{"id":29474,"date":"2025-05-08T12:10:30","date_gmt":"2025-05-08T10:10:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=29474"},"modified":"2026-02-22T06:49:26","modified_gmt":"2026-02-22T05:49:26","slug":"entretien-susan-schwartz","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/peggy-vermeesch\/entretien-susan-schwartz\/","title":{"rendered":"Amour non partag\u00e9, blessure paternelle et fragilit\u00e9 du Soi. Un entretien avec Susan Schwartz"},"content":{"rendered":"<p><strong>Peggy Vermeesch dialogue avec l\u2019analyste jungienne Susan Schwartz. Elles explorent l\u2019impact de l\u2019amour non partag\u00e9 chez les filles d\u2019un p\u00e8re absent, ainsi que la mani\u00e8re dont cette dynamique complexe peut \u00eatre travaill\u00e9e dans le cadre de la relation th\u00e9rapeutique. Elles r\u00e9fl\u00e9chissent aussi \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience commune de se sentir comme une imposture, et au besoin de faire tomber nos masques pour \u00eatre pleinement nous-m\u00eames.<\/strong><\/p>\n<p>Schwartz donne la parole \u00e0 des figures souvent mal comprises, telles que la Puella et \u00c9cho \u2014 des aspects arch\u00e9typaux en nous qui portent un potentiel sous-estim\u00e9, de profondeur, de transformation et de gu\u00e9rison.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/medias\/#susan-1\" rel=\"noopener\">Entretien vid\u00e9o en anglais et sous-titr\u00e9 en fran\u00e7ais<br \/>\n<\/a><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/jps\/articles\/peggy-vermeesch\/interview-susan-schwartz\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Version anglaise de cet entretien<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-29537\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/2025-05-interview-susans-schwartz.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"433\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/2025-05-interview-susans-schwartz.jpg 600w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/2025-05-interview-susans-schwartz-300x217.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" data-pm-slice=\"0 0 []\">Cet entretien est centr\u00e9 sur les th\u00e8mes centraux des ouvrages de Susan Schwartz.<\/p>\n<h2>Sur cette Page<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"#father\">Impact du p\u00e8re absent<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#imposter\">Syndrome de l&rsquo;imposteur<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#puella\">Arch\u00e9type de la Puella<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#narcissism\">Amour et narcissisme<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Peggy Vermeesch: Je suis ravie de plonger dans vos recherches \u00e0 travers les trois ouvrages que vous avez publi\u00e9s, ainsi que votre prochain livre pr\u00e9vu pour juillet 2025. Ce qui m&rsquo;int\u00e9resse le plus, c&rsquo;est de comprendre comment ces diff\u00e9rents sujets se connectent dans votre esprit et votre \u00e2me, comment vos int\u00e9r\u00eats et perspectives ont \u00e9volu\u00e9 au fil des ann\u00e9es, et comment cette \u00e9volution a fa\u00e7onn\u00e9 votre travail en tant qu&rsquo;analyste jungienne.<\/strong><\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><a id=\"father\"><\/a><strong>Impact du p\u00e8re absent<\/strong><\/h1>\n<p><strong>En 2020, vous avez publi\u00e9 votre premier ouvrage <em>The Absent Father Effect on Daughters<\/em> [L&rsquo;impact du p\u00e8re absent sur les filles], avec le sous-titre \u00ab\u00a0D\u00e9sir de p\u00e8re, blessures paternelles\u00a0\u00bb. Ce livre a \u00e9t\u00e9 traduit en plusieurs langues, mais pas encore en fran\u00e7ais. Vous l&rsquo;ouvrez de mani\u00e8re frappante :<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Il s&rsquo;agit d&rsquo;une histoire d&rsquo;amour, mais d&rsquo;un amour non partag\u00e9. Il s&rsquo;agit des besoins qu&rsquo;une fille a envers une figure paternelle, besoins rendus plus \u00e9vidents et douloureux lorsqu&rsquo;il est absent.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette histoire d&rsquo;amour entre le p\u00e8re et la fille et \u00e0 quoi cela ressemblerait dans une situation id\u00e9ale ? Autrement dit : quels sont les ingr\u00e9dients essentiels d&rsquo;une relation p\u00e8re-fille <em>suffisamment bonne<\/em> ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Susan Schwartz<\/strong>:&nbsp;Cela touche \u00e0 de nombreux aspects diff\u00e9rents. Il s\u2019agit de la mani\u00e8re dont un p\u00e8re reconna\u00eet et appr\u00e9cie la force de vie de sa fille, \u00e0 la fois semblable et diff\u00e9rente de la sienne. Son amour, alors, sert \u00e0 soutenir sa force d\u2019\u00eatre et son sentiment d&rsquo;identit\u00e9,&nbsp;m\u00eame s\u2019il se sent menac\u00e9 ou d\u00e9pass\u00e9 par elle. Tout au long de sa vie, il serait pr\u00e9sent sur le plan \u00e9motionnel, respectueux sur le plan physique, et l\u2019encouragerait dans son d\u00e9veloppement corporel ainsi que dans la fiert\u00e9 qu\u2019elle peut \u00e9prouver pour son corps, son esprit et son \u00e2me.<\/p>\n<p>Cela peut sembler ambitieux, mais cela para\u00eetrait normal, comme si nous voulions favoriser le d\u00e9veloppement des enfants. Le probl\u00e8me, c\u2019est que beaucoup de p\u00e8res, g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration, n\u2019ont pas eu de bons p\u00e8res eux-m\u00eames. Esp\u00e9rons que cela soit en train de changer, mais sans cette base, ils ne peuvent pas vraiment transmettre un certain bien-\u00eatre \u00e0 leurs filles. Cela ne les dispense toutefois pas de leur responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Beaucoup de p\u00e8res donnent de l&rsquo;argent, ach\u00e8tent des choses ou subviennent aux besoins. Mais offrent-ils une pr\u00e9sence \u00e9motionnelle et relationnelle ? C\u2019est cela que j\u2019entends par amour. L\u2019amour non partag\u00e9, c\u2019est quand on le d\u00e9sire sans pouvoir l\u2019obtenir. Cela cr\u00e9e une douleur int\u00e9rieure. Cela suscite aussi un d\u00e9sir de grandir. Pensons \u00e0 toutes les choses non partag\u00e9es dans la vie des gens. C\u2019est comme un vide. Nous voulons quelque chose, et dans ce d\u00e9sir, cela pousse au d\u00e9veloppement, mais de mani\u00e8re difficile. On veut quelque chose, et ce d\u00e9sir pousse au d\u00e9veloppement, mais de mani\u00e8re difficile. Cela peut freiner ce d\u00e9veloppement, voire l\u2019\u00e9touffer. Cela peut faire en sorte qu\u2019une fille se sente mal dans sa peau et adopte des comportements autodestructeurs sous de nombreuses formes.<\/p>\n<p>Tant de femmes \u2014 mais aussi des hommes, en fait toutes les personnes, m\u00eame si cela concerne particuli\u00e8rement les femmes \u2014 et beaucoup de femmes avec qui j\u2019ai travaill\u00e9, sont tr\u00e8s destructrices envers elles-m\u00eames. Elles consid\u00e8rent comme normal de ne pas s\u2019aimer. C\u2019est simplement comme \u00e7a. Elles croient aussi qu\u2019elles ne peuvent pas atteindre leurs p\u00e8res. Lorsqu\u2019on leur demande : \u00ab\u00a0Comment \u00e9tait votre p\u00e8re ?