureux, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p><strong><a id=\"mythes\"><\/a>Dans votre parcours, les symboles tiennent une place essentielle, comme c\u2019est le cas dans la psychologie jungienne. Y a-t-il des symboles particuliers qui ont marqu\u00e9 votre cheminement int\u00e9rieur ? Comment ces symboles ont-ils influenc\u00e9 votre processus d\u2019individuation ? <\/strong><\/p>\n<p>Sur le moment, en lisant votre question, je me suis dit : <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong><em>Oh l\u00e0\u2026 moi ? des symboles !<strong>&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em>&nbsp;Et puis je me suis souvenue que j\u2019avais justement publi\u00e9 mon ouvrage, <em>R\u00e9enchanter l\u2019Occident <\/em>en 2019<em>,<\/em> \u00e0 partir de grands symboles qui m\u2019ont profond\u00e9ment anim\u00e9e : ceux de l\u2019eau, de la mer, de la M\u00e9diterran\u00e9e, des dieux li\u00e9s aux poissons. Mais ce ne sont pas uniquement mes symboles, ce sont aussi ceux qui marquent l\u2019aube de la conscience occidentale. Ce qui est pr\u00e9cieux dans notre tradition, c\u2019est qu\u2019elle pousse le sujet, comme le H\u00e9ros des mythologies anciennes, \u00e0 suivre un chemin sem\u00e9 d\u2019\u00e9preuves initiatiques afin de cr\u00e9er de la conscience : d\u00e9chirements, blessures, d\u00e9membrements, voire crucifixion, comme dans le cas du Christ. C\u2019est un parcours de mort et de renaissance. &nbsp;Le processus d\u2019individuation aujourd\u2019hui suit un chemin tout \u00e0 fait analogue.<\/p>\n<p>Dans <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/publications\/entretien-marie-laure-colonna.htm\"><em>R\u00e9enchanter l\u2019Occident<\/em><\/a>, j\u2019ai choisi de m\u2019appuyer d\u2019abord sur le couple \u00e9gyptien d\u2019Isis et Osiris. Osiris le dieu Lune, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9 en quatorze morceaux par son fr\u00e8re jaloux Seth, est recherch\u00e9 par la d\u00e9esse Soleil Isis, sa s\u0153ur-\u00e9pouse \u00e9plor\u00e9e, tout au long du Nil. Elle parvient \u00e0 retrouver treize morceaux ; le quatorzi\u00e8me, son phallus, a \u00e9t\u00e9 aval\u00e9 par un l\u00e9pidote, une carpe du Nil. Un poisson fameux dans la mythologie, au point qu\u2019une ville de Haute-\u00c9gypte portait son nom. D\u00e9j\u00e0, nous voici dans un th\u00e8me de mort et de renaissance. Isis fa\u00e7onne un phallus d\u2019argile avec la terre f\u00e9conde du Nil, s\u2019unit \u00e0 Osiris, et de cette union na\u00eet Horus, l\u2019anc\u00eatre de tous les pharaons.<\/p>\n<p>Puis j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 Dionysos dieu du vin, de la f\u00eate et de l\u2019extase, qui lui aussi est un dieu du morcellement. D\u00e8s sa petite enfance, il est pourchass\u00e9 et mis en pi\u00e8ces par les Titans. C\u2019est un dieu de l\u2019individuation, mais son chemin est vraiment sinueux. N\u00e9 de Zeus et d\u2019une mortelle, S\u00e9m\u00e9l\u00e9, il erre jusqu\u2019en Asie, commet des crimes, puis c\u00e9l\u00e8bre des f\u00eates orgiaques. Le si s\u00e9duisant Dionysos est une figure profond\u00e9ment ambivalente. Un jour, il rencontre la Grande D\u00e9esse\u2014 Rh\u00e9a-D\u00e9m\u00e9ter-Cyb\u00e8le \u2014 d\u00e9esse des profondeurs de la terre, du corps et des r\u00e9coltes et il accepte sa loi. C\u2019est alors qu\u2019il commence \u00e0 m\u00fbrir. Puis, sur l\u2019\u00eele de Naxos, il trouve Ariane, abandonn\u00e9e par Th\u00e9s\u00e9e, pleurant sur la gr\u00e8ve. Elle veut mourir. Dionysos apparait avec son cort\u00e8ge de bacchantes, de satyres, au son des tambours et des sistres : une grande f\u00eate envoutante. M\u00eame les buissons et les algues se tortillent en rythme sur la plage. Ariane s\u2019\u00e9veille \u00e0 cette nouvelle vie et tombe raide amoureuse. Ils vivront un amour \u00e0 la fois sage et passionn\u00e9, ce qui est aussi rare dans l\u2019Antiquit\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui. Zeus, en signe de b\u00e9n\u00e9diction, les transforme en constellation immortelle : une couronne d\u2019\u00e9toiles. Dionysos est un dieu qui m\u2019\u00e9meut beaucoup parce qu\u2019il est, au d\u00e9part, presque totalement fou. On dirait aujourd\u2019hui qu\u2019il est vraiment <em>borderline<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019individuation n\u2019est donc pas une voie r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ceux qui seraient n\u00e9s naturellement \u00e9quilibr\u00e9s, sages, pond\u00e9r\u00e9s, raisonnables\u2026 Non. Dionysos est <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>cingl\u00e9<strong><em>&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong> au d\u00e9but, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela qui rend son chemin vers l\u2019unit\u00e9 int\u00e9rieure si profond\u00e9ment parlant. Il est li\u00e9 aux profondeurs aquatiques parce qu\u2019il a pardonn\u00e9 \u00e0 des pirates qui l\u2019avaient enlev\u00e9. Ils le reconnaissent parce que des pampres de vigne commencent \u00e0 grimper en guirlande le long des voiles. \u00c9pouvant\u00e9s ils se jettent \u00e0 la mer et Dionysos les transforme en dauphins. C\u2019est aussi le seul dieu grec \u00e0 pouvoir plonger jusque dans l\u2019Had\u00e8s \u00e0 travers les eaux du lac de Lerne. Il en ram\u00e8nera sa m\u00e8re S\u00e9m\u00e9l\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Peut-on dire qu\u2019il existe un fil conducteur, dans le parcours de Dionysos, un principe qui, malgr\u00e9 ses \u00e9garements et sa dispersion, le guide vers une unit\u00e9 transfigur\u00e9e dans sa rencontre avec la <\/strong><strong>Grande D\u00e9esse <\/strong><strong>?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 partir du moment o\u00f9 Dionysos ob\u00e9it \u00e0 la d\u00e9esse, \u00e0 la figure f\u00e9minine, il y a une rupture avec sa pr\u00e9c\u00e9dente relation \u00e0 Zeus. Tant qu\u2019il \u00e9tait le fils de Zeus &#8211; le feu du Ciel, il refusait la \u00ab loi du P\u00e8re \u00bb. Il faut dire qu\u2019il avait fini sa gestation dans la cuisse de Zeus-Jupiter apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re. S\u00e9m\u00e9l\u00e9 avait demand\u00e9 \u00e0 Zeus de le voir sous son aspect divin. Zeus finit par accepter, se change en \u00e9clair et S\u00e9m\u00e9l\u00e9 tombe foudroy\u00e9e. Mais lorsqu\u2019il rencontre la loi de la D\u00e9esse-Terre quelque chose c\u00e8de en lui. Il s\u2019assouplit et, litt\u00e9ralement, il s\u2019assagit. Cela reste une situation rare dans la Gr\u00e8ce antique, car ici c\u2019est bien la loi plus ancienne de la D\u00e9esse-Nature qui prime sur celle de l\u2019Olympe, sur celle de Zeus.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9galement abord\u00e9 Apollon, le Dieu-Soleil, le plus beau de tous les dieux. Apollon partage \u00e0 Delphes son sanctuaire avec Dionysos. Quand le froid commence \u00e0 s\u2019installer, Apollon, ne supportant pas l\u2019hiver, se retire dans les \u00eeles Hesp\u00e9rides. Alors Dionysos prend sa place jusqu\u2019au printemps. Apollon a le dauphin comme animal-totem car le temple de Delphes, <em>Delphi<\/em> en grec, se prononce comme <em>delphis<\/em> le dauphin qui signifie aussi l\u2019ut\u00e9rus, puisque le dauphin est un c\u00e9tac\u00e9. Mais Apollon a un probl\u00e8me : C\u2019est une pure abstraction, la lumi\u00e8re, le soleil. Il a besoin de l\u2019\u00e9nergie chtonienne de Dionysos, de ses forces souterraines, pour se compl\u00e9ter. En grec, <em>khth<\/em><em>\u1e53<\/em><em>n<\/em> d\u00e9signe la terre profonde, celle des grottes sacr\u00e9es, bien diff\u00e9rente de la terre des champs.