{"id":19347,"date":"2022-07-06T17:25:58","date_gmt":"2022-07-06T15:25:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/?page_id=19347"},"modified":"2024-08-25T08:22:29","modified_gmt":"2024-08-25T06:22:29","slug":"vie-et-mort-selon-jung","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/textes\/vie-et-mort-selon-jung\/","title":{"rendered":"La vie et la mort selon Carl Gustav Jung"},"content":{"rendered":"<p><strong>Jung n&rsquo;a cess\u00e9 de s&rsquo;interroger sur le sens de la vie et de la mort. Touch\u00e9 par la maladie, par celle de ses patients et de ses proches, il s&rsquo;exprime directement dans les nombreuses lettres qu&rsquo;il adresse \u00e0 une multitude de correspondants.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-19369 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/vie-mort-cgjung.png\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/vie-mort-cgjung.png 600w, https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/vie-mort-cgjung-300x150.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h2>Jung et la maladie<\/h2>\n<p>Au d\u00e9but de 1944 Jung a \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;un infarctus cardiaque et il s&rsquo;en est fallu de peu pour qu&rsquo;il revienne \u00e0 la vie. Il a relat\u00e9 cet \u00e9pisode important, ainsi que les visions qui l&rsquo;ont accompagn\u00e9, dans son autobiographie <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/ma_vie_folio.htm\">Ma vie<\/a> (chapitre&nbsp;<em>Visions).<\/em><\/p>\n<p>Le 1er f\u00e9vrier 1945 il \u00e9crit au Docteur Kristine Mann alors qu&rsquo;il vient d&rsquo;apprendre qu&rsquo;elle est atteinte d&rsquo;une forme grave d&rsquo;un cancer. Il regrette de ne pouvoir lui parler directement et lui \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Vous savez que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 moi aussi terrass\u00e9 par l&rsquo;ange de la mort qui a bien failli r\u00e9ussir \u00e0 m&rsquo;effacer de ses tablettes. [&#8230;]\n<p>Cette maladie a \u00e9t\u00e9 pour moi une exp\u00e9rience extr\u00eamement pr\u00e9cieuse; elle m&rsquo;a donn\u00e9 l&rsquo;occasion rare de jeter un \u0153il derri\u00e8re le voile. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 une chose difficile : se d\u00e9tacher du corps, devenir nu, vide du monde et de la volont\u00e9 du Moi. Lorsqu&rsquo;on parvient \u00e0 se d\u00e9barrasser de la volont\u00e9 furieuse de vivre et qu&rsquo;on a l&rsquo;impression de tomber dans un brouillard sans fond, commence la vraie vie, avec tout ce pourquoi on \u00e9tait fait et qu&rsquo;on n&rsquo;avait jamais atteint. C&rsquo;est quelque chose d&rsquo;indiciblement grand. J&rsquo;\u00e9tais libre, compl\u00e8tement libre et j&rsquo;\u00e9prouvais des sensations totalement nouvelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Exp\u00e9rience de Mort Imminente (E.M.I.) que Jung relate<\/h2>\n<p>Jung \u00e9voque alors les visions qui ont fait irruption alors qu&rsquo;il \u00e9tait proche de la mort :&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je me trouvais en un point situ\u00e9 exactement au-dessus de la pointe sud de l&rsquo;Inde qui brillait dans une lumi\u00e8re bleu\u00e2tre argent\u00e9e, et Ceylan reposait telle une opale \u00e9tincelante dans la mer bleue et profonde. J&rsquo;\u00e9tais dans l&rsquo;univers, et il y avait l\u00e0 un grand rocher isol\u00e9 dans lequel avait \u00e9t\u00e9 construit un temple. Je voyais son entr\u00e9e, \u00e9clair\u00e9e par mille petites flammes attis\u00e9es avec de l&rsquo;huile de noix de coco, et je savais qu&rsquo;il me fallait p\u00e9n\u00e9trer dans le temple et que j&rsquo;y trouverais le savoir tout entier. Mais \u00e0 cet instant apparut un messager