\u00a0\u00bb, la r\u00e9ponse est souvent r\u00e9duite \u00e0 une simple phrase, pas grand-chose. Il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0. Il n\u2019interagissait pas.<\/p>\n<p>Ainsi, ce sont l\u00e0 autant de fa\u00e7ons dont nous ressentons que l\u2019amour est non partag\u00e9. Si, enfant, on ne re\u00e7oit pas de r\u00e9ponse aimante, on croit que c\u2019est de notre faute. On pense avoir fait quelque chose de mal. Et voil\u00e0 \u00e0 nouveau le th\u00e8me de l\u2019amour non partag\u00e9. L\u2019amour de soi devient lui aussi non partag\u00e9. Le p\u00e8re n&rsquo;est pas le seul \u00e0 entrer en jeu, mais comme on a peu \u00e9crit sur les p\u00e8res, il reste encore beaucoup de choses \u00e0 d\u00e9m\u00ealer.<\/p>\n<p><strong>Vous mentionnez que cet amour non partag\u00e9 \u00ab\u00a0suscite un d\u00e9sir de grandir\u00a0\u00bb. Ainsi, le d\u00e9sir m\u00e8ne au d\u00e9veloppement, mais il s&rsquo;agit sans doute d&rsquo;une question d&rsquo;\u00e9quilibre. Il faut qu&rsquo;une certaine part de d\u00e9sir reste non partag\u00e9e pour qu&rsquo;il y ait croissance. Mais si tout est non partag\u00e9, alors cela \u00e9choue. Est-ce ainsi que vous voyez les choses ?<\/strong><\/p>\n<p>Je pense que c\u2019est juste. Il y aura toujours un d\u00e9sir qui reste non partag\u00e9. Mais s\u2019il y a un vide immense, il faut une quantit\u00e9 consid\u00e9rable de quelque chose pour venir \u00e0 vous et vous permettre de vous d\u00e9velopper. Et parfois, cela prend des ann\u00e9es et des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Un autre point concerne la mani\u00e8re dont la <em>romance<\/em> p\u00e8re-fille est souvent valoris\u00e9e dans certaines cultures, du moins aux \u00c9tats-Unis. Elle doit \u00eatre <em data-start=\"354\" data-end=\"365\">sa ch\u00e9rie<\/em>. Mais cela implique qu\u2019elle soit r\u00e9duite. Qu\u2019elle reste petite. Qu\u2019elle ne le d\u00e9passe pas. L\u00e0 encore, son d\u00e9veloppement est frein\u00e9 lorsqu\u2019il n\u2019y a pas assez d\u2019appr\u00e9ciation de sa part, ou lorsqu\u2019il ne la voit pas vraiment.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il ne devrait pas la regarder de mani\u00e8re sexuelle, mais d\u2019une fa\u00e7on sexuellement saine, sans la d\u00e9valoriser pour son esprit, ce qui arrive encore bien trop souvent. Il ne devrait pas non plus lui dicter comment elle doit \u00eatre. J\u2019emploie beaucoup de \u00ab\u00a0<em data-start=\"503\" data-end=\"523\">ne devrait pas\u00a0\u00bb<\/em>&nbsp;ici.<\/p>\n<p>Les choses \u00e9voluent aujourd\u2019hui, mais il y a eu un immense vide autour de la figure paternelle, et en particulier concernant la relation p\u00e8re-fille. Tr\u00e8s peu a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 ce sujet ces 25 ou 30 derni\u00e8res ann\u00e9es dans la litt\u00e9rature psychanalytique, jungienne, th\u00e9rapeutique et psychologique. Il y en a, mais tr\u00e8s peu.<\/p>\n<p><strong>Tout tourne autour de la m\u00e8re, n&rsquo;est-ce pas ?<\/strong><\/p>\n<p>Tout tourne autour de la m\u00e8re et il est toujours question de <em>bl\u00e2mer<\/em> cette m\u00e8re.<\/p>\n<p>Peu importe qui sont les figures paternelles et maternelles : chacune doit garder l\u2019autre \u00e0 l\u2019esprit. Cela donne \u00e0 la fille un sentiment de solidit\u00e9, une base sur laquelle s\u2019appuyer. Mais si la figure paternelle est absente pour la fille, l\u2019est-elle aussi pour le conjoint ? Dans ce cas, le conjoint se sent lui aussi mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart, ne recevant rien. On se retrouve alors avec une immense accumulation de frustration, de col\u00e8re, de fureur, et d\u2019auto-agression. C\u2019est souvent ainsi que cela se manifeste.<\/p>\n<p><strong>Et peut-\u00eatre m\u00eame une forme de rivalit\u00e9, s\u2019il y a si peu du p\u00e8re \u00e0 partager. Si la fille et le conjoint manquent tous deux de cette dimension masculine, pourrait-il y avoir une comp\u00e9tition entre la m\u00e8re et la fille ?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est possible. Il pourrait aussi y avoir une rivalit\u00e9 entre la fille et le p\u00e8re. Lorsqu&rsquo;on ne re\u00e7oit pas assez, il y a de la comp\u00e9tition, mais la comp\u00e9tition n&rsquo;est pas forc\u00e9ment mauvaise si elle devient consciente. Tout cela peut \u00eatre n\u00e9gatif et ind\u00e9sirable, mais si les gens prennent conscience de ce qui se passe, cela change tout. \u00c0 ce moment-l\u00e0, il y a une v\u00e9ritable chance.<\/p>\n<p>Si cela reste cach\u00e9 et que tout le monde l&rsquo;ignore, cela devient beaucoup plus difficile. C&rsquo;est alors que l&rsquo;on fait des r\u00eaves horribles \u2013 des monstres, des vampires qui vous poursuivent, toutes sortes de choses. \u00catre poursuivi est une mani\u00e8re de vous r\u00e9veiller \u00e0 ce qui se passe vraiment.<\/p>\n<p>J\u2019ai donn\u00e9 une conf\u00e9rence sur le p\u00e8re absent et son impact sur les filles, devant un groupe d\u2019analystes jungiennes et d\u2019autres participants. Une personne a dit, tr\u00e8s honn\u00eatement : \u00ab\u00a0J&rsquo;oublie de poser des questions sur le p\u00e8re. J&rsquo;oublie parce qu&rsquo;il est tellement une non-personne.\u00a0\u00bb C\u2019\u00e9tait dans un autre pays, mais c\u2019est souvent la m\u00eame chose aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Quand je pose des questions sur le p\u00e8re, la r\u00e9ponse tient en une seule phrase : \u00ab\u00a0Il \u00e9tait l\u00e0.\u00a0\u00bb Est-ce qu\u2019il te parlait ? \u00ab\u00a0Non.\u00a0\u00bb Puis viennent les excuses. On vous dit qu\u2019il \u00e9tait introverti, qu\u2019il \u00e9tait occup\u00e9, qu\u2019il travaillait sans cesse, ou qu\u2019il fallait comprendre ses humeurs. Vous entendez mille explications. Et les non-dits sont tout aussi puissants. En creusant un peu, on obtient parfois davantage, mais souvent tr\u00e8s peu.<\/p>\n<p><strong>Est-il courant que les p\u00e8res soient formidables, qu\u2019ils correspondent \u00e0 cette id\u00e9e actuelle du p\u00e8re aimant avec sa fille, puis que tout commence \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer lorsqu\u2019elle entre dans la pubert\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, il existe des moments cruciaux dans la vie. Chaque jour compte, mais certains moments sont plus d\u00e9cisifs, et vous avez tout \u00e0 fait raison. Que se passe-t-il \u00e0 ce moment-l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Jung en parle en lien avec l\u2019inceste et la libido \u2014 le p\u00e8re ne sait pas comment g\u00e9rer le fait que sa fille grandit, parce qu\u2019il n\u2019est pas connect\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. Les choses deviennent alors tr\u00e8s complexes. Le p\u00e8re n\u2019a pas \u00e9tabli de lien avec les multiples aspects de sa propre vie int\u00e9rieure, si bien que la fille vient menacer un \u00e9quilibre d\u00e9j\u00e0 fragile. Et s\u2019il ne parvient pas \u00e0 faire face, il prend ses distances, il