<\/p>\n<p>Apollon est un dieu incomparable, le plus beau de l\u2019Olympe, mais il est malheureux en amour. Chaque fois qu\u2019il tombe amoureux, cela \u00e9choue tragiquement. Il poursuit diverses jeunes filles, comme la nymphe Daphn\u00e9 transform\u00e9e en laurier, ou gar\u00e7ons, comme Hyacinthe, mais son destin est marqu\u00e9 par la perte. Un jour, en s\u2019exer\u00e7ant au lancer de disques, Le vent Z\u00e9phir d\u00e9vie sa trajectoire et il frappe accidentellement Hyacinthe, qui meurt sur le coup. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, Apollon enterre son amour et des jacinthes fleurissent sur sa tombe en souvenir de lui. Ce qui est frappant chez Apollon, c\u2019est qu\u2019il est trop id\u00e9al trop lumineux, d\u2019o\u00f9 par compensation ses amours rat\u00e9es. On disait en Gr\u00e8ce que la musique d\u2019Apollon \u00e9tait si parfaite, qu\u2019elle endormait tous ceux qui l\u2019\u00e9coutaient. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, la musique de Dionysos, qui l\u2019entoure \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Naxos pour d\u00e9couvrir Ariane, est endiabl\u00e9e et poss\u00e8de une puissance \u00e0 r\u00e9veiller les morts&nbsp;! Ce contraste met en lumi\u00e8re l\u2019\u00e9quilibre, fondamental pour l\u2019\u00e2me humaine, entre l\u2019\u00e9nergie spirituelle \u00e9th\u00e9r\u00e9e d\u2019Apollon et l\u2019\u00e9nergie terrestre et vitale de Dionysos. L\u2019une ne va pas sans l\u2019autre.<\/p>\n<p>J\u2019ai ensuite \u00e9voqu\u00e9 le Christ. Le Christ, qui a \u00e9t\u00e9 supplici\u00e9 sur la Croix. Apr\u00e8s sa mort et sa r\u00e9surrection, les successeurs des ap\u00f4tres, pers\u00e9cut\u00e9s par les Romains, ont adopt\u00e9 au deuxi\u00e8me si\u00e8cle le symbole du poisson, <em>Icthus<\/em> en grec, pour se r\u00e9unir. Ce qui nous ram\u00e8ne au lien avec l\u2019eau de l\u2019\u00e2me. \u00c0 Paris, alors que j\u2019\u00e9crivais ce livre, j\u2019ai remarqu\u00e9 que des groupes de jeunes chr\u00e9tiens utilisaient souvent encore le symbole du poisson comme embl\u00e8me, que ce soit sur des sites internet, sur des portes, ou m\u00eame dans des taxis. \u00c0 chaque fois que j&rsquo;ai demand\u00e9 pourquoi ce petit poisson apparaissait, les jeunes me r\u00e9pondaient : \u00ab C\u2019est en souvenir du Christ. \u00bb En grec, <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong><em>icthus<strong>&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em>&nbsp;signifie poisson, mais il sert \u00e9galement d\u2019acronyme pour \u00ab J\u00e9sus Christ, Fils de Dieu, Sauveur \u00bb.<\/p>\n<p>Enfin, j\u2019ai abord\u00e9 la figure d\u2019Orph\u00e9e, dont les chants po\u00e9tiques sont si beaux que les animaux sauvages l\u2019entouraient pour les \u00e9couter. Lorsqu\u2019il perd sa compagne Eurydice et va la chercher dans les enfers, on lui impose une condition : ne pas croiser le regard de sa femme tant qu\u2019ils ne sont pas sortis de l\u2019Had\u00e8s. Cependant, incapable de r\u00e9sister \u00e0 l\u2019envie de la revoir, Orph\u00e9e se retourne au moment o\u00f9 ils sont sur le point d\u2019\u00eatre libres et \u00e0 cet instant, Eurydice est ramen\u00e9e dans l\u2019Had\u00e8s. D\u00e9vast\u00e9, Orph\u00e9e reprend son chemin en pleurant, retournant au monde habituel. Passant sa vie en pleurs \u00e0 chanter ses merveilleux po\u00e8mes, il finit par attiser la fureur des m\u00e9nades de Dionysos. Celles-ci l&rsquo;attrapent et le r\u00e9duisent en morceaux. Nous revenons donc \u00e0 ce motif r\u00e9current de la d\u00e9construction du h\u00e9ros, une \u00e9preuve profond\u00e9ment douloureuse.<\/p>\n<p>On dit que la t\u00eate d\u2019Orph\u00e9e, qui continuait de chanter, a flott\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00eele de Lesbos escort\u00e9e par les poissons et les dauphins. Elle y a prononc\u00e9 pendant des si\u00e8cles des oracles dans le temple. Ce mythe illustre la transformation d\u2019un h\u00e9ros dont la sagesse, acquise par les souffrances endur\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la mort, deviendra une source d\u2019inspiration pluris\u00e9culaire \u00e0 travers les rites orphiques. Les communaut\u00e9s grecques feront du po\u00e8te amoureux Orph\u00e9e le chantre d\u2019une sagesse \u00e9ternelle. Apollon et les Muses placeront sa lyre dans les cieux, c\u2019est la constellation de la Lyre, visible dans tout l\u2019h\u00e9misph\u00e8re Nord.<\/p>\n<p>Ces cinq figures divines, Osiris, Dionysos, Apollon, Orph\u00e9e et le Christ, qui ont travers\u00e9 la conscience occidentale pour en engendrer la naissance tout autour de la M\u00e9diterran\u00e9e, sont donc toutes li\u00e9es au poisson, symbole des profondeurs et des \u00e9tincelles de l\u2019\u00e2me. Mais il ne s\u2019agit pas ici de h\u00e9ros qui naissent dans la douceur, berc\u00e9s par leurs parents, pour se d\u00e9velopper progressivement vers la sagesse et l\u2019illumination. Non, ce sont des \u00eatres \u00e0 la fois divins et profond\u00e9ment humains qui sont d\u00e9membr\u00e9s, malmen\u00e9s par des \u00e9preuves fondamentales et des transformations, des transmutations, semblables \u00e0 celles que l\u2019on rencontre dans l\u2019analyse, au fil des \u00e9tapes de mort et de renaissance de soi-m\u00eame. Au fil des \u00e9tapes alchimiques.<\/p>\n<p><strong>Vous avez donc, vous-m\u00eame, v\u00e9cu un parcours de d\u00e9membrement, avec des morts et des renaissances multiples ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, comme tous les analysants engag\u00e9s dans un parcours d\u2019individuation. Cette phase de l\u2019analyse personnelle comporte&nbsp;cette \u00e9tape dite de <em>l\u2019Oeuvre au noir <\/em>en alchimie et c\u2019est cela, ce passage par la mort qui vous gu\u00e9rit.<\/p>\n<p><strong><a id=\"filiation\"><\/a>Je reviens donc sur ma question concernant votre filiation analytique.<\/strong><\/p>\n<p>Au d\u00e9part, je n\u2019\u00e9tais pas encore en analyse. J\u2019\u00e9tais suivie par une th\u00e9rapeute jungienne, qui \u00e9tait l\u2019\u00e9l\u00e8ve de celui qui est devenu, par la suite, mon analyste, Luigi Aurigemma. Apr\u00e8s la mort de mon fr\u00e8re, un ami m\u2019a conseill\u00e9 : \u00ab <em>Commence une analyse, cela t\u2019aidera bien plus que la philosophie, en bref<\/em>. \u00bb J\u2019ai donc entam\u00e9 quelques s\u00e9ances avec elle. J\u2019avais alors des r\u00eaves d\u2019une grande intensit\u00e9 arch\u00e9typique, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que je venais de traverser ce deuil profond. Elle s\u2019est vite aper\u00e7ue que cela pouvait \u00eatre trop puissant, trop dangereux peut-\u00eatre, et elle se demandait si j\u2019allais pouvoir supporter cette \u00e9preuve.<\/p>\n<p>Au bout de quelques mois, elle m\u2019a orient\u00e9e vers Luigi Aurigemma. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s connu et respect\u00e9 en Italie, \u00e0 la fois historien et analyste, et il venait de publier un ouvrage intitul\u00e9 <em>Le Signe zodiacal du Scorpion dans les traditions occidentales, de l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-latine \u00e0 la Renaissance<\/em>. \u00c9tant d\u00e9j\u00e0 passionn\u00e9e par l\u2019astrologie, qui est une v\u00e9ritable floraison de symboles illustrant les douze facettes de l\u2019\u00e2me humaine, pour reprendre le titre de mon livre, j\u2019ai trouv\u00e9 cela fascinant. Lorsque j\u2019ai d\u00e9couvert qu\u2019il avait \u00e9crit cet ouvrage extr\u00eamement \u00e9rudit, nourri de tr\u00e8s nombreuses r\u00e9f\u00e9rences antiques, j\u2019ai imm\u00e9diatement ressenti le d\u00e9sir de travailler avec lui. Ces ann\u00e9es d\u2019analyse ont donn\u00e9 un v\u00e9ritable sens \u00e0 ma vie. Elles m\u2019ont permis d\u2019\u00e9laborer, d\u2019une mani\u00e8re presque alchimique, ce deuil tr\u00e8s profond de mon fr\u00e8re, ainsi que les pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>Je ne suis donc pas arriv\u00e9e en analyse pour parfaire un peu l\u2019\u00e9tat de sagesse dans lequel je me serais soi-disant d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9e, mais au contraire, parce que je me disais, en quelque sorte, que la prochaine sur la liste, c\u2019\u00e9tait moi. Il y avait eu tellement de morts accidentelles depuis ma petite enfance -j\u2019ai perdu ma m\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e2ge de deux ans et l\u00e0, j\u2019avais vingt-sept ans, &#8211; qu\u2019il y a eu un moment pr\u00e9cis o\u00f9 je me suis dit : \u00ab <em>Il y a l\u00e0 quelque chose de tr\u00e8s \u00e9trange que je dois comprendre, autrement, moi-m\u00eame, je vais mourir.<\/em> \u00bb Ainsi, en plongeant dans la grande marmite de l\u2019analyse jungienne, il ne s\u2019agit pas, au d\u00e9part, de monter, mais bien de descendre vers les constituants personnels et transg\u00e9n\u00e9rationnels qui ont produit les probl\u00e8mes, ou les difficult\u00e9s, inh\u00e9rentes \u00e0 ce groupe familial. Il ne s\u2019agit pas seulement de les comprendre sur un plan historique et intellectuel, mais aussi de les amalgamer, de les refa\u00e7onner, afin que ce terreau mortif\u00e8re puisse se transformer en terre vivante. C\u2019est l\u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de nombreux individus qui entament une analyse approfondie. Apr\u00e8s cette d\u00e9marche, quelques ann\u00e9es plus tard, je suis devenue analyste moi-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 avec Luigi Aurigemma, je suis entr\u00e9e dans la <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/publications\/sfpa.htm\">Soci\u00e9t\u00e9 Fran\u00e7aise de Psychologie Analytique<\/a> (SFPA). Il y a des statuts \u00e0 respecter : apr\u00e8s trois ou quatre ans d\u2019analyse personnelle, il faut changer d\u2019analyste et consulter ce que l\u2019on appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque un didacticien. C\u2019est ainsi que j\u2019ai fait mon analyse didactique avec <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/sylvanes\/\">Pierre Soli\u00e9<\/a>, aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Il a laiss\u00e9 une \u0153uvre d\u2019une grande richesse, tant au niveau clinique que mythologique, ce qui me passionnait car il expliquait les psychoses \u00e0 partir des grands mythes occidentaux. Il \u00e9crivait des ouvrages assez complexes et parfois difficiles \u00e0 lire, car son style \u00e9tait foisonnant et il ne se souciait pas toujours de la clart\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, il m\u2019a fallu avoir un transfert tr\u00e8s imm\u00e9diat en ouvrant <em>La Femme Essentielle<\/em>, son ouvrage majeur, pour plonger dans son \u0153uvre et l\u2019\u00e9tudier en long, en large et en travers, ce que je ne ferais plus maintenant, je le reconnais.<\/p>\n<p>Ensuite, nous poursuivons notre formation \u00e0 la SFPA pendant trois ou quatre ann\u00e9es, au cours desquelles nous sommes suivis dans une analyse dite de contr\u00f4le. Pendant cette p\u00e9riode, un analyste vous supervise, et vous exercez \u00e9galement en tant que praticien. Pour ma part, j\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre supervis\u00e9e par une femme qui m\u2019a beaucoup apport\u00e9 : le Docteur H\u00e9l\u00e8ne Wiart-Teboul, psychiatre de profession. Ces ann\u00e9es de formation m\u2019ont donc permis d\u2019acqu\u00e9rir une base essentielle : une solide formation en psychopathologie. Cette formation est indispensable, car il est crucial de savoir reconna\u00eetre, d\u00e8s les premiers moments o\u00f9 quelqu\u2019un vient consulter, si cette personne pr\u00e9sente des sympt\u00f4mes de psychose, ou si elle est simplement affect\u00e9e par des difficult\u00e9s personnelles, familiales, etc. Dans le premier cas, il ne serait pas appropri\u00e9 de traiter la personne en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate. Jung lui-m\u00eame \u00e9tait psychiatre, et cela a eu une importance capitale dans son approche analytique ult\u00e9rieure. Par ailleurs, la th\u00e9orie freudienne soutient l\u2019analyste \u00e0 ce stade, notamment en ce qui concerne le diagnostic des pathologies.<\/p>\n<p>Pour moi, les th\u00e9ories psychanalytiques se superposent et se compl\u00e8tent comme des poup\u00e9es russes : elles ne s\u2019opposent pas, mais s\u2019int\u00e8grent, plus ou moins harmonieusement bien s\u00fbr. Ce que je vous dis ici c\u2019est typique du logos f\u00e9minin, qui permet d\u2019embrasser les compl\u00e9mentarit\u00e9s plut\u00f4t que de se battre \u00e0 coups de th\u00e9ories.<\/p>\n<p>Enfin, la formation s\u2019ach\u00e8ve par la r\u00e9daction d\u2019un m\u00e9moire. \u00c0 cette p\u00e9riode, j\u2019\u00e9tais en analyse avec Henri Duplaix, avec qui s\u2019\u00e9tait instaur\u00e9 une relation de proximit\u00e9 amicale. Je ne voulais plus entendre parler de sch\u00e9ma transf\u00e9rentiel ni de cadre rigide. Il avait beaucoup \u00e9crit, notamment aux \u00e9ditions du Martin-P\u00eacheur. C\u2019\u00e9tait un homme truculent, jovial, g\u00e9n\u00e9reux dans ses propos comme dans sa pr\u00e9sence. Un jour, il me lan\u00e7a, non sans humour : \u00ab <em>Maintenant que je suis ton dernier analyste, crois-tu qu\u2019il y ait un transfert ?<\/em> \u00bb Je lui r\u00e9pondis : \u00ab <em>\u00c9coute, je prends ma petite voiture chaque semaine pour venir jusqu\u2019\u00e0 Montfort-l\u2019Amaury, rien que pour cette fin d\u2019analyse. Il y a certainement un transfert. On verra bien ce que disent mes r\u00eaves.<\/em> \u00bb La semaine suivante, je revins avec un r\u00eave tr\u00e8s marquant&nbsp;: j\u2019\u00e9tais dans une grande maison, au sous-sol, avec lui, dans une immense cuisine d\u2019autrefois, dans le style de celles du XIXe ou du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Au centre, tr\u00f4nait un four \u00e0 feu ouvert ; tout autour, de nombreux r\u00e9cipients en cuivre, parfaitement entretenus, brillants. Ce r\u00eave \u00e9tait limpide : l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait profond\u00e9ment nourrici\u00e8re. Je me souviens tr\u00e8s bien de la lumi\u00e8re sur les cuivres, de la chaleur, de la disposition de l\u2019espace&#8230; Oui, il \u00e9tait sans aucun doute une figure nourrici\u00e8re dans cette ultime \u00e9tape du processus analytique.