{"id":22523,"date":"2024-04-29T11:54:49","date_gmt":"2024-04-29T09:54:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=22523"},"modified":"2024-07-21T07:36:33","modified_gmt":"2024-07-21T05:36:33","slug":"reponse-job-jung-et-ses-detracteurs","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/ariane-callot\/reponse-job-jung-et-ses-detracteurs\/","title":{"rendered":"R\u00e9ponse \u00e0 Job : Jung et ses d\u00e9tracteurs"},"content":{"rendered":"<p><strong>Ariane Callot examine minutieusement la correspondance de Jung durant la p\u00e9riode cruciale de 1950-1954, marqu\u00e9e par la publication d&rsquo;\u0153uvres majeures ou en gestation. Son analyse offre une perspective in\u00e9dite sur cette correspondance.<\/strong><\/p>\n<h1><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-24483\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/non-a-reponse-a-job.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"429\" \/><\/h1>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/jps\/articles\/ariane-callot\/letters-answer-to-job\/\">Version anglaise de cet article<\/a><\/p>\n<h2>Sur cette page<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"#preambule\">Pr\u00e9ambule<\/a><br \/>\n[Le choix du tome III de la correspondance (1950-1954), l&rsquo;attitude ambig\u00fce de Jung au sujet de sa correspondance.]<\/li>\n<li><a href=\"#lecture\">Une lecture de la correspondance de Jung<\/a><br \/>\n[R\u00e9ponse \u00e0 Job, le projet, les correspondants de Jung]<\/li>\n<li><a href=\"#quatre\">Quatre lettres de Jung<\/a><br \/>\n[\u00c0 la pasteure Doroth\u00e9e Hoch]<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><a id=\"preambule\"><\/a>PR\u00c9AMBULE<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Le choix du tome III de la Correspondance de Jung<\/h2>\n<p>Jung a entretenu, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie, une abondante correspondance. Un choix important de ses lettres est \u00e9dit\u00e9 en cinq volumes chez Albin Michel.<\/p>\n<p>Tous les tomes <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/correspondance_1950_1954.htm\">de la Correspondance<\/a> sont passionnants car on y trouve une autre facette de Jung. L&rsquo;auteur qui se veut tr\u00e8s s\u00e9rieux c\u00e8de la place \u00e0 une autre personnalit\u00e9 qui exprime ses sentiments.<\/p>\n<p>Si j&rsquo;ai choisi de donner mes impressions de lecture du tome III, de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un autre, c&rsquo;est qu&rsquo;il me parait se situer \u00e0 un moment important de la vie et de l\u2019\u0153uvre de Jung.<\/p>\n<h2>Les ann\u00e9es 1950-1954 dans la vie et l\u2019\u0153uvre<\/h2>\n<p>Jung a 75 ans en 1950. Sa mani\u00e8re d&rsquo;envisager la vie et son comportement \u00e9voluent depuis sa grave maladie et ses visions de 1944.<\/p>\n<p>Dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 Erich Neumann en janvier 1952 il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Il ne m&rsquo;\u00e9tait pas possible de m&rsquo;adapter au lecteur normal. C&rsquo;est <em>lui<\/em> qui doit s&rsquo;adapter \u00e0 <em>moi<\/em>. Il m&rsquo;a fallu payer ce tribut \u00e0 cette contingence sans piti\u00e9, celle de l&rsquo;\u00e2ge.\u00a0\u00bb Il y a du sentiment dans cette phrase et c&rsquo;est surtout dans la <em>Correspondance<\/em> que l&rsquo;on retrouve cette facilit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;\u00e9pancher.<\/p>\n<p>Il parle de sa sant\u00e9, de ses peines, de ses joies, de ses col\u00e8res, de ses incompr\u00e9hensions et de bien d&rsquo;autres sujets personnels.<\/p>\n<p>Cependant, m\u00eame si Jung se sent affaibli, pendant ces ann\u00e9es des \u0153uvres majeures paraissent ou sont en germination : <em>A\u00efon<\/em> en 1951, <em>\u00c9tude sur<\/em> <em>la Synchronicit\u00e9<\/em> (avec Pauli) en 1952<strong>, <\/strong><em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em> en 1952<strong>, <\/strong>le recueil <em>Les Racines de la conscience<\/em> 1954. <em>Mysterium conjonctionis<\/em> est en gestation. Cela repr\u00e9sente un travail consid\u00e9rable et une grande force intellectuelle.