la rejette, et parfois prononce des paroles \u00e9pouvantables. C\u2019est choquant \u2014 il peut aller jusqu\u2019\u00e0 la traiter de <em data-start=\"919\" data-end=\"925\">pute<\/em>, de <em data-start=\"930\" data-end=\"938\">salope<\/em>, des mots qui nous font penser : \u00ab\u00a0Vraiment ? Pourquoi dites-vous tout cela ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La raison, c\u2019est qu\u2019il n\u2019arrive pas \u00e0 faire face \u00e0 son propre d\u00e9sir pour sa fille, qu\u2019il trouve belle. C\u2019est une forme de d\u00e9fense. Ce qu\u2019il devrait faire avec ces sentiments, c\u2019est la valoriser, lui dire qu\u2019elle est formidable, qu\u2019elle s\u2019en sort bien \u2014 non seulement pour son apparence, mais pour son intelligence, ses capacit\u00e9s sportives, sa cr\u00e9ativit\u00e9. Tout cela refait surface \u00e0 l\u2019adolescence. C\u2019est toujours pr\u00e9sent, mais cela se cristallise \u00e0 ce moment-l\u00e0. Et si, en retour, la fille est confront\u00e9e \u00e0 de la duret\u00e9, elle se d\u00e9tourne d\u2019elle-m\u00eame. C\u2019est trop. Elle ne peut pas le g\u00e9rer. Alors elle se coupe d&rsquo;elle-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong>Si un p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent mais devient absent autour de la pubert\u00e9, consid\u00e9rez-vous cela comme un exemple de p\u00e8re absent ?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une histoire que j\u2019entends souvent, et qui ne varie g\u00e9n\u00e9ralement pas selon les classes sociales, les origines ethniques ou les religions. Il arrivait \u00e0 la g\u00e9rer quand elle \u00e9tait petite, parce qu\u2019elle \u00e9tait une petite fille. Elle acceptait tout et l\u2019aimait. Mais une fois qu\u2019elle atteint la pubert\u00e9, elle devient plus diff\u00e9renci\u00e9e. Elle ne l\u2019aime plus forc\u00e9ment tout le temps. Elle veut discuter, elle vient d\u2019apprendre quelque chose, et elle sait plus que lui.<\/p>\n<p>Est-ce qu\u2019il aime cela ? Non. Il la repousse, en partie parce qu\u2019il a appris \u00e0 \u00eatre \u00e9motionnellement distant. Il a besoin d\u2019apprendre \u00e0 \u00eatre en lien \u00e9motionnel avec lui-m\u00eame et avec les autres, car sans cela, il ne peut pas \u00e9lever sa fille.<\/p>\n<p>En retour, elle est profond\u00e9ment d\u00e9\u00e7ue. Il y a l\u00e0 une \u00e9nergie tr\u00e8s forte. D\u00e8s qu\u2019elle cesse d\u2019\u00eatre <em>la petite fille \u00e0 son papa<\/em>, et qu\u2019elle devient qui elle est, elle est per\u00e7ue comme une menace. Il devrait \u00eatre capable de g\u00e9rer cela. Mais souvent, il n\u2019y parvient pas.<\/p>\n<p><strong>Quel conseil donneriez-vous \u00e0 un p\u00e8re qui traverse une telle situation ?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est int\u00e9ressant, la mani\u00e8re dont vous formulez cela. Je ne donne pas vraiment de conseils, mais je poserais la question : \u00ab\u00a0Que se passe-t-il pour que vous agissiez ainsi ? Que se passe-t-il en vous ? Que r\u00e9v\u00e8lent vos r\u00eaves ? Si vous faisiez un exercice d\u2019imagination active \u00e0 ce sujet, \u00e0 quoi cela ressemblerait-il ? Pouvez-vous imaginer une autre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, afin que nous puissions ensemble essayer de cr\u00e9er d\u2019autres possibles qui vous conviennent ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019essentiel, c\u2019est de se d\u00e9velopper de l\u2019int\u00e9rieur. \u00c0 mesure que le p\u00e8re \u00e9volue int\u00e9rieurement, il transmettra aussi cela. Je ne donne pas d\u2019instructions pr\u00e9cises, mais nous pouvons, ensemble, trouver des pistes.<\/p>\n<p><strong>Vous dites cela au p\u00e8re que vous voyez en analyse, mais que diriez-vous \u00e0 celui qui lit cet entretien, par exemple ? \u00c1 part : \u00ab\u00a0Allez en analyse\u00a0\u00bb ?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une question int\u00e9ressante, qui me rappelle un homme qui m\u2019a \u00e9crit apr\u00e8s la publication du livre. Il m\u2019a \u00e9crit : \u00ab\u00a0Je suis l\u2019exemple type du p\u00e8re absent. J\u2019ai trois filles. Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 assez pr\u00e9sent. Je veux apprendre et \u00eatre plus pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019il a retenu du livre : il voulait apprendre \u00e0 \u00eatre plus pr\u00e9sent. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 ouvert. Je parie qu\u2019une crise s\u2019est produite dans sa vie, peut-\u00eatre avec l\u2019une de ses filles. Il a r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il devait faire les choses diff\u00e9remment. Nous recevons tous ce feu rouge qui nous dit : \u00ab\u00a0Attends une seconde, fais attention.\u00a0\u00bb Et il l\u2019a compris.<\/p>\n<p><strong>Comment exploreriez-vous les choses avec la m\u00e8re, ou toute autre figure parentale, en pr\u00e9sence d\u2019un p\u00e8re absent ?<\/strong><\/p>\n<p>Je poserais la question : \u00ab\u00a0Comment \u00e9tait votre p\u00e8re, et qu\u2019avez-vous projet\u00e9 sur votre partenaire, quel que soit son sexe ? Qu\u2019avez-vous projet\u00e9 qui soit li\u00e9 \u00e0 votre propre p\u00e8re \u2014 ce que vous aimiez ou n\u2019aimiez pas ? Qu\u2019est-ce que vous portez en vous en tant que fille que vous projetez sur votre fille ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, les questions font \u00e9merger la connexion, qui est justement l\u2019\u00e9l\u00e9ment manquant. Et dans cette connexion, il y a une possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper quelque chose de diff\u00e9rent, pas la m\u00eame vieille chose \u2014 pas ce r\u00e9flexe de dire \u00ab\u00a0Je vais faire exactement ce que j\u2019ai re\u00e7u, m\u00eame si je ne le supportais pas, mais je vais quand m\u00eame le faire.\u00a0\u00bb C\u2019est \u00eatre inconscient.<\/p>\n<p>En analyse, on esp\u00e8re que les personnes acqui\u00e8rent de nouvelles options, des possibilit\u00e9s d\u2019agir autrement. La m\u00e8re a une influence puissante, dans la mesure o\u00f9 elle porte en elle l\u2019image du conjoint \u2014 qu\u2019elle en soit consciente ou non \u2014 et cela se transmet \u00e0 la fille. Lorsqu&rsquo;on \u00e9voque la m\u00e8re, vous avez raison, c\u2019est tr\u00e8s complexe.<\/p>\n<p>Et bien s\u00fbr, un autre \u00e9l\u00e9ment important, c\u2019est que nous vivons dans un monde o\u00f9 il y a beaucoup de parents c\u00e9libataires. Il y a bien moins de p\u00e8res c\u00e9libataires qui \u00e9l\u00e8vent leurs filles. En g\u00e9n\u00e9ral, ils ont leurs enfants \u00e0 temps partiel, rarement \u00e0 plein temps. Je pense que c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 dans de nombreux pays. Il existe un certain stigma autour d\u2019un p\u00e8re seul avec sa fille, surtout apr\u00e8s la pubert\u00e9. C\u2019est un vrai tabou culturel. On en parle tr\u00e8s peu.<\/p>\n<p><strong>Je suppose qu\u2019il y a \u00e0 la fois une peur culturelle et une peur plus personnelle.