<\/p>\n<p>L\u2019attitude que l\u2019analyste adopte en s\u00e9ance ne consiste ni \u00e0 se taire syst\u00e9matiquement, ni \u00e0 r\u00e9pondre depuis sa propre subjectivit\u00e9, mais \u00e0 se rendre disponible, dans une forme de transparence, \u00e0 ce qui cherche \u00e0 advenir \u00e0 travers soi. C\u2019est bien diff\u00e9rent de celle que l\u2019on a dans le cours ordinaire de l\u2019existence.&nbsp; Cela s\u2019apparente \u00e0 une pratique m\u00e9ditative comme le yoga : des centaines, voire des milliers d\u2019heures de s\u00e9ances fa\u00e7onnent en vous un certain centrage. Ce centrage se manifeste dans les moments de dialogue authentique avec un analysant ou un proche, dans une rencontre significative ou encore dans le cadre d\u2019une conf\u00e9rence. Il na\u00eet de cette longue exp\u00e9rience du face-\u00e0-face avec l\u2019analysant, o\u00f9 l\u2019on apprend \u00e0 se tenir dans l\u2019\u00e9coute et la pr\u00e9sence justes.<\/p>\n<p><strong><a id=\"reve\"><\/a>Dans votre ouvrage, vous parvenez \u00e0 relier th\u00e9orie jungienne et clinique avec une clart\u00e9 remarquable. Dans le chapitre Gu\u00e9rir d&rsquo;Osiris, vous explorez le th\u00e8me de la gu\u00e9rison \u00e0 travers la mythologie \u00e9gyptienne. Comment ces mythes peuvent-ils nourrir une pratique analytique et favoriser une transformation psychique ? <\/strong><\/p>\n<p>Je vous propose, pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, le r\u00eave d\u2019Alix, une analysante&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s une s\u00e9rie de r\u00eaves qui mettaient en sc\u00e8ne des f\u00e9lins, Alix r\u00eave de trois petites chattes. Ce sont trois petites chattes de goutti\u00e8re tricolores, comme on en voit partout \u00e0 la campagne. Mais une voix dit \u00e0 la r\u00eaveuse que ces chattes si banales sont en r\u00e9alit\u00e9 les filles de la d\u00e9esse Bastet, la d\u00e9esse \u00e9gyptienne de la f\u00e9minit\u00e9, qui est d\u2019ailleurs personnifi\u00e9e par une chatte alti\u00e8re dans la statuaire \u00e9gyptienne. La voix lui dit aussi que la d\u00e9esse Bastet elle-m\u00eame est la fille aim\u00e9e et la servante de la grande d\u00e9esse Isis qui gouverne le ciel \u00e9toil\u00e9 et les rythmes de la nature tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Ainsi, voit Alix la r\u00eaveuse, il n\u2019y a pas de s\u00e9paration de fond entre les plans de la mati\u00e8re, de l\u2019\u00e2me et de l\u2019esprit, mais au contraire une relation qui les tient ensemble \u00e9troitement embo\u00eet\u00e9s. Il n\u2019y a pas de contradiction entre le mat\u00e9riel et l\u2019immat\u00e9riel, la terre et le ciel, qui tous deux forment une unit\u00e9 dans l\u2019ordre du macrocosme de l\u2019univers et du microcosme humain. Il n\u2019y a pas d\u2019hostilit\u00e9 entre le plan du principe et celui de la manifestation parce que la cr\u00e9ation, jusque dans ses plus petites cellules, exprime la splendeur du Voile d\u2019Isis et ses chatoiements infinis. L\u2019inspiration cr\u00e9atrice et ses cr\u00e9atures se croisent au plan m\u00e9dian de l\u2019\u00e2me symbolis\u00e9 par la forme composite de Bastet la d\u00e9esse chatte. Les \u00e9nergies corporelles et spirituelles se rencontrent dans le c\u0153ur et se r\u00e9alisent dans l\u2019incarnation de la conscience et son d\u00e9veloppement selon la loi mesur\u00e9e de la d\u00e9esse qui r\u00e9git les rythmes et les cycles du cosmos tout entier.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019\u00e9tait le r\u00eave d\u2019une femme \u00e9lev\u00e9e dans une famille tr\u00e8s traditionnelle, o\u00f9 l\u2019on valorisait presque exclusivement l\u2019immat\u00e9riel et l\u2019aspiration \u00e0 une spiritualisation du corps. Or, ses r\u00eaves, peupl\u00e9s d\u2019animaux, notamment de chats, lui enseignaient qu\u2019il existait une sagesse propre \u00e0 l\u2019instinct, \u00e0 la cr\u00e9ation, aux pulsions, et que cette sagesse \u00e9tait m\u00e9diatis\u00e9e par la pr\u00e9sence de d\u00e9esses f\u00e9minines. Il ne s\u2019agissait pas pour autant de se livrer \u00e0 une vitalit\u00e9 exacerb\u00e9e ni \u00e0 une sexualit\u00e9 d\u00e9voy\u00e9e, mais bien d\u2019entrer dans un rapport ajust\u00e9 au corps et \u00e0 l\u2019\u00e9nergie pulsionnelle. La Grande D\u00e9esse, que l\u2019on pourrait d\u00e9signer ici comme le Soi f\u00e9minin d\u2019Alix, \u00e9tait pr\u00e9sente pour r\u00e9guler les temps d\u2019incarnation, le tempo int\u00e9rieur entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue, et de l\u2019autre, les moments o\u00f9 il convenait au contraire de symboliser, sans <em>mettre en acte<\/em> les pulsions qui cherchaient \u00e0 s\u2019exprimer. Il ne s\u2019agissait donc pas pour le moi de trancher seul et de mani\u00e8re arbitraire : <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>je vis cela<strong><em>&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong> ou <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>je ne vis pas cela<strong><em>&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong>, mais d\u2019apprendre \u00e0 \u00e9couter ce principe int\u00e9rieur, enracin\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du f\u00e9minin, qui indiquait avec justesse, au-del\u00e0 des volont\u00e9s conscientes, ce qui pouvait \u00eatre v\u00e9cu et ce qui devait, au contraire, \u00eatre retenu ou symbolis\u00e9.<\/p>\n<p><strong><a id=\"loup\"><\/a>Le songe serait-il, dans cette perspective, le lieu privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 s\u2019op\u00e8re l\u2019int\u00e9gration int\u00e9rieure, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019inconscient, en dialoguant avec les images mythiques, initie un v\u00e9ritable mouvement de gu\u00e9rison ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, en tout cas, on en a d\u00e9j\u00e0 une perception, comme dans ce r\u00eave o\u00f9 il est dit que la Grande D\u00e9esse Chatte est la fille d\u2019une d\u00e9esse encore plus puissante : Isis. Isis qui r\u00e8gne \u00e0 la fois sur les cieux et sur la terre, et qui incarne un principe d\u2019organisation \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du microcosme humain comme \u00e0 celle du macrocosme universel. Parce qu\u2019elle est souveraine de la terre autant que du ciel, elle m\u00e9diatise, pourrait-on dire, la possibilit\u00e9 de spiritualiser le corps comme de corporaliser l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Je me souviens d\u2019une analyste d\u2019enfants tr\u00e8s reconnue, aujourd\u2019hui disparue, Denyse Lyard, grande admiratrice du psychanalyste <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/correspondance-jung-neumann.htm\">Erich Neumann<\/a>. Lors d\u2019une conf\u00e9rence que je n\u2019ai jamais oubli\u00e9e, elle avait parl\u00e9 de l\u2019esprit dans sa forme dangereuse parce qu\u2019 excessive. Elle racontait un cas clinique o\u00f9, faute de m\u00e9diation, ce sont les forces spirituelles elles-m\u00eames qui mena\u00e7aient d\u2019emporter l\u2019analysante vers une forme de destruction. Elle avait cit\u00e9 un r\u00eave dans lequel l\u2019esprit \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par un \u00e9norme loup. Mais ce loup l\u00e0 n\u2019\u00e9tait pas le symbole des pulsions sexuelles de la r\u00eaveuse : il figurait litt\u00e9ralement l\u2019exc\u00e8s d\u2019esprit. Un esprit devenu d\u00e9vorateur, qui risquait de mettre en p\u00e9ril sa vie psychique, comme physique. Une telle image exprimait aussi une spiritualit\u00e9 excessive coup\u00e9e des racines corporelles. Jung disait que l\u2019esprit est un instinct au m\u00eame titre que la faim, l\u2019agressivit\u00e9 ou la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais trouv\u00e9 cela vraiment int\u00e9ressant : dans sa pratique, o\u00f9 elle accompagnait \u00e9galement des patients psychotiques, Denyse Lyard voyait donc que le spirituel cliv\u00e9 pouvait, lui aussi se manifester dans les r\u00eaves sous la forme d\u2019un animal d\u00e9vorateur. Dans ce cas, les animaux ne sont plus uniquement des figures de l\u2019instinct corporel : ils expriment aussi le d\u00e9r\u00e8glement d\u2019une \u00e9nergie arch\u00e9typique insuffisamment int\u00e9gr\u00e9e. <em>Et, notons que Jung s\u2019est s\u00e9par\u00e9 de Freud, entre autres parce qu\u2019il consid\u00e9rait que la spiritualit\u00e9 est instinctuelle, au m\u00eame titre donc que l\u2019instinct de survie, ou la volont\u00e9 de puissance.