<\/p>\n<p><em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em> m&rsquo;apparait comme \u00e9tant le lien entre l\u2019\u0153uvre de cette \u00e9poque et la <em>Correspondance. <\/em>C&rsquo;est une p\u00e9riode o\u00f9 Jung consid\u00e8re comme un devoir de dire ce qu&rsquo;il pense et ce qu&rsquo;il ressent au sujet de Dieu. L&rsquo;ouvrage provoque de violentes oppositions et nombreuses sont les lettres de Jung consacr\u00e9es \u00e0 ces controverses.<\/p>\n<h2>L&rsquo;attitude ambig\u00fce de Jung au sujet de sa correspondance<\/h2>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie, Jung n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de passer un temps consid\u00e9rable \u00e0 \u00e9changer \u00e9pistolairement avec des correspondants de diverses professions et nationalit\u00e9s.<\/p>\n<p>Quand on lit les lettres de ce tome III il apparait qu\u2019\u00e0 cette p\u00e9riode de son existence Jung ressent envers cette abondante correspondance un sentiment d&rsquo;attraction\/r\u00e9pulsion.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit des lettres de dix pages qui sont de v\u00e9ritables articles ou des petits mots qui sont loin d&rsquo;\u00eatre insignifiants car ils refl\u00e8tent des c\u00f4t\u00e9s plus intimes de sa vie. Il s&rsquo;exprime sur ses travaux et donne des d\u00e9finitions br\u00e8ves et tr\u00e8s claires de ses concepts. Il correspond aussi bien avec un grand scientifique qu&rsquo;avec une dame inconnue qui lui demande un conseil.<\/p>\n<p>Le revers de cette abondance \u00e9pistolaire est qu&rsquo;il se plaint sans cesse de l&rsquo;\u00e9norme travail que cela lui demande et qu&rsquo;il accumule des retards de mois, semaines ou m\u00eame ann\u00e9es. Il trouve toujours de bonnes excuses, la premi\u00e8re \u00e9tant sa secr\u00e9taire suivie de pr\u00e8s par la maladie, des vacances, un voyage et m\u00eame une lettre \u00e9gar\u00e9e pendant plus d&rsquo;un an sous une pile de documents !<\/p>\n<p>Jung \u00e9crit m\u00eame qu&rsquo;il subit \u00ab\u00a0la mal\u00e9diction des lettres \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u00bb(p.82) ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de continuer \u00e0 faire de sa correspondance un lieu privil\u00e9gi\u00e9 de son expression.<\/p>\n<h2>C&rsquo;est la vie &#8230;<\/h2>\n<p>Dans la<em> Correspondance<\/em> on trouve des d\u00e9tails sur la vie et les pens\u00e9es d&rsquo;un Jung diff\u00e9rent du Jung auteur qui se veut d&rsquo;une rigueur quasi-scientifique.<\/p>\n<p>Il se permet de montrer son go\u00fbt sur la beaut\u00e9 et l&rsquo;intelligence f\u00e9minine. C&rsquo;est ainsi que dans une lettre du 21 Septembre 1951 \u00e0 son ami le P\u00e8re Victor White il \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu Mrs. X., un vrai r\u00e9gal pour les yeux, et un peu plus encore ! Nous avons eu une conversation int\u00e9ressante ; je suis bien oblig\u00e9 de le dire, elle est remarquable ! Si jamais femme a \u00e9t\u00e9 <em>anima<\/em>, c&rsquo;est bien elle, il n&rsquo;y a pas \u00e0 discuter !\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il parle aussi de sa difficult\u00e9 \u00e0 suivre les conseils de son m\u00e9decin d&rsquo;arr\u00eater le tabac. Le 13 mars 1953, apr\u00e8s un arr\u00eat de cinq jours, il exprime sa mauvaise humeur et s&rsquo;interroge \u00ab\u00a0que puis-je bien attendre des dieux sans fum\u00e9e sacrificielle ? \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><a id=\"lecture\"><\/a>UNE LECTURE DE LA CORRESPONDANCE DE JUNG<\/h1>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-24482\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/a-faire.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"296\" \/><\/p>\n<h2>La distillation<\/h2>\n<p>Pratiquement chaque lettre de ce tome III de la Correspondance apporte quelque chose au sujet de la vie, de la pens\u00e9e ou de l\u2019\u0153uvre de Jung. Si on a ce que l&rsquo;on appelle famili\u00e8rement le nez dessus, on finit par s&rsquo;y noyer.