venant de mon monde (jusqu&rsquo;alors un recoin tout \u00e0 fait n\u00e9gligeable de l&rsquo;univers) et il me dit que je ne devais pas quitter mon monde \u2014 et en un instant, toute la vision s&rsquo;est d\u00e9chir\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Durant trois semaines, cette vision ne l&rsquo;a pas quitt\u00e9 :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Mais pendant les trois semaines qui ont suivi, j&rsquo;ai pass\u00e9 toute la journ\u00e9e \u00e0 dormir et, chaque nuit, je m&rsquo;\u00e9veillais dans l&rsquo;univers et retrouvais cette vision. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas moi qui \u00e9tais uni \u00e0 quelqu&rsquo;un ou \u00e0 quelque chose \u2014 c&rsquo;\u00e9tait uni, c&rsquo;\u00e9tait le hieros gamos, l&rsquo;agneau mystique. C&rsquo;\u00e9tait une f\u00eate muette, invisible, travers\u00e9e par un sentiment incomparable et indescriptible de f\u00e9licit\u00e9 \u00e9ternelle; je n&rsquo;aurais jamais cru qu&rsquo;un tel sentiment soit du domaine de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Suite \u00e0 cette exp\u00e9rience, la mort a pris un sens diff\u00e9rent pour lui :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Tant que nous nous situons \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de la mort et que nous la voyons du dehors, elle est de la plus grande cruaut\u00e9. Mais d\u00e8s que l&rsquo;on se tient \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la mort, on \u00e9prouve un sentiment si profond de totalit\u00e9, de paix et d&rsquo;accomplissement que l&rsquo;on voudrait ne plus en revenir. J&rsquo;ai en effet souffert, lors du mois qui a suivi ma premi\u00e8re vision, de profondes d\u00e9pressions car je sentais que je gu\u00e9rissais. C&rsquo;\u00e9tait comme si je mourais.<\/p>\n<p>Je ne voulais pas vivre et retrouver cette vie fragment\u00e9e, restreinte, \u00e9troite, quasi m\u00e9canique, o\u00f9 l&rsquo;on est soumis aux lois de la pesanteur et de l&rsquo;attraction, o\u00f9 l&rsquo;on est prisonnier d&rsquo;un syst\u00e8me tridimensionnel, constamment entra\u00een\u00e9 avec d&rsquo;autres corps dans le tourbillon du fleuve imp\u00e9tueux du temps. L\u00e0-bas, c&rsquo;\u00e9tait la pl\u00e9nitude, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;accomplissement, le mouvement \u00e9ternel (et non le mouvement dans le temps).\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il termine sa lettre par ces quelques mots :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Soyez patiente et consid\u00e9rez cela comme une nouvelle t\u00e2che, difficile, la derni\u00e8re cette fois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Jung et le suicide<\/h2>\n<p>Jung \u00e9voque l&rsquo;id\u00e9e du suicide dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 un correspondant allemand (son nom n&rsquo;est pas cit\u00e9) le 10 juillet 1946 :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;id\u00e9e de suicide est certes ais\u00e9ment concevable mais elle ne me para\u00eet pas recommandable. Nous vivons pour atteindre le plus haut degr\u00e9 possible de d\u00e9veloppement spirituel et de prise de conscience. Tant que la vie est possible, m\u00eame si ce n&rsquo;est que dans une infime mesure, on devrait s&rsquo;y accrocher pour l&rsquo;\u00e9puiser, dans le but de la prise de conscience. Interrompre la vie avant l&rsquo;heure, c&rsquo;est condamner au silence une exp\u00e9rience inachev\u00e9e. Nous y sommes plong\u00e9s depuis toujours et nous devons conduire cette exp\u00e9rience jusqu&rsquo;\u00e0 ses limites extr\u00eames.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelques jours plus tard, le 25 juillet 1946, veille de son 71e anniversaire, il r\u00e9pond au Docteur Eleanor Bertine et \u00e9voque le d\u00e9c\u00e8s de Kristine Mann qui est intervenu au mois de novembre 1945.