<\/strong><\/p>\n<p>Si ces choses deviennent conscientes, quand on peut en parler, ce n\u2019est plus si effrayant. Il s\u2019agit de la mani\u00e8re dont on utilise l\u2019\u00e9nergie \u00e9rotique \u2014 l\u2019Eros \u2014 dans la relation. Il ne s\u2019agit pas de nuire \u00e0 la fille, ni de rabaisser le p\u00e8re pour ce qu\u2019il ressent, mais de lui permettre de transformer cette \u00e9nergie pour le d\u00e9veloppement de sa fille, et non en une force qui l\u2019\u00e9crase. Et trop souvent, malheureusement, c\u2019est ce qui se passe, il l\u2019\u00e9crase.<\/p>\n<p><strong>Et lorsque cela est profond\u00e9ment inconscient, l\u2019\u00e9nergie \u00e9rotique pourrait-elle se manifester pour le p\u00e8re de mani\u00e8re v\u00e9ritablement effrayante ?<\/strong><\/p>\n<p>Cela pourrait arriver. Il pourrait aussi avoir un r\u00eave perturbant. Cela pourrait donc se manifester de cette mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Un p\u00e8re pourrait \u00e9galement \u00eatre physiquement pr\u00e9sent, mais psychologiquement ou \u00e9motionnellement absent. Ou il pourrait y avoir un divorce ou une s\u00e9paration, et il serait compl\u00e8tement parti. Ou bien il pourrait \u00eatre d\u00e9c\u00e9d\u00e9 t\u00f4t. Il existe de nombreux types d\u2019absence. Chacun a un effet l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rent, mais tous impliquent une perte et un processus de deuil afin de continuer \u00e0 vivre et d\u2019avancer.<\/p>\n<p><strong>Comment cette absence affecte-t-elle la fille plus tard dans sa vie ? Comment affecte-t-elle son corps, sa voix, et la mani\u00e8re dont elle s\u2019exprime dans le monde ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai constat\u00e9 que la perte doit \u00eatre reconnue, tout comme le d\u00e9sir, ainsi que la col\u00e8re et la frustration d\u2019avoir eu un p\u00e8re inefficace et insuffisant ou, au contraire, un p\u00e8re trop puissant ou autoritaire : un p\u00e8re rigide, uniquement dans le r\u00f4le du disciplinaire.<\/p>\n<p>Quand les blessures sont plus profondes, la gu\u00e9rison peut prendre plus de temps. Il y a souvent quelque chose de naturel qui se met en place. Pas toujours, mais souvent, on essaie d\u2019embellir les choses, de les rendre moins dures qu\u2019elles ne l\u2019ont \u00e9t\u00e9, parce que c\u2019\u00e9tait tout simplement trop horrible pour \u00eatre accept\u00e9 tel quel. Alors, on fait semblant : on se raconte des histoires, on trouve des excuses pour expliquer pourquoi il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0. Mais les faits sont l\u00e0. Et cela vous atteint dans votre votre corps, votre intellect, votre carri\u00e8re, votre concentration, votre d\u00e9veloppement, et votre famille. Cela affecte tout. Se raconter des histoires pour adoucir ce qui a \u00e9t\u00e9 douloureux ne fonctionne pas. Cela ne prend que plus de temps pour enlever les couches.<\/p>\n<p class=\"\" data-start=\"946\" data-end=\"1130\">Mais vous avez raison, cela affecte tout. Absolument tout ! Et cela cause d\u2019immenses d\u00e9g\u00e2ts \u2014 sur le plan relationnel, personnel, psychologique, cr\u00e9atif. Il n\u2019y a aucun doute l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p><strong>Comment abordez-vous cela dans la relation clinique ? Vous avez d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 que vous posiez des questions sur le p\u00e8re et insistiez un peu si vous n\u2019obtenez qu\u2019une phrase.<\/strong><\/p>\n<p>Eh bien, si la personne me donne juste une ligne, je lui dirai : \u00ab\u00a0Vous n\u2019avez qu\u2019une seule phrase pour un p\u00e8re qui \u00e9tait cens\u00e9 \u00eatre avec vous pendant des ann\u00e9es ? Que s\u2019est-il pass\u00e9 ?<\/p>\n<p>Et bien s\u00fbr, ce qui est n\u00e9cessaire, c\u2019est que le p\u00e8re entre dans le cabinet \u2014 m\u00e9taphoriquement, symboliquement. Parfois, je deviens la figure paternelle, ou le p\u00e8re est projet\u00e9 sur moi. J\u2019en suis toujours reconnaissant et j\u2019essaie d\u2019en prendre conscience. Je poserai la question : \u00ab\u00a0Pensez-vous que je suis en train d\u2019agir comme votre p\u00e8re ? Qu\u2019est-ce qui vient de se passer l\u00e0 ? Est-ce ce que vous n\u2019avez pas re\u00e7u, ou ce dont vous aviez besoin, ou ce pour quoi vous \u00eates en col\u00e8re ? Parlez-en. Discutons-en.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De cette fa\u00e7on, le p\u00e8re perd de sa puissance dans la psych\u00e9, car vous ne pouvez pas laisser votre p\u00e8re diriger votre \u00eatre. Ce n\u2019est pas juste. Le Soi est cens\u00e9 diriger votre \u00eatre, pas votre p\u00e8re. Donc, plus il est impliqu\u00e9 dans le processus analytique \u2014 \u00e0 travers les r\u00eaves, l\u2019imagination active et le transfert \u2014 mieux c\u2019est, autant que je puisse en juger, car cela apporte de la clart\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il quelque chose dont les th\u00e9rapeutes devraient \u00eatre particuli\u00e8rement conscients lorsqu\u2019ils travaillent avec des patients ayant souffert d\u2019une grave blessure paternelle ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut reconna\u00eetre ce qui s\u2019est pass\u00e9. Et ne pas chercher \u00e0 embellir les choses.<\/p>\n<p>Il y a un autre aspect ici. Nous changeons tous. Nous esp\u00e9rons que la plupart des gens \u00e9voluent au cours de leur vie. Alors je pourrais dire : \u00ab\u00a0Le p\u00e8re d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est pas le p\u00e8re d\u2019avant.\u00a0\u00bb C\u2019est une forme de diff\u00e9renciation. \u00ab\u00a0Qui \u00e9tait ce p\u00e8re d\u2019autrefois ? Quand avez-vous remarqu\u00e9 qu\u2019il avait chang\u00e9 ? Cela vous a-t-il affect\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre ?\u00a0\u00bb Les th\u00e9rapeutes ne devraient pas simplement passer au-del\u00e0 du p\u00e8re, mais vraiment demander : \u00ab\u00a0Que fait-il l\u00e0 ? Comment a-t-il influenc\u00e9 les choses ? Est-il toujours tel qu\u2019il est souvenu ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Certaines personnes ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es \u00e0 des situations extr\u00eamement difficiles et traumatisantes et ne s\u2019en souviennent pas. Il ne s\u2019agit pas d\u2019inventer des souvenirs, mais de reconna\u00eetre que si vous ne vous en souvenez pas, ce n&rsquo;\u00e9tait probablement pas tr\u00e8s bon. C\u2019est une chose \u00e0 laquelle il faut prendre le temps de r\u00e9fl\u00e9chir. Il doit y avoir une reconnaissance de ce qui se passe.<\/p>\n<p>Trop souvent le p\u00e8re devient cette figure toute-puissante, alors que la fille ne l\u2019est pas. Cherchez le mot <em data-start=\"181\" data-end=\"187\">p\u00e8re<\/em> dans n\u2019importe quelle litt\u00e9rature, et vous trouverez des associations avec l\u2019autorit\u00e9, le pouvoir, la discipline. Vraiment ? Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0 ? La m\u00e8re, elle, n\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement pas associ\u00e9e \u00e0 ces qualit\u00e9s. Pourquoi cette dynamique continue-t-elle d\u2019exister ? M\u00eame chez des personnes qui se veulent tr\u00e8s \u00e9galitaires, le p\u00e8re continue de recevoir ces projections. Notre langage en parle : <em data-start=\"590\" data-end=\"598\">patrie<\/em>,<em> patron, p\u00e8re fondateur<\/em>, etc. Face \u00e0 ce type d\u2019autorit\u00e9, les gens r\u00e9gressent, ils redeviennent des enfants, au lieu de se pr\u00e9senter dans leur posture d\u2019adulte.<\/p>\n<p>Nous parlons ici de quelque chose de douloureux sur le plan \u00e9motionnel. Douloureux aussi parce que cela a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu explor\u00e9. Jung, par exemple, n\u2019a \u00e9crit qu\u2019un seul essai sur le p\u00e8re. Il avait cinq enfants. Un seul essai ! Et il avait lui-m\u00eame une relation compliqu\u00e9e avec son propre p\u00e8re. Freud aussi. Il suffit de regarder l&rsquo;histoire et l&rsquo;\u00e9nergie g\u00e9n\u00e9rationnelle dont nous h\u00e9ritons tous d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9trange. Nous y sommes tous sensibles.<\/p>\n<p><strong>Pendant que vous listiez les termes comme <em>patrie, patron et p\u00e8re fondateur, <\/em>je pensais : mais on dit bien <em data-start=\"1335\" data-end=\"1354\">langue maternelle<\/em>, n\u2019est-ce pas ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, c\u2019est la langue maternelle, et vous avez mentionn\u00e9 la voix plus t\u00f4t. Mais quand le p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 si dominant, une fille h\u00e9site parfois \u00e0 prendre la parole.<\/p>\n<p>La psychanalyste et \u00e9crivaine fran\u00e7aise H\u00e9l\u00e8ne Cixous a beaucoup \u00e9crit sur la voix des femmes. Et elle dit qu\u2019elle avait un tr\u00e8s bon p\u00e8re. Je ne sais pas ce que cela signifie vraiment, un tr\u00e8s bon p\u00e8re \u2014 mais c\u2019est son impression. Elle parle de la voix des femmes, de l\u2019\u00e9criture des femmes, de l&rsquo;approche des femmes. Je ne sais pas si la voix des femmes est diff\u00e9rente de celle des hommes, mais nous sommes \u00e9lev\u00e9s diff\u00e9remment. Ainsi, la voix peut \u00eatre \u00e9touff\u00e9e par le p\u00e8re qui ne comprend pas qui est sa fille. C\u2019est comme s\u2019il ne comprenait pas que son \u00e9nergie doit aussi s\u2019exprimer par sa voix.<\/p>\n<p><strong>En g\u00e9n\u00e9ral, il est encore plus difficile pour les femmes de faire entendre leur voix dans notre soci\u00e9t\u00e9. Il est plus ardu pour les femmes d\u2019\u00eatre \u00e9cout\u00e9es et m\u00eame lues. Plusieurs \u00e9tudes statistiques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es, mais une en particulier a examin\u00e9 comment le genre de l\u2019auteur influence la perception de son travail. Il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que lorsque les gens voient un r\u00e9sum\u00e9 de conf\u00e9rence avec le nom d\u2019un homme, aussi bien les hommes que les femmes ont tendance \u00e0 l\u2019associer \u00e0 une qualit\u00e9 scientifique sup\u00e9rieure et \u00e0 exprimer un plus grand int\u00e9r\u00eat pour collaborer avec cet auteur (Knobloch-Westerwick et al. 2013).<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est tr\u00e8s triste.<\/p>\n<p><strong>Et cette \u00e9tude date de 2013. C\u2019est un probl\u00e8me contemporain.<\/strong><\/p>\n<p>Je ne pense pas que ce soit un probl\u00e8me du pass\u00e9 ; il reste tout \u00e0 fait d\u2019actualit\u00e9. Nous disons souvent que les choses changent, et c\u2019est vrai, mais pas assez vite. Il suffit de regarder votre exemple.<\/p>\n<p><strong>Consciemment, nous essayons d\u2019amorcer un changement, mais inconsciemment, je pense que peu de choses ont r\u00e9ellement chang\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est notre h\u00e9ritage g\u00e9n\u00e9rationnel. Nous sommes tous soumis \u00e0 cette histoire inconsciente et transg\u00e9n\u00e9rationnelle. Quelle que soit notre culture d\u2019origine, nous la portons en nous. Et comme le monde devient plus petit d\u2019une certaine mani\u00e8re, nous acc\u00e9dons \u00e0 de nombreuses cultures et mani\u00e8res d\u2019\u00eatre \u00e0 travers l\u2019inconscient collectif. Il est essentiel de prendre conscience de ce que notre culture particuli\u00e8re v\u00e9hicule sur la relation p\u00e8re-fille.<\/p>\n<p><strong>Et bien s\u00fbr, les cultures deviennent de plus en plus m\u00eal\u00e9es. Les films am\u00e9ricains sont partout.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est vrai, et que promeuvent-ils ? Ils v\u00e9hiculent une vision ancienne. Et pourquoi ? Parce que le changement met les gens mal \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n<p>Vous avez demand\u00e9 quelles questions les th\u00e9rapeutes pourraient poser. Mais n\u2019est-ce pas justement quelque chose qu\u2019ils devraient d\u00e9couvrir \u00e0 travers leur propre travail int\u00e9rieur ? Qu\u2019est-ce qui est important ? Qu\u2019est-ce qui est inconscient ? Qu\u2019est-ce qui est inconnu ? O\u00f9 se trouvent les manques \u00e0 combler ? Beaucoup de personnes ne peuvent pas regarder cela en face parce que ce n\u2019est pas joli \u00e0 voir. \u00c7a ne l\u2019est vraiment pas.<\/p>\n<p>Il y a encore une chose que je voudrais mentionner. Du point de vue de la psychologie jungienne, nous pourrions poser la question suivante : quel est l\u2019ombre du p\u00e8re ? Quelle est sa vie non v\u00e9cue ? Ses frustrations ? Comment cela est-il projet\u00e9 sur sa fille ? Par exemple, si le p\u00e8re se voit comme un homme \u00e0 succ\u00e8s, quel type d\u2019ombre projette-t-il sur elle ? Veut-il qu\u2019elle r\u00e9ussisse tout autant ? S\u2019il se per\u00e7oit comme un rat\u00e9, doit-elle \u00e9chouer elle aussi et ne pas le d\u00e9passer ? L\u2019ombre du p\u00e8re projet\u00e9e sur la fille peut \u00eatre tr\u00e8s puissante. Quelle part de sa vie non v\u00e9cue attend-il qu\u2019elle incarne pour lui ? Et cela correspond-il vraiment \u00e0 ce qu\u2019elle est ? Ce n\u2019est peut-\u00eatre pas le cas.<\/p>\n<p><strong>Et le pire, c\u2019est peut-\u00eatre que si elle vit r\u00e9ellement une partie non v\u00e9cue de la vie de son p\u00e8re, de son ombre, alors il risque de la rejeter \u00e0 cause de cela, parce que c\u2019est justement son ombre. Il n\u2019en veut pas. Ce serait une double trahison.<\/strong><\/p>\n<p>Oui, et regardez ce dont nous parlons : de trahison. Si le p\u00e8re ne soutient pas sa fille dans ce qu\u2019elle est profond\u00e9ment, il la trahit. Et s\u2019il veut qu\u2019elle vive sa propre vie \u00e0 lui, ou qu\u2019il se mette en col\u00e8re parce qu\u2019elle le fait ou ne le fait pas, elle est pi\u00e9g\u00e9e \u2014 et lui aussi. Personne ne peut alors vivre sa propre vie.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas un sujet joyeux. Mais ce qu\u2019il y a de particulier dans le fait de regarder en face les aspects sombres \u2014 la trahison, la perte, le chagrin \u2014 c\u2019est que cela touche aussi \u00e0 la mani\u00e8re dont nous nous en relevons. C\u2019est donc aussi li\u00e9 \u00e0 l\u2019espoir et \u00e0 la joie. Parce qu\u2019il faut avoir de l\u2019espoir ! C\u2019est l\u2019espace du d\u00e9sir. Qu\u2019est-ce que je d\u00e9sire vraiment ? Pas seulement de la part du p\u00e8re, mais dans ma vie. Comment vais-je l\u2019obtenir ? Comment puis-je rassembler mes forces pour y parvenir ? Il faut avoir de l\u2019espoir. Sinon, nous ne le ferions pas. N\u2019est-ce pas ? Nous ne le ferions pas.