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai une m\u00e9thode qui consiste \u00e0 lire, \u00e0 prendre beaucoup trop de notes car tout para\u00eet important. Ensuite, je laisse le temps passer, l&rsquo;oubli s&rsquo;installer. C&rsquo;est ainsi, apr\u00e8s une lente distillation, qu&rsquo;est apparu clairement ce qui me semble \u00eatre l&rsquo;essentiel des pr\u00e9occupations et de la pens\u00e9e de Jung \u00e0 cette p\u00e9riode de sa vie : la d\u00e9cision de publier <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em> et les cons\u00e9quences de cette publication.<\/p>\n<h2>Le projet de <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em> de Jung<\/h2>\n<p>On peut dire que le projet de <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em> \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en germe au moment o\u00f9 Jung, \u00e2g\u00e9 d&rsquo;une douzaine d&rsquo;ann\u00e9es, laisse advenir \u00e0 sa conscience une terrible vision qu&rsquo;il raconte dans <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/ma_vie_folio.htm\">Ma vie<\/a>:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Dieu est assis sur son tr\u00f4ne d&rsquo;or tr\u00e8s haut au-dessus du monde et de dessous du tr\u00f4ne un \u00e9norme excr\u00e9ment tombe sur le toit neuf et chatoyant de l&rsquo;\u00e9glise ; il le met en pi\u00e8ces et fait \u00e9clater les murs.\u00a0\u00bb (p. 78)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce sentiment de la possibilit\u00e9 que Dieu ne soit pas que bont\u00e9, Jung le porte en lui mais il ne se d\u00e9cide \u00e0 l&rsquo;exprimer publiquement qu&rsquo;au soir de sa vie. Abandonnant la rigueur du th\u00e9oricien, il se d\u00e9cide \u00e0 \u00e9crire, d&rsquo;une mani\u00e8re plus affective, ce qu&rsquo;il pense vraiment.<\/p>\n<h2>Jung se pr\u00e9dit le b\u00fbcher !<\/h2>\n<p>Il ressort du tome III de la correspondance que, tout en sachant que cela va avoir des r\u00e9percussions n\u00e9gatives dans le milieu des th\u00e9ologiens, Jung a d\u00e9cid\u00e9 de passer outre.<\/p>\n<p>Cela commence, avant <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/reponse_a_job.htm\">R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/a>, avec la publication annonc\u00e9e de <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/aion.htm\">A\u00efon<\/a> dont il parle dans une lettre de mars 1951 (p.54) :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le courant de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 va para\u00eetre, sous le titre<em> A\u00efon<\/em>, mon nouveau travail, consacr\u00e9 \u00e0 la symbolique chr\u00e9tienne (et, particuli\u00e8rement, de la figure du Christ). Avec cela je suis bon pour l&rsquo;autodaf\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et Jung ne va pas s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0 car il est m\u00fb par l&rsquo;imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;exprimer ce qu&rsquo;il \u00ab\u00a0ressent\u00a0\u00bb sur Dieu depuis son plus jeune \u00e2ge.<\/p>\n<h2>Les lectures du manuscrit de <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em><\/h2>\n<p>Avant la publication de <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em>, Jung fait lire le manuscrit \u00e0 plusieurs personnes dont Ani\u00e9la Jaff\u00e9, une de ses collaboratrices, qu&rsquo;il f\u00e9licite d&rsquo;avoir lu le texte jusqu&rsquo;au bout ce qui, dit-il, n&rsquo;est pas le cas de la plupart des gens.<\/p>\n<p>Il est tellement certain que son texte va \u00eatre mal re\u00e7u qu&rsquo;\u00e0 un pasteur, docteur en th\u00e9ologie, qui veut lui d\u00e9dier son livre, il recommande la prudence :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En effet, dans un d\u00e9lai assez bref, para\u00eetra une sorte d&rsquo;ouvrage pol\u00e9mique de ma plume, intitul\u00e9 <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em>. (&#8230;) J&rsquo;ai fait lire le livre \u00e0 trois amis th\u00e9ologiens, et ils en ont \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9s.\u00a0\u00bb(p.91)<\/p>\n<p>Jung veut bien subir les cons\u00e9quences du fait de ne pas penser de mani\u00e8re orthodoxe mais il ne veut pas que d&rsquo;autres en soient affect\u00e9s.<\/p>\n<h2>Pourquoi un tel scandale ?