&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0On peut se demander en effet si une personne atteinte d&rsquo;une maladie aussi horrible doit ou peut mettre fin \u00e0 ses jours. Dans de tels cas, je pense qu&rsquo;il ne faut rien influencer.&nbsp; Si je me trouvais dans de pareilles circonstances, je laisserais libre cours aux choses, car s&rsquo;il est dans la nature de l&rsquo;homme de pouvoir se suicider, toute sa vie va alors effectivement dans cette direction ; j&rsquo;en suis convaincu.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai vu des cas dans lesquels il aurait presque \u00e9t\u00e9 criminel d&#8217;emp\u00eacher le suicide car tout montrait que le suicide correspondait aux tendances de l&rsquo;inconscient et qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une donn\u00e9e fondamentale. A mon avis, on ne gagne donc en fait rien \u00e0 emp\u00eacher une telle mort. Il faut s&rsquo;en remettre \u00e0 la d\u00e9cision de l&rsquo;individu. Tout ce qui nous semble faux peut \u00eatre vrai dans certaines circonstances sur lesquelles nous n&rsquo;avons aucun pouvoir et dont nous ne comprenons pas le sens.<\/p>\n<p>Si Kristine Mann s&rsquo;\u00e9tait suicid\u00e9e sous la pression de douleurs insupportables, j&rsquo;aurais pens\u00e9 qu&rsquo;elle avait raison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Le corps semble tr\u00e8s souvent survivre \u00e0 l&rsquo;\u00e2me<\/h2>\n<p>Le m\u00eame jour, il r\u00e9agit&nbsp; \u00e0 l&rsquo;annonce qu&rsquo;une personne est&nbsp;atteinte d&rsquo;un cancer en \u00e9voquant la question du corps qui bien souvent survit \u00e0 l&rsquo;\u00e2me (lettre adress\u00e9e \u00e0 Margaret E. Schevill\/USA) :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je suis vraiment d\u00e9sol\u00e9 que X. soit atteinte d&rsquo;un cancer ; ce cancer arrive vraiment trop t\u00f4t et c&rsquo;est de toute fa\u00e7on une mani\u00e8re bien grossi\u00e8re de tuer un \u00eatre vivant. Mais la nature est \u00e0 bien des \u00e9gards terrible. Le fait est que le corps semble tr\u00e8s souvent survivre \u00e0 l&rsquo;\u00e2me, m\u00eame lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune trace de maladie.<\/p>\n<p>C&rsquo;est comme si l&rsquo;\u00e2me se s\u00e9parait du corps, parfois des ann\u00e9es avant la v\u00e9ritable mort; il arrive qu&rsquo;une telle s\u00e9paration ait lieu chez des personnes en parfaite sant\u00e9 qui, peu de temps apr\u00e8s, meurent d&rsquo;un accident ou d&rsquo;une maladie aigu\u00eb. Autant qu&rsquo;on sache, il n&rsquo;y a pas de dissolution imm\u00e9diate de l&rsquo;\u00e2me. On pourrait presque dire que c&rsquo;est le cas contraire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces quelques extraits figurent dans le livre <a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/oeuvre\/correspondance_1941_1949.htm\">C.G. Jung, Correspondance, Tome 2<\/a>. Ils nous invitent \u00e0 explorer plus avant ces th\u00e8mes en lisant ou relisant la correspondance et les nombreux textes qui traitent ce ces questions fondamentales. Elles nous concernent tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"https:\/\/www.cgjung.net\/espace\/accueil\/jprobert\/\">Jean-Pierre Robert<\/a> &#8211; Juillet 2022<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jung n&rsquo;a cess\u00e9 de s&rsquo;interroger sur le sens de la vie et de la mort. Touch\u00e9 par la maladie, par celle de ses patients et de ses proches, il s&rsquo;exprime directement dans les nombreuses lettres qu&rsquo;il adresse \u00e0 une multitude de correspondants. 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