<\/p>\n<p><strong>Non. Parce que c\u2019est un travail difficile, et long.<\/strong><\/p>\n<p>Cela prend toute une vie. Mais que ferions-nous d\u2019autre ? Qu\u2019est-ce qui peut vraiment aider le monde, sinon notre propre croissance et notre propre d\u00e9veloppement ? Alors autant s\u2019y mettre.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><a id=\"imposter\"><\/a><strong>Syndrome de l&rsquo;imposteur<\/strong><\/h1>\n<p><strong>En 2023, vous avez publi\u00e9 votre deuxi\u00e8me ouvrage <em>Imposter Syndrome and the &lsquo;As-If&rsquo; Personality: The Fragility of Self <\/em>[Le syndrome de l\u2019imposteur et la personnalit\u00e9 &lsquo;comme si&rsquo; : la fragilit\u00e9 du soi], non traduit en fran\u00e7ais. Pourriez-vous en dire un peu plus sur ce sujet \u2014 ce qui vous a pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019explorer et, peut-\u00eatre, s\u2019il existe un lien entre ce ph\u00e9nom\u00e8ne et l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un p\u00e8re absent ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai lu un article r\u00e9dig\u00e9 par une analyste jungienne, Hester Solomon, sur la personnalit\u00e9 &lsquo;comme si&rsquo;. En le lisant, je me suis dit : Mon Dieu, je rencontre tant de personnes comme cela \u2014 des femmes, des hommes, n\u2019importe qui. D\u00e8s la premi\u00e8re s\u00e9ance, ils vous disent : \u00ab\u00a0Je suis une imposture. Je suis un imposteur. Je mens. Je ne vis pas ma vraie vie. Personne ne me conna\u00eet vraiment.\u00a0\u00bb J\u2019ai alors cherch\u00e9 davantage d\u2019informations \u00e0 ce sujet, mais il y en a tr\u00e8s peu.<\/p>\n<p>Ce th\u00e8me est li\u00e9 \u00e0 celui des femmes et de leur voix. Une femme nomm\u00e9e Helene Deutsch, psychanalyste freudienne des ann\u00e9es 1940, a \u00e9crit l\u2019un des premiers ouvrages sur la question, intitul\u00e9 <em>La psychologie de la femme<\/em>. Dans ce livre, elle aborde la personnalit\u00e9 &lsquo;comme si&rsquo;, mais uniquement chez les femmes \u2014 pas chez les hommes \u2014 et la d\u00e9crit comme superficielle, peu profonde, instable, incapable. Elle les d\u00e9valorise en quelque sorte.<\/p>\n<p>Mais Hester Solomon a vu quelque chose d&rsquo;autre. Elle a vu que la personnalit\u00e9 &lsquo;comme si&rsquo; \u00e9tait un masque port\u00e9 par une personne sensible, tendre, vuln\u00e9rable et effray\u00e9e de se r\u00e9v\u00e9ler. Ainsi, ces personnes mettent des masques, une fa\u00e7ade. Elles deviennent des imposteurs pour elles-m\u00eames. Solomon respectait ce qui se passait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ces personnes. J&rsquo;ai pens\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait quelque chose dont personne ne parle. Mais dans mon exp\u00e9rience, beaucoup de personnes disent : \u00ab\u00a0Je suis un imposteur.\u00a0\u00bb Pourquoi disent-elles cela ? Parce qu&rsquo;elles ne veulent plus \u00eatre des imposteurs. C&rsquo;\u00e9tait une des raisons pour lesquelles j&rsquo;ai \u00e9crit ce livre.<\/p>\n<p>Cela est en lien avec avec le p\u00e8re et les th\u00e8mes que j&rsquo;explore dans mes livres suivants \u2014 notamment le narcissisme. Nous apprenons \u00e0 \u00eatre singuliers par d\u00e9fense. Je suis seul. Personne ne comprend. Mon p\u00e8re ne comprenait pas. Il a essay\u00e9 de faire de moi quelque chose d&rsquo;autre. La seule fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 cela \u00e9tait d&rsquo;\u00eatre &lsquo;comme si&rsquo;. Et c&rsquo;est un endroit tellement douloureux. C&rsquo;est tr\u00e8s triste. J&rsquo;ai \u00e9crit ce livre parce qu&rsquo;il est important de se lib\u00e9rer de ce besoin de porter des masques, pour pouvoir \u00eatre soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>J\u2019ai parl\u00e9 avec de nombreuses personnes qui m\u2019ont racont\u00e9 comment elles se perdaient dans le miroir, comment elles ne s&rsquo;y regardaient jamais, ou m\u00eame comment elles avaient fini par les retirer compl\u00e8tement. Le miroir est tr\u00e8s important. Mais qui refl\u00e8tent-elles \u00e0 travers lui ? Le p\u00e8re ? La culture ? Les attentes de la soci\u00e9t\u00e9 ? Elles-m\u00eames ? Tout cela est li\u00e9. L&rsquo;objectif est de se lib\u00e9rer de la croyance selon laquelle il faut un masque, de ce sentiment qu&rsquo;on ne peut pas \u00eatre son vrai soi. Parce que l&rsquo;objectif est d&rsquo;\u00eatre soi, peu importe ce que cela repr\u00e9sente. Ce n&rsquo;est pas toujours confortable. Mais que pouvez-vous faire si vous ne vous \u00eates pas vous-m\u00eame ?<\/p>\n<p>La psychologie a explor\u00e9 le syndrome de l\u2019imposteur \u2014 c\u2019est pourquoi j&rsquo;ai utilis\u00e9 ce terme aussi \u2014 mais cela concerne surtout la vie consciente. Une approche analytique inclut aussi l&rsquo;inconscient. Les gens peuvent se retrouver dans leurs r\u00eaves, litt\u00e9ralement en train de mettre un masque, de faire semblant, de r\u00e9p\u00e9ter des conversations. Tout cela concerne la fa\u00e7on de cacher l&rsquo;ombre, de chercher \u00e0 \u00eatre parfait, d&rsquo;avoir le corps parfait. Et voil\u00e0 encore une fois \u2014 le physique. Pourquoi a-t-on besoin du corps parfait ? Qui l&rsquo;a exig\u00e9 ? Le p\u00e8re ? La m\u00e8re ? La culture ? Ou soi-m\u00eame ?<\/p>\n<p>Cette qu\u00eate de la perfection est si illusoire. On ne peut jamais vraiment l&rsquo;atteindre.<\/p>\n<p><strong>Je me demande si c\u2019est pire lorsque les gens peuvent s\u2019en rapprocher. Si vous ne pouvez jamais atteindre ce ridicule id\u00e9al de beaut\u00e9 dans notre soci\u00e9t\u00e9 occidentale, peut-\u00eatre \u00eates-vous contraint de vous r\u00e9concilier avec votre propre apparence.<\/strong><\/p>\n<p>Les gens le font, mais vous savez \u00e0 quel point c&rsquo;est difficile. Ils diront : \u00ab\u00a0Je fais de l&rsquo;exercice,\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0J&rsquo;ai perdu du poids.\u00a0\u00bb Je demanderai : \u00ab\u00a0\u00cates-vous satisfait de vous-m\u00eame ?\u00a0\u00bb et ils r\u00e9pondront : \u00ab\u00a0Oh non, il me reste cinq kilos \u00e0 perdre,\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0vingt-cinq.\u00a0\u00bb Il y a toujours quelque chose qui reste \u00e0 am\u00e9liorer. Ce sentiment de contentement, ce sentiment de soi, la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure, sont remplac\u00e9s par la fragilit\u00e9. C\u2019est pourquoi les gens ont l\u2019impression de devoir para\u00eetre parfaits.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai pas \u00e9crit ce livre pour \u00eatre simplement n\u00e9gative. Je l&rsquo;ai \u00e9crit pour ouvrir quelque chose, afin que les gens puissent se poser la question : \u00ab\u00a0Est-ce que c&rsquo;est moi ?