<\/h2>\n<p>Jung s&rsquo;est toujours efforc\u00e9 d&rsquo;avoir de bonnes relations avec les th\u00e9ologiens. Que ce soit avant, pendant, ou apr\u00e8s la publication de <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em>, il va tenter de s&rsquo;expliquer mais sans vraiment convaincre. Il n&rsquo;\u00e9tait pas connu pour avoir un caract\u00e8re facile et cela finit par l&rsquo;\u00e9nerver ce qui provoqua de sa part ironie, sarcasmes et parfois, chose plus surprenante, un certain auto-apitoiement.&nbsp;<\/p>\n<p>Et pourtant, il ne pouvait pas \u00eatre surpris, et il ne le fut certainement pas, de la temp\u00eate qu&rsquo;allait d\u00e9clencher ce livre. Il y est quand m\u00eame dit que les contraires sont contenus en Dieu, que l&rsquo;on ne peut passer sous silence sa face obscure et, chose encore plus sulfureuse, que l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment f\u00e9minin manque \u00e0 la Totalit\u00e9 divine !<\/p>\n<p>Jung se projette en Job, victime de l&rsquo;injustice divine, et il est toujours pr\u00eat \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ceux qui l&rsquo;attaquent.<\/p>\n<h2>Les correspondants de Jung<\/h2>\n<p>Jung correspondait avec de nombreuses personnes anonymes ou c\u00e9l\u00e8bres mais, dans ce tome trois, on trouve une majorit\u00e9 de religieux, protestants ou catholiques, professeurs de th\u00e9ologie et aussi des m\u00e9decins.<\/p>\n<h3>Le p\u00e8re Victor White<\/h3>\n<p>Il y a dans cette partie de la correspondance des lettres c\u00e9l\u00e8bres comme celles, nombreuses, adress\u00e9es au P\u00e8re Victor White.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait un Dominicain anglais avec lequel Jung a entretenu pendant des ann\u00e9es des relations que l&rsquo;on pourrait qualifier d&rsquo;intense mais celles-ci se d\u00e9t\u00e9riorent s\u00e9rieusement \u00e0 cause de<em> R\u00e9ponse \u00e0 Job,<\/em> \u00e9videmment ! Dans une remarquable lettre de dix pages, d&rsquo;avril 1954 (p. 233), Jung inlassablement, essaie de dialoguer et de s&rsquo;expliquer mais la faille s&rsquo;\u00e9largit entre les deux hommes.<\/p>\n<h3>Les th\u00e9ologiens<\/h3>\n<p>Pendant ces ann\u00e9es, qui pr\u00e9c\u00e8dent ou suivent la publication de <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em>, Jung va pol\u00e9miquer avec les th\u00e9ologiens, en particulier les protestants, au sujet de ce que j\u2019appellerai l&rsquo;id\u00e9e de Dieu et de la religion.<\/p>\n<p>M\u00eame si il adresse quelques aimables lettres \u00e0 des catholiques, qui lui semblent plus r\u00e9ceptifs \u00e0 ses id\u00e9es, le ton est souvent ironique et m\u00eame agressif. Il se sent vraiment incompris et n&rsquo;est pas loin de penser que certains de ses correspondants sont d&rsquo;une profonde nullit\u00e9 intellectuelle. Le sarcasme n&rsquo;est jamais loin&#8230;<\/p>\n<h3>Erich Neumann<\/h3>\n<p>Il existe, pourtant, des relations \u00e9pistolaires harmonieuses. Le meilleur exemple est celle entretenue avec Erich Neumann. Il y a plusieurs lettres de Jung \u00e0 Neumann dans cette partie de la correspondance et il existe <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/correspondance-jung-neumann.htm\">un \u00e9pais volume de leurs \u00e9changes<\/a><em>. <\/em>Mais les circonstances \u00e9taient tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Si Jung \u00e9crit, entre autres, \u00e0 Neumann qu&rsquo;il est le seul \u00e0 le comprendre cela n&rsquo;a rien d\u2019\u00e9tonnant. En effet, Neumann est un de ses \u00e9l\u00e8ves, je dirai m\u00eame disciple, et un fervent promoteur de la Psychologie analytique. Mais cela n\u2019emp\u00eache pas qu&rsquo;il y ait entre eux un grand nombre de questions-r\u00e9ponses au sujet de <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em>.<em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<h3>Mademoiselle le pasteur Doroth\u00e9e Hoch<\/h3>\n<p>Dans ce tome III de la <em>Correspondance,<\/em> les lettres o\u00f9 Jung s&rsquo;explique au sujet de<em> R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em> sont toutes passionnantes car il n\u2019arr\u00eate pas d&rsquo;exprimer sa pens\u00e9e avec force. Il va du remerciement \u00e0 l&rsquo;explication, de la controverse \u00e0 l&rsquo;ironie cinglante. Il s&rsquo;adresse le plus souvent \u00e0 des intellectuels et chaque lettre est \u00ab\u00a0pens\u00e9e\u00a0\u00bb en fonction du destinataire. Certaines sont tellement brillantes qu&rsquo;elles contiennent de remarquables r\u00e9sum\u00e9s de la pens\u00e9e de Jung.