<\/em><\/p>\n<p><strong>Le chapitre <em>Les feux du dedans<\/em> met en lumi\u00e8re les liens profonds entre la psychologie jungienne et l\u2019alchimie. Vous mentionnez notamment Gerhard Dorn, qui d\u00e9crit une alchimie spirituelle ax\u00e9e sur l\u2019union des oppos\u00e9s \u2013 masculin et f\u00e9minin, conscient et inconscient, esprit et mati\u00e8re. Dans votre pratique, vous \u00e9voquez \u00e9galement ce \u00ab curseur<em>&nbsp;<\/em>\u00bb qui ram\u00e8ne l\u2019\u00e2me au centre lorsqu\u2019il y a perte d\u2019\u00e9quilibre. Pourriez-vous nous parler de cette notion et de ses manifestations ? <\/strong><\/p>\n<p>La plupart du temps, les r\u00eaves fonctionnent un peu comme un balancier. Si quelqu\u2019un pousse trop loin dans une direction, il va recevoir des r\u00eaves qui la ram\u00e8neront vers le centre, en caricaturant son comportement. Pour illustrer cela, je vais vous raconter un r\u00eave que j\u2019ai re\u00e7u dans une situation bien particuli\u00e8re. Il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, \u00e0 Florence, se tenait un congr\u00e8s international, comme ceux que nous avons tous les trois ans. J\u2019avais profit\u00e9 de cet \u00e9v\u00e9nement pour rencontrer plein de gens ; j\u2019aime beaucoup les rencontres internationales ; et aussi pour visiter Florence bien s\u00fbr et assister \u00e0 des concerts, notamment \u00e0 Fiesole, ce que je ne voulais surtout pas manquer. Bref, je m\u2019\u00e9tais bien immerg\u00e9e dans l\u2019extraversion.<\/p>\n<p>Alors survient ce r\u00eave :<\/p>\n<blockquote>\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>je me retrouve dans un hall d\u2019a\u00e9roport, avec un attach\u00e9-case digne d\u2019un PDG, et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, mon pauvre chat, Tao, un petit chat noir. Il miaulait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, \u00e0 la fois par peur de cet endroit impersonnel qui lui \u00e9tait \u00e9tranger et parce que bien s\u00fbr, il n\u2019avait rien \u00e0 faire dans un attach\u00e9-case. Il \u00e9tait tr\u00e8s malheureux.&nbsp;<strong>\u00bb<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, je me suis dit : <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong><em>\u00e7a ne va pas du tout.<strong>&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em>&nbsp;Il y avait quelque chose de n\u00e9vrotique dans cette image de l\u2019\u00e2me de mon chat, tortur\u00e9e par l&rsquo;exc\u00e8s d&rsquo;extraversion que j\u2019avais v\u00e9cu dans ce congr\u00e8s. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de ne pas aller au dernier d\u00eener, qui, en g\u00e9n\u00e9ral, r\u00e9unit six cent personnes, ce qui n\u2019est pas exactement un environnement propice \u00e0 l\u2019introversion. Je suis rest\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4tel et j\u2019ai dormi \u00e0 peu pr\u00e8s dix-huit heures d\u2019affil\u00e9e ! Ici, on voit que l\u2019\u00e2me animale m\u2019a dit : <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>stop, je n\u2019en peux plus !&nbsp;<strong>\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Imaginons que je n\u2019aie pas \u00e9cout\u00e9 ce signal, et que je sois all\u00e9e \u00e0 cette f\u00eate. J\u2019aurais peut-\u00eatre eu un petit accident, agi de mani\u00e8re impr\u00e9visible, fait quelque chose de maladroit, me prendre les pieds dans le tapis, ou me faire bousculer par une voiture\u2026 Vous voyez ce que je veux dire ? Ce sont des moments o\u00f9 l\u2019on n\u2019est pas centr\u00e9 et il vous arrive un p\u00e9pin. Si je n\u2019avais pas \u00e9cout\u00e9 mon \u00e2me-chat, j\u2019aurais pu perdre le contact avec ce qui \u00e9tait juste pour moi.<\/p>\n<p><strong>Le curseur <\/strong><strong>dans ce cas <\/strong><strong>pourrait-il \u00eatre vu comme toute manifestation de l&rsquo;inconscient qu&rsquo;il convient de prendre en compte ?<\/strong><\/p>\n<p>Tout \u00e0 fait. Qu\u2019est-ce que cela veut me dire\u2026avant qu\u2019on ne soit pass\u00e9 sous l\u2019autobus, \u00e9videmment&nbsp;!<\/p>\n<p><strong><a id=\"erotique\"><\/a>Dans <em>La femme et le g\u00e9nie<\/em>, vous \u00e9crivez, en suivant Jung, que la sexualit\u00e9, lorsqu\u2019elle est li\u00e9e au spirituel, cr\u00e9e une \u00ab \u00e9rotique de l\u2019\u00e2me<em>&nbsp;<\/em>\u00bb. Pouvez-vous expliquer comment cette int\u00e9gration se manifeste dans le processus d\u2019individuation et quels b\u00e9n\u00e9fices elle peut apporter, tant sur le plan int\u00e9rieur que dans les relations affectives ? <\/strong><\/p>\n<p>Je dirais d&#8217;embl\u00e9e qu\u2019en tant que femme, il nous para\u00eet assez \u00e9vident que les manifestations amoureuses sont li\u00e9es \u00e0 un sentiment. Il est, pour nous, plus facile de parler d\u2019\u00e9rotique de l\u2019\u00e2me, car, d\u00e8s lors qu\u2019elles ont atteint un certain degr\u00e9 de diff\u00e9renciation, les femmes tendent \u00e0 ressentir que l\u2019exp\u00e9rience amoureuse, le fait de tomber amoureuse, touche non seulement le plan corporel, mais \u00e9galement le plan psychique, l\u2019\u00e2me. Cela doit avoir un sens, en somme. C\u2019est d\u2019ailleurs un probl\u00e8me tr\u00e8s actuel.<\/p>\n<p>Marie-Louise Von Franz a beaucoup \u00e9crit \u00e0 ce sujet, soulignant que jusqu\u2019au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, on mariait les filles non pour des raisons affectives, mais parce que cela permettait d&rsquo;unir des terres, des biens, des familles. Elle expliquait que le lien amoureux qui commen\u00e7ait alors de son temps \u00e0 \u00eatre permis au grand jour, \u00e9tait pour les femmes une v\u00e9ritable exp\u00e9rience de pionni\u00e8res, car cela ne s\u2019\u00e9tait pas produit pendant des centaines d\u2019ann\u00e9es. Autrefois, les mariages \u00e9taient d\u2019abord arrang\u00e9s par les familles, souvent des unions de raison, parfois avec des jeunes gens que l&rsquo;on connaissait depuis l&rsquo;enfance, des amis, des cousins, etc. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas si terrible, car il s&rsquo;agissait souvent de proches avec qui l&rsquo;on avait grandi, avec qui l&rsquo;on avait jou\u00e9.