\u00a0\u00bb Et si c&rsquo;est le cas : \u00ab\u00a0Comment puis-je grandir et me d\u00e9velopper ?\u00a0\u00bb Cela ne veut pas dire qu&rsquo;il ne faut pas prendre soin de soi. Mais la mani\u00e8re dont vous le faites importe\u2014\u00eatre conscient de cela, savoir que vous comptez. Vous comptez. Et pour beaucoup, cette dynamique vient d&rsquo;un profond sentiment de ne pas compter.<\/p>\n<p>Je donne l&rsquo;exemple de Sylvia Plath, la po\u00e9tesse am\u00e9ricaine-britannique des ann\u00e9es 20. Elle a \u00e9crit un po\u00e8me intitul\u00e9&nbsp;<em>The Mirror<\/em> [Le Miroir]. Dans ce po\u00e8me, une femme se regarde et se sent critiqu\u00e9e par ce qu&rsquo;elle voit. C\u2019est typique. Les gens se regardent dans le miroir, et il leur r\u00e9pond : \u00ab\u00a0Tu n&rsquo;es pas assez bien aujourd&rsquo;hui.\u00a0\u00bb Encore et encore.<\/p>\n<p>Mais dans le po\u00e8me, elle regarde aussi dans un lac\u2014comme si elle regardait dans les profondeurs d\u2019elle-m\u00eame. Et c\u2019est l\u00e0 que r\u00e9sident les r\u00e9ponses. Dans les profondeurs, vous trouvez davantage de qui vous \u00eates. Vous n&rsquo;\u00eates pas oblig\u00e9 d&rsquo;\u00eatre pi\u00e9g\u00e9 dans une d\u00e9finition superficielle de vous-m\u00eame. Votre v\u00e9ritable valeur est l\u00e0-bas. Et de l\u00e0, vous pouvez la ramener \u00e0 la conscience.<\/p>\n<p>Le lac est une image merveilleuse.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><a id=\"puella\"><\/a><strong>Arch\u00e9type de la Puella<\/strong><\/h1>\n<p><strong>Votre troisi\u00e8me livre <em>A Jungian Exploration of the Puella Archetype: Girl Unfolding<\/em> [<a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/archetype-puella\/\">Une exploration jungienne de l\u2019arch\u00e9type de la puella. La fille en devenir<\/a>], explore l&rsquo;arch\u00e9type de la jeune fille. Dans <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/susan-schwartz\/puella\/\">votre article sur Esapce Francophone Jungien<\/a>, vous offrez une repr\u00e9sentation agr\u00e9ablement bienveillante et nuanc\u00e9e de la Puella, apportant un contrepoint n\u00e9cessaire \u00e0 la mani\u00e8re dont elle est souvent d\u00e9crite, tout comme le Puer.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qui vous a inspir\u00e9 cette perspective ? Vous \u00eates-vous sentie pouss\u00e9e \u00e0 d\u00e9fendre la Puella et \u00e0 mettre en avant ses nombreuses qualit\u00e9s positives dans un monde qui a tendance \u00e0 la voir uniquement comme enfantine ou d\u00e9pendante ?<\/strong><\/p>\n<p>Quel mot int\u00e9ressant : <em>pouss\u00e9e<\/em>. Cela signifie que quelque chose est important. La Puella est g\u00e9n\u00e9ralement ignor\u00e9e ou d\u00e9valoris\u00e9e, tout comme le Puer, comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait aucune valeur dans cette \u00e9nergie, ou comme si, une fois arriv\u00e9 \u00e0 un certain \u00e2ge, il ne fallait plus acc\u00e9der \u00e0 cette \u00e9nergie. Pourtant, tout au long de la vie, on veut avoir de l&rsquo;\u00e9nergie et une certaine jeunesse, ne pas \u00eatre pris dans cette \u00e9nergie mais \u00eatre capable de cr\u00e9er, d&rsquo;\u00eatre \u00e9nergique, de voir les choses sous un autre angle, et de trouver sa profondeur. Parce que si vous ne vivez pas la fille\u2014la Puella\u2014tout au long de votre vie, que va-t-il se passer ? On ne peut pas se couper d&rsquo;une partie de soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans le livre, je parle d&rsquo;une femme dans la soixantaine qui est devenue tr\u00e8s cr\u00e9ative malgr\u00e9 un diagnostic difficile de la maladie de Parkinson. Elle \u00e9tait comme une Puella. Elle suivait des id\u00e9es, cr\u00e9ait des choses, restait engag\u00e9e. Mais pas de mani\u00e8re fr\u00e9n\u00e9tique, ce qui peut parfois \u00eatre un trait de la Puella qui ne m\u00e8ne nulle part, sans rien de concret accompli. Ce qu&rsquo;elle a fait \u00e9tait diff\u00e9rent. Elle s&rsquo;est permis de ressentir sa douleur et sa perte, et elle a travaill\u00e9 avec cela. Elle parlait ouvertement de ce qu&rsquo;elle ressentait vraiment. J&rsquo;ai vu en elle cette merveilleuse \u00e9nergie de la Puella\u2014vivante, expressive\u2014et elle l&rsquo;a utilis\u00e9e pour vivre aussi pleinement qu&rsquo;elle le pouvait.<\/p>\n<p>Cela, pour moi, est quelque chose dont nous avons tous besoin : vivre une vie pleine et ne pas \u00eatre arr\u00eat\u00e9s. Et la Puella aide \u00e0 cela. Trop souvent, j&rsquo;ai entendu des gens dire : \u00ab\u00a0Oh, elle est une Puella\u00a0\u00bb, comme si c&rsquo;\u00e9tait une mauvaise chose. Mais pourquoi est-ce suppos\u00e9 \u00eatre n\u00e9gatif ? Je voulais changer cette perspective. Ce n&rsquo;est pas mauvais. Comme pour tout, cela d\u00e9pend de la mani\u00e8re dont on l&rsquo;utilise.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><a id=\"narcissism\"><\/a>Amour et narcissisme<\/h1>\n<p><strong>Votre prochain livre <em>An Analytical Exploration of Love and Narcissism; The Tragedy of Isolation and Intimacy<\/em> [Une exploration analytique de l&rsquo;amour et du narcissisme : La trag\u00e9die de l&rsquo;isolement et de l&rsquo;intimit\u00e9], doit sortir en juillet 2025. Pourriez-vous nous donner un aper\u00e7u de ce que nous pouvons attendre de cette exploration ?<\/strong><\/p>\n<p>Dans ce livre, je parle beaucoup du mythe de Narcisse et d&rsquo;\u00c9cho. J&rsquo;introduis \u00c9cho parce que, comme beaucoup de figures f\u00e9minines, elle a tendance \u00e0 \u00eatre oubli\u00e9e. Elle devient anorexique, perdant compl\u00e8tement son corps dans le d\u00e9sir d&rsquo;amour. Narcisse, lui aussi, perd son corps dans ce m\u00eame d\u00e9sir.<\/p>\n<p>En lisant Ovide, il y a cette phrase magnifique : \u00ab\u00a0Narcisse ne sait pas qui il voit lorsqu&rsquo;il regarde dans le bassin.\u00a0\u00bb Encore une fois, nous avons le miroir. Il ne se reconna\u00eet pas. Et c\u2019est \u00e7a la trag\u00e9die : la personne narcissique ne sait pas qui elle regarde. La v\u00e9ritable trag\u00e9die, c\u2019est l\u2019isolement. Voici encore le th\u00e8me de la singularit\u00e9. Il ne peut pas voir l&rsquo;autre. Mais pour grandir, nous devons voir d&rsquo;autres parties de nous-m\u00eames. Lui, il ne peut pas. Il ne voit qu&rsquo;une seule partie et ne sait m\u00eame pas que c\u2019est lui.<\/p>\n<p>Un autre \u00e9l\u00e9ment est que la m\u00e8re de Narcisse a appris du sage Tir\u00e9sias que s&rsquo;il se connaissait, il ne vieillirait pas. Il y a quelque chose dans le fait de vieillir qu&rsquo;il ne peut pas accomplir, car cela ne va pas lui r\u00e9v\u00e9ler qui il est. Il meurt sans savoir qui il est. C&rsquo;est une histoire de d\u00e9sir profond et insatisfait, et d&rsquo;amour non partag\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le livre, j\u2019utilise le mythe pour explorer les figures d&rsquo;\u00c9cho et de Narcisse. D&rsquo;autres ont \u00e9crit sur \u00c9cho, bien que pas beaucoup. \u00c9cho, ind\u00e9pendamment du genre ou du sexe, a souvent le type de personnalit\u00e9 de ne pouvoir que faire echo \u00e0 l&rsquo;autre. Mais ce qu&rsquo;elle en fait est fascinant. \u00c0 travers son ton de voix, son choix de mots, elle s&rsquo;exprime. Elle n&rsquo;est pas compl\u00e8tement r\u00e9duite au silence. C\u2019est elle qui poursuit Narcisse.