<\/p>\n<p>Et pourtant, apr\u00e8s le processus de distillation dont j&rsquo;ai parl\u00e9, demeurent surtout en ma m\u00e9moire quatre lettres, adress\u00e9es en r\u00e9ponse aux envois qu&rsquo;il avait re\u00e7us, \u00e0 une femme, Doroth\u00e9e Hoch, que Jung appelait Mademoiselle le pasteur.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><a id=\"quatre\"><\/a>QUATRE LETTRES DE JUNG<\/h1>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-24482\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/a-faire.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"296\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Si j&rsquo;ai choisi de m&rsquo;int\u00e9resser aux lettres adress\u00e9es par Jung \u00e0 cette femme pasteur c&rsquo;est qu&rsquo;elles me semblent particuli\u00e8rement repr\u00e9sentatives d&rsquo;un Jung qui se laisse aller \u00e0 ses sentiments et \u00e0 ses humeurs. Tout y est : le Jung qui ne supporte pas les intrusions dans sa vie priv\u00e9e, le Jung qui s&rsquo;explique, le Jung donneur de le\u00e7ons, le Jung accablant de sarcasmes celui dont il pense qu&rsquo;il ne le comprend pas. Il y a m\u00eame un Jung capable de ressentir qu&rsquo;il a d\u00e9pass\u00e9 les bornes.<\/p>\n<h3>La pasteure Doroth\u00e9e Hoch<\/h3>\n<p>La pasteure Doroth\u00e9e Hoch avait fait parvenir \u00e0 Jung un compte rendu critique de <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em> qu&rsquo;elle avait publi\u00e9 dans une revue de th\u00e9ologie. Dans la lettre jointe elle avait exprim\u00e9 un certain nombre d&rsquo;id\u00e9es d&rsquo;ordre psychologique et th\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Doroth\u00e9e Hoch parlait de la possibilit\u00e9 que <em>R\u00e9ponse \u00e0 Job<\/em> puisse s&rsquo;expliquer \u00ab\u00a0par la psychologie personnelle de l&rsquo;auteur \u00ab\u00a0qui, en tant que fils de pasteur, souffrirait d&rsquo;un complexe paternel engendrant un ressentiment envers un \u00ab\u00a0Dieu P\u00e8re\u00a0\u00bb. (cf.p.125)<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9ologique, elle lui reprochait, entre autres, de minimiser l&rsquo;importance du diable.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 partir de ce premier envoi que va s&rsquo;instaurer un \u00e9change qui m&rsquo;interroge.<\/p>\n<h3>Les r\u00e9ponses de Jung aux lettres de la pasteure<\/h3>\n<p>On peut se demander pourquoi Jung, qui \u00e9tait submerg\u00e9 par sa correspondance, a r\u00e9pondu quatre fois aux cinq lettres de Doroth\u00e9e Hoch.<\/p>\n<p>Il est possible qu&rsquo;il ait pens\u00e9 qu&rsquo;une femme serait plus sensible \u00e0 ses arguments. Il serait facile, alors que d\u00e8s la premi\u00e8re lettre il se montre relativement d\u00e9sagr\u00e9able et donneur de le\u00e7ons, de l&rsquo;accuser d&rsquo;antif\u00e9minisme mais je ne pense pas que ce soit le cas. En effet, Jung s&rsquo;est souvent entour\u00e9 et a collabor\u00e9 avec des femmes brillantes. D&rsquo;ailleurs, il a plus fr\u00e9quemment \u00ab\u00a0rompu\u00a0\u00bb intellectuellement avec des hommes qu&rsquo;avec des femmes.<\/p>\n<p>Je ne vois qu&rsquo;une r\u00e9ponse : Jung esp\u00e8re convaincre la pasteure \u00e0 ses id\u00e9es mais il se laisse quelque peu d\u00e9border par ses sentiments et la passion d&rsquo;avoir raison, ce qui le conduit \u00e0 une d\u00e9ception presque intime. Cette femme qui connait la th\u00e9ologie va le comprendre mais elle se r\u00e9v\u00e8le en \u00eatre incapable &#8230; et cela l&rsquo;enrage !