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, des relations amoureuses pouvaient se d\u00e9velopper dans le secret, mais elles demeuraient dissimul\u00e9es, selon le syst\u00e8me familial et le milieu social dans lequel on \u00e9voluait. Sinon on pouvait aussi bien enfermer la fille en prison ou la mettre au couvent pour le restant de ses jours ! Marie-Louise von Franz a beaucoup insist\u00e9 sur le fait que nous vivions les premi\u00e8res d\u00e9cennies o\u00f9 le sentiment amoureux pouvait d\u00e9sormais se vivre ouvertement, dans un cadre l\u00e9gal. En ajoutant que cela n\u2019irait toutefois pas sans engendrer d\u2019importantes fractures : complications extr\u00eames, divorces \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, et toutes les difficult\u00e9s propres aux familles recompos\u00e9es ou \u00e9clat\u00e9es que nous connaissons aujourd\u2019hui. Elle consid\u00e9rait qu\u2019il s\u2019agissait l\u00e0 v\u00e9ritablement de quelque chose, encore \u00e0 l\u2019\u00e9tat embryonnaire, presque enfantin. Une \u00e9rotique de l\u2019\u00e2me en train d\u2019\u00e9merger dans la vie sociale, non sans pertes ni fracas.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, ce que j\u2019ai souhait\u00e9 souligner, c\u2019est que, dans les relations de transferts, que l\u2019on soit analyste ou analysant, il existe bel et bien une forme d\u2019\u00e9rotique de l\u2019\u00e2me. C\u2019est, par exemple, cette force d\u2019attraction subtile qui fait qu\u2019on vient vous voir, semaine apr\u00e8s semaine, parfois durant des ann\u00e9es. Il faut bien \u00eatre port\u00e9 par quelque chose relevant du transfert. Et c\u2019est bien l\u00e0 une \u00e9rotique au sens platonicien du terme. L\u2019amour d\u2019un \u00eatre qui entra\u00eene plus loin. Car il s\u2019agit d\u2019un lien qui ne doit pas se vivre dans le plan concret de la vie quotidienne. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette impossibilit\u00e9, cette frustration, qui va enclencher une transformation. Le lien, en se heurtant \u00e0 la limite du cadre analytique, active une \u00e9nergie susceptible de faire \u00e9voluer les zones de l\u2019\u00e2me qui demandent \u00e0 \u00eatre m\u00e9tamorphos\u00e9es. Freud consid\u00e9rait ce processus comme fondamental.<\/p>\n<p>Lors de sa premi\u00e8re rencontre avec Jung, ils se retrouv\u00e8rent \u00e0 Vienne dans un c\u00e9l\u00e8bre caf\u00e9 en face de l\u2019Universit\u00e9. Ils discut\u00e8rent durant treize heures d\u2019affil\u00e9e, notamment autour de cette question du transfert. Or, \u00e0 partir du moment o\u00f9 ce lien transf\u00e9rentiel ne peut se vivre dans le plan concret, les tensions inh\u00e9rentes \u00e0 cette situation vont produire une transformation de nature alchimique. C\u2019est comme si l\u2019on d\u00e9posait une mati\u00e8re crue et brute dans la cornue alchimique, dans l\u2019athanor, et que l\u2019analyste en r\u00e9gule le feu : un feu trop intense, un transfert trop passionnel, risque de carboniser l\u2019\u0153uvre. \u00c0 l\u2019inverse, un feu trop faible ne produit aucun effet, il n\u2019y a pas de cuisson. L\u2019un des enjeux majeurs de l\u2019analyse consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 percevoir et \u00e0 ajuster cette temp\u00e9rature int\u00e9rieure, ces nuances fines, afin que l\u2019\u00e9ros \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la relation puisse, progressivement, m\u00e9tamorphoser les parties de l\u2019\u00e2me qui, \u00e0 ce moment-l\u00e0, le r\u00e9clament, ce qui se voit notamment par les r\u00eaves<\/p>\n<p><a id=\"cadre\"><\/a>Cela nous am\u00e8ne \u00e0 la question du cadre dans la relation transf\u00e9rentielle. Le cadre est fondamental, bien qu\u2019il soit, dans une certaine mesure, \u00e9lastique. Ce que j\u2019entends par l\u00e0, c\u2019est que, dans le d\u00e9roulement d\u2019une s\u00e9ance, il y a des moments o\u00f9 l\u2019on est v\u00e9ritablement dans le registre psychanalytique au sens strict, dans le silence notamment : lorsque l\u2019analysant est allong\u00e9 pendant plusieurs s\u00e9ances d\u2019affil\u00e9e, ce qui peut l\u2019amener \u00e0 des \u00e9tats modifi\u00e9s de conscience, \u00e0 des abr\u00e9actions issues des couches profondes de l\u2019inconscient, et qui le secouent parfois intens\u00e9ment sur le plan \u00e9motionnel. Mais il y a aussi de nombreux moments, au sein m\u00eame de la s\u00e9ance, o\u00f9 l\u2019on se situe \u00e0 la fronti\u00e8re entre la th\u00e9rapie analytique et la psychanalyse proprement dite. C\u2019est une question de ressenti, d\u2019intuition clinique. C\u2019est un peu comme lorsque l\u2019on pilote un bateau : on sent le courant. Il s\u2019agit de percevoir si l\u2019on peut aller plus en profondeur, l\u00e0 o\u00f9 cela devient plus exigeant, plus confrontant, ou s\u2019il convient, au contraire, de revenir vers quelque chose de plus proche de la conscience du moi.<\/p>\n<p>C\u2019est donc toute une forme de perception fine\u2026 Oui, je dirais de <em>feeling<\/em>, au sens subtil du terme. Il y a, depuis plus de quatre mille ans, un aspect sacr\u00e9 dans ces formes de d\u00e9voilement de l\u2019\u00e2me, par exemple en Chine. Bien au-del\u00e0 de ce que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui l\u2019analyse, il a toujours exist\u00e9, \u00e0 travers les \u00e2ges et les civilisations, des voies de sagesse, des chemins de transformation int\u00e9rieure. On les retrouve en Extr\u00eame-Orient, mais aussi chez les Grecs, notamment \u00e0 travers les Myst\u00e8res d\u2019\u00c9leusis. Ce sont, \u00e0 chaque fois, des voies Initiatiques.&nbsp; On en trouve des traces aussi bien dans les cultures grecque et romaine antiques que chez les peuples du Moyen-Orient. Ce sont les traditions que l\u2019on qualifie de \u00ab myst\u00e9riques \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des itin\u00e9raires initiatiques, visant non pas seulement le d\u00e9veloppement de la personnalit\u00e9, mais l\u2019accomplissement de la totalit\u00e9 de l\u2019humain que chacun est appel\u00e9 \u00e0 manifester au cours de sa vie. Ce sont des voies vers le sacr\u00e9, au sens fort du terme.<\/p>\n<p><strong><a id=\"inceste\"><\/a>Vous abordez, dans <em>La Naissance de l\u2019enfant rouge vif,<\/em> le th\u00e8me de l\u2019inceste sous des angles \u00e0 la fois pathologiques et symboliques, en le reliant au motif central de la <\/strong><strong>Con<\/strong><strong>jonction. Comment cette perspective enrichit-elle notre compr\u00e9hension clinique, notamment en rapport avec l\u2019\u00e9panouissement ou la <\/strong><strong>pathologie <\/strong><strong>du Soi ? <\/strong><\/p>\n<p>Dans le chapitre \u00ab Julie et le Petit Prince \u00bb, consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019inceste r\u00e9el, j\u2019ai relat\u00e9 l\u2019histoire d\u2019une analysante qui avait subi un inceste, \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re, alors qu\u2019elle n\u2019avait que neuf ans. Son p\u00e8re, gendarme du village, jouissait d\u2019une r\u00e9putation irr\u00e9prochable. Tous s\u2019extasiaient devant la tendresse qu\u2019il manifestait envers sa petite fille orpheline, devant cette relation exemplaire. Ce malentendu collectif, cette fa\u00e7ade de d\u00e9vouement paternel, a en r\u00e9alit\u00e9 masqu\u00e9 une emprise destructrice qui a profond\u00e9ment compromis la vie amoureuse de Julie, et ce, malgr\u00e9 des ann\u00e9es d\u2019analyse. Le travail th\u00e9rapeutique, bien qu\u2019indispensable, n\u2019a pu enti\u00e8rement d\u00e9samorcer les s\u00e9quelles d\u2019angoisse laiss\u00e9es par cette confusion originelle des places et des fonctions.