<\/p>\n<p>Cela renverse l\u2019histoire\u2014et c\u2019est le d\u00e9fi. Trop souvent, les gens disent : \u00ab\u00a0Untel est narcissique\u00a0\u00bb et les rejettent. Ce que je dis, c\u2019est : ne les rejetez pas. Oui, ils peuvent \u00eatre narcissiques. Mais cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas les atteindre. Allez-y ! Essayez de les atteindre !<\/p>\n<p><strong>Essayez d\u2019\u00eatre \u00c9cho, mais ne vous perdez pas vous-m\u00eame ?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est exactement \u00e7a. Renvoyez l\u2019\u00e9cho avec force et ferveur, mais ne vous perdez pas dans leur <em>trip de singularit\u00e9<\/em>. Et confrontez-les. Parce que, encore une fois, derri\u00e8re cela se trouve une personne tr\u00e8s fragile, vuln\u00e9rable et tendre, et c\u2019est pour cela que le narcissisme s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Et parfois, un narcissique peut \u00eatre tr\u00e8s dangereux. Si vous essayez d&rsquo;\u00eatre \u00c9cho et que vous vous perdez, cela peut vous d\u00e9truire.<\/strong><\/p>\n<p>Eh bien, si vous vous perdez n&rsquo;importe o\u00f9, vous \u00eates d\u00e9truit. Vous avez raison. Et est-ce dangereux de se perdre ? Oui. Vous ne pouvez pas vivre si vous vous \u00eates perdu. Je suis tout \u00e0 fait d&rsquo;accord. Donc, l&rsquo;objectif est de se retrouver. Quelle autre protection avons-nous ?<\/p>\n<p><strong>J&rsquo;ai remarqu\u00e9 un th\u00e8me r\u00e9current dans vos livres et les sujets que vous choisissez : il semble y avoir un fort accent sur la d\u00e9fense de ceux qui sont souvent n\u00e9glig\u00e9s ou marginalis\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p>Un peu. Je dirais aussi peut-\u00eatre&nbsp;ce qui reste \u00e0 d\u00e9couvrir, ou&nbsp;ce qui n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 explor\u00e9 jusqu\u2019ici. Et je pense qu\u2019il est important de soulever toutes les pierres pour y trouver la valeur, car il y en a ! Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles certaines choses restent dans l\u2019ombre, et elles ont besoin d\u2019\u00eatre simplement explor\u00e9es et r\u00e9v\u00e9l\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Je vous remercie beaucoup pour votre temps et cette conversation enrichissante. Vos r\u00e9flexions ont offert une perspective fascinante sur les paysages psychologiques explor\u00e9s dans vos r\u00e9cents ouvrages, et ce fut un plaisir d\u2019\u00e9changer autour de vos id\u00e9es et de la profondeur qu\u2019elles apportent au discours jungien contemporain.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet de la Puella, je vous invite \u00e0 consulter <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/susan-schwartz\/puella\/\">Explorer l&rsquo;arch\u00e9type de la puella : La fille en devenir<\/a>, un article introductif perspicace de l&rsquo;auteure, ainsi que <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/archetype-puella\/\">la pr\u00e9sentation du livre<\/a> sur le m\u00eame sujet.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/jps\/articles\/peggy-vermeesch\/interview-susan-schwartz\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Entretien original<\/a> et traduction r\u00e9alis\u00e9 par <\/em><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/peggy-vermeesch\/\"><em>Peggy Vermeesch<\/em><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>mai 2025<\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: left;\">Bibliographie<\/h3>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Knobloch-Westerwick, S., Glynn, C.J., &amp; Huge, M. (2013). The Matilda Effect in Science Communication: An Experiment on Gender Bias in Publication Quality Perceptions and Collaboration Interest.&nbsp;<em>Science Communication<\/em>, 35(5), 603-625.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-27812\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/susan-schwartz.jpg\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"160\" \/>Susan E. Schwartz, PhD<\/h2>\n<p data-pm-slice=\"0 0 []\">Susan E. Schwartz, PhD, a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e \u00e0 Zurich, en Suisse, en tant qu&rsquo;analyste jungienne. Elle participe \u00e0 de nombreux podcasts et intervient fr\u00e9quemment lors de conf\u00e9rences et de programmes p\u00e9dagogiques sur l\u2019analyse jungienne aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 l\u2019international.<\/p>\n<p data-pm-slice=\"0 0 []\">Susan E. Schwartz a publi\u00e9 de nombreux articles dans des revues et des chapitres d\u2019ouvrages sur la psychologie analytique jungienne. Ses livres, exclusivement \u00e9dit\u00e9s chez Routledge, sont les suivants :<\/p>\n<ul>\n<li data-pm-slice=\"0 0 []\"><em>The Absent Father Effect on Daughters: Father Desire, Father Wounds<\/em> (2020<em>)<\/em>, traduit en plusieurs langues<\/li>\n<li data-pm-slice=\"0 0 []\"><em>Imposter Syndrome and the \u2018As-If\u2019 Personality: The Fragility of Self <\/em>(2023<em>)<\/em><\/li>\n<li data-pm-slice=\"0 0 []\"><em>A Jungian Exploration of the Puella Archetype; <\/em><em>Girl Unfolding [<a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/archetype-puella\/\">Une exploration jungienne de l&rsquo;arch\u00e9type de la puella. La fille en devenir<\/a>]<\/em>&nbsp;(2024)<\/li>\n<li data-pm-slice=\"0 0 []\"><em>An Analytical Exploration of Love and Narcissism; The Tragedy of Isolation and Intimacy<\/em> (2025)<\/li>\n<\/ul>\n<p data-pm-slice=\"0 0 []\">Son site web est&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.susanschwartzphd.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.susanschwartzphd.com<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Sur ce site<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/susan-schwartz\/puella\/\">Explorer l&rsquo;arch\u00e9type de la puella : La fille en devenir<\/a> \u2014 un article par Susan Schwartz<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/peggy-vermeesch\/entretien-susan-schwartz\/\">Amour non partag\u00e9, blessure paternelle et fragilit\u00e9 du Soi<\/a> \u2014 un entretien avec Susan Schwartz, men\u00e9 par Peggy Vermeesch (\u00e9galement disponible en <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/ressources\/medias\/#susan-1\" rel=\"noopener\">vid\u00e9o<\/a> : version originale anglaise, sous-titr\u00e9 en fran\u00e7ais)<\/li>\n<\/ul>\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peggy Vermeesch dialogue avec l\u2019analyste jungienne Susan Schwartz. Elles explorent l\u2019impact de l\u2019amour non partag\u00e9 chez les filles d\u2019un p\u00e8re absent, ainsi que la mani\u00e8re dont cette dynamique complexe peut \u00eatre travaill\u00e9e dans le cadre de la relation th\u00e9rapeutique. 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