<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Je ne peux ici que donner un aper\u00e7u, je dirais m\u00eame un \u00ab\u00a0ressenti\u00a0\u00bb au sujet de ces quatre lettres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Premi\u00e8re lettre, mai 1952<\/h2>\n<h3>Des reproches pour commencer<\/h3>\n<p>Dans la premi\u00e8re r\u00e9ponse \u00e0 la pasteure, on ne s&rsquo;\u00e9tonnera pas du fait que les premi\u00e8res lignes de la lettre de Jung soient pour s&rsquo;insurger contre le fait qu&rsquo;elle le soup\u00e7onne d&rsquo;avoir un \u00ab\u00a0complexe paternel\u00a0\u00bb. Il continue par un reproche plus g\u00e9n\u00e9ral :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Il est toujours un peu f\u00e2cheux, dans tout d\u00e9bat avec un adversaire, d&rsquo;attaquer celui-ci sans preuves sur des questions personnelles, avant m\u00eame d&rsquo;avoir suffisamment consid\u00e9r\u00e9 la teneur de son argumentation et de l&rsquo;avoir comprise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\">Je lis les mots adversaire, attaque, questions personnelles, ne pas \u00eatre compris. Le ton est donn\u00e9 et je pr\u00e9sume que cette Mademoiselle le pasteur va \u00eatre le r\u00e9ceptacle des humeurs de Jung.<\/p>\n<p>Ensuite, il r\u00e9pond, avec beaucoup de vivacit\u00e9, aux diff\u00e9rents arguments de la pasteure et termine ainsi, ironiquement, sa liste de r\u00e9ponses :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Vous ne pensez tout de m\u00eame pas, je suppose, que je critiquerais le Dieu m\u00e9taphysique ? Ou bien vivons-nous encore au Moyen \u00c2ge, o\u00f9 l&rsquo;on croyait que l&rsquo;on pouvait faire du tort au bon Dieu ? J&rsquo;aime \u00e0 croire que les protestants ne commettent pas l&rsquo;erreur de s&rsquo;imaginer qu&rsquo;ils sont les seuls chr\u00e9tiens au monde !\u00a0\u00bb (p.123)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les piques sont fr\u00e9quentes du genre : \u00ab\u00a0Si vous relisez consciencieusement ce que je dis au sujet de l&rsquo;individuation &#8230;\u00a0\u00bb ce qui sous-entend que, comme bien d&rsquo;autres, elle ne sait pas le lire.<\/p>\n<h3>De vives attaques contre les th\u00e9ologiens pour enfoncer le clou<\/h3>\n<p>Il s&rsquo;attaque aussi aux th\u00e9ologiens et \u00e0 ceux qui font des pr\u00eaches incompr\u00e9hensibles et inint\u00e9ressants. Ils d\u00e9tournent ainsi les chr\u00e9tiens d&rsquo;une religion qui est pour lui \u00ab\u00a0une affaire de toute premi\u00e8re importance, h\u00e9las mieux comprise par les psychiatres que par les th\u00e9ologiens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il termine en annon\u00e7ant qu&rsquo;il envoie \u00e0 la pasteure une r\u00e9ponse qu&rsquo;il a faite \u00e0 ce que l&rsquo;on pourrait appeler son ennemi pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, Martin Buber, un th\u00e9ologien avec lequel il entretient une vive controverse sur des sujet th\u00e9ologiques :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je joins \u00e0 la pr\u00e9sente ma R\u00e9ponse \u00e0 Martin Buber, qui s&rsquo;imagine aussi pouvoir parler de Dieu sans dire duquel et sans prouver que celui dont il parle est bien le seul vrai. Il faut en finir avec de pareilles extravagances.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>Un espoir d&rsquo;\u00eatre compris<\/h3>\n<p>Dans cette premi\u00e8re lettre, on peut dire que Jung s&rsquo;exprime avec une certaine rudesse mais on n&rsquo;\u00e9crit pas, ce qu&rsquo;il appelle lui-m\u00eame une \u00ab\u00a0lettre bien trop longue\u00a0\u00bb, sans avoir le but sinc\u00e8re d&rsquo;\u00e9clairer la destinataire. C&rsquo;est donc que, au fond de lui m\u00eame, il croit que c&rsquo;est possible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Seconde lettre, juillet 1952<\/h2>\n<p>La pasteure ne s&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9courag\u00e9e et elle avait envoy\u00e9 \u00e0 Jung le texte de l&rsquo;un de ses sermons. Il lui r\u00e9pond, relativement rapidement, par une nouvelle longue lettre, ce qui montre qu&rsquo;il voulait continuer cette relation \u00e9pistolaire.