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, dans le registre symbolique, l\u2019 <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>inceste<strong><em>&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong> advient au sein de la relation analytique, dans les processus de transfert. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019analyste devient, par exemple, selon l\u2019histoire du sujet, la figure d\u2019un p\u00e8re ou d\u2019une m\u00e8re \u00ab suffisamment bon \u00bb, comme disait Winnicott. J\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 cela \u00e0 propos de certains patients diagnostiqu\u00e9s comme borderline : des jeunes gens et jeunes filles qui multiplient les conduites \u00e0 risque et les exc\u00e8s en tous genres. Bien souvent, ces errances chaotiques traduisent une absence totale d\u2019inscription dans la loi paternelle. Lorsqu\u2019un tel analysant rencontre un analyste, homme ou femme, qui lui accorde sa confiance, une pr\u00e9sence stable, voire le secoue affectueusement, alors peut surgir cette fonction symbolique du p\u00e8re. Comme Dionysos, lui, est pass\u00e9 de la folie \u00e0 la maturit\u00e9 en ob\u00e9issant \u00e0 la Grande D\u00e9esse qui lui a conf\u00e9r\u00e9 une forme, une limite, un regard. Le patient cesse alors, peu \u00e0 peu, de se d\u00e9truire. Il se sent enfin reconnu, valoris\u00e9, regard\u00e9, comme un parent aimant regarde son enfant, et il trouve un \u00e9quilibre et une \u00e9thique personnelle.<\/p>\n<p>Dans cette relation transf\u00e9rentielle peuvent \u00e9galement \u00e9merger d\u2019autres figures de parent\u00e9 : le fr\u00e8re-amant, la s\u0153ur-amante. C\u2019est aussi cela que Jung entendait par inceste symbolique : cette proximit\u00e9 intime, mais non v\u00e9cue concr\u00e8tement, qui se d\u00e9ploie dans le cadre de la cure. Il ne se limite pas \u00e0 une relation familiale, mais s\u2019\u00e9tend \u00e9galement \u00e0 \u00c9ros sous toutes ses formes. Comme dans le cas o\u00f9 un homme analyste se trouve face \u00e0 une analysante, ou inversement, une femme analyste avec un analysant. Souvent, des analysantes m\u2019ont ressentie comme une s\u0153ur. Toutes ces projections sur l\u2019analyste vont d\u00e9voiler peu \u00e0 peu des liens arch\u00e9typiques profonds. \u00c0 condition d\u2019accepter ce cadre pr\u00e9cis o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de passage \u00e0 l\u2019acte amoureux, pas de promenade dans un parc, ni de partage d\u2019un caf\u00e9. Tout reste strictement dans la sph\u00e8re de la s\u00e9ance et dans l\u2019\u00e9laboration entre le conscient et l\u2019inconscient.<\/p>\n<p>Ce que Jung appelait un \u00ab&nbsp;mariage \u00e0 quatre&nbsp;\u00bb, deux conscients, deux inconscients. Ce travail fait appel \u00e0 une \u00e9laboration du c\u0153ur, comme les Grecs anciens le disaient, lorsqu&rsquo;ils affirmaient que \u00ab parler avec le c\u0153ur \u00bb \u00e9tait essentiel. Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re aux traditions orientales, au langage des chakras, on retrouve cette id\u00e9e d\u2019une parole du c\u0153ur, d\u2019un logos qui contient de l\u2019\u00e9ros, et d\u2019un \u00e9ros impr\u00e9gn\u00e9 de logos. C&rsquo;est cette conjonction vivante qui fonde toute l\u2019exp\u00e9rience analytique.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la pathologie du Soi correspond, le plus souvent, \u00e0 une identification du Moi au Soi : le Moi est alors en proie \u00e0 une inflation. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne bien connu&nbsp;: comme la grenouille de la fable de Lafontaine qui, veut devenir aussi grosse que le b\u0153uf, elle enfle, enfle\u2026 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019explosion. \u00ab&nbsp;Elle enfla si bien qu\u2019elle creva&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit bien l\u00e0 d\u2019un processus d\u2019identification.<\/p>\n<p>Je me souviens d\u2019une femme que j\u2019ai accompagn\u00e9e pendant quelques mois. C\u2019\u00e9tait une th\u00e9rapeute qui avait r\u00e9uni autour d\u2019elle un petit cercle et publiait r\u00e9guli\u00e8rement une feuille d\u00e9di\u00e9e \u00e0 une d\u00e9esse antique. <br \/>\nUn jour, elle m\u2019apporte un r\u00eave :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Elle marchait \u00e0 la campagne le long d\u2019un petit bois. Sur son \u00e9paule gauche, un petit serpent \u00e9tait lov\u00e9. Et tout \u00e0 coup, surgissant de ce bois, un \u00e9norme boa les avalait tous les deux.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Je lui demande donc ce que repr\u00e9sente ce petit serpent. Elle me r\u00e9pond, tr\u00e8s s\u00e9rieusement : <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>C\u2019est comme pour les pr\u00eatresses grecques, je marche avec le serpent d\u2019Esculape, ou d\u2019Ascl\u00e9pios, le serpent de la gu\u00e9rison, pos\u00e9 sur l\u2019\u00e9paule.&nbsp;<strong>\u00bb<\/strong> Je l\u2019interroge alors : &nbsp;et \u00e7a ne vous fait pas un peu peur ?<strong><em>&nbsp;<\/em>\u00bb<\/strong> <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>Non, non, cela ne me pose aucun probl\u00e8me \u00bb, dit-elle. Je lui fais alors remarquer que, dans son r\u00eave, elle-m\u00eame et son petit animal, sont aval\u00e9s tout cru par cet immense boa, beaucoup plus puissant, surgi de la for\u00eat de l\u2019inconscient. Elle a trouv\u00e9 ma remarque de tr\u00e8s mauvais go\u00fbt\u2026 et a mis fin \u00e0 la th\u00e9rapie. Ce souvenir me revient pr\u00e9cis\u00e9ment parce que j\u2019avais, au fil du temps, l\u2019impression croissante qu\u2019elle s\u2019identifiait \u00e0 cette d\u00e9esse figure du Soi. C\u2019\u00e9tait quelqu\u2019un de tr\u00e8s intuitif, avec un lien profond \u00e0 l\u2019inconscient. Mais ce r\u00f4le glorieux, nourri par l\u2019autorit\u00e9 qu\u2019elle exer\u00e7ait sur son groupe qui la suivait sur la <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong>voie des dieux&nbsp;<strong>\u00bb<\/strong> la mettait en danger d\u2019\u00eatre engloutie elle-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong><a id=\"indra\"><\/a>Marie-Laure, vous explorez le mythe du filet d&rsquo;Indra comme une m\u00e9taphore de l\u2019interconnexion universelle et le reliez \u00e0 des concepts contemporains comme la conscience non-locale ou les champs akashiques d\u2019Erwin Laszlo. Comment cette vision d\u2019une interd\u00e9pendance omnipr\u00e9sente influence-t-elle votre pratique clinique, en particulier pour aider vos patients \u00e0 int\u00e9grer les dimensions collective et individuelle de leur \u00eatre au cours de leur processus d\u2019individuation ? <\/strong><\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit avant tout d&rsquo;une question de synchronicit\u00e9. Dans une analyse profonde, il y a toujours des moments o\u00f9 la synchronicit\u00e9 se manifeste, entre l&rsquo;analyste et l&rsquo;analysant. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne peut engendrer un \u00e9veil ou des prises de conscience qui bouleversent profond\u00e9ment la vie de l\u2019analysant \u2026 et parfois de l\u2019analyste aussi. S\u2019op\u00e8re alors un changement significatif dans le processus int\u00e9rieur. Et ce mouvement ne se limite pas \u00e0 la s\u00e9ance, mais se prolonge au-del\u00e0, dans la vie quotidienne, comme un r\u00e9ajustement subtil qui se manifeste dans la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue. Dans Les <em>Facettes de l\u2019\u00c2me<\/em>, il y a un chapitre \u00ab&nbsp;<em>Histoires de synchronicit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb o\u00f9 j\u2019ai tent\u00e9 de montrer ces connections frappantes et aussi pleines d\u2019humour entre monde int\u00e9rieur et monde ext\u00e9rieur en r\u00e9sonances r\u00e9ciproques qui d\u00e9passent infiniment l\u2019espace-temps et la causalit\u00e9.<\/p>\n<p><strong><a id=\"eco\"><\/a>Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous transmettre \u00e0 nos lecteurs ? Y a-t-il une r\u00e9flexion ou une inspiration particuli\u00e8re que vous aimeriez leur laisser en h\u00e9ritage ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai l\u2019impression, et c\u2019est le sujet du livre <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/publications\/entretien-marie-laure-colonna.htm\"><em>R\u00e9enchanter l\u2019Occident<\/em><\/a>, que j\u2019ai \u00e9crit apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/publications\/les-facettes-de-l-ame.htm\"><em>Les Facettes de l&rsquo;\u00c2me &#8211; La Fusion entre l&rsquo;Esprit et la Mati\u00e8re<\/em><\/a>, que nous traversons une \u00e9poque marqu\u00e9e par une cacophonie internationale des plus d\u00e9sastreuses. Et pourtant, il est de plus en plus \u00e9vident que les jeunes g\u00e9n\u00e9rations se montrent sensibles \u00e0 cette prise de conscience essentielle : relier la mati\u00e8re \u00e0 l\u2019esprit, <em>via<\/em> la psych\u00e9, l\u2019\u00e2me. R\u00e9unir la science, les d\u00e9couvertes, la technique, la vie individuelle et la spiritualit\u00e9.<\/p>\n<p>En ce qui me concerne, j\u2019ai sous-titr\u00e9 ce livre <em>Vers un \u00e9veil individuel et collectif de la conscience<\/em>, car c\u2019est v\u00e9ritablement l\u00e0, le c\u0153ur de mon message. J\u2019ai eu la chance, au cours de ces d\u00e9cennies pass\u00e9es en tant qu&rsquo;analyste, d\u2019assister \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de l\u2019individuation chez de nombreux \u00eatres, et ce, de plus en plus fr\u00e9quemment. Je me souviens qu\u2019au d\u00e9but de ma pratique, les hommes venaient consulter en affirmant : <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong><em>OK, je viens<\/em><em>, mais je ne suis pas fou.<strong>&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em>&nbsp;Aujourd\u2019hui, de plus en plus de jeunes, d\u00e8s le d\u00e9but de leur d\u00e9marche, ont pleinement conscience qu\u2019ils poss\u00e8dent en eux la capacit\u00e9 de cr\u00e9er un monde plus coh\u00e9rent, o\u00f9 les dimensions corporelles, spirituelles et celles de l\u2019\u00e2me seront harmonieusement interconnect\u00e9es.<\/p>\n<p>Comme le disait Marie-Louise von Franz, l\u2019Alchimie est un mythe de la Mati\u00e8re, et elle constitue \u00e9galement le mythe du futur pour nous. L\u2019alchimie offre l\u2019espoir concret que nous serons en mesure de r\u00e9int\u00e9grer, \u00e0 la fois dans l\u2019univers ext\u00e9rieur et dans le microcosme de l\u2019\u00e2me humaine, les dimensions de l\u2019incarnation, dont nous \u00e9voquions pr\u00e9c\u00e9demment la n\u00e9cessit\u00e9 : <strong>spiritualiser le corps et corporaliser l\u2019esprit<\/strong>. <strong>C\u2019est l\u00e0 le but m\u00eame de l\u2019alchimie : sauver l\u2019humain au sein de la nature, donc sauver la Nature elle-m\u00eame aussi.<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, les chr\u00e9tiens poursuivaient un objectif partiel : sauver l\u2019humain, avant tout. Aujourd\u2019hui, face aux bouleversements plan\u00e9taires, qu\u2019il s\u2019agisse des d\u00e9s\u00e9quilibres \u00e9cologiques, climatiques, politiques ou \u00e9conomiques, il devient imp\u00e9rieux de se soucier tout autant de la Nature et du vivant que de l\u2019Humain. Il s\u2019agit, en quelque sorte, de d\u00e9velopper une \u00e9co-psychologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Entretien men\u00e9 par <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/\">Rachel Huber<\/a> &#8211; Mai 2025<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/publications\/les-facettes-de-l-ame.htm\">Voir la pr\u00e9sentation du livre Les facettes de l&rsquo;\u00e2me.<\/a><\/p>\n<h2><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full alignright\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/publications\/images\/marie-laure-colonna.jpg\" width=\"100\" height=\"159\" \/>Marie-Laure Colonna<\/h2>\n<p>Marie-Laure Colonna est philosophe et psychanalyste jungienne, membre de l\u2019IAAP et de la SFPA. Elle articule psychologie analytique, mythes universels et spiritualit\u00e9, en dialogue avec les philosophies orientales. Son approche clinique accorde une place centrale au processus d\u2019individuation et aux dynamiques du masculin et du f\u00e9minin en chacun. Elle propose des th\u00e9rapies individuelles d\u2019orientation jungienne, centr\u00e9es sur la transformation int\u00e9rieure et la qualit\u00e9 des relations.<\/p>\n<p><b>Entretiens et ouvrages pr\u00e9sent\u00e9s sur ce site :<\/b><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/rachel-huber\/marie-laure-colonna\/\">Discussion entre Marie-Laure Colonna et Rachel Huber<\/a> \u00e0 propos de son livre <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/publications\/les-facettes-de-l-ame.htm\">Les facettes de l\u2019\u00e2me<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/publications\/entretien-marie-laure-colonna.htm\">Entretien entre Marie-Laure Colonna et Jean-Pierre Robert autour du livre R\u00e9enchanter l\u2019Occident<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/publications\/l-aventure-du-couple-aujourd-hui.htm\">L\u2019aventure du couple aujourd\u2019hui<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie-Laure Colonna partage ici les grandes lignes de sa pens\u00e9e autour de son ouvrage Les facettes de l\u2019\u00e2me \u2013 La fusion entre l\u2019esprit et la mati\u00e8re. Dans un dialogue avec Rachel Huber, elle retrace son parcours analytique, \u00e9voque les figures mythiques qui l\u2019ont guid\u00e9e, et approfondit des th\u00e8mes essentiels comme l\u2019alchimie int\u00e9rieure, l\u2019\u00e9rotique de l\u2019\u00e2me [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":16,"featured_media":0,"parent":22850,"menu_order":7,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-29504","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29504","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/users\/16"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29504"}],"version-history":[{"count":37,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29504\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":29644,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/29504\/revisions\/29644"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22850"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29504"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}