<\/p>\n<h3>Jung essaie d&rsquo;\u00eatre aimable<\/h3>\n<p>M\u00eame si c&rsquo;est quelque peu maladroit, Jung remercie au d\u00e9but la pasteure d&rsquo;avoir \u00ab\u00a0manifest\u00e9 cette fois-ci plus de sympathie et de compr\u00e9hension\u00a0\u00bb envers lui. \u00c0 la fin d&rsquo;une r\u00e9ponse o\u00f9 le sermon de la pasteure n&rsquo;est pas \u00e9pargn\u00e9, il lui \u00e9crit cependant :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Ces quelques r\u00e9flexions me sont venues alors que je lisais le texte de votre pr\u00eache, que vous avez eu la gentillesse de mettre \u00e0 ma disposition. La phrase o\u00f9 vous parlez de \u00ab\u00a0se donner totalement\u00a0\u00bb m&rsquo;a tout particuli\u00e8rement plu.\u00a0\u00bb (p.137)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n&rsquo;est pas rien d&rsquo;\u00eatre une inspiratrice de Jung !<\/p>\n<p>De nombreux th\u00e8mes sont abord\u00e9s dans cette lettre. Par exemple : La Bible \u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e par des humains, l&rsquo;\u00c9vangile ne s&rsquo;adresse pas assez \u00e0 des personnes peu cultiv\u00e9es, le Christ contraint l&rsquo;homme \u00e0 rentrer dans un conflit impossible. Cependant, ce qui m&rsquo;a le plus interpell\u00e9e est la question tr\u00e8s originale de Jung au sujet de la croix du Christ.<\/p>\n<h3>Qui porte la croix du Christ ?<\/h3>\n<p>Pour Jung, nous cherchons \u00e0 imiter le Christ mais nous fuyons notre propre r\u00e9alit\u00e9 et oublions de travailler \u00e0 notre tache la plus importante : la r\u00e9union des contraires.<\/p>\n<p>Au lieu de porter nous-m\u00eames notre croix nous en chargeons le Christ alors que \u00ab\u00a0La croix du Christ a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e par lui m\u00eame et \u00e9tait sa propre croix.\u00a0\u00bb Cela explique que la th\u00e9ologie rejette la psychologie car, gr\u00e2ce \u00e0 cette derni\u00e8re, chaque individu pourrait d\u00e9couvrir qu&rsquo;il doit assumer le fardeau de sa croix.<\/p>\n<p>Jung aborde aussi dans cette partie de la lettre le probl\u00e8me de l&rsquo;individuation d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s originale :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On pourrait d\u00e9couvrir aussi que la vie du Christ est tout enti\u00e8re un mod\u00e8le d&rsquo;individuation et qu&rsquo;elle est de ce fait inimitable : <em>tout ce que l&rsquo;on peut faire, c&rsquo;est vivre sa propre vie dans le m\u00eame esprit totalement et avec toutes les cons\u00e9quences que cela implique.\u00a0\u00bb <\/em>(p.135)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Troisi\u00e8me lettre, septembre 1952<\/h2>\n<p>Cette lettre, d\u00e9j\u00e0 plus courte, se veut une explication de Jung sur sa v\u00e9h\u00e9mence et sur les motivations de sa correspondance avec la pasteure. Il avoue presque qu&rsquo;elle lui sert de pr\u00e9texte pour exprimer ses sentiments sur des sujets qui le blessent.&nbsp;<\/p>\n<p>Il lui dit, pour commencer, qu&rsquo;il s&rsquo;est \u00ab\u00a0laiss\u00e9 aller\u00a0\u00bb dans sa derni\u00e8re lettre mais qu&rsquo;il ne fallait pas qu&rsquo;elle se sente vis\u00e9e.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir ensuite surtout \u00e9voqu\u00e9 la religion et la mani\u00e8re de l&rsquo;enseigner, il termine sa lettre en demandant \u00e0 la pasteure de ne pas prendre ses remarques pour elle.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans le P.S. que Jung s&rsquo;explique :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je vous suis redevable d&rsquo;une explication quant aux raisons pour lesquelles je vous bombarde ainsi de longues lettres d\u00e9plaisantes (&#8230;) les th\u00e9ologiens se m\u00e9prennent d&rsquo;une mani\u00e8re si grotesque sur tout ce que je dis, que je fais mon possible pour faire \u00e9tat de ma critique l\u00e0 o\u00f9 je puis m&rsquo;attendre \u00e0 trouver de la bonne volont\u00e9 (&#8230;).\u00a0\u00bb (cf.p.147)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette correspondance semble donc destin\u00e9e \u00e0 durer et pourtant le fil va se casser pour des raisons difficiles \u00e0 cerner car, pour d\u00e9m\u00ealer l&rsquo;intrigue, nous n&rsquo;avons que les lettres de Jung.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Une lettre de rupture de Jung, 30 avril 1953&nbsp;<\/h2>\n<h3>La lettre manquante de Jung<\/h3>\n<p>On voit ici que le temps de r\u00e9ponse est long mais cela s&rsquo;explique par le fait qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas jug\u00e9 utile de r\u00e9pondre \u00e0 une lettre du cinq d\u00e9cembre 1952 de la pasteure. Cette lettre avait d\u00fb vivement le contrarier mais, ne comprenant pas que son silence \u00e9tait une mani\u00e8re de cesser d&rsquo;\u00e9changer, elle lui \u00e9crit \u00e0 nouveau. Mal lui en prend car la r\u00e9ponse est cinglante.<\/p>\n<h3>Les mots tr\u00e8s durs de la derni\u00e8re lettre<\/h3>\n<p>Pour rendre l&rsquo;impression que procure la lecture de cette ultime missive \u00e0 la pasteure Doroth\u00e9e Hoch je vous propose une esp\u00e8ce de \u00ab\u00a0patchwork\u00a0\u00bb ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 partir des mots de Jung lui-m\u00eame.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai pas eu le courage de vous r\u00e9pondre encore une fois car vous n&rsquo;\u00eates de toute \u00e9vidence pas en mesure de me suivre dans ma d\u00e9marche. Vous avez une attitude d\u00e9sinvolte envers la psychologie et vous ne vous rendez m\u00eame pas compte que vous ne la comprenez pas. (&#8230;)<\/p>\n<p>On ne peut pas dire que vous ayez encourag\u00e9 ma tentative de jeter des ponts. Je ne veux pas continuer \u00e0 vous ennuyer avec mes paradoxes. (&#8230;)<\/p>\n<p>J&rsquo;esp\u00e9rais simplement parvenir \u00e0 vous transmettre une vision moins d\u00e9form\u00e9e de ma psychologie mais je suis apparemment un mauvais d\u00e9fenseur de mes propres causes et c&rsquo;est pourquoi je prends cong\u00e9 de vous en vous pr\u00e9sentant toutes mes excuses.\u00a0\u00bb (cf. p. 175 \u00e0 177).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le reste de la lettre consiste surtout en une ultime diatribe envers les th\u00e9ologiens qui, dit-il, l&rsquo;ont chass\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise.<\/p>\n<p>La pasteure ne r\u00e9pondit plus et on la comprend. Pour ce qui est de Jung il avait d\u00e9j\u00e0 tourn\u00e9 la page sur un moment o\u00f9 sa carapace s&rsquo;\u00e9tait un peu fissur\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Cette correspondance illustre parfaitement un d\u00e9fi constant de Jung : concilier sa vision personnelle de la psychologie avec les attentes et les critiques du monde ext\u00e9rieur, tout en restant fid\u00e8le \u00e0 son imp\u00e9ratif d&rsquo;\u00e9thique et de sinc\u00e9rit\u00e9 intellectuelle.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Ariane Callot &#8211; Mai 2024<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/contact.htm\"><strong>Adresser un message \u00e0 Ariane Callot<\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Articles Ariane Callot<\/h2>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/ariane-callot\/pouvoir-jugement\/\">Les affam\u00e9s de pouvoir ont-ils un jugement unilat\u00e9ral ?<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/ariane-callot\/vieil-homme-enfant\/\">Jung : le vieil homme et l\u2019enfant<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/ariane-callot\/individuation-individualisme\/\">Individuation et individualisme<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/ariane-callot\/jung-et-la-geomancie\/\">C.G. 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Son analyse offre une perspective in\u00e9dite sur cette correspondance. Version anglaise de cet article Sur cette page Pr\u00e9ambule [Le choix du tome III de la correspondance (1950-1954), l&rsquo;attitude ambig\u00fce de Jung au [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":18078,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-22523","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22523","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22523"}],"version-history":[{"count":151,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22523\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":24528,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22523\/